Les Larmes d’argent
J∴ A∴
Les larmes d’argent ne m’ont pas particulièrement inspiré mais m’ont surtout servi de prétexte si j’ose dire. Je tenais à remercier Marie Christine pour son cadeau empoisonné.
Essayons de camper le décor :
Notre M Hiram vient d’être assassiné par trois compagnons qui voulaient posséder le mot des MMsans en avoir les capacités ;
Le cadavre du M est retrouvé.
Le mythe n’aurait pas eu besoin d’aller plus loin si nous étions resté dans la notion de sacrifice.
La mort d’Hiram Abi liée étroitement à la notion du sacrifice devait permettre au nouveau M de renaître tel le phénix.
Or le corps de notre vénéré Msous les directives du roi Salomon est transporté dans un pré tombeau ou il sera gardé par des gardiens ayant pour rang des lévites.
Nous sommes donc en deuil et conformément à la tradition hébraïque nous pleurons le disparu, même si on doit se rappeler qu’ Hiram Abi n’est pas juif.
Le tombeau est alors tendu de noir et les draps mortuaires sont constellés de larmes d’argent.
Parler seulement des larmes d’argent dans un tel contexte me paraît incomplet aussi j’associerai divers symboles.
Les larmes L’argent Lamort Le deuil Les ténèbres le noir Le silence La lumière L’espoir
Ces symboles peuvent ils m’aider à me réaliser ? Vais je trouver au 4ème degré leurs significations et les voies de recherche personnelle ?
C’est pourquoi il m’a paru nécessaire de reprendre chacun de ces symboles et d’essayer d’en trouver leur signification. J’entends que le symbole reste autant que faire se peut, maçonnique sachant que je n’inventerai rien si ce n’est de les faire miens et d’en tirer un maximum de richesses personnelles en me rapprochant si possible de la symbolique du 4ème degré.
Comme dans tout décès le réflexe inné de l’homme se traduit par verser des larmes.
Pleurer !pourquoi des larmes ?
Peut on concevoir que se soit le seul élément créateur de ce mécanisme.
Pourquoi les larmes font du bien ? Nous pleurons tous !
De chagrin, de douleur, de rire, de plaisir les exemples sont multiples pour chacun des termes abordés. La larme est le vecteur de l’émotion. D’ailleurs les dictons populaires, souvent empreints de philosophie, nous le rappellent : « Pleure un bon coup, ça te fera du bien »
La question que l’on peut alors se poser. Est ce la larme elle-même qui agit comme un baume miraculeux ou bien le pleur libère t il nos tensions ?
Toujours est il que ce phénomène, même si sur le plan physiologique n’est pas réellement connu, apporte, ou tout au moins accompagne, le soulagement de notre esprit dans un silence intérieur.
Pour ce qui concerne notre propos ces larmes sont de plus argentées.
Ce qui sur le plan symbolique m’amène à lier ces larmes au métal « argent » hautement apprécié des alchimistes qui le décrivent comme un corps pur, presque parfait.
Il convient de souligner que ce métal dans sa valeur alchimique estpresque parfait ; Ce qui sous entendque le parcours entrepris est loin d’être arrivé à son terme.
Encore une fois l’argent à ce degré a été préféré à l’or. Christian Guigue précise à ce sujet : « que l’argent ne peut être considéré comme une lumière partielle, en opposition à l’or puissance ignée dans l’alliance feu-puissance-création, mais comme la couleur de la lune. En effet, dit- il, l’argent apparaît dans l’ordre de la création en premier et avance que la germination s’opère toujours dans l’obscurité sous influence de la lune et non celle du soleil. »
Cette position me convient assez bien puisque je m’imagine effectivement dans le tombeau du Mdans uneobscurité baignée par quelques lueurs des rayons lunaires propice au recueillement. Je ne sais si cela me ramène à ma propre gestation, à un retour sur moi-même. Pour ce qui me concerne c’est toujours dans cette douce obscurité que je me réfugie lorsque je ressens le besoin de me refaire une santé psychologique, lorsque les aléas de la vie m’agressent.
Les larmes soulignent aussi la présence d’eau, élément générateur de vie, transformateur, qui dirige aussi bien vers la vie que vers la mort, vers la lumière ou les ténèbres.
« L’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande lumière commence à paraître » dit notre rituel.
Cette eau purifie au plan sacramentel tel le baptême dans la religion catholique qui doit laver le péché originel.
Il me semble que cette pratique n’a pour but que de faire entrer ce nouveau baptisé dans une communauté spirituelle soumise aux règles et devoirs qui en découlent.
Il en est de même pour nous franc maçon qui nous engageons dans une voie dans laquelle aucune place ne peut être faite à l’hypocrisie. En effet être baptisé ne saurait en aucun cas donner le statut de chrétien réalisétout comme le maçon qui ne respecterai pas la voie tracée du respect des devoirs et des serments. Ce serait trop simple si unesimple ablution pouvait exonérer de la faute.
D’ailleurs le rituel nous annonce dès l’ouverture des travaux le chemin à emprunter en plaçant le MSdans l’observance des vertus.
Mais dois je pour autant rester dans une faute non lavée ?
Effectivement, je peux être considéré comme le compagnon responsable de la mort d’Hiram, Dois je rester confiné dans la culpabilité ?. Certainement pas, ce sentiment inutile puisqu’il ne peut influer sur le passé, ne laisse qu’amertume et rien ne saurait être construit sur ce socle de sable.
Encore faut il vouloir faire mourir le passé. La mort devient ainsi un élément majeur dans la remise en cause de soi.
peut on aborder le mythe de la mort au niveau maçonnique, sans au préalable se replacer au grade de Mau 3ème degré.
c’est à ce grade que nous sommes pour la première fois confrontés à la mort.
En effet nous déplorons la mort du Met nous pleurons sa disparition. Est ce l’essentiel ?
Je ne le pense pas !
Il me semble même en ce qui me concerne, qu’il y ait une méprise sur les conséquences de sa mort. Les trois compagnons veulent le mot des MM L’histoire aurait pu se terminer ainsi. Or nous sommes à la recherche de la parole perdue. Pourquoi cette ambivalence si ce n’est pour nous engager sur un plan différent.
Il convient donc, non plus de se lamenter sur la disparition d’Hiram, mais bien de comprendre le message sous jacent de la connaissance
Le 4ème degré, nous fait prendre conscience de notre imperfection et sur le travail que nous devons engager pour corriger notre devenir.
Effectivement nous sommes dans une loge de perfection !
Donc à l’évidence nous sommes là pour nous perfectionner. Vaste programme puisqu’il nous entraîne notre amélioration sur le plan moral, comportemental et spirituel.
Je ne sais pas ou se situe la perfection, c’est une notion subjective. je crois plutôt que notre recherche doit se limiter à diminuer son imperfection
Mais le M Hiram est mort et nous sommes en deuil.
Nous avons tous connu avec plus ou moins d’intensité émotionnelle le décès d’un être cher et de ce fait nous avons vécu un deuil.
Pour ce qui me concerne ce fût, il y a maintenant trois ans, la mort de ma mère.
Bien évidement ce fut une grande souffrance ettristesse, je venais de perdre l’être le plus cher à mon cœur : la femme qui m’avait donné la première lumière ; celle du jour, celle qui devait me permettre d’engager ma vie.
La rupture loin d’être brutale, puisque ma mère était atteinte de ce que l’on appelle communément une longue maladie, m’est apparue aussi comme une délivrance, aussi bien pour elle que pour moi.
Il me restait la douleur de la séparation de l’être aimé, sans aucune possibilité de retour. Il fallait que j’intègre le fait que je devrais ne plus voir, entendre ; sentir, toucher ; cet être d’amour.
Mais également je sentais que cette mort avait délivré ma mère de ses souffrances et de ce fait de mes propres souffrances.
J’ai longtemps eu un sentiment profond de culpabilité, me disant que’ cette façon de penser était pour un fils aimant, la négation même de l’amour filial.
Depuis les choses se sont remises en place acceptant le passage vers un autre absolu.
Cette épreuve vécue me laisse penser qu’aujourd’hui je me trouve dans une situation quasi similaire lorsque je me retrouve gardien du tombeau du MJe vis la mort de deux façons différentes. une me permettant de l’appréhender avec souffrance et une autre de la considérer comme une libération me laissant toute l’opportunité de me construire et de me poser les questions essentielles, fondamentales à ma destinée humaine !
On ne peut se consoler de la mort d’un être que l’on aime, on ne peut le dissocier de l’absence physique irréversible.
Cela nous ramène à notre propre mort et nous fait prendre conscience de notre condition de mortel et de l’au-delà de cette mort qui accorde plus de valeurs aux vertus et connaissances spirituelles.
Il ne faut pas se leurrer, tout MSdevient un lévite et tout comme lui je devrai essayer de comprendre la relation entre le divin et le monde.
Ce n’est pas dans le temple que se situe la divinité mais dans la nature et la création tout entière qui constitue son temple universel.
Beaucoup de portes devront être ouvertes et notre moi baigné de lumière
Le rituel d’augmentation de salaire le précise explicitement : le bijou du MSest une clé d’ivoire portant la lettre Z sur son panneton qui signifie éclat de lumière nous ramenant à la plus simple humilité pour porter un regard critique sur nous même.
Peut on en symbolique aborder la mort sans évoquer l’œuvre au noir alchimique ?
Je cite Jung qui s’exprime sur cette philosophie :
« Cette curieuse faculté de métamorphose dont fait preuve l’âme humaine et qui s’exprime précisément dans la fonction transcendante, est l’objet essentiel de la philosophie alchimique de la fin du Moyen Age »
Aussi il rapproche sa thèse sur l’existence de l’inconscient humain de cette doctrine propre à l’évolution de notre esprit à la transformation dynamique.
A titre d’exemple sur cette invitation au changement il avance qu’une dépression n’est pas qu’une simple souffrance mais un passage obligé à l’élargissement de nos horizons un peu dit il comme la chenille qui passe de la chrysalide au papillon.
Cette façon de penser me convient assez bien puisse que j’y trouve le mécanisme d’évolution universel.
Nous sommes mortels et nous entrons dans un cycle de transformation. Chaque pas que nous ferons en avant laissera derrière nous cette notion de mort.
Peut on évoluer sans cet éternel recommencement. j’aurais tendance à écrire ce terme différemment en re-commencement. Revenir à son point de départ, c’est-à-dire revenir à son point de départ, non plus en reprenant l’action effectuée en asseyant de la reprendre, mais bien en commençant de nouveau ; autrement, de façon nouvelle, faire en sorte de Re-créer.
Alors dans ces conditions les décors de deuil ne doivent pas nous attrister ni nous apeurer mais accepter tout simplement que l’inéluctable, le passage obligé deviennent la nouvelle source du « parvenir » à la connaissance du soi.
La mort est silencieuse, silence du tombeau lieu où la parole est totalement absente !
Cela nous ramène a méditer sur le silence. Est ce la non parole, le vain bavardage ?
Pratiquement tous les mythes fondateurs placent le silence comme un argument fort dans toute démarche initiatique.
La notre ne peut faire exception à cette réalité. En effet comment peut on concevoir avancer dans le tumulte aussi bien interne qu’externe.
Cela de prime abord parait clair. Mais il est vrai aussi que la parole me rassure.
N’ai-je pas parfois peur de l’absence de bruit. J’ai besoin d’entendre les autres, m’entendre cela me rassure il me semble que celame permet d’exister. je me sens moins seul, plus fort.
Je me doute que ce n’est pas la bonne méthode puisque comme précédemment indiqué la vision de moi-même doit impérativement passer par une écoute plus intime de mon ego. Il va falloir que j’intègre ce qu’est la parole intérieure ;voir en moi.
Aujourd’hui j’ai l’impression que j’ai, comme le dit le dicton populaire, l’air et non point la chanson. J’ai le mode d’emploi mais pas la compréhension de l’ensemble du texte. En quelque sorte je mesure la longue marche qui s’ouvre devant moi.
Je vais essayer de m’accrocher et de faire mien ce que dit Euripide sur le silence :
« Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence ».
Comment conclure un tel propos sur le symbolisme des larmes d’argent. ?
D’abord peut être une prise de conscience sur la tâche quasi incommensurable de la recherche de mon perfectionnement !
Trouver le chemin, ce qui n’est pas une sinécure.
Si aujourd’hui des larmes sont versées elles ne peuvent l’être que par moi-même. Non pas sur un triste constat mais au contraire des larmes de joie puisque l’on me donne au travers des outils, du rituel du 4ème degré la possibilité de peut être mieux comprendrede mieux me comprendre.
Je dois user de mon jugement critique, intégrer autant que faire ce peut notre méthode maçonnique et faire en sorte que les larmes fussent elles d’argent n’obscurcissent pas ma vue, mais au contraire nettoient mes yeux pour voir plus clair.
J’ai dit TFP
« Les plus douces émotions, comme les plus violentes jaillissent par les yeux et les larmes se fraient, entre silence et musique, un chemin inédit où tout peut se dire, où tout demeuresecret. Elles coulent, les larmes, elles s’effacent aussi, rappelant que le plus précieux de l’être ne peut être capturé et que la douleur et le bonheur sont fugaces : reste ce flot de vie ou d’oubli, reste cette source claire. »
« Pleurer, c’est reconnaître et aimer en soi cette source mystérieuse et intarissable. L’amour ne sèche pas les larmes, il les invite, il les rend éclatantes. Il n’apaise pas, il exalte. »