Mort et initiation
G∴ B∴
1-La mort en tant que telle
a.Mort physique
i.Il ne faut pas se tromper de sujet. La Vie est infinie et n’a pas besoin de l’homme. Elle existait avant lui et continuera après lui. Par contre l’existence a une fin. Notre existence commence par la naissance et s’achève par la mort dans ce monde que nous percevons. Tout ce qui existe vit à nos yeux, mais tout ce qui vit, n’existe pas forcément à nos yeux. L’existence est enfermée dans des dimensions connues ou non du temps et de l’espace. D’ailleurs à la fin du rituel d’ouverture, le Vénérable précise, nous ne sommes plus dans le monde profane, élevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière.
b.Cette mort est donc annoncée depuis la naissance. Elle ne dépend pas de nous, de notre volonté et est inscrite dans nos gènes et nous ne pouvons pas changer notre avenir physique si ce n’est en nous comportant comme avec un véhicule, celui de l’âme peut-être….
c.Comme le dit Castaneda, tous les chemins mènent à la mort, ce qui est important est de suivre un chemin qui a du cœur
d.Par contre si l’homme passe de sa condition linéaire, horizontale, à la condition d’homme initiatique, la mort va alors ponctuer sa démarche en permanence en ce sens qu’il meurt chaque jour, et la mort physique met le point final à un beau voyage
e.L’Initiation doit nous permettre comme le disent les Egyptiens d’être un vivant de sa vie c’est à dire un être conscient de l’énergie qu’il a reçueà sa naissance mais aussi lors des diverses re-naissances qu’il a pu accomplir ici-bas. Mourir c’est naître à un autre monde et réciproquement. Nous retrouvons la Porte de l’Existence qui ne s’ouvre que d’un côté avec deux faces, la Mort et la Naissance, un peu comme Janus avec ses deux visages ou les deux Saint Jean et leurs fêtes solsticiales.
f.Il nous faut donc envisager que l’Initiation révèle à coté du corps physique, les notions d’Âme et d’Esprit. Et donc considérer que l’Esprit existe que nous l’appelions Principe, GADLU ou lui donnions un autre nomUne deuxième question se pose alors :
2-A quoi sert la mort ?
a.Utile à quoi ?
i.On pourrait se contenter de répondre qu’elle est utile pour faire de la place au vivant, à permettre la permanence de la vie ; éternelle en son essence comme précisée plus haut. Elle a aussi une utilité initiatique. Toutes les anciennes cérémonies d’initiation commencent par l’expérience de la mort (Castaneda. L’Herbe du Diable et la petite fumée, entres autres.) Ceci a évolué dans nos sociétés et les épreuves physiques ont été supprimées. Nous nous contentons d’une mort symbolique avec une prise de conscience de ces fameux symboles. Dürer sur l’un de ses tableaux fait cheminer la mort aux cotés du chevalier, comme elle doit être à nos cotés et comme le recommande Don Juan à Castaneda. En fait ce qui compte, c’est qu’en prenant conscience du caractère éphémère de l’existence, en apprenant à mourir à tout ce que nous avons l’illusion de prétendre posséder, notre existence s’en trouve transmutée et retrouveprésence et densité. La mort devient donc une conseillère et peut être utile à notre évolution de conscience. C’est en fait le seul maître qui ne nous trahira pas. Il nous suffit donc de faire face et de ne pas se bercer d’illusions. A quoi sert la mort si ce n’est à nous préparer à la vie, à moins que ce ne soit l’inverse. A nous faire passer de l’autre côté et nous faire comprendre qu’il y a en nous autant de matière que de lumière. Ne dit on pas de nous que nous sommes les enfants de la lumière et que nous avons ressenti cette petite lumière au fond de nous qui nous a poussé à frapper à la porte du temple. Ceci nous amène à l’Initiation et aux différentes étapes de passage à l’aide de la mort et non pas à cause de la mort. Mais cette dernière doit nous faire comprendre que nous vivons l’instant et dans l’instant, qu’il n’y a aucune fuite ni dans le passé (le fameux de mon temps c’était si bien…. ça c’est mort) ni dans le futurdans l’attente d’une vie meilleure, ce qui est du rêve ou autre chose que je préfère ne pas qualifier. La Naissance et la Mort marquent le commencement et la fin d’un couple indissociable que sont la matière et l’esprit. Et au final la mort est un passeur qui n’existe que pour nous faire passer d’un monde à l’autre
b.Initiation
i.Dans deux opéras de Mozart, il est question de la mort. Dans Don Giovanni, ce dernier veut défier le Commandeur en l’invitant à sa table et dans la Flûte enchantée existe la mort symbolique de Tamino. Dès le rideau levé apparaît le serpent, symbole des peurs cachées dans notre inconscient. A sa vue, le profane Tamino va s’évanouir. Son évanouissement est l’image de la mort symbolique du profane, mort préalable à sa renaissance à la vie spirituelle. La mort du serpent signifie aussi celle des tentations humaines et elle permet à Tamino d’accéder aux marches du Temple pour entreprendre ses voyages initiatiques.
ii.Ou commence cette initiation et quels sont les rapports avec la mort. Il y sera question de vieil homme, de crypte et encore une fois de mort et de porte à franchir. La mort sera aussi présente durant le rituel d’initiation, sous l’aspect du frère assassiné. Malheureusement, souvent l’initié ne le découvre que lors de l’initiation d’un nouveau candidat, mais ne comprend pas toujours la signification de sa présence.
iii.Une porte est naissance et mort, parce qu’on la franchit vers un inconnu et qu’on ne se retourne jamais sur ce qu’on a laissé. Il faut mourir à l’état précédent. La fonction de chacune est d’harmoniser et de construire celui qui la passe. Elle se franchit en esprit, hors du temps, pour aller vers l’éternité. Il faut entrer en se laissant dehors, car rien ne peut être ajouté au paradis.
3-Pour l’Initié, quelle est la place de la Mort dans son existence et dans la Vie
a.Pour l’initié, l’homme est composé de trois parties : le corps, l’âme et l’esprit. Lors du décès, le corps se décompose et retourne à la matière terrestre. L’esprit, de nature incréée ne disparaît pas ; il retourne à sa source, la lumière divine. L’âme, partie subtile et invisible peut accompagner l’esprit dans certains cas. La disparition physique n’est qu’un passage obligé, un changement d’état. Elle peut ouvrir à la découverte de nouvelles dimensions, en fonction de la conduite de l’existence. L’initié sait que son corps est périssable. Il se préoccupe donc de l’évolution de son âme et de l’élévation de son esprit afin de les faire se confondre lors de l’ultime passage, avec la source qui est la Lumière du Principe. Il se transforme de l’intérieur et combat la vision binaire qui se manifeste par un entraînement vers le bas, le véritable néant.
b.C’est l’aspect sethien des Egyptiens, ou luciférien du Christianisme. Ce combat est symbolisé par le chevauchement du tigre ou la domination du dragon. Pour cela, il n’y a qu’une seule méthode efficace : la mort. Elle est la mère des initiés, celle qui prépare la conception d’une nouvelle vie, autrement dit la Veuve qui ressuscite le Maître. En sacrifiant le vieil homme, l’être renonce à sa petite existence individuelle pour plonger dans la vie. Il donne son existence pour la sauvegarde du corps communautaire. La mort est indispensable à la continuité du vivant. Si elle n’existait pas, la vie ne pourrait se perpétuer (Si le grain ne meurt…). La fleur disparaît pour donner naissance au fruit, le fruit pour la graine ou semence, la semence pour une nouvelle naissance. Et ce, depuis l’origine jusqu’à la fin des temps. Ce qui se passe au plan végétal vaut pour le plan animal et pour le plan humain, avec toutefois cette différence que l’homme possède une raison consciente, l’esprit, et un principe animateur, l’âme, qu’il peut diriger, s’il le veut, afin de les rendre immortels.
c.En Alchimie, la mort s’appelle dissolution. C’est la première et la plus importante des opérations de l’Œuvre. Celui qui en découvre le mystère voit s’accomplir la putréfaction et détient le plus grand secret du monde. La mort est liée à l’humilité, à la simplicité, à la pauvreté en esprit et au non-vouloir. Cette pauvreté qui a un pouvoir alchimique, est celle qui crée un vide demandant à être comblé. Cela consiste en de permanentes prises de conscience des obstacles intérieurs sur tous les plans de l’être, matériel, affectif, mental et même spirituel (fanatisme), et des moyens de les dominer. La plupart des traditions y font référence avec comme objectif la réalisation du Principe divin dans l’esprit de tout homme. L’initié vit de multiples morts tout au long de son existence, afin de renaître à chaque fois sous une forme de plus en plus épurée. Il se rapproche ainsi de la Loi d’Harmonie qui dirige le monde.
4-Le Maître et la Mort.
a.Nous sommes face à la rencontre qui fait basculer le Compagnon initié aux petits mystères dans les grands mystères. La mort illustre parfaitement le mythe d’Hiram. Nous entrons de plain-pied dans le mythe d’Hiram, que nous n’avons peut-être jamais quitté d’ailleurs mais que ce degré éclaire d’un journouveau.
b.Si Hiram n’était pas mort, le temple aurait été achevé et les Compagnons auraient changé de chantier comme c’était le cas au temps des Cathédrales.
5-La mort d’Hiram est un processus nécessaire. Elle ouvre la porte de la Connaissance et nous oblige à passer dans le cercueil ou sarcophage qui est un milieu régénérateur où s’opère le processus de résurrection, afin de pouvoir nous servir de la planche à tracer, du compas et de l’équerre. Il est le Maître assassiné présenté dans le rituel d’initiation. Il est donc perceptible dès le premier instant de la voie, bien qu’impossible à comprendre à ce moment. La mort d’Hiram est le sujet central de toute méditation initiatique.
6-Passer à l’Orient éternel
a.Mourir, c’est franchir la porte d’Occident. Le soleil, absorbé à cet endroit par le ciel, ne peut renaître à l’Orient que si son parcours a été vécu en justesse et rectitude.Il en est de même pour l’homme.
Les Initiés Passés à l’Orient Eternel, sont des êtres exceptionnels entrés vivants dans la mort, devenus ici-bas de la même nature que l’Orient. Le seul devenir réussi de l’initié est de mourir de son vivant, de devenir lumière, de retourner en conscience, réellement, à la lumière. Il y a alors identification avec l’Initié éternel, unique, principiel. On n’est jamais certain d’y parvenir. La mort physique n’y contribue en rien. Ils ont réalisé « le verbe s’est fait chair », et leur puissance ne disparaît pas avec leur corps physique.Ils sont devenus un maillon de la Tradition en ayant enrichi la conscience universelle et en ayant participé à la genèse permanente. Ces êtres ont laissé une trace qui montre le chemin. Leur lumière nous précède : ils sont présents dans la communauté initiatique, car l’Egrégore de la Loge est constitué de tous ceux qui ont imprimé une pensée dans le trésor de la loge.Il ne s’agit pas d’un souvenir car ils continuent à vivre, faisant toujours partie effective de la communauté, sans aucune discontinuité. Ce sont par exemple les Patriarches de la Bible, ou les géants sur les épaules de qui les initiés actuels sont montés et qui leur permettent de voir plus loin. L’éveil de conscience est illimité. Tout est transmis par eux ; c’est pourquoi le Vénérable Maître, à l’ouverture des travaux dans le rituel du Rite Initiatique Traditionnel Ecossais dit : « Venez chercher cette lumière que m’ont confiée les Initiés Passés à l’Orient Eternel, mais toujours présents parmi nous ».
J’ai dit