Les trois mauvais compagnons
J∴ F∴
Ce soir, afin de me présenter devant vous, en lisant la liste de sujets qui m’ont été proposés, j’ai spontanément choisi celui des « Trois mauvais compagnons » !
Pour trouver un sens profond au mythe de ces « Trois mauvais compagnons », il me semble indispensable de remonter aux sources de cette légende et de vous parler également du mythe de Maître Hiram.
Sachez toutefois, que le fait de travailler ce sujet pour vous le présenter ce soir, m’a permis de mieux comprendre le sens profond de cette cérémonie.
Salomon, fils de David et de Bethsabée, a été Roi d’Israël de 970 à 931 avant Jésus-Christ selon la chronologie biblique usuelle. C’est lui qui fait construire le premier Temple de Jérusalem. Une maison sur terre pour que Dieu, se sente chez lui.
Pour tout un chacun, Wikipédia nous dit qu’Hiram, envoyé par Hiram Ier, roi de Tyr, apparaît, dans l’histoire biblique, sous le règne de Salomon. Son nom est évoqué dans la Bible (I Rois, 7:13). Hiram est le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali et d’un père Tyrien.
Il n’est pas seulement un ouvrier travaillant le bronze mais également un spécialiste travaillant également l’or, l’argent, le fer, la pierre, le bois, etc.
C’est lui qui est le personnage principal de la légende maçonnique. « Hiram est rempli de sagesse, d’intelligence et de connaissance », il s’occupa, à la demande du Roi Salomon, de la décoration du Temple.
Du marbre, des pierres précieuses, des bois aromatiques et les tissus les plus délicats furent utilisés.
En son cœur se trouvait le Saint des Saints, la mystérieuse « ARCHE D’ALLIANCE », qui devait répandre de grandes bénédictions sur les « justes », mais aussi détruire les « pécheurs ».
Donc Hiram est le contremaitre ou mieux encore, l’architecte en charge de la construction du Temple de Jérusalem. Pour mener à bien cette tâche, il avait divisé les ouvriers en trois groupes, les apprentis, les compagnons et les maitres. Ceux-ci selon leur compétence, la qualité de leur travail ou encore leur degré de connaissance de la géométrie, leur aptitude à utiliser les outils pour la taille, la pose, l’intégration de la pierre dans l’édifice. La rémunération des trois classes était fonction de leurs degrés. Chaque degré possédait un mot de reconnaissance qui permettait d’avoir la rémunération correspondant à son degré.
C’est à partir du XVIIIème siècle, que la vie et la mort d’Hiram, enrichies par les légendes, deviennent un Mythe Initiatique qui inspire le rituel maçonnique.
La légende dit : Les travaux de construction sont presque achevés. Sur la fin du jour, lorsque les ouvriers sont partis, Hiram inspecte le chantier, mais trois compagnons qui voulaient passer maîtres alors qu’ils n’avaient par encore fait leur temps et que leurs connaissances n’étaient pas suffisantes, veulent obtenir le mot de maître de la part d’Hiram même par la force si besoin est, aussi ils organisèrent un guette-apens. Chacun se postant à une porte différente du temple.
Ils lui réclamèrent, sous la menace, cette parole secrète. Hiram se taira, estimant que le temps n’était pas venu pour eux.
Lorsque Hiram veut sortir par la porte du Nord, il rencontre le premier compagnon menaçant qui devant son refus le frappe. Selon le rituel, le premier coup est porté par le moyen d’une règle et le « premier mauvais compagnon » guidé par l’IGNORANCE vise la gorge lieu de manifestation de la parole.
Hiram réussit à dévier le coup qui l’atteint à l’épaule droite, il tombe sur le genou droit. La règle, premier instrument du meurtre, est un des outils spécifique des compagnons, elle donne la ligne et permet de mesurer.
Ce geste symbolise la mort physique de l’homme.
L’Ignorance, est l’absence de l’intelligence du cœur, ce défaut général de connaissance, ce manque de savoirs est redoutable quand l’Homme s’abandonne à elle. La perte de cette conscience morale, engendre le désordre intérieur et permet le passage à l’acte.
Hiram se précipite vers la porte du Sud où il rencontre le deuxième compagnon qui lui fait la même demande, devant son refus, le « second mauvais compagnon » lui porte le deuxième coup avec un levier symbole de puissance et vise la nuque.
La nuque, arrière du cou, est le siège des sept vertèbres cervicales. Comme la gorge, elle assure la liaison indispensable entre la tête et le reste du corps. Le Maître, diminué dans ses fonctions cérébrales, peut encore dévier le coup qui l’atteint à l’épaule gauche, il tombe sur le genou gauche. Hiram est atteint, touché avec violence, par une force devenue négative.
Ce geste symbolise la mort affective de l’homme.
Le Fanatisme du deuxième compagnon, allié à l’ignorance ne peut qu’amener douleurs et peines dans la vie de celui qui est sous son emprise car, aveuglé par une passion qui le pousse à des excès, il sera sourd à tout appel de la raison.
Ce levier, non contrôlé par la règle, animé par la volonté d’usurpation, devient force meurtrière. C’est le FANATISME qui porte le deuxième coup à la nuque du Maître.
Enfin, il se dirige vers la porte de l’Est où le troisième compagnon lui fait la même demande, Hiram refuse encore et le « troisième mauvais compagnon » le tue d’un coup de maillet sur le front sans avoir obtenu le mot de maître.
Ce coup porté au front, siège de l’Intelligence, de « l’harmonie sublime réalisée entre le cœur et la tête », écrit Annick de Souzenelle, détruit la vie.
Hiram s’écroule à terre, les pieds tournés vers l’Orient, la tête vers l’Occident, lieu du soleil couchant et de l’obscurité naissante, Il rend le dernier soupir.
Ainsi le maillet, symbole d’autorité, de création, lors des passages de grades, par son coup porté au front d’Hiram symbolise la mort psychique de l’homme. C’est l’AMBITION qui porte le coup fatal au front du Maître.
Le « troisième compagnon » représente donc l’Ambition sous son aspect le plus négatif et le plus borné. L’Ambition se voit dans l’usage complètement dévoyé qui est fait des outils devenus des armes, des instruments de mort. Ils ont perdu leur qualité de symboles dans les mains de ces compagnons qui n’ont pas su en pénétrer le sens.
La légende montre les risques de l’ignorance, du fanatisme et de l’ambition. Hiram perd sa vie physique (la gorge), sa vie sentimentale (le cœur) et sa vie spirituelle (le front) mais renaît (acacia) grâce à ses qualités : le Savoir, la Tolérance et le Détachement.
Comme maçon que puis-je penser de cette légende ?
Nous avons tous joué et vécu ce drame, en tant que compagnon, lors de la cérémonie de notre élévation à la maitrise, je dirais même, lors de notre initiation à la maîtrise.
Ce mythe donne conscience que le travail ne doit jamais s’arrêter. En continuant le travail, on anéanti ainsi les basses œuvres des mauvais compagnons. Chaque maçon se doit de suivre les traces du maître pour édifier son temple intérieur et combattre ses imperfections.
Les trois mauvais compagnons, représentent les épreuves que l’on rencontre sur le chemin de notre devenir. Ils représentent les imperfections dans l’être humain. Imperfections qu’il faut neutraliser, extirper ou tuer. Ils sont, en définitive, les gardiens des portes qui testeront la profondeur de notre attitude spirituelle, les défauts symbolisés par les trois mauvais compagnons coupables, ont été indispensables au drame d’Hiram, car sans eux, cette dernière initiation, celle qui doit permettre l’accès à un plan de conscience supérieur, n’aurait pas eu lieu.
Ils permettent au compagnon de se dépouiller complètement du vieil homme qui est en lui pour pouvoir renaitre sous la forme d’un nouvel Hiram, le Maitre Idéal. Hiram figure alors une partie de l’inconscient du récipiendaire, qui doit subir une dernière épreuve avant de devenir un initie accompli.
La résurrection n’est semble-t-il pas un miracle, mais une épreuve initiatique au cours de laquelle le profane vit une mort et une renaissance symbolique avant de recevoir les enseignements secrets, composés avant tout de traditions orales et d’éveil à la spiritualité.
D’après Jean Verdun, l’initiation au grade de maitre est la métamorphose du compagnon qui après avoir été soupçonné d’être mauvais compagnon, apporte la preuve de son innocence et se voit appelé à ressusciter en la personne de l’architecte.
Dans cette optique les trois mauvais compagnons ont un rôle tout à fait ambivalent. Ce sont les passions auxquelles l’initié doit savoir résister pour parvenir à son accomplissement. Elles seront toujours nécessaires à l’Homme pour qu’il puisse apprendre à travers elles, à vaincre sa propre nature et avancer sur le chemin des mystères et la perfection. Ces trois mauvais compagnons sont le sceau de notre condition d’homme. Ce sont nos compagnons d’infortune. Ils représentent le vrai défi qui nous est lancé, le devoir à accomplir envers nous même, envers les autres.
Le message des trois mauvais Compagnons, c’est la revendication de notre imperfection présente dans notre intérieur profond, ainsi qu’à l’extérieur, dans notre société.
Sans les trois mauvais compagnons, plus possible d’extérioriser, d’identifier et d’exorciser nos démons. Sans eux, les voilà à jamais intérieurs ces démons, impossible de les nommer, donc impossible de les combattre et d’apprendre à les maîtriser. Sans eux nos passions, règneraient à jamais sur nous même.
Sans les trois mauvais compagnons, plus de miroir pendant la cérémonie d’initiation. Or nous en avons bien besoin de ce miroir pour identifier symboliquement l’ennemi intérieur. Sans eux pas de vigilance. Grâce à eux, nous savons qu’en chaque initié se trouve Hiram en devenir, mais aussi qu’en chaque homme les mauvais compagnons sont là, tapis tout au fond du Moi, dissimulés dans les sombres replis de l’inconscient, prêts à surgir à tout moment, déguisés en pulsions, prêts à bondir dans notre ego.
Agé de sept ans et plus, le Maître Maçon doit utiliser à bon escient les outils mis à sa disposition (afin de construire) et non pour tuer (donc détruire).Cela nous renvoie à notre miroir, pour mieux nous connaître. Sachez que mes voyages de compagnon n’avaient pas de but précis. L’errance n’était pas loin. J’ai mis du temps à comprendre que le voyage était avant tout intérieur et que c’est avant tout moi même que je cherchais.
Recherche méticuleuse de la pureté intérieure qui métamorphose progressivement le récipiendaire en Architecte. Architecte alors éprouvé par l’ignorance, le fanatisme et l’ambition, ces trois adversaires du progrès de l’humanité.
C’est ainsi qu’après mure réflexion je comprends enfin que je possède les germes de ma destruction, je peux être mon propre assassin, par mes pensées négatives. Symboliquement je ne sors victorieux de ce combat qu’après être mort à ma chair.
Il va de soi que je vais essayer d’enfouir au plus profond de moi mon ignorance aidé par mes cinq sens. Etre conscient que l’on ne sait rien ou bien peu de chose, c’est un moyen de vaincre l’ignorance, c’est se mettre en état favorable d’acquisition de la Connaissance.
En effet, la Connaissance de Soi favorise la Tolérance et l’ouverture sur le monde extérieur. Cette nécessité de l’introspection était déjà très connue dans l’Antiquité puisque sur le fronton du Temple de Delphes était gravée cette sentence : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers des Dieux ».
Alors, Oui, je dois redoubler d’efforts pour m’instruire encore et toujours, afin de me mettre en état d’éclairer même faiblement les autres, je me dois constamment d’être debout pour combattre l’ignorance, le fanatisme, l’ambition de certains hommes avec mes humbles moyens.
Ainsi c’est en abandonnant, en élaguant des pans de mon Ego, c’est en tuant en moi, les « mauvais compagnons », que je vais modifier mes comportements et par cette prise en mains de ma conscience, relever le maître intérieur que j’ai tué. Vous l’avez compris, c’est donc à moi de transformer l’ignorance en connaissance, le fanatisme en tolérance et l’ambition en détachement.
Pour cela je dois maitriser, dominer les trois mauvais compagnons qui sont tapis au plus profond de moi et qui attendent la moindre de mes faiblesses pour ressurgir et imposer leurs dominations. Comment ? Et bien, en faisant corps avec nos symboles qui sont, l’équerre et le compas, le ciseau et le maillet, la perpendiculaire et le niveau, la règle, le levier…et bien d’autres encore, outils qui mesurent la réalité du moi, qui m’exercent à résister à mes prétentions et qui visent à me faire maintenir un comportement ou l’humilité est reine.
Grâce aux mauvais compagnons que je suis, je suis mort à moi-même, ainsi j’ai perdu tout narcissisme primitif qui rend l’homme inapte à toute « vraie Vie », à tout échange profond avec autrui. Je suis passé du stade objet, soumis à des interdits et à des tabous, au stade sujet, autonome, responsable, capable de s’aimer profondément et d’aimer profondément les autres. J’ai quitté le plan horizontal, pour être relevé sur le plan vertical par les cinq points de la Maîtrise. Je suis passé de l’équerre au compas. Les mauvais compagnons sont en moi, je me reconnais en eux comme en Hiram.
Je dois apprendre à manier la règle, en appliquant cette rectitude et cette mesure à moi-même, afin d’en connaître le véritable usage, plutôt que, dans mon ignorance, de tenter de l’imposer aux autres. Je dois m’efforcer de tenir le fil à plomb comme l’exemple d’une véritable descente en moi-même, à travers une prise de conscience de mes instincts et de mes préjugés et non comme un instrument destiné à explorer les contradictions et les frustrations de mon ego.
C’est pourquoi Très Respectable Maître et vous mes SS et mes FF Vénérables M, je vous pose la question, allez-vous me laisser dans l’Ignorance de ce qui se passe après les Loges bleues ? Allez-vous me priver de progresser sur le chemin qui est le mien et qui me conduit vers la Lumière, tout en m’assurant d’éviter toutes paroles ou un comportement Fanatique ? Allez-vous me priver de continuer à m’améliorer pour le bien de tous sans autre Ambition ?
J’ai dit.