Qu’est ce qu’un franc-maçon ?

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Sous son apparente clarté, voici une question qui, à la réflexion, ne m’apparait pas si simple.

Sur le plan exotérique, externe, dirais-je, un Franc-Maçon est tout simplement une personne affiliée à une obédience maçonnique. Il a prêté un serment lors d’une cérémonie solennelle où il a été admis comme membre. Il assiste régulièrement à des réunions appelées « tenues », pratique la fraternité vis-à-vis de ceux qu’il reconnaît comme ses frères, et, fait preuve, autant qu’il le peut, d’ouverture d’esprit et de tolérance dans sa vie quotidienne. Il s’efforce de prendre conscience de ses défauts et de se perfectionner, d’éliminer en lui tout dogme ou préjugé acquis sans réflexion. Il oeuvre à cela, avec l’espoir d’être, ensuite, en mesure d’agir avec justesse dans le monde.

Chaque tenue est un moment de partage où, après une mise en condition opérée par le biais d’un rituel solennel, les soucis de la vie quotidienne sont mis de côté, et où un travail commun de construction s’opère. Le F M s’enrichit des autres, de leurs points de vue différents, voire opposés au sien. Et peut-être, cette méthode de pensée portera-t-elle d’autres fruits dans la vie quotidienne.

Voilà comment on pourrait, par exemple, résumer les choses, de manière profane, pour répondre à cette question.

Bien sûr, on n’a cerné en rien l’essence des choses. On a peut-être décrit un F M, mais certainement pas défini.

Pour nous, il s’agit d’une sorte d’évidence. Nous nous pensons chacun, F M. Les autres F F de notre atelier le sont : nous les reconnaissons comme tels. Les F F visiteurs que nous recevons le sont tout autant, car engagés dans un cheminement initiatique qui n’est peut-être pas le nôtre, mais qui y est en tout point semblable, car se rattachant à une même tradition.

Pour définir ce qu’est un F M, il nous faut donc certainement retourner le point de vue, voir les choses de l’intérieur.

A cette question, l’instruction au premier degré répond : « C’est un homme libre et de bonnesmeurs, également ami du riche et du pauvre, s’ils sont vertueux ».

Un homme libre et de bonnes meurs ? N’était-ce pas déjà la condition qui lui était déjà demandée, profane, pour être admis aux mystères et privilèges de la Franc-Maçonnerie. Libre, car engagé librement, de sa propre volonté et sans contrainte aucune. De bonnes moeurs, car
se comportant comme un être humain digne et responsable.

Mais, ici, malgré les mêmes termes, il ne s’agit plus ici de la même chose.

Que veut dire « libre » ? Réponse : « L’homme libre est celui qui, après être mort aux préjugés du vulgaire, s’est vu renaitre à la vie nouvelle que confère l’initiation ».

Le F M est donc celui qui a reçu l’initiation issue de notre tradition maçonnique, qui elle-même remonte du fond des âges à ce qu’on pourrait appeler LA Tradition. On est ainsi fait F M en nous inscrivant dans une chaine symbolique issue de cette tradition, et en recevant
symboliquement la Lumière.

« Recevoir la lumière » ! Le décrire en termes concrets n’aurait aucun sens et ne saurait que le dénaturer, puisqu’une telle chose se vit de l’intérieur. Il s’agit d’une rupture dans la continuité de la vie, comparée à un dépouillement suivi d’une renaissance. D’une ouverture à une autre
manière de percevoir, de penser. « D’une modification ontologique du régime existentiel » comme le définit bien pompeusement Mircéa Eliade.

Recevoir la lumière donne symboliquement la liberté. Celle de penser par soi-même en libérant son esprit des entraves des pensées toutes faites. Celle d’agir en domptant ses passions.

Mais, si l’initiation est porteuse d’émotion, et que pour cela, elle prend sens en nous, elle n’a bien sûr pas le pouvoir de changer un homme en l’espace d’une soirée !

René Guénon distingue ainsi entre l’initiation effective et l’initiation virtuelle. Pour lui (je cite) « le rattachement à une organisation traditionnelle régulière suffit pour l’initiationvirtuelle, tandis que le travail intérieur qui vient ensuite concerne proprement l’initiationeffective, qui est en somme, à tous ses degrés, le développement « en acte » des possibilitésauxquelles l’initiation virtuelle donne accès ». C’est l’ascèse initiatique.

Mais l’initiation elle-même porte tout en germe puisque nous nous sommes engagés par serment, « à travailler sans relâche », à « aimer les F F » et à les « aider ». Il n’y a donc pas d’autre issue que d’être un vrai Franc-Maçon, sauf à être parjure. L’ascèse initiatique et le travail ne sont que la juste conséquence du serment, et non quelque chose en plus.

Loin de nous entraver, ce serment nous donne au contraire la vrai liberté, non celle de faire n’importe quoi selon la fantaisie de nos passions, ce qui serait le contraire de la liberté pour notre être, mais la liberté intérieure, de juger, de penser, d’agir plus vrai.

De simple moellon extrait de la carrière, le profane est devenu un Franc-Maçon, une pierre brute apte à la taille, en passe de devenir par le travail une pierre taillée.

« Quel est le lien qui nous unit ? » demande l’instruction au premier degré. Réponse : « LaFranc-Maçonnerie ».

L’initiation est une création de liens qui résulte du serment prêté.

Un lien d’abord avec une tradition. En ce sens, celui que nous reconnaissons comme F M est notre égal au vu de celle-ci.

Ensuite un lien avec les F F, d’abord avec les F F sa loge, et plus généralement les autres F M, le lien de Fraternité. Ce n’est bien sûr pas un échange de services, c’est un don. Un devoir dont l’exercice n’a rien du fardeau d’une obligation imposée.

Enfin avec soi-même. Et là, après l’égalité et la fraternité, il s’agit bien du devoir d’user de la liberté qui nous a été donnée.

Emprunter le chemin initiatique, être F M, c’est opter volontairement et pour le reste de sa vie dans un état de cherchant.

L’initiation vise à nous délivrer, à dégager en nous ce qui est esprit, mais elle ne peut le faire qu’en nous confrontant à des obstacles et à des épreuves, en suivant un chemin long et
difficile.

Elle nous permet d’entrer dans la voie. Mais c’est à nous seul qu’il appartient de la suivre, à nous seul qu’il appartient par notre effort et notre volonté, de passer de l’initiation « virtuelle » à l’initiation « réelle », de transformer notre serment en une réalité, notre vie en un chemin de connaissance et ainsi d’être de véritables initiés, digne de notre qualité de F M.

V M, j’ai dit.

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