Les Trois pas de la Marche du Maître
O∴ D∴
« Que peuvent signifier les pas de la marche du Maître ? » Demande t-on dans l’instruction au 3 éme Degré.
R : Tandis que les pas de l’Apprenti et du Compagnon se font au ras du sol, ceux du Maître enjambant le corps d’Hiram, décrivent une courbe qu’on trace avec un Compas : C’est donc le passage de l’Equerre au compas, du domaine du tangible à celui des idées.
Dans un ancien catéchisme interprétatif du grade de Maître il est demandé :
A quoi se rapporte la marche que vous avez exécutée ?
R : A la révolution annuelle du Soleil à travers les signes du zodiaque.
Pourquoi ne comporte t-elle aucun arrêt ?
R : Car elle est aussi l’image de la vie terrestre, qui se précipite d’un seul élan de la Naissance à la Mort.
Quel est des lors l’objet de la Maîtrise ?
R : Chercher le Maître qui est en nous à l’état de cadavre inanimé, faire revivre le mort, afin qu’il agisse en nous.
Ayant ébauché lors de mon dernier travail « le passage de l’Equerre au Compas », les trois thèmes que j’ébauche ce midi sont la Naissance-la Vie-la Mort.
Il s’agit de trois thèmes biens distincts, partant d’un commencement et s’acheminant à une fin en passant par une solidification intermédiaire, couronnement d’une Maîtrise affirmée dans les trois pas au-dessus du cercueil d’Hiram.
Naissance, Vie, Mort : ce ternaire peut correspondre aux 3 grades symboliques.
L’Apprenti se développe pour naître à une vie nouvelle, le Compagnon est outillé pour vivre.
Quant au Maître, il a vécu en acquérant de l’expérience, mais il décline et doit se préparer à mourir.
Là, je citerais O.W : « On naît avec le mystère au ventre, on vit avec l’illusion au cour et l’on meurt sans avoir toujours bien compris pourquoi on est venu.
La Naissance
La naissance par l’initiation est l’occasion de sonder les profondeurs les plus intimes de soi dont St Jean nous encourage à en rechercher tout l’Amour même qu’il révèle.
Rien n’est plus normal en regard de nos mystères que de rapporter le geste créateur à l’essence la plus personnelle de soi, de la naissance par l’initiation.
Si la création prend facilement à mes yeux des dimensions d’abîme dans l’espace et le temps, abîme dont le maçon que je suis, émerge peu à peu, c’est à l’abîme de soi qu’il faut en appeler, et à rien d’autre, pour saisir dans sa source l’aventure prodigieuse qu’est devenue pour moi ma participation à l’ordre maçonnique.
Dans l’abîme de soi, c’est son essence même, qui prend conscience du lien étroit établi entre la Naissance, la Vie, la Mort.
Trinité troublante à laquelle il faut se résoudre si l’on veut découvrir en maçon la raison d’être de notre ordre en tant qu’ouvre créatrice universelle.
Notons que 3 est le nombre créateur.
O.W « Mourir à ce qui est inférieur, pour renaître à une vie supérieure, tel est le thème fondamental de toutes les initiations. »
Le mot naissance a la même origine que celui de nature, il provient du Grec « physis » formé à partir du verbe qui signifie devenir, aller vers un achèvement, promet un devenir, des transformations à un ensemble d’actions qui forment le secret de la vie.
Il y a dans le secret de la vie le mystère qui appartient à l’essence de notre ordre, désignant le temps de la Parole.
Il faut du temps à la parole pour venir : ce qu’elle dit est appris, dans une écoute du monde et d ‘autrui lors de notre période d’apprentissage.
Mais tout n’est pas accompli.
Nous avons encore à nous laisser ajuster à la vie renaissante de l’initié dans laquelle nous sommes déjà, mais que j’entends, vois et touche si peu ou si mal.
La Vie
L’enjambement du cercueil peut signifier la difficulté qu’il y a à vivre car qu’est-ce que la Vie sinon l’avancée permanente, constante et inéluctable vers la mort physique et corporelle.
L’avenir, mais aussi le passé, peuvent perdre leur signification : si nous nous sommes battus, si nous avons travaillé, souffert pour disparaître, à quoi bon ?
L’impuissance révoltante qui accompagne la conscience de la mort ne se comprend que sur fond d’une compréhension du temps et de soi.
Il ne semble qu’il n’y ait pas d’autres alternatives à la maîtrise de son avenir ou à la mort, symbolique ou réelle.
Angoisse, impuissance et révolte minent irréductiblement les assises spontanées de nos vies, mais elles ne sont pas pour autant insensées.
Elles balisent un chemin, un chemin de vérité sur soi même dont les épreuves peuvent se révéler libératrices.
Nous ne savons pas, en effet, ce qu’est notre image réfléchie dans le miroir du 1er degré et que nos frères nous tendent pour progresser dans la recherche de la Vérité, de la Vie.
Car avec l’initiation, vivre n’est plus seulement subir l’existence mais c’est prendre possession de sa vie, décider d’en être le propriétaire, de la conduire comme on l’entend, mais en sachant ou l’on va.
« Ceux qui ne cherchent pas le sens de la vie, perdent tout simplement leur vie » lit-on dans le livre de la sagesse hindoue.
Le mythe d’Hiram a du être mis en ouvre de façon progressive par les 1er F.M spéculatifs, avec le sentiment que la vie est une construction, tant collective qu’individuelle, d’où le symbolisme de l’architecte.
La lumière que chacun peut recevoir et transmettre brillera toujours.
Cette considération peut calmer mon inquiétude face à la Vie et dissiper mon angoisse devant la Mort.
Nous devons vivre de manière à laisser derrière nous un dynamisme de bien, héritage plus précieux que celui sur lequel les impôts perçoivent ses droits.
Cette « succession » immatérielle s’ouvre d’ailleurs au bénéfice de tous ceux qui savent en profiter.
La Mort
La Mort c’est l’étrangeté absolue.
Que peut-on en penser ?
La diversité contradictoire des réponses(résurrection, réincarnation.), dévoile une résistance infranchissable.
On ne peut savoir. L’esprit s’y brise, impuissant, et pressent sans se l’avouer la vacuité des représentations dans ce fouillis de significations que l’on perçoit dans les diverses interprétations.
Mais ce que nous appelons la Mort ne commence pas avec la fin de la vie physique et les dégénérations qui en découlent.
Il n’y a pas d’initiation sans Mort, ni d’avancée sur la voie sans que ce qui était disparaisse pour pouvoir accéder à un nouvel état d’être et de vision et de compréhension du monde.
C’est mourir à moi-même, mourir à mes passions pour m’élever.
Tant que je serais prisonnier de mes passions terrestres, de mon ego, je ne peux pas m’élever pour atteindre mon autre Moi.
On ne se connaît que lorsque l’on se dépouille de toute prétention positive, de toute démarche utilitaire, de toute approche concrète de soi, bref, la connaissance ne peut trouver d’achèvement, car il faut mourir et mourir à soi pour connaître cette valeur plus haute qui pousse Hiram à refuser d’accéder aux exigences des mauvais compagnons.
Pour l’initié, alors que pourtant la mort continue à régner sur l’existence, l’Amour devient le signe mystérieux que la mort est défaite : la chair quitte les os.
C’est donc une mission que le Maître reçoit et accepte avec d’autres et pour d’autres depuis le début de ces 3 pas, vécus comme une exode intérieur, qui commence par le cabinet de réflexion.
C’est ici que je trouve et vit la véritable solidarité, celle faite des FF Maçons : dans l’univers d’alliance, je peux espérer passer au-delà du « Je »
Du cote des hommes aussi, car que sais-je de ma nuit ?
Il y a peut être en elle un « moi » enfoui.
Un « moi » recompose dans l’Homme épars dont nous parlons en Loge.
Les 3 pas du Maître, là est la différence de la mort profane de celle rituelle.
Le jeune Maître, que je suis, se rend compte qu’il ne peut rien ramener à lui.
Il n’est centre ni de l’univers, ni de la société, ni de son couple, ni même de sa propre existence.
C’est en ce sens qu’on peut parler de » mort à soi même ».
Mais ce n’est pas la Mort de soi même, c’est celle de l’égoïsme et des prétentions, c’est la condition de l’adhésion à la véritable « Vie »
L’Amour de l’Autre n’est alors vécu que dans le refus de la possession et de la domination.
J’aurais du être plus compréhensif. Je sais bien, en effet, pour avoir à le vivre, qu’il faut de la patience et du temps pour défaire les nœuds qui nous maintiennent prisonniers.
Pas seulement les nœuds de l’orgueil, de l’égoïsme ou des pulsions charnelles, mais les nœuds de l’esprit qui se nouent dans l’imagination de celui qui cherche.
Par nos 3 pas, on hésite de s’embarquer trop vite sur des chemins dont on pressent les embûches.
Peu désireux d’abandonner ce qu’on a cru déjà comprendre, on hésite à intégrer un nouvel élément qui nous contraindrait à tout remodeler.
Ce n’est pas nécessairement de la peur.
C’est peut-être aussi de la prudence, car il n’est pas sérieux de s’aventurer dans un désert sans boussole.
Il faut du temps pour s’équiper avant de faire le pas décisif.
Entre l’initié et le non initié, la différence n’est pas une différence de sentiments, car on peut vivre la maçonnerie au cour du doute.
On ne prouve pas la présence du G.A.D.L.U., on ne prouve pas non plus son absence.
Mais on peut éprouver très réellement l’une et l’autre.
Je ne suis maître de pas grand chose et pas toujours de moi-même.
Je me sais libre et responsable, mais je ne détermine que peu ce dont je suis responsable.
Les occasions, les rencontres, l’action des autres, les évènements aussi hasardeux soient-ils peuvent commander.
Alors, aujourd’hui, j’essaie de retrouver cette attitude d’acceptation positive en vivant pleinement le jour qui passe, en acceptant de ne pas savoir ce que sera mon lendemain, tout en le préparant de mon mieux, c’est ce que j’appelle l’espérance.
J’essaie de vivre la fraternité pour aller à la rencontre de l’Amour absolu.
Je suis conscient de ma fragilité, mais fragilité n’est pas impuissance.
Le dépouillement n’est pas forcément signe de mort. Il peut être l’occasion d’une vie plus intériorisée.
C’est une difficulté qui peut-être source d’un bien. J’ai là, l’occasion de creuser mon sillon, d ‘approfondir ma quête initiatique.
Le temps qui passe m’invite à réfléchir sur mon propre parcours.
Si je le fais dans l’honnêteté de la lucidité, je deviendrai plus indulgent pour les autres.
J’accéderai à la possibilité de pardonner au lieu de réchauffer les vielles rancunes.
Un vrai pardon qui dit oui à la Vie de toutes ses forces.
Le cercueil déposé au pied de l’Orient est une invitation à se mettre en route vers l’Amour, plutôt qu’une réponse.
Je suis donc en route dans mon propre chemin, que je débroussaille peu à peu en marchant vers ma mort, dans l’espérance que ce jour là le G.A.D.L.U. aura du talent.
Mais, au regard de l’Ordre, l’élan de croissance de ma condition humaine n’est pas brisé par la mort : Non parce que je vais renaître une énième fois pour continuer à croître, mais parce que, à ce moment là, je ne suis pas abandonné à moi même, le G.A.D.L.U est présent.
Et c’est seulement dans le cadre de cette relation entre le G.A.D.L.U. et moi que je peux espérer réaliser la plénitude de mon potentiel.
J’ai dit.