Le Pavé Mosaïque
Non communiqué
Dans le Temple, lieu sacré, se trouve
dessiné sur le sol un damier noir et blanc
éclairé par trois lumières
posées sur trois piliers.
Ce damier, le pavé mosaïque, est une pierre
tombale, une sépulture qui semble maintenir enfoui un
secret.
Le pavé mosaïque est un espace
sacré sur lequel on ne marche jamais. On le contourne, on
tourne autour de lui. Jamais les pieds ne le foulent.
Les déplacements, lors du rituel, s’organisent et
s’harmonisent autour du pavé mosaïque.
Les déplacements lents, les arrêts, les
changements de direction réalisent une construction de
l’action au sein du rituel.
Le pavé mosaïque devient l’axe
créateur du rythme et de l’harmonie des
déplacements ritueliques.
Au sein de la Loge, notre marche, notre
démarche sont communes. Nos actions ne doivent pas
être anarchiques, désorganisées. Notre
chemin, nos avancées sont reliés dans le
même sens, autour du même axe, pour le
même but.
Ce tombeau sacré, mystérieux noir et blanc est le
principe créateur de l’organisation harmonieuse de
nos actions.
Il est le rythme. Il est la musique de nos pas et nos pas sont
à l’unisson.
Sur ce tombeau se trouve une épitaphe secrète,
cryptée en noir et blanc. Il va falloir progressivement
apprendre à lire ce message.
Peut-être qu’à certains
moments, la pierre tombale nous livrera partiellement et graduellement
son secret.
La première impression que nous pouvons avoir en regardant
le damier, est l’image de l’opposition entre le
noir, absence de couleur, et le blanc, somme de toutes les couleurs.
Cette opposition peut représenter notre pensée
rationaliste qui nomme, sépare et oppose les choses et les
êtres.
Toute tentative de définir, de
connaître une chose entraîne une dissection, une
catégorisation, un éclatement de ce que nous
voulons connaître.
Cette pensée, est la pensée de la
désunion, la pensée qui crée les
opposés et qui laisse en son centre un abîme
où nous perdons notre âme.
Mais l’épitaphe est le
résumé, le visible de ce qui est enfoui. Les
opposés sont donc ensevelis, réunis en un
même lieu. Le tombeau devient alors le lieu unificateur des
opposés créant équilibre, harmonie et
paix.
C’est d’ailleurs, autour du pavé
mosaïque, que nous réalisons ce moment
précieux de la chaîne d’union
où, dans le silence et la méditation,
naît un amour intense.
Non loin du pavé mosaïque, se trouve
le livre sacré ouvert au prologue de l’Evangile de
saint Jean. Dans ce prologue, il est dit « La
lumière luit dans les ténèbres, les
ténèbres ne peuvent l’atteindre.
».
Le damier noir et blanc, ne représenterait plus alors
l’opposition du noir et du blanc, mais le tissage qui
réalise l’étoffe de l’Etre.
Chaque être est sacré avec ses ombres et ses
lumières. Nous possédons tous cette
lumière créatrice, cette lumière
incréée. La lumière n’est
pas visible, elle donne à voir.
Dans le noir de notre corps, de nos pensées,
de nos jugements, brille pour
l’éternité la lumière
d’amour.
Le noir est visible, parce qu’il nous a
été donné la lumière. Le
noir et le blanc sont indissociables l’un de
l’autre. Nos ténèbres ne pourront
jamais détruire la lumière originelle dont nous
sommes issus.
Avant de commettre sa trahison, Judas a mangé
le pain, le corps du Christ. Dans la noirceur de son être,
brille la lumière du Christ.
Les ténèbres les plus profondes, les plus noires
possèdent la lumière.
Lorsque nous nous évertuons à trouver,
à chercher les défauts, les imperfections chez
notre voisin, nous devenons aveugles et oublions qu’il existe
au plus profond de lui une lumière qui est beauté
et bonté.
C’est cette lumière qu’il faut
s’attacher à trouver dans chaque être.
Le noir nous guide vers le blanc.
Dans le pire, il y a toujours le meilleur.
Au Nord-Est du pavé mosaïque, il
n’y a pas de pilier, ni de lumière. Il y a une
porte ouverte. Porte permettant à chacun de prendre place et
de laisser exprimer sa lumière.
Cet « Autre », si différent de nous,
avec ses noirs et ses blancs va pouvoir venir prolonger le
pavé mosaïque et participer à
l’union.
Le pavé mosaïque est alors l’expression
de l’acceptation et de la reconnaissance de l’autre
tel qu’il est, avec toutes ses différences et ses
particularités.
Créer le pavé mosaïque,
c’est unir nos multitudes, c’est vivre avec nos
différences et nous réchauffer à notre
lumière commune.
Vivre en Amour, c’est regarder son frère comme il
est et non comme nous voudrions qu’il soit. C’est
accepter ses carrés noirs, mais c’est aussi
s’émerveiller de sa lumière blanche.
Plus la lumière sera intense et blanche, plus
l’ombre sera noire. « L’ombre
des pins dépend de la clarté de la lune
» disent les moines zens.
Le pavé mosaïque nous invite alors
à l’humilité et à
l’introspection. Plus nous serons capables de nous laisser
éclairer par la lumière de nos frères,
plus nos ombres seront visibles.
Alors nous pourrons débuter un travail sur
nous-mêmes pour nous perfectionner, nous
améliorer, nous rectifier. Il peut être douloureux
de s’ouvrir à la lumière de
l’Autre, mais c’est le seul chemin qui puisse
exister pour effacer les mensonges, les illusions que nous nous
faisons. C’est en me laissant inonder de ta
lumière, que je pourrai orienter le travail de polissage de
mes noirceurs. Cette acceptation de l’Autre dans sa
totalité, ce travail de perfectibilité que nous
offre le pavé mosaïque génère
l’harmonie.
Il avait été évoqué qu’il manquait le quatrième pilier autour du pavé mosaïque. Ce pilier manquant, est peut-être celui de l’harmonie enterré dans le tombeau sous le pavé. Cette place libre que chaque frère peut occuper est une possibilité de résurrection, de sortie du tombeau en devenant la lumière de l’harmonie qui associe le bien, le beau et le vrai. Mais ce renouveau, cette renaissance, demandent du temps, du travail et de l’aide.
A chaque tenue, le pavé mosaïque
nous livre un fragment de son secret, en fonction du degré
auquel on appartient, en dévoilant le tapis de Loge
décoré des symboles et des outils qu’il
nous faudra utiliser pour atteindre la réalisation. Une fois
déroulé, le tapis de Loge efface en presque
totalité les ombres. Il est lumière et nous unit
tous dans le même travail d’édification.
Le pavé mosaïque nous donne aussi un avertissement
: A trop vouloir chercher la lumière dans les
ténèbres, nous pouvons nous laisser abuser par
l’illusion de la lumière. Dans la nuit, la lune
brille. Mais la lune n’est pas lumière, elle
n’est que le reflet de la lumière solaire.
Au milieu de nos doutes, de notre nuit obscure, de notre
quête, ne nous laissons pas piéger par la fausse
lumière du charlatanisme spirituel.
L’alouette se tue au reflet du miroir. Le reflet détourne la lumière afin de mieux masquer l’obscurité mortelle.
Enfin, le pavé mosaïque nous
enseigne l’équanimité.
Etymologiquement, le pavé est une surface de terre battue,
nivelée.
Le noir et le blanc sont au même niveau, il n’y a
pas de supériorité de l’un sur
l’autre. L’un et l’autre nous sont
donnés et nous devons les recevoir de la même
manière. Le désir et l’aversion sont
à l’origine de nos souffrances. En acceptant les
choses telles qu’elles sont, sans vouloir garder le blanc et
rejeter le noir, nous développerons la patience et
l’amour bienveillant. Cette réception
équanime des choses permet d’unir les
opposés et de découvrir ainsi la voie du
non-attachement, la voie du milieu, la voie de la non-souffrance.