Devoir et Liberté d’autrui

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
GBRB
Loge:
de l’Atlantique - Orient de Cotonou

J’ai le redoutable Devoir de vous livrer les réflexions que m’inspire la colonne gravée intitulée « Devoir et Liberté d’autrui » que vous avez bien voulu me confier.

Depuis mon initiation au 4ème degré, premier grade de Maître Secret, je n’ai pas eu à réfléchir sérieusement sur le concept Devoir, malgré les quatre sentences graves qui m’en ont rappelé avec force à chacun des voyages symboliques que j‘ai effectués; l’émotion très forte ce jour-la n’a pas permis a mon intellect de tout entendre, de tout enregistrer dans l’ordre.

Que veut dire le mot Devoir pour le Franc-maçon qui l’entend souvent répéter en Loge comme grande Loi de l’Ordre?

Avec le recul, le Devoir m‘apparaît comme une responsabilité qu’il faut assurer et exercer. Le Devoir, c’est évidemment répondre de…, ô bien encore répondre à…, ce sont tous les serments que nous prêtons tout au long de notre vie. Ce Devoir, cette responsabilité est un appel à une introspection et une remise en question personnelle susceptible de nous mener a notre propre unité, de manière que chaque rappel à l’ordre à autrui s’adresse d’abord à nous-mêmes. C’est l‘occasion pour nous de faire notre examen de conscience a l’issue duquel il nous sera plus facile de voir la poutre dans notre propre œil que la paille dans l’œil du voisin.

Les Devoirs du Franc-maçon sont une exigence choisie qui s’impose à lui, tant dans le tumulte de la cite, que dans la solitude de son cœur.

Le terme Devoir répond a plusieurs définitions. Faisant un recul dans le temps, au temps de la maçonnerie opérative, ce terme renvoyait au devoir que l‘homme a envers Dieu, puis envers lui-même et envers les autres. Pour le compagnonnage, il désignait précisément la règle d’action des « dévoirants ».

On sent très bien ici la pression du Devoir, en termes d’obéissance, d’obligation morale, de soumission à la règle et aux usages d’une instance supérieure. On remarque dès lors une notion de contrainte. Ne disait-on pas a l’époque « se mettre en devoir  » pour appliquer les consignes, c’est à dire se mettre dans un état d’esprit qui ne doit rien au naturel, mais tout au conditionnement. L’acceptation de ce concept se traduisait pratiquement pour le jeune Compagnon, comme pour tous les membres d’une organisation articulée sur l’arbitraire et le religieux, en réalisation d’actions prédéterminées, imposées par la seule volonté d’une hiérarchie quelle que soit la difficulté éprouvée.

Faisons remarquer dans ce principe une interprétation du mot « Devoir » au sens culpabilisant Greco-Judéo-chrétien de dette, de rachat de la faute, en quelque sorte de l’expiation du pêché originel. Et par-là même, il s’agissait implicitement pour le « Dévoirant » jusqu’a payer au prix d’épreuves physiques, de mortifications d’obtenir son affranchissement.

Les temps ont heureusement changé depuis ces vieux Devoirs (tel que les ont nommés les spéculatifs) pour les Francs-maçons.

Ces Devoirs sont consignés dans les constitutions d’Anderson et deviennent a partir de cet instant une obligation pour le Franc-maçon. Le Franc-maçon par exemple, a le devoir d’obéissance à la loi morale, cette loi qui est une donnée relative, particulière et variable selon les lieux, les époques et les sociétés.

Faisons un clin d’œil a l’histoire contemporaine, les autorités ecclésiastiques avaient décrété que la terre était plate et son centre Jérusalem:

Copernic était seul à soutenir que la terre était ronde et Galilée était seul à confirmer que la terre est effectivement ronde et qu’elle tourne autour du soleil et non l’inverse. Nous connaissons la suite tragique réservée par l’opinion publique fanatisée par le dogme religieux a ces deux « Etincelles » qui ont brillé trop tôt dans un monde plongé dans l’ignorance et le fanatisme.

Nous pouvons vraiment affirmer que la tradition à considérablement évolué et le Devoir maçonnique a aujourd’hui une autre acception. Il s’entend dans un sens noble, assorti du comportement adulte de l’adhérent, non lié par une quelconque inféodation ou obligation de reconnaissance ombilicale à la cause, c‘est a dire que le Devoir est certes considéré en terme d’effort, mais encore en terme d‘accomplissement de soi et d’épanouissement, comme de responsabilisation et développement personnel ou communautaire, dans les actes pesés, réfléchis, aux antipodes d‘une allégeance aveugle à une autorité.

ll est bon de préciser que le Franc-maçon possède a tout moment le droit de cesser ses activités au sein de l’Ordre, s’il ne reconnaît plus ses principes, ou pour toute autre raison personnelle avec toutefois la liberté de revenir vers son Obédience, mais sans y être initié de nouveau, puisqu’il l`est a vie, une fois Macon, toujours Macon a-t-on l‘habitude de dire.

Ainsi, le Devoir ne peut-être pour le Franc-maçon qu’une exigence choisie, lucide et partagée. C’est dans cet état d’esprit qu’il investit son énergie dans l’étude et l’interprétation des symboles Offerts à ses yeux en Loge, puisqu’il en transforme ensuite le sens en réalisations bénéfiques, individuelles ou interpersonnelles dans la cité.

Egalement il est absurde de croire que le Devoir est incompatible avec l’idée de récompense. La Franc-maçonnerie reconnait le salaire; elle envisage bien la récompense, ne fut-ce que celle de la propre conscience de chacun. C‘est vrai, la récompense maçonnique n’est pas forcement celle des lauriers apparents. Enfin, n’est-il pas clair qu’il n’y a de Devoirs réellement bien accomplis que ceux que l’on choisit librement ? Devoir et Liberté, surtout Devoir et liberté d‘autrui prend alors tout son sens. Pour mener à bien cette merveilleuse aventure maçonnique, le Franc-maçon est invité à un devoir d’isolement introspectif, comme un voyage qui le mènera effectivement le plus loin possible, à mieux se connaitre, mieux juger ses propres actions avant d’aller vers les autres.

Sa seule certitude consiste à savoir qu’il est un être inachevé et donc sans cesse perfectible par le travail. Pour lui, il n‘est concevable d’aller vers les autres qu’après avoir fait sa propre connaissance et réfléchi sur son comportement.

N’est-il pas habité par quelque rancœur, quelque vanité, une suffisance ou un désir de pouvoir, un gout immodéré pour les biens matériels. Ses jugements ne sont-ils pas encore trop hâtifs ? Sa pierre n‘est elle pas encore trop abrasive ?

Ce n’est qu’après cette sincère auto-évaluation et un recadrage conséquent que l’altruisme lui sera véritablement possible. On ne peut écouter et comprendre ses semblables, en d’autres termes, respecter et servir la liberté d‘autrui, qu‘en étant disponible, calme et serein, c‘est-à-dire sur la voie de la Maîtrise.

Pour relever l’homme à ses propres yeux, pour le rendre digne de sa mission sur· la terre, la Franc-maçonnerie pose le principe que le Grand Architecte de l’Univers a donné a l’homme comme bien le plus précieux, la liberté, la liberté patrimoine de l’Humanité toute entière, qu’aucun pouvoir n’a le droit d’éteindre ni d’amoindrir et qui est la source des sentiments d’honneur et de dignité.

Le Franc-maçon peut des lors cerner mieux la notion de devoir face à la liberté d’autrui. Il s’agira alors dans cette société éclatée, de regrouper et de vivifier les valeurs morales, de devenir avec ses Frères des ilots de lumières atomisées dans la ville. Projet utopiste peut-être. La Franc-maçonnerie n’est-elle pas elle-même une société utopiste tolérante et progressive ?

Le Franc-maçon d’aujourd’hui a, entre autre l’impérieux devoir de transmettre ses propres créations comme pour passer un flambeau, ce qui fait dire que la Franc-maçonnerie évolue et s’adapte a ses époques. Ainsi donc la tradition se perpétue comme étant une suite de progrès qui réussit à s‘imposer au fil des âges. Les traces des Francs-maçons d‘aujourd’hui sont elles-mêmes la tradition de demain pour ses Ferres.

Hier, profanes dispersés, les Frères se veulent réunis dans ces espaces de liberté au cœur même de la cite, leur rassemblement implique la fraternité, et il n’est plus question ici de Devoir d’obligation, mais d’élan d’amour inconditionnel qui propulse l’ensemble sur le chemin de l’art Royal.

Que conclure ?

La chaine d’union des Francs-maçons ne serait que ronde enfantine, si elle n’était prolongée en dehors du Temple par la fraternité que l’on peut qualifier d‘active, celle des joies simples, de la rencontre désintéressée, celle de l’écoute, de l’oblativité et de l’exemple autour de soi, assortie de tolérance authentique; une tolérance qui doit toujours se manifester sans arrières pensées.

C’est ce que la Franc-maçonnerie recommande parce qu’elle est une école de liberté et de pensée humaniste et une exceptionnelle aire d’échange.

Relie les uns aux autres par les mots, la Franc-maçonnerie nous demande de nous resserrer par les actes, seule réalité palpable, et cela dans le strict respect de la liberté de tout un chacun.

Pour le réaliser, le Franc-maçon est guidé par la lumière bénéfique d’une étoile flamboyante qu’il a découverte lors de son initiation et qui lui communique la chaleur de l’amour universel.

Une image me vient à l’esprit, celle de la grenade. La grenade est un fruit symbolique par excellence admise dans la plupart des traditions anciennes. Ce n’est donc pas un hasard que la grenade orne les chapiteaux des deux colonnes des Temples maçonniques. La grenade est le symbole de la fécondité et de l‘amour. La grenade mure entre-ouverte faisant apercevoir ses grains rouges, magnifiquement rangés les uns contre les autres est le symbole de tous les mâcons unis ensemble par leur idéal commun, la vigueur, celle puisée dans la solidarité et la fraternité.

Parmi les devoirs qui s‘imposent au Franc-maçon aussi bien dans la Loge que dans la cité, l’ultime obligation est donc de ne jamais penser « Moi, Je, » mais plutôt

« Nous, Ensemble ».J’ai dit

B L

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter