Le Grade de Maître secret
C∴ A∴
1. Le maître secret
Trois Fois Puissant et vous tous mes frères Maître Secrets qui décorez ces colonnes en vos rangs, grades et degrés.
Après que le Trois Fois Puissant se soit enquis de l’heure, le frère Inspecteur lui répond « l’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande lumière commence à paraître ». Cette lumière, annoncée dès l’ouverture des travaux, ne quittera plus désormais le Maître Secret qui en bénéficie depuis l’instant ou la résille noire avec l’équerre argentée lui a été ôtée. Il est ébloui, comme Jason par la toison d’or ou Hercule par les pommes d’or du jardin des Hespérides, homme et héros tous deux devenus archétypes par la grandeur de leur quête et la force du mythe qu’ils incarnent.
Cette Grande Lumière permet la mise au jour
des virtualités du nouvel initié. Elle lui
redonne la vie en lui permettant de découvrir celle qui
s’est enfantée en lui dans le cabinet de
réflexion. Mais sa tâche n’est pas
finie. Il lui faut maintenant réfléchir la
lumière qu’il reçoit sur ses
frères et sur le monde. Ce n’est
qu’à cette condition qu’il
méritera d’être couronné du
laurier et de l’olivier. Digne dès lors
d’entrer dans le Saint des Saints dont chaque
degré est une des marches du sanctuaire, il porte sur lui le
signe de son pouvoir : cette clé d’ivoire (y voir)
dont le panneton s’orne de la lettre Z, première
lettre du mot hébreux ziza, qui signifie splendeur
». Cette clé est celle de la Jérusalem
Céleste que nous promet Saint Jean. Celle où tous
les hommes peuvent entrer, pour peu qu’ils aient enfin
trouvé leur chemin intérieur.
Celui qu’avec Saint Paul nous appelons communément
de nos jours « Le Chemin de Damas
» et que Jason et Hercule balisent.
Mais le Maître Secret n’est pas au bout de ses peines, rien n’est définitivement gagné. Il doit aussi se taire à l’image de Job sur son fumier. Pauvre Job dont l’ego exacerbé a induit la mise à l’épreuve. Ses lèvres sont closes par « la Main de Justice ». Car Dieu a deux sièges, celui de la Justice et celui de la Miséricorde. Si le maître secret pêche il s’écarte du chemin du milieu, s’éloignant ainsi de la shékina et de son principe interne. Il demeure alors dans le monde de la séparation, celui du Shatan, aspect extérieur du manifesté, celui de l’oubli de la lumière. La« Main de Justice » devient alors la « Main de Rigueur » symbolisée par sa propre main qu’il applique sur ses lèvres. Ce message est inscrit dans l’autre facette de cette lettre Z qui se présente alors comme un avertissement. Souvenons-nous que le zaïn, nom hébreu de la lettre Z, désigne le dix-septième sentier de la kabbale. Si son avers est la Jérusalem Céleste avec les sept dons du Saint Esprit (conseil, intelligence, force, sagesse, piété, science), son envers est l’esclavage de la conscience par l’ego. Sous son emprise, cette dernière s’obscurcis et perçois la réalité comme duelle, réduite à ses seules apparences extérieures. Et le flot de lumière illuminant le chemin de Damas aura été vain, l’initié retombant alors dans son ancien état. S’il se rapproche de la shékina, la « main de justice » devient alors la « Main Bénissante » qui est la main droite du père. Son geste témoigne alors de son union avec ce qui en lui est plus brillant que l’or.
Ce silence est néanmoins un silence
particulier, c’est celui qui résulte de
l’inexprimable par des moyens dialectiques. Le
Maître Secret l’est devenu par la force du mythe
qui suggère et qu’il a
intégré par correspondance analogique, et non pas
par son intelligence. Le mot analogique est forgé
à partir de « ana, en haut
» et de « agogos, qui conduit
».
La lumière dont il s’agit alors n’est
pas celle qui aveugle les yeux, mais celle qui maintenant remplis son
cœur.
En témoigne l’œil d’Horus, et aussi l’œil de Ré, qui enfin mêlés orne son tablier. L’œil de Ré est un œil magique. Il rappelle la nécessité de la lumière pour que le monde des hommes existe. Je cite le livre des pyramides : « Chou le rayon lumineux et Tefnout la lointaine (ils engendrèrent Geb et Nout) rapportèrent mon œil avec eux après que j’eus rassemblé mes membres. Je pleurait sur eux, et ainsi naquit l’humanité ». C’est Ré qui s’exprime ainsi après avoir crée le monde à partir du Noun, et expectoré les jumeaux, manifestant ainsi la mystérieuse tri unité. Plus loin, il ajoutera : « Tout ce qui a été crée retournera dans le noun,…moi seul persiste, inconnu et invisible à tous ». Rappelons-nous les pénombres de l’initiation à ce degré.
Rien n’est possible sans cette
lumière qui irradie autour de l’œil qui
orne nos tabliers et que le maître secret doit
répandre. Cela n’est-il pas semblable à
ce vers célèbre de Victor Hugo : « l’œil
était dans la tombe et regardait Caïn
» et qui évoque lui aussi la
réalité de ce qui en nous est plus grand que nous
?
Mais nés des larmes du soleil, l’homme
s’emplit maintenant de la mesure dont témoigne
l’œil d’Horus. Blessé par
Seth, c’est Thot, le trois fois grand qui le reconstitue et
forme ainsi l’œil oudjat, qui signifie entier et en
bonne santé, œil dont les usages
mathématiques sont bien connus. Horus, gardien des secrets
et aussi celui qui les révèle à ceux
qui sont dignes. Etre en bonne santé, c’est ainsi
avoir unifié son soi intime avec son je et pouvoir
témoigner. Le maître secret est à la
foi Ré et Horus !
Cela nous fait beaucoup de chose pour un seul homme,
même s’il a reçu la lumière !
Devoir témoigner ainsi de ce qu’il est et de ce
qu’il a reçu ne peut que l’obliger en
effet à demeurer dans le silence. Maître certe,
mais maître silencieux. Ayant compris la loi il peut
maintenant accéder à la connaissance.
C’est là le secret qui lui est
révélé et qu’on retrouve
dans les mots muet et mythe dont la racine mu est coïncidente
aux grec muthos, au latin mutus, et au verbe mueo qui signifie
« s’initier aux mystères
».
Cette connaissance, il doit la restituer à ceux qui en sont
dignes, et qu’il saura guider sur le chemin qu’il
suit lui-même. Par son exemple, il témoignera de
la réalité de l’échelle de
Jacob et aussi de l’échelle initiatique des hauts
grades.
Disciple bien aimé de la vraie lumière qu’il rencontre maintenant en ce quatrième degré, il peut enfin au haut de son Sinaï rencontrer l’âme de l’âme.