L’Un et le Multiple – En To Pan
D∴ L∴
A LA GLOIRE DU
GADLU
Au Nom et sous la Juridiction
du Suprême Conseildes Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33° et dernier Degrédu Rite Ecossais Ancien et Acceptépour la France
Ordo ab Chao
Deus meumque Jus
Trois fois Puissant Maître, et vous tous mes FMS
L’Un et le Multiple
En To Pan
Au Nom et sous la Juridiction
du Suprême Conseildes Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33° et dernier Degrédu Rite Ecossais Ancien et Acceptépour la France
Ordo ab Chao
Deus meumque Jus
Trois fois Puissant Maître, et vous tous mes FMS
L’Un et le Multiple
En To Pan
Je reconnais avoir été profondément égaré par ce sujet, qui me fut communiqué la première fois sous l’intitulé « La Loi Unique et Multiple ». Pendant près de 4 mois, je me suis focalisé sur le premier terme, « La Loi », plongeant dans la tradition hébraïque, essayant de démontrer l’universalité des Tables (et non pas de la Table d’Emeraude), avant de m’apercevoir que j’étais hors-sujet. La prise de conscience m’est venue à l’occasion d’un voyage en Crète, lors d’une visite à la grotte de l’Ida. C’est en étudiant la « Théogonie » d’Hésiode, (poète épique, contemporain d’Homère) qui raconte la création du monde, avec la naissance de Gaïa (la Terre) et de d’Ouranos (le Ciel), que je me suis penché sur le lieu de naissance de Zeus et sa place dans cette dramaturgie/mythologie. Rappelons que Zeus, fils de Cronos, lutta avec l’aide des Cyclopes contre les Titans et les Géants qu’il précipita au-delà des enfers dans les profondeurs de l’abîme. Il supplanta alors définitivement son père, devenant le Roi des Dieux, et l’obligea à restituer ses frères et ses sœurs autrefois dévorés. Par tirage au sort, il effectua le partage du Monde et s’octroya les cieux. Il devint ainsi le Dieu Universel, le « Père des Dieux » et le « Père des Hommes », présidant à toute destinée, qu’elle fut humaine ou divine. D’après Porphyre, philosophe néoplatonicien du III° siècle disciple d’Origène puis de Plotin à Rome, Pythagore passa 3 fois 9 jours dans ce sanctuaire de Zeus en Crète. Je ne me suis pour ma part que resté 2 heures dans ce lieu mythique.
Ce petit rappel historico-mythologique peut paraître anecdotique, mais j’aurais tendance à penser qu’il a vraisemblablement orienté la philosophie grecque (les présocratiques notamment) et l’ontologie (de ontos, être et logos, science) occidentale. Qu’est ce que l’Un vers lequel on nous invite à nous tourner ensembles ?
Parménide d’Elée, de l’école de Pythagore, qui eut pour disciples Empédocle d’Agrigente et Zénon, fut le poète philosophe qui affirma la voie de « l’Etre Un » (je cite Simplicius), et qui considère, d’après Aristote (Métaphysique, A, v, 986 b 18) « que s’ajoutant à l’Etre, le non Etre n’existe pas, nécessairement l’Etre est Un et il n’existe rien d’autre »; mais quid du multiple ? Parménide nous apporte une réponse lumineuse : « mais, forcé de tenir compte des phénomènes et de reconnaître que, si le point de vue de la raison exige l’Un, le point de vue de la sensation exige le Multiple, il pose derechef deux causes et deux principes, le chaud et le froid, autrement dit le feu et la terre. Et parmi ces principes, il range le chaud dans la catégorie de l’Etre et l’autre dans celle du non Etre ». Cette interprétation d’Aristote oppose à l’exigence de la raison selon laquelle l’être est, l’inexistence des non-êtres. Ainsi l’équation éléate entre le penser et l’Etre exprimerait-elle l’impossibilité de concevoir autre chose que l’Etre. Est-il besoin de préciser aux cartésiens que nous sommes, que l’expression « Car mêmes choses sont et l’Etre et le penser » ne signifie pas que le sujet soit une chose pensante dont l’existence est appréhendée par l’acte même de penser. L’intention de Parménide n’est pas de nous proposer une base du cogito. Elle signifie, comme le relève Plotin (Ennéades, V, I, 8), que l’activité de l’intellect est impuissante à saisir autre chose que ce qui est, de telle sorte que tout ce qui n’est pas, à savoir aussi bien les multiples que le passé et le futur, se situe en dehors de toute pensée intellectuelle et ne relève pas de l’opinion ou des sens.
Mais avant de développer la pensée de Plotin, philosophe néoplatonicien du III° siècle, exposons les bases du raisonnement qui vont permettre à Platon, dans son « Parménide », de tenter de résoudre l’opposition théorique de l’Etre et du non-Etre : Il va former l’hypothèse de l’Un, origine de tout Etre. Platon, dans ce qui semble toujours des spéculations théoriques, ose une thèse : l’Un est Etre ou n’est pas Etre, et il analyse toutes les conséquences logiques qui découlent de ce tiers exclu. Dans un dialogue ultérieur, « Le Sophiste », Platon développe sa réflexion et aborde le problème de la séparation et de la participation : comment être le même et l’autre à la fois ? Enfin dans « Le Timée », il propose une solution à ces contradictions : il fait intervenir un démiurge (démiourgos, créateur du monde) et le monde sensible apparaît comme la copie immuable du Principe.
Plotin signe une rupture avec la tradition platonicienne et la pensée grecque dans son ensemble : l’Un est ce qui engendre toutes choses sans être engendré par autre chose, ou plutôt et en un sens très particulier, il est ce qui s’engendre lui-même en toutes choses. C’est une hypothèse singulière et osée, d’un principe qui procède lui-même de lui-même, d’une cause de soi dont la pensée ne peut jamais rendre compte. Plotin assume, dès lors que l’Un, ou ce qu’on nomme imparfaitement l’Un, est un principe dont il n’est pas de connaissance possible : ni l’Intellect (ou l’Etre-Intelligence) qui vient immédiatement après lui, qui est la première existence à laquelle donne naissance la puissance illimitée de l’Un, ni a fortiori l’Ame (ou Ame-Monde) que l’Intellect engendre, ne peuvent saisir par l’activité réflexive ou intellective une puissance qui se dérobe à toute saisie objective. L’Un est la puissance absolue, à la fois illimitée et simple, dont il ne peut y avoir de perception que compréhensive, en ce sens particulier que s’est en s’unifiant eux-mêmes, en retrouvant eux-mêmes l’Unité dont ils procèdent, que l’Intellect ou l’Ame pourront s’unir à l’Un comme leur bien (Traité 9, VI, 9, 6, 10-15). C’est dire que l’Un n’est jamais connu que par et en autre chose que lui, comme la première puissance, la première cause de l’existence, de le bonté comme de la beauté de tout ce qu’il a engendré. A ce stade, toutes choses procèdent de l’Un et le multiple apparaît comme une dégradation de cet état principiel idéal vers lequel tous les individus aspirent à revenir et vers lequel ils se tournent.
L’ontologie grecque, jusque dans ses prolongements néo-platoniciens et même modernes, est explication du passage de l’Etre aux étants. Les concepts d’Etre, d’étants, mais aussi ceux d’état, d’essence, d’existence découlent de cette dialectique. C’est aussi la conséquence d’une conception du cosmos, comme formant le Tout, En To Pan (l’Un le Tout), qui englobe l’Etre et les étants multiples puisque tout est dans l’Un. L’homme ne peut espérer se fondre dans son Créateur. Tout au plus, l’accomplissement suprême est dans sa contemplation. C’estla conception orthodoxe des religions monothéistes : il n’est qu’un Dieu. Volontairement, je ne développerai pas les aspects théologiques des religions judaïque ou chrétienne. Ce serait nous emmener assez loin, et je ne suis pas sûr de plus, de réussir l’exercice. On peut cependant relever, sur un plan ésotérique, que Jean l’Evangéliste, dans son « Prologue » pose l’Archè, le Principe, l’Un dont tout procède et qui donne naissance au Logos divin. De celui-ci provient la Vie, qui donne elle-même naissance à la Lumière des hommes, c’est à dire aux âmes individuelles.
Ces conceptions et ces définitions portent cependant un risque en germe. Celui du totalitarisme du concept de l’En To Pan, voire du totalitarisme religieux, le dogmatisme. En réfutant et détruisant la philosophie des sophistes, Platon et les platoniciens ont pris un risque. Les sophistes avaient en effet découvert que les valeurs ne valaient rien en elles-mêmes, et c’est à partir de là qu’ils ont défini une orientation véritablement philosophique, en établissant que ce qui fait la valeur d’une valeur, c’est d’être acceptée, non d’être vraie. Toute idée est une idée reçue. C’est la vie qui l’emporte. Souvenons nous de la question nietzschéenne : si c’est autre chose qui l’emporte, il n’est pas sûr que la vie ait à y gagner !
La Table d’Emeraude, qu’Albert le Grand découvrit dans une traduction latine et dont fait également état l’alchimiste arabe Jâbir ibn Hayyân (au VIII° siècle) avant lui précise en son 3ème point : »Et de même que toutes choses ont procédé de l’Un par la seule médiation de l’Unique : ainsi sont-elles par adaptation nées de cette chose unique ». L’Hermétisme reprend la vision globale de l’En to Pan (l’Un le tout) et les conceptions pythagoriciennes d’harmonie des sphères. Hermès fait résonner l’Univers, en entonnant l’hymne de la régénération : « Que toute nature dans le monde prête oreille au son de l’hymne. Ouvre-toi Terre : que s’ouvre à ma voie tout verrou de la pluie : ne vous agitez plus les arbres ! Je vais chanter le Seigneur de la Création, et le Tout et l’Un. Ouvrez vous cieux, vents, retenez vos souffles, que le ciel immortel de Dieu prête l’oreille à mon verbe. Je vais chanter celui qui a crée tout l’Univers, qui a fixé la terre et suspendu le ciel, qui a ordonné à l’eau douce de sortir de l’océan pour se répandre sur la terre habitée et inhabitée pour la subsistance et la création de tous les hommes, qui a ordonné au feu de paraître pour tout usage qu’en voudraient faire Dieux et hommes; Voilà ce que clame l’homme qui t’appartient, à travers le feu, à travers l’air, à travers la terre, à travers l’eau, à travers le souffle, à travers les créatures. J’ai obtenu de toi l’eulogie de l’Aiôn et, selon mon désir, par ta volonté, j’ai atteint le repos » (Poimandrès, XIII 16 à 20). Il est intéressant d’observer que l’hermétisme réemprunte la voie de la poésie philosophie.
Les mages et alchimistes de la Renaissance admettent que l’Univers est triple tout en étant Un, distinguant à cet effet trois plans de réalité : céleste, intellectuelle, terrestre ou matérielle. C’est une conception ouverte par le « Corpus Hermeticum », qui parle d’hommes hyliques, logiques et pneumatiques. Le vrai problème réside dans la connaissance des moyens permettant de relier ces différents plans, de passer de l’un à l’autre sans confusion ni séparation. Ces questions sont d’autant plus essentielles que ces différents plans sont simultanément présent dans l’homme (reprise du microcosme grec avec la tripartition traditionnelle corps-âme-esprit) et dans l’Univers (macrocosme), correspondant analogiquement. Des hiérarchies intermédiaires entre l’homme et Dieu, la nature et l’homme paraissent donc nécessaires. Paracelse, Ficin, H. Corneille d’Agrippa (Philosophie Occulte – 1533), M. Maier (Atalante fugitive – 1616) vont exposer des systèmes complexes, comme le Triple Monde, ou Tout symbolise avec Tout.
Enfin, Martin Heidegger va se pencher sur l’Hermétisme (Acheminement vers la Parole) et établir « qu’Hermès, messager des Dieux, porte l’annonce du destin. Ce qui est herméneutique veut dire non d’abord interpréter, mais avant cela même : porter annonce et apporter connaissance ». Ce destin dont parle Heidegger est le destin même de l’Etre dans son rapport au Logos. Dans sa « Lettre sur l’humanisme », Heidegger réaffirme : « L’annonce fait d’Hermès le premier berger de l’Etre, de l’Etre-Logos, et c’est à l’homme de prendre la relève d’une telle herméneutique où se joue son propre destin.
Les théories Maçonniques sont plus pragmatiques, et reposent sur deux conceptions, celle d’Anderson pour qui la Maçonnerie est universelle sur les plans pratiques et éthiques et de celle du Chevalier de Ramsay pour lequel l’universalité relève d’une vision et d’une conception cosmologique et anthropologique. Ces deux approches se rejoignent néanmoins dans un Universalisme maçonnique qui réunit et rassemble ce qui est épars, c’est à dire par-delà les orientations confessionnelles et politiques, par delà les différences ethniques et culturelles. L’attitude, la conduite et l’éthique sont les valeurs universelles de la FM. L’universalisme de la FMest la possibilité de réunifier l’homme en miettes. La démarche du Mvise à réunifier la raison et l’imagination. Le Mveut réintégrer le centre cosmique dont ont été exclus Adam et Eve. La FM, et plus particulièrement le REAA, est une démarche d’individuation qui doit nous permettre de réintégrer notre humanité, notre passé, notre inconscient collectif depuis notre origine. Il faut surmonter notre pathologie obsessionnelle liée aux origines de l’homme et de l’humanité (j’emploie cette expression à dessein, car la psychanalyse tente d’apporter des éléments de réponse à cette pathologie obsessionnelle, notamment chez C. G; Jung en travaillant sur notre inconscient collectif ou archaïque). Les chutes du Paradis sont violentes, voire fracassantes, et avec l’homme, comment ne pas penser à la chute de l’Ange déchu, Lucifer ? L’être humain cherche à réintégrer le Paradis perdu comme le M cherche la Parole perdue. Au-delà, nous cherchons à abolir les séparations, Paradis/monde, mais aussi homme/femme et homme/créateur pour retrouver une Unité originelle. Il faut donc être capable de se tourner vers le Cosmos, de réinvestir le Cosmos, d’abolir les distances et le temps. Il faut vouloir ouvrir les yeux et vouloir regarder. C’est ainsi que la grande Lumière peut commencer à paraître.
J’ai dit Trois Fois Puissant Maître