Que représente pour vous la notion de Temple intérieur ?
Z∴ B∴
Résumé :
La Franc-Maçonnerie travaille au perfectionnement de l’humanité ; elle s’est approprié le mythe et la symbolique de la construction du temple de Salomon appliquée à l’homme.Cette recherche de la perfection est progressive. Le travail dirigé vers son centre, l’initié dégrossit la pierre brute, assimilable à l’ego, etrassemble des savoirs afin de réaliser son chef d’œuvre. Sa mission est le rassemblement des composantes de l’être intérieur. Cette construction passe, pour l’homme, par une introspection et une identification de ses propres imperfections ; c’est l’étape de la connaissance de soi.
Mais cette connaissance, fut-elle primordiale, est insuffisante pour édifier le temple intérieur, symbole de la sagesse. Il est nécessaire de comprendre notre passé et notre avenir proche, soit la finitude en tant que matière. C’est seulement ainsi que peut renaître l’homme nouveau. La quête du Maître est celle de la jonction, de l’atteinte du Principe. Le Temple intérieur est le lieu où l’abriter, la vie durant, ce qui peut amener à le construire, à l’aménager, selon la perception que chacun a, ou aura, du Principe, au cours de son cheminement vers la lumière.
Du temple intérieur à l’homme accompli
La Franc-Maçonnerie est une « auto » école fondée sur la volonté et l’exigence de soi. Deux piliers marquent l’entrée de notre temple intérieur où l’on est à la fois le maître et le disciple : le maître, par la volonté, et le disciple, par l’exigence délibérément accepté, librement consentie.
L’homme est analogue au temple mythique de Salomon, il « est » le temple.
Dans la plupart des traditions, la géométrie du Temple et le corps de l’homme sont analogues,superposables, tels les chakras, la circulation de l’énergie, le cœur, le rythme cardiaque, le rythme nycthéméral de l’alternance du jour et de la nuit, les correspondances astrologiques, le fonctionnement cérébral…
La démarche symbolique maçonnique se veut progressive ; il s’agit de distinguer ce qui différencie les trois premiers degrés du REAA :
1. L’Apprenti, suivant le fil à plomb, en silence, s’exerce à s’étudier lui-même et apprend à manier les outils élémentaires pour dégrossir la pierre brute, assimilable à l’ego. Le travail est intérieur, dirigé vers son centre. L’Apprenti témoigne de ses progrès par le dépouillement de ses préjugés ; sa fonction est celle du rassemblement intérieur.
2. Le Compagnon, passant de la perpendiculaire au niveau, passant du « JE » au « NOUS », voyage pour porter un nouveau regard sur le monde. Etudiant la philosophie, les sciences et les arts, pour maîtriser les lois d’harmonie, il concrétise la maîtrise de son art et des règles du métier dans la réalisation de son chef-d’œuvre, devenant ainsi Compagnon fini. Il témoigne de sa fraternité par le partage du travail, du pain et du vin avec les Compagnons. Sa fonction est celle du rassemblement des savoirs. Que lui reste-t-il alors à accomplir ?
3. Le grade de Maître – caractérisé par le passage du « NOUS » au « SOI » – donnera, à qui saura en comprendre le sens, la clé du but ultime de l’initiation : chercher ce qui a été perdu, rassembler ce qui est épars. Etre Maître, c’est être maître de soi dans le respect de l’altérité de ses Frères et de l’harmonie du monde. Comme le dit le poète et écrivain Khalil Gibran, « En tout homme résident deux êtres : l’un éveillé dans les ténèbres, l’autre assoupi dans la lumière ». La mission du Maître est de rassembler ces deux êtres. Sa fonction est celle du rassemblement des êtres, du rassemblement des composantes de l’Etre et de la transmission.
Plus l’initié avance sur le chemin initiatique, plus il s’approche du centre, plus il touche à son essence et se développe en intensité.Selon JUNG et l’Ecole de la psychologie des profondeurs, l’homme effectue l’union des contraires et accède au soi par un processus d’individuation qui permet de percevoir la totalité des aspects de sa personnalité.
Notre quête de la Vérité, de la Lumière, va s’effectuer d’abord en soi (silence et immobilité de l’App.’.), puis s’exprimera dans la vie au monde par l’exercice d’un art où l’homme se confronte à la matière (parole et mouvement du Comp.’.), puis, pour le Maître en devenir, dans le passage par la mort (la nuit, le silence, l’immobilité, la fin de la pensée, la dissolution et la renaissance par rassemblement des éléments épars et le souffle de vie…) – une révolution/révélation (la marche à reculons et le retournement du Compagnon) – où les outils de construction deviennent outils de destruction.
Qui sommes-nous ?Deviens ce que tu es.
Le rituel du troisième degré du REAA fait du récipiendaire, mutatis mutandis, la victime émissaire et sacrificielle du mythe d’ Hiram qui relate le meurtre du Maître.
Dans un jeu de miroir, artifice de la spéculation dans la symbolique maçonnique – ce jeu cruel et dangereux – le récipiendaire tient tous les rôles.
Il est, tour à tour, – indésirable, intrus, parce que les Frères sont en souffrance, – suspect, dans une conjuration du mal dont il ignorait l’existence, – victime du drame, enfin, en dépit de la preuve de son innocence.
Il est contraint, par ce jeu cruel qui est l’apanage de tous les rites sacrés, à une seconde mort symbolique au terme d’une dégradation inéluctable. Cette seconde mort conduit à l’état de décomposition d’où tout peut renaître et prospérer. Par l’exaltation, le récipiendaire est devenu libre.
Au cours du rituel, le F.’. Expert lui fait enjamber le cadavre qui gît au sol en lui faisant exécuter la marche des Maîtres. Cette marche a pour vocation d’enseigner au Maître qu’il doit tout supporter, même la mort, pour partir à la recherche de la Vérité. Prenant la place d’Hiram, il part à la recherche de la Lumière. Mais à quel prix ?
A chaque tentative pour échapper aux ténèbres, un mauvais Compagnon se dresse face à lui. Hiram succombe victime des passions qui assaillent tout homme, symbolisées par les trois mauvais Compagnons qui le guettaient. L’enseignement qui s’impose à nous est que ce sont les propres imperfections d’Hiram qu’incarnent ces trois mauvais Compagnons qui le pourchassent et ne cessent de le repousser vers les ténèbres.
Pour le Franc-Maçon, la construction du temple intérieur est donc une des tâches premières.
L’introspection, l’aptitude à identifier ses propres imperfections et à les reconnaître comme telles, ainsi que la volonté d’y remédier, sont les fondements-mêmes de la construction et de la perpétuelle reconstruction de ce temple intérieur.
Hiram symbolise l’initié parfait possédant les clefs de la construction du temple, enfermant dans son for intérieur la connaissance et la science nécessaires pour faire aboutir l’œuvre à son couronnement : la suprême sagesse. Il préfère la mort plutôt que de violer le secret et, ce faisant, il nous lègue un enseignement précieux : le devoir d’être fidèle à ses engagements malgré le danger, quel que soit le risque, quoi qu’il puisse arriver.
Mais de quel engagement s’agit-il ? En fait, il s’agit d’abandonner ses illusions ; nous devons nous éveiller, prendre conscience de ce que nous faisons, de ce que nous disons et nous questionner. En un mot, nous connaître nous-mêmes.
C’est ce que nous suggère Nietzsche qui attribue à Pindare l’injonction paradoxale : « Deviens ce que tu es ». Comme le note le philosophe Michel Onfray, « Comment devenir ce que l’on est déjà ? ».
« Deviens ce que tu es » est une manière de se positionner par rapport à la liberté, la vraie liberté, qui est d’accepter ce que l’on est. Mais pour accepter, il faut au préalable se connaître soi-même.
Comme le dit la maxime gravée au fronton du temple de Delphes et reprise ensuite par Socrate : « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ». Cela n’est pas si simple car nous avons plutôt tendance à nous placer en observateur extérieur. De ce point de vue, il est plus facile d’observer l’ensemble du reste de l’univers que de commencer à s’observer soi-même. Notre travail initiatique concerne donc l’émergence de cet « autre », intime et irrévocable, que certains nomment l’ETRE ou le SOI.
D’où venons-nous ? Meurs et deviens.
Le récipiendaire, avant d’être reçu dans la Chambre du milieu, est mis dans un cabinet de réflexion où il doit méditer sur son passé maçonnique.C’est une invitation à reprendre attache avec nous-même, notamment à travers la sentence V.I.T.R.I.O.L., le but étant la recherche de la pierre cachée. Pour cela, nous dégrossissons la pierre brute ; nous sommes à la fois la pierre et l’ouvrier, le Temple et l’architecte. Ainsi est rappelé le travail conscient sur soi, l’essence même de l’initiation maçonnique.
L’impétrant effectue une marche à reculons qui symbolise un retour à l’origine. Pour une renaissance, ce retour au ventre de la terre est une nécessité. Ce n’est point un enterrement mais un espoir d’un devenir meilleur. Cette dualité mort/espoir est présente dans notre démarche maçonnique de manière ininterrompue.
Comme le dit Goethe, « Aussi longtemps que tu n’auras pas saisi ceci : « Meurs et deviens! »,tu ne seras qu’un triste compagnon sur une terre sans lumière. ».
Durant la cérémonie de réception en 3ème degré, le Compagnon rentre dans le HIKAL que nulle lumière n’éclaire ; il s’enfonce à reculons dans les ténèbres, il ne voit plus que l’Etoile à cinq branches.
Pourquoi cette mise en scène ? «C’est avec les lumières du passé qu’on se dirige dans l’obscurité de l’avenir ». C’est notre propre étoile qui va nous éclairer dans la chambre obscure dans laquelle nous venons de pénétrer. Le Compagnon entrant dans le temple voit les lumières du monde profane s’éloigner, disparaître ; il voit l’Etoile flamboyante. L’homme, dans sa splendeur, avec ses cinq sens, qui erre dans le monde, peut-être dans un labyrinthe (les conditions sociales de la vie quotidienne avec le masque que chacun porte). On fait retourner le récipiendaire pour voir le devenir de l’homme, la finitude en tant que personne physique, faite de matière. En fait une matièrequi doit retourner à la poussière. Ce retournement du Compagnon a vocation à nous prévenir et à nous mettre sur la voie ; c’est une prise de conscience de notre futur proche : un corps étendu mort. Il faut alors dépasser cette matérialité, notre condition d’homme public, pour laisser la place à un nouvel homme.
La conviction maçonnique est que chaque homme possède les outils nécessaires pour se perfectionner. A condition d’agir sur lui-même, l’homme peut s’attaquer à ses pulsions et se mettre en marche vers une sagesse : c’est notre quête, qui est l’invitation à se débarrasser du masque social personnel pour rencontrer l’Etre intérieur.
Où allons-nous ? Vers la lumière.
Hiram mort, nous sommes invités à l’achèvement de la construction du temple, de notre temple intérieur. Nous sommes conviés à nous prendre en main. Après l’assassinat, les Maîtres décident de se mettre à la recherche de l’INITIE ; c’est une décision courageuse. En plein deuil, ils expriment la volonté de sortir des ténèbres et de partir à la recherche de la Connaissance. Ce courage nous enseigne que, quel que soit les échecs subis dans la recherche de la vérité, nous ne devons pas nous décourager et ne jamais hésiter à reprendre notre travail qui demande toujours plus de perfection. La recherche de la vérité demande d’incessants et pénibles efforts. D’ailleurs le corps d’Hiram n’est pas découvertimmédiatement, ce qui montre bien que la recherche de la Vérité, même pour des Maîtres n’est pas chose aisée qui se fasse sans efforts.
La résurrection d’Hiram, le Maître assassiné, par le V.’.M.’. et les 2 Surv.’., par les 5 points parfaits, la communication du souffle vital (est-ce la Parole perdue ?) qui ré-insuffle la vie à celui qui était mort, est la ré-incarnation dans un nouveau Maître qui signe la transmission (la mission qui continue au-delà de la mort, dans un chaîne infinie d’initiés où la personne, la « persona », l’image, n’est rien et le principe est tout).
La quête du Maître est celle de la jonction, de l’atteinte du Principe. Le Temple intérieur est le lieu où l’abriter, la vie durant. Ce qui peut amener à le construire, à l’aménager, selon la perception que chacun a, ou aura du Principe, au cours de son cheminement.
Il y a, me semble-t-il, à la fois un travail de lente construction intérieure et, en même temps, de retour à l’essentiel qui amène peu à peu à se défaire intérieurement du superflu.
Il y a là une notion d’ébranlement mortel de toutes les certitudes antérieures, qui réduit à néant toutes les constructions antérieures. La renaissance – d’instant en instant – est la voie possible d’un vécu de la réalité sans le filtre des illusions (pensées, croyances, préjugés…) ; c’est ce qui réduit à néant l’ego, qui va tout mettre en œuvre pour empêcher son extinction, assimilable à la mort. D’où la nécessité d’affronter la mort de l’ego (du moins, ce que nous croyons qu’elle est, du point de vue de l’ego) et d’aller au-delà, au-delà du voile des apparences, des croyances, de toutes les croyances, surtout de celles – il y en a de nombreuses – qui nous font croire que nous n’en avons plus.
Le rôle du Maçon c’est de susciter l’envie d’aller au-devant des problèmes, l’énergie de s’exprimer pour combattre ce qui est intolérable. Cette énergie ne peut se manifester que si elle se nourrit d’une passion, celle du respect, et de la reconnaissance de l’être en chacun. C’est une énergie qui puise sa flamme dans la conviction que l’homme est perfectible. La démarche initiatique, au moyen de l’imprégnation d’un rite, propose et incite chacun à la réalisation la plus complète de son être, avant de le placer devant les interrogations essentielles de la vie et de la mort.
Dans la majorité des ordres initiatiques, l’initiation se déroule en deux étapes significatives : l’étude des « petits mystères », ceux de la condition humaine, suivie d’une approche des « grands mystères », ceux qui dépassent l’homme.
Selon certains auteurs maçonniques, « la maîtrise représente l’achèvement des Petits Mystères dont l’état de l’homme véritable est le terme même ». Le passage de l’équerre au compas s’effectue dans l’obscurité d’une seconde mort initiatique après laquelle le Compagnon ressuscite au grade de Maître. Le martyr d’Hiram est un sacrifice volontaire qui rappelle d’autres sacrifices antérieurs à l’histoire maçonnique (celui du Christ, par exemple, dans notre culture judéo-chrétienne) et renvoie donc, par son sens métaphysique, à l’Homme Universel. A ce degré, seule une parole substituée est fournie au nouveau Maître. La recherche de la Parole Perdue va donc constituer pour lui un objectif, une nouvelle Quête qui – si on fait une transposition aux mystères d’Eleusis – devrait nous rapprocher de ce que la tradition nommait « Grands Mystères »
Depuis la nuit des temps, la même quête se répète sous des formes multiples, en faisant appel à des moments de vérité en soi. Il y a en l’Homme un besoin d’exigence, souvent dérangeant, qui l’habite et que, souvent, il ne parvient pas à satisfaire complètement. La vérité de cette quête ne saurait dépendre seulement d’un contexte extérieur. En effet, si une telle demande existe au fond de nous-mêmes, c’est bien parce qu’elle existe dans tous les êtres quels qu’ils soient. L’aventure humaine comporte d’ailleurs cette spécificité : l’homme a la possibilité de choisir entre ce qui le rapproche et ce qui l’éloigne de son être profond. Cette aventure comporte donc de nombreux dangers et nécessite une vigilance continuelle. Cependant, elle offre la possibilité de retrouver cette nature primordiale. Elle permet même d’aller infiniment plus loin, jusqu’à des degrés de connaissance et de conscience élargis. C’est alors que l’homme parvient au parfait accomplissement intérieur, que les soufis désignent par la station de l’« Homme universel » : AL-INSAN AL KAMIL, que l’on peut traduire par l’expression de « l’homme accompli qui a retrouvé son temple intérieur ».
On peut donc se poser la question : Qu’est-ce que bâtir un temple, si ce n’est inscrire dans l’espace un rapport conforme aux lois du cosmos ?
Le temple permettra le dialogue entre le divin et les hommes, car son orientation, ses dimensions, et tous les éléments qui le composent sont choisis dans les termes d’un langage compréhensible par les initiés. Nous y trouvons donc, non pas un savoir, mais la Connaissance profonde de nous-même, qui permet de vivre intimement le lien entre l’humain et le divin, ainsi qu’il est gravé sur la Table d’Emeraude : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour réaliser le mystère de l’Unique ». Esprit et Matière s’unissent pour former l’Unité.
A la recherche de la vérité, l’homme neuf a pleinement conscience de détenir une parcelle de lumière divine et d’appartenir à un ensemble, au Grand Tout,et toutes ses actions doivent tendre à atteindre la perfection et l’harmonie. L’initié sait que la mort n’est qu’un passage, une étape vers autre chose de mieux. « Le maître renaît plus radieux que jamais » ! Socrate a dit « Nous aurons su vivre si nous savons mourir ». Après cette mort initiatique nous passerons de l’équerre au compas, de la matière à l’esprit et alors une vie nouvelle commencera, une vie pleine de lumière.
J’ai dit.