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Chevalier de Scandinavie

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En quoi le récit et l’hermétisme du rituel du 34ème degré Philosophique « Chevalier de Scandinavie », dont le socle puise largement dans la mythologie nordique, justifie chronologiquement qu’il soit le pont entre le 33ème degré du Suprême Conseil et l’exorde du Souverain Sanctuaire ?



Le 34ème degré Philosophique « Chevalier de Scandinavie » met en œuvre la première des cinq séries constituant le Souverain Sanctuaire, celles qui forment les Grands Consistoires.

Tout d’abord une remarque : la question posée parle d’une justification « chronologique ». En fait, il n’y a pas de justification chronologique spécifique pour le lien entre le 33ème degré et le 34ème degré de la franc-maçonnerie tout comme il n’y en a pas pour aucun des degrés précédents. Les degrés de la franc-maçonnerie sont en effet organisés selon une progression symbolique et initiatique plutôt que chronologique.

D’autre part, la question parle de « l’hermétisme » de ce rituel. L’Hermétisme est une tradition ésotérique qui est d’origine Egyptienne et qui remonte à l’Antiquité. Elle a des liens avec la science, la philosophie, la religion et la magie. Là encore, il ne s’agit pas d’hermétisme au sens de la philosophie du même nom mais plutôt d’hermétisme dans le sens d’ésotérisme ou d’occultisme.

Par ailleurs, il n’y a pas de lien direct entre l’Hermétisme et la mythologie nordique en ce qui concerne le 34ème degré de la franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie utilise des symboles et des rituels empruntés à diverses traditions, y compris la mythologie, la religion, la science, l’art, etc. pour enseigner des leçons morales et éthiques. Les degrés supérieurs de la franc-maçonnerie, tels que le 34ème degré, utilisent des symboles et des rituels ésotériques pour enseigner des vérités plus profondes sur la vie et la connaissance.

D’autre part, le Rite Ecossais Ancien et Accepté est un système de degrés maçonniques qui n’est pas directement lié aux rites égyptiens qui sont quant à eux un ensemble de de pratiques plus ou moins mystiques qui ont été associées à l’Égypte ancienne. Le Rite écossais est quant à lui un système qui a été développé au 18ème siècle et est basé sur les traditions et les pratiques de la franc-maçonnerie telle qu’elle existait en Écosse à cette époque.

Toutefois, une façon de lier la franc-maçonnerie de rite écossais à la mythologie égyptienne est de regarder les similitudes entre les deux systèmes. Les deux systèmes de croyance mettent fortement l’accent sur l’importance des secrets et sur une structure hiérarchique d’initiation et de progression. Les deux présentent une croyance dans le pouvoir spirituel des symboles et l’idée d’une vie après la mort. De plus, les deux systèmes mettent l’accent sur l’importance d’une puissance supérieure et sur le potentiel d’apprentissage et d’amélioration de soi. C’est en ce sens que le rite écossais et les rites égyptiens ont des degrés ou des niveaux d’initiation, et que les deux utilisent des enseignements symboliques et allégoriques pour transmettre des leçons morales et éthiques. Mais il est important de garder à l’esprit que ces similitudes ne sont pas des connexions directes, mais plutôt spéculatives.

Pour l’histoire, il convient également de noter que le rite de Memphis-Misraim, qui prétend être une renaissance d’un « rite ancien et primitif » est basé sur ce lien supposé entre le rite égyptien et le rite écossais. Cela dit, il n’est pas reconnu par la franc-maçonnerie dominante et il est considéré comme ne faisant pas partie de la structure maçonnique dite « régulière ».

Il n’est pas courant d’utiliser des histoires et des symboles de la mythologie nordique dans la franc-maçonnerie. Certains rites maçonniques de haut degré utilisent des symboles et des histoires tirés de différentes traditions, y compris la mythologie nordique. Les symboles et les histoires utilisés peuvent varier considérablement selon l’obédience maçonnique et la juridiction en question.

On notera avec intérêt que jusqu’à présent, les rituels de la Franc-Maçonnerie traditionnelle ont été basés essentiellement sur l’histoire judéo-chrétienne de l’Europe. Les références chrétiennes en général et christiques en particulier sont nombreuses à tous les niveaux ainsi que celles liées à la religion juive qui culmine dans le 13ème degré avec la cosmogonie des Sephiroth.  Le rite de Memphis-Misraïm qui nous fut apportée d’Italie au 18ème siècle en fait là une exception en ce sens qu’il fait renvoi à une cosmogonie égyptienne dont Cagliostro en a fait ses références. Mais gardons à l’esprit que pour Cagliostro, son rite est dit « égyptien » parce qu’il se réfère idéalement à l’Egypte certes, mais à l’Egypte des premiers siècles c’est-à-dire copte, l’Egypte des premiers chrétiens. On gardera dès lors à l’esprit qu’un rite maçonnique dit « égyptien » est un rite qui recourt à la mythologie en général certes mais surtout grecque et biblique.
Ce 34ème degré se départi de cette pratique en ce sens que c’est la première fois que le Franc-Maçon rencontre sur son chemin initiatique une autre cosmogonie que celle judéo-chrétienne rencontrée jusqu’alors. Il s’agit de la cosmogonie nordique qui a pour caractéristiques principales d’être particulièrement proche de la nature comme nous le verrons ci-après. La description qui est donnée dans le rituel du 34ème degré de la cosmogonie nordique est toutefois extrêmement simplifiée : en effet, la cosmogonie nordique est extraordinairement complexe et la description ci-dessous est volontairement épurée.

Celle-ci nous est communiquée via les Eddas, qui sont sans doute l’une des œuvres majeures de la littérature médiévale islandaise, nos seules sources d’information à ce jour sur la mythologie nordique.

Ils sont composés de deux recueils : le premier d’entre eux, l’Edda poétique est un recueil de poèmes scaldiques. L’Edda poétique rassemble une trentaine de poèmes rédigés en vieux norrois : des textes mythologiques mettant en scène les dieux du panthéon nordique, mais également héroïques. Deux textes se détachent du lot : les « Havamal » qui exposent l’éthique Viking par l’intermédiaire de Odin, mais surtout la « Voluspa », récit de l’histoire mythique du monde, de la création au Ragnarök ou fin du monde . Son auteur reste inconnu.

Le second est l’Edda de Snorri ou Edda en prose. Il a été écrit par Snorri Sturluson, l’un des plus grands auteurs des temps médiévaux, et grand homme islandais. Sturluson écrivit son Edda pour les scaldes.

Pour la cosmogonie nordique, le monde crée est constitué par l’Yggdrasil, l’arbre-monde sacré sur lequel repose les neuf royaumes qui composent l’univers.  Yggdrasil signifie littéralement le destrier d’Igg, autre nom d’Odin. L’Yggdrasil est représenté comme un immense if ou frêne avec trois racines reliant trois mondes différents (Ásgard, Midgard et Niflheim).

L’origine du monde est assez obscure : au but de celui-ci existait une vache nommée Audhumia, née de la glace et de « l’aurore du temps » qui ayant léché du sel engendra le premier des dieux  appelé Buri qui eut un fils nommé Bor, le deuxième dieu. Bor eut trois fils : Odin, Vili et Vé qui construisirent Asgard après avoir créé les êtres humains. Les dieux y érigèrent des temples : douze en tout et que l’on fait correspondre aux 12 signes du zodiaque, chacun avec sa divinité tutélaire. Ils y installèrent également des forges, frappèrent le minerai et fabriquèrent des outils

Le royaume de Niflheim quant à lui, existait bien avant la création du monde des humains. C’est l’un des deux lieux originaux de l’univers, le royaume du froid, l’autre appelé Muspellheim étant son opposé, le monde du feu. C’est de la rencontre du froid de Niflheim et de la chaleur de Muspellheim au-dessus d’un vaste gouffre si profond que son fond était inconcevable et qui séparait les deux mondes qui est à l’origine de la naissance du monde connu.

Parmi les neuf royaumes, l’un d’entre eux attire l’attention : Midgard, le royaume des humains le seul visible par les Humains. Situé quelque part au milieu d’Yggdrasil, Midgard se trouve entre le pays de Niflheim la terre de glace au nord et Muspellheim, la terre de feu au sud.

Midgard est entouré d’un océan, infranchissable habité par le grand serpent de mer Jörmungandr, qui est si grand qu’il peut encercler le monde entier avec sa propre queue. Ce concept est similaire à celui de l’Ouroboros.

Un des aspects particulièrement intéressant de l’Yggdrasil est le fait qu’il est l’hôte d’animaux divers avec en particulier l’aigle qui représente les idées de beauté, de force et de prestige. L’aigle, capable de s’élever au-dessus des nuages et de fixer le soleil, est universellement considéré comme un symbole à la fois céleste et solaire, les deux aspects pouvant d’ailleurs se confondre. L’aigle est aussi un chasseur redoutable.

Il y a aussi une chèvre qui produit un hydromel qui nourrit les dieux et les guerriers d’Odin, et cinq cerfs dont l’un nommé Eikthyrnir, qui a les cornes qui ruissellent d’eau qui tombe dans l’Hvergelmir, nom qui signifie « source chaude » et qui se trouve au centre de Niflheim. Aussi surnommé le « chaudron hurlant », c’est de la rencontre entre la lave et la glace que naissent douze rivières présentes à l’origine du monde.

Enfin, il y a un écureuil nommé Ratatosk qui va et vient sans cesse entre le serpent (ou plus précisément le dragon) Nídhögg, qui dévore une des racines de l’arbre cosmique et un autre nommé Veðrfölnir qui survole celui-ci. Ceci montre un concept intéressant du point de vue philosophique où l’on voit une créature vouer son existence à vouloir détruite la création dont elle fait partie.

L’écureuil quant à lui rapporte les paroles haineuses des dragons à l’aigle, et vice-versa. Encore une fois, voilà bien un exemple d’une manœuvre bien humaine qui consiste à entretenir la discorde entre des personnages potentiellement dangereux pour soi-même pour avoir la paix car en effet, tant que l’écureuil continuera son manège ni les deux dragons ni l’aigle de s’occuperont de lui.

Avec la mythologie nordique, cette percée vers une cosmogonie fondamentalement différente des récits judéo-chrétiens rencontrés jusqu’à ce jour est indicative d’un changement de paradigme dans la quête initiatique du Maçon.

Le 33ème degré, connu sous le nom de Suprême Conseil, est généralement considéré comme le dernier degré de la maçonnerie symbolique, tandis que le 34ème degré, connu sous le nom de « Chevalier de Scandinavie » est le premier degré de la maçonnerie écossaise, qui est considérée quant à elle comme une extension de la maçonnerie symbolique. Ainsi, le lien entre les deux grades est plutôt symbolique et initiatique, et vise à enseigner des leçons morales et spirituelles à travers des histoires et des symboles de la mythologie nordique

Le 34ème degré Philosophique de la Franc-maçonnerie, « Chevalier de Scandinavie », est donc un grade important dans la structure de la Franc-maçonnerie, car c’est un grade charnière. Le rituel qui l’accompagne, riche d’hermétisme et de récits symboliques, introduit les membres de la Franc-maçonnerie à des concepts plus avancés et plus symboliques, qui seront développés dans les grades ultérieurs.

En effet, ce degré se concentre sur les enseignements sur la sagesse, de la sincérité et de l’honneur. Les membres du 34ème degré appelés « Chevaliers de Scandinavie » sont considérés comme des guides spirituels pour les autres membres de la maçonnerie, sensés travailler sur l’amélioration de leur propre vie spirituelle et sur l’aide à d’autres membres de la maçonnerie à atteindre le même niveau de compréhension spirituelle.

En général, le 34ème degré Philosophique de la Franc-maçonnerie dit « Chevalier de Scandinavie » est considéré comme un degré dont les membres sont très engagés envers les principes spirituels et moraux de la maçonnerie. Les enseignements du 34ème degré incluent la recherche de la vérité, la justice et la sagesse, ainsi que la compréhension de la nature humaine et de la place de l’individu dans l’univers en plus d’évoquer également des concepts tels que la chevalerie, le courage et le sacrifice, concepts que l’on a cependant déjà rencontrés dans les grades dits « chevaleresques » du 18ème au 30ème degré.

Par ailleurs, il est incontestable que les récits de la mythologie nordique présentés dans le rituel sont beaucoup plus proches de la nature que peuvent l’être la cosmogonie chrétienne ou celle des séphiroth rencontrée en particulier au 13ème degré.
Cette vision de la mythologie nordique très lié à la nature nous met là bien plus proche du chamanisme, qui prône une connexion entre celle-ci et notre propre conscience et dont les enseignements peuvent aider les membres à mieux comprendre la place de l’être humain dans l’univers et à atteindre une plus grande harmonie intérieure et paix spirituelle.

Le 34ème degré Philosophique de la Franc-maçonnerie joue donc un rôle clé dans la progression des membres de la Franc-maçonnerie vers des niveaux de compréhension plus élevés de la philosophie maçonnique. En effet, le rituel représente une forme d’initiation et de passage à un niveau de compréhension spirituelle et intellectuelle plus haut, ce qui en fait le lien parfait entre les degrés inférieurs su Suprême Conseil et le Souverain Sanctuaire.

Y verrait-on là les prémisses de ce que le Maitre de la philosophie Egyptienne – j’ai nommé Cagliostro – appelait le « Secret des Secrets » ou Arcana Arcanorum ?

J’ai dit.

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