L’Idée sous le Symbole
T∴ F∴ P∴ M∴
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ORDO AB CAHO
DEUS MEUMQUE JUS
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs
Généraux du 33ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France.
T F P M et vous tous mes FF MM SS
ORDO AB CAHO
DEUS MEUMQUE JUS
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs
Généraux du 33ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France.
T F P M et vous tous mes FF MM SS
, deux mots clés qui sont soumis à notre réflexion :
–Le symbole, perçu par les organes sensoriels, appartient au domaine du tangible,
–L’Idée, quant à elle, gravite dans la sphère de l’imaginaire, de l’intellect,de l’abstrait.
Apparemment, tout sépare ces deux polarités qui semblent appartenir à des mondes antagonistes : matériel / immatériel, concret / abstrait, esprit / matière…
Pourtant, si l’on se réfère à la sentence du rituel :
«Tu t’efforceras toujours de découvrir l’Idée sous le Symbole»,
une relation existe entre eux. Sous la contingence (matérialité) du symbole, une Idée se cache, sans doute en hibernation; il faut soulever la Pierre pour que l’Idée sous-jacente fleurisse. Mais cette intervention réclame un effort de « toujours», car le trésor semble bien enfoui. Mais l’invitation est là – cherche et tu trouveras– sous la forme perceptible du symbole, tu exhumeras d’autres formes plus subtiles, plus belles… d’une petite graine idéelle, pourraitnaître un arbre immense :
–Le chêne, arbre mythique, qui, dans nos contrées représente Sagesse, Force, Beauté.C’est à l’ombre, d’un grand chêne que le bon roi Saint Louis rendait la Justice.
Carl Gustav Jung a eu l’occasion de nous entretenir de ces images archétypes contenues dans l’inconscient collectif… Ce tableau allégorique que nous venons de décrire,se retrouve, en maçonnerie, au centre des loges symboliques, où l’arbre – fil à plomb, qui relie le Ciel et la Terre, traverse perpendiculairement le pavé mosaïque, lui-même encadré des piliers Sagesse, Force, Beauté…et, dans l’ombre nord-est, invisible,… sans doute, la Justice ?!
Souvenons-nous des images figurant dans nos vieux livres d’histoire. Saint Louis est le personnage principal, il représente la Justice séculière ; pour l’écolier, que nous fûmes, le chêne emblématique n’a pas encore dévoilé tout son mystère ; l’idée générale de cette représentation reste purement terrestre.
Le maçon perçoit ce tableau émané de la psyché humaine, sous un autre angle.Dans son système symbolique, l’Arbre devient l’objet principal ; dans son épure la plus parfaite – le fil à plomb, ou la perpendiculaire – il exprime le grand symbole de la Verticalité.
Avec le perpendicule, nous passons du plan horizontal au plan vertical ; de l’immanent au transcendant. L’Axis Mundi intègre et dispense, à la fois, toutes les vertus…et conduit à ce que Platon appelait la Beauté, le Bien. Le Bien est l’Idée suprême et souveraine, source de toutes les autres Idées.
Ainsi, contrairement à ce que nous aurions pu penser, le couple « Idée / Symbole » vit en parfaite intelligence, pour qui sait le percevoir.
Unesymbiose, dont nous tenterons d’établir ce que, chacune des parties apporte à l’autre et en quoi elles peuvent nourrir le cherchant que nous sommes.
En ce qui concerne plus particulièrement les Idées, du grec eidos, elles renvoientà l’essence et aux formes des êtres, à leur nature essentielle, par opposition à l’existence, le fait d’être.
L’Idée et son concept ont donné lieu à de nombreuses controverses philosophiques au cours des âges.
Pour faire court, citons deux écoles :
A tout seigneur tout honneur, citons Platon qui est le promoteur de la théorie des idées ; mais comment résumer sa pensée en quelques lignes sans le trahir ?
·Pour Platon, au IVème siècle avant notre ère, les Idées ne sont absolument pas de vagues représentations subjectives sur quelque chose, mais c’est le réel suprême. l’Idéepréexiste à la matière. Il existe un Monde intelligible, le monde des essences. L’essence est première. L’âme, donnée aux hommes à leur naissance, entretien des liens de parenté étroits avec le monde intelligible, domaine des idées. L’âme est une plaque de cire sur laquelle viennent s’imprimer les idées extérieures venues à l’homme, qui, à sa mort, retourneront à l’Idée Suprême – le Grand Géomètre.
Une théorie qui, en l’état, a survécu plus de 1 000 ans, à son découvreur, et qui continue à nous habiter.
De nos jours, la conception générale de l’idée est complètement libérée du divin ; l’âme y a perdu sa place.
L’idée, autopsiée, analysée, décortiquée devient « une représentation de l’esprit, un objet de l’univers intérieur humain qui s’appuie et se construit à travers des images diffuses et oniriques. L’idée n’existe que si elle est exprimée, autrement elle reste une partie d’une élaboration mentale (proche de la conscience »).
·Une de ces écoles de pensée est représentée, au XXème siècle, par le courant existentialiste. A l’inverse de Platon, J.P. Sartre dira que l’existence précède l’essence. Les idées non exprimées s’éteignent, à jamais, avec le défunt. Avant lui, Héraclite disait, déjà : « Rien ne résiste à la ruine ».
Un débat philosophique qui perdure sur la prééminence des choses immatérielles sur la matière. Un Maçon Régulier qui ouvre ses Travaux A.L.G.D.G.A.D.L’U devrait se sentir plus proche d’un Platon.D’autant plus qu’il n’opposait pas ces deux mondes, il les distinguait car faisant parti d’une totalité cosmique, un grand tout.
Mais il est vrai que, l’idée, pour prendre vie, exister et prospérer, est tributaire d’une fonction communicante adaptée à l’homme, à son environnement naturel et à son univers culturel.
Par expérience, nous savons que la langue parlée, tout comme l’écriture, rendent imparfaitement l’expression des images idéiques subliminales.
Un orateur, pour être mieux perçu de son auditoire, ajoute à son discours un jeu complexe d’artifices redondons : différence de tonalité, mimiques, gestuel, silence…
D’où la nécessité, d’un langage à la fois universel et synthétique pour exprimer, en le réduisant à l’essentiel, les réalités les plus riches et les plus complexes.
Très tôt, l’homme, dans son humanité balbutiante, avait trouvé la réponse en fixant dans ses peintures rupestres, le grand questionnementde son rapport avec la nature environnante et les puissances invisibles perçues intuitivement.
L’Idée conduit la main de l’Artiste qui révèle l’extrême richesse du réel.
L’image devient symbole, il est le « révélant » des idées révélées intérieurement.
Par le trait, nos hommes primitifs se comprenaient et comprenaient leur nature, le visible et l’invisible, ils se situaient dans la totalité de l’univers, et trouvaient leur place entre les réalités sensibles et intellectives.
Ce que C.G. Jung devait confirmer : « Le symbole est la meilleure figure possible d’une chose relativement inconnue que l’on ne saurait donc tout d’abord désigner d’une façon plus claire ou plus caractéristique…»
L’idée, dans sa forme symbolique sensible, devenait l’expression la plus adaptée pour conduire la pensée, et par le jeu des associations d’idées élargir et enrichir la réflexion.
Cicéron, citant la pensée de Platon sur ce monde à la fois multiple et un, devait écrire : « dans une maison, il y a des pièces et dans chaque pièce un sujet représenté par des symboles : étoile, planète, arbre, etc…qui permettront, passant de l’une à l’autre, de trouver d’autres symboles représentant une idée ».
L’Idée est source de la Connaissance et le symbole qui l’accompagne assure la transmission laissant à chacun le soin d’y apporter son supplément d’âme.
Il n’y donc rien d’étonnant, à ce que l’Idée, présence rayonnante, se manifeste dans le symbole, présence reliante, dans sa forme sensorielle compréhensible de tous, ou du moins de ceux en capacité de l’appréhender.
Le symbole, comme l’idée, alui aussi revêtu des habits différents, dans la Grèce antique ; c’est, au 4ème siècle de notre ère, avec les Pères de l’Eglise qu’il s’entoure d’un voile ésotérique et touche au sacré, et, au 19ème siècle, l’école Positiviste, avec Auguste Comte lui retire tout espoir de s’interférer dans la destinée humaine.
De nos jours, le symbole ne recouvre pas la même signification en toutes circonstances :
–les termes relatifs à l’imaginaire sont victimes d’un certain amalgame ;image, signe, allégorie, symbole, emblème, parabole, mythe, figuresont indifféremment utilisés l’un pour l’autre. Pour Platon, déjà, le « symbole » était synonyme de « signe » ou « indice ».
–on y ajoute, à l’envi, des termes, plus récents, comme les « logos », la signalétique en général et les panneaux routiers en particulier qui sont porteurs d’un seul sens ; des signaux qui sont par nature univoques, alors que nous l’avons vu précédemment, le symbole est par essence plurivoque et arborescent.
–Ce vocable s’enrichit d’autres signes conventionnels et algébriques auxquels on y adjoint le nom d’hommes célèbres : A pour Ampère, J pour joules, N pour Newton, Ω pour Ohm…, le spirituel a disparu, les idoles dela recherche matérielle le remplace.
Le concept de Symbole se prête, donc, à tous les usages et à toutes les confusions ; les dictionnaires usuels sont loin de nous éclairer et chacun y va de son interprétation personnelle.
A qui la faute ? Sans doute à « Dia-Bolo le Diviseur », ce petit diable à l’esprit trompeur qui a élu domicile dans l’hémisphère gauche du cerveau. Le centre où se construisent les grandes théories, et où l’on met, en équation, la création et l’explication de l’univers.
C’est la partie du cerveau la plus sollicité depuis le 19ème siècle. L’enseignement moderne y a puissamment contribué avec au bout le diplôme de la réussite sociale.
Son frère « Sum- Bollonle Rassembleur» a trouvé refuge dans le lobe droit domaine de la sensibilité, de l’intuition. Le pays de la vie intérieure que fréquentent les muses et les artistes… Ilappelle à un approfondissement de notre propre existence, ce à quoi s’attache la maçonnerie : rassembler ce qui est épars.
Notre diablotin avec son outil séparateur, le diabole, a creusé un sillon frontalier entre les deux hémisphères, jetant le trouble et la désunion là ou aurait dû régner l’unité.
Sur un même objet, l’arbre en l’occurrence, le Scientifique analysera ses propriétés physico- chimiques et nous parlera de ses qualités naturelles. Rien de transcendant, en cela, malgré le nombre important de symboles scientifiques qu’il emploiera.
La vision du poète sera différente. Il écrira si l’objet lui fait signe. Le signefait signe, il devient alors signifiant. Du dialogue avec celui-ci, il dégagera de son âme l’idée suggestive, le signifié que chacun reçoit avec plus ou moins d’intensité.
Nous citerons, pour l’occasion, quelques mots de notre poète provençal :
« Un arbre, c’est fort, c’est capable de soutenir tout le poids du Ciel avec ses branches, de relier ce ciel aux profondeurs de la Terre, tout en nous apportant la fraîcheur et la beauté dont le Ciel nous emplit ».
Le macrocosme rejoint le microcosme. Un microcosme où l’homme et l’arbre possède de nombreuses correspondances.
De ce petit texte, deux écrivains apportent leur éclairage sur la relation du couple Idée / Symbole :
–D’une part, Marie-Louise AUCHER qui écrit « La Nature, la Création… voire, l’Eternel, créent les symboles pour communiquer avec l’Homme mais ces signes sont aussi inscrits en nous dans la mesure où la Nature existe avant nous ».
–Et, Jean Moréas de rajouter: « la poésie symbolique cherche à vêtir l’Idée d’une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer l’Idée, demeurerait sujette »
Ce qui est vrai pour la poésie ou la peinture, l’est aussi pour la musique qui est capable de transporter et faire vibrer à l’unisson une salle entière dans des moments de grandes émotions communicatives.
Mais attention, aux élans émotionnels. Ils peuvent alourdir les esprits, corrompre la nature intrinsèque du symbole et conduire à des dérives.
Le symbole peut-il devenir objet de division ? Ou alors, tout le monde est-il capable de le recevoir ?
Prenons l’exemple de l’image biblique de la « Jérusalem Céleste », symbole et célébration de la rencontre de Dieu et des hommes. Dieu est lui-même la ville éternelle d’en haut qui descend pour aller vers celle d’en bas, celle des hommes.
L’Idée divine a pris du plomb dans l’aile en ces temps troublés,et la « Jérusalem Céleste » s’est bétonnée de ciment armé.
Aujourd’hui, on se tue pour ses idées. Des idées reçues, forgées par des mots d’hommes.
« Tu ne prendras pas les mots pour des Réalités ou des mots pour des idées» pourrait nous servir de conclusion, mais au quatrième degré terminons sur une note d’espoir.
« L’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande lumière commence à paraître »,le ciel s’éclaire, la nature se colore ; quel bonheur pour le pèlerin, de se mettre en route, de se pencher sur la beauté de l’Univers dans la grande multiplicité de ses formes.
« Le Bien est l’invisible qui fait voir » disait Socrate.
De même que le soleil est source de lumière sensible, de même le Bien est source de lumière intellectuelle. Il nous donne à la fois la lumière et la vie. Il habite le Maître Secret dans sa quête de la Parole Perdue.
Son chemin ascensionnel qui s’enroule autour de l’Arbre de Vie, est pavé de symboles, chacun porteur de « multiples idées », autant de phares qui le guide.
Pour l’aider dans son difficile voyage initiatique, le Maître Secret a eu pour viatique l’enseignement symbolique qui progressivement l’a allégé de toutes ses scories humaines et grandi en esprit.
Devant le Saint des Saints, la verticale le traverseen ses trois centres vitaux :
·le cerveau, centre de la raison, qui par son activité intellectuelle le libère de son animalité ;
·l’âme qui indique le degré d’évolution spirituelle de l’individu sur l’échelle céleste ;
·le cœur, irradié de générosité envers son semblable ;
car il a pris conscience de l’étincelle divine qui l’anime et ne demande qu’à croître en lui ; une étincelle de vie présente en tout homme qui en fait son frère, à qui il doit Amour et Respect.
Sans oublier la terre et le Ciel que nous avons en partage.
J’ai dit