La clef d’ivoire

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Au bas du sautoir du MS est accrochée une clef d’ivoire ; il y a donc une serrure, et donc quelque chose à ouvrir, qui cache ou voile, que nous devons découvrir. De plus cette clef est en ivoire, ce qui n’est pas un matériau courant pour une clef.

La Clef est avant tout un symbole de l’ouverture : 
  • de quelque chose qu’il faut découvrir, dévoiler ;
  • de soi parce que le quelque chose n’a de sens, voire d’existence, que par soi. Et donc elle est symbole de la Connaissance, de la compréhension (clef du code) de ce qui est caché. Elle ouvre, et je cite le manuel d’instruction du quatrième degré, « le chemin de la longue et harmonieuse échelle initiatique des Hauts Grades du REAA », de plus comme la clef musicale elle assure la transposition entre le Maître qui passe de l’Équerre au Compas et le Maître Secret qui lui aussi passe de l’Équerre au Compas, mais dans un registre différent…
Le Maître Secret cherche la serrure dont il a la clef, dont il est la clef. Il débute un nouvel apprentissage, grâce à la clef qui ouvre ou ferme les portes. Cette clef sera celle de la Sagesse qui lève le voile de l’ignorance posé sur les yeux du Maître bleu, entrant dans la Loge de Perfection, tourné vers la Connaissance.

Ainsi la clef devient-elle le lien entre ce qui est ouvert et celui qui ouvre, elle est par là le médiateur, l’unificateur sur le plan spirituel, et l’on peut ici évoquer les clefs de Saint Pierre, qui sont celles du Paradis, qui ouvrent à l’homme, (le profane) le Paradis (c’est-à-dire le lieu de la renaissance à un état supérieur : celui d’avant l’expulsion). Pour le Franc-Maçon, bâtisseur, la clef en tant que lien rappelle la perpend ashlar des premiers rituels, pierre parpaigne en français, pierre/lien, ou pierre/clef qui traverse le mur et qui, visible des deux cotés, unit l’extérieur et l’intérieur. La clef/pierre peut aussi être celle qui soutient lorsqu’elle est clef de voûte, ou clef d’arche; elle est donc ce qui permet à la construction de tenir, ce qui rend possible la réalisation.

Le Maître secret est le gardien du Saint des Saints, dans lequel il ne pénètre pas ; il en possède cependant la clef qui pourra peut-être lui en permettre l’accès. Le Saint des Saints contient l’Arche sainte. Le mot arche en français est aussi utilisé pour Noé. En Hébreu l’arche sainte se dit « arone ». Alors que pour l’arche de Noé l’Hébreu emploie « Teva » qui signifie en fait « boîte ». Ce mot « teva » n’apparaît que deux fois dans tout le corpus biblique : une fois pour Noé (nous avons donc l’Arche/Boite de Noé), une fois pour Moïse qui, bébé, est confié au Nil dans une boite/ couffin.

Le rituel du Maître secret : par les sentences qui rythment les quatre voyages, et par la recherche de la Parole perdue, insiste particulièrement sur le mot en tant que parole. Or teva « la Boite » signifie également « mot », et il est tout aussi légitime de traduire le texte biblique par « Dieu dit à Noé : fait-toi un mot » que par « fais-toi une Arche », ce sens peut aussi convenir pour Moïse, par qui la Parole advint, et qui toute sa vie eu des problèmes avec les mots : (selon la tradition il était bègue, et de plus il failli mourir pour n’avoir pas fait circoncire ses fils et en hébreu milla, la circoncision  signifie aussi « mot ». J’ajoute que les dix Commandements sont en Hébreu les dix Paroles, la différence de traduction étant lourde de sens.
Comme l’Arche Sainte est le réceptacle des tables de la Loi, elle renvoie à la Parole, et il y a donc un lien entre parole et Arche/boite ; c’est la clef qui permet le passage de l’Arche à la Parole, Parole qui est scellée ; Parole perdue que le Maître Secret à le Devoir impérieux de rechercher à l’aide de la clef d’ivoire.
Les rituels anciens connaissaient le rôle de la clef en tant que lien entre la parole/langue et la boite/Arche.

Par exemple le Manuscrit Wilkinson circa 1727 dit :

« Où gardez-vous vos secrets en tant que Maçon ?
Dans une boite d’os qui ne s’ouvre ni ne se ferme sans clef d’ivoire ; [neuf pouces, ou une boucle à ma bouche]…
De quel métal est-elle faite ?
Ni d’argent, ni d’or, ni d’étain, ni de bronze, de fer ou d’acier; mais la langue de bonne réputation qui parle de la même façon derrière un frère et devant lui. »

Un Rituel d’App ? L’Art Royal, sous le règne de Louis XV.

« Où gardez-vous le secret des maçons ? »
« dans le cœur »
« Y-a-t-il une clef ? »
« oui »
« Où la tenez-vous ? »
« dans une boite en forme d’arche qui ne s’ouvre et ne se ferme qu’avec des portiques d’ivoires ».

D’autres rituels tels le Manuscrit des archives d’Edimburg vers 1696, le Sloane n° 3329 vers 1700, le Dumfries n°4 vers 1710, le Trinity College vers 1711, et il en est bien d’autres, établissent un lien serré entre la boite en os, la langue (organe de la parole) et la clef qui peut être en ivoire. La clef permet l’accès des secrets du Franc-Maçon, qui sont gardés dans une boite en os. Ces rituels montrent que la clef d’ivoire de la Loge est une langue bien pendue ; la clef ouvre à la parole vraie, celle donc qui est perdue, or l’expression « parole perdue » parmi de nombreuses acceptions, peut aussi être prise au pied de la lettre : nous avons perdu la parole, nous parlons le texte de la société au lieu de parler par nos propres mots, et de développer nos propres idées, ce que rappelle les sentences qui marquent les quatre voyages de l’initiation du  Maître Secret : « Vous ne vous forgerez point  d’idoles humaines ; vous déciderez par vous-mêmes de vos opinions et de vos actions » et également : « Ne vous payez pas de mots… », et enfin : « Ne profanez pas le mot de Vérité en l’accordant aux conceptions humaines ». De plus ces mots, ces idées doivent être conçues dans l’amour fraternel, car la clef est la « langue de bonne réputation qui parle de la même façon derrière un frère et devant lui ». La Clef du réel est l’écoute silencieuse, qui permettra peut-être d’entendre cette Parole perdue, ce qui nous ramène à l’apprentissage, et au silence de l’Apprenti.
Il y a donc un rapport étroit entre la Clef/silence, la Parole/langue, la boite/crâne/Arche/Loge.

Le « Z » qui figure sur le paneton de la clef est l’initiale du mot de Passe Ziza. Son sens est « Balustrade », ou « resplendeur ». La racine Hébraïque de ce mot est la même que celle de Zohar que l’on trouve dans le célèbre Sepher HaZohar, le livre de la Splendeur. La splendeur en question est bien évidemment celle du GADLU, et comme la balustrade est celle qui nous sépare du Saint des Saints, c’est-à-dire du lieu où se trouve la Splendeur, on comprend aisément que le double sens du mot de passe n’est en fait qu’unique.

« Z » vient de Zayin, septième lettre de l’alphabet hébreux, (je n’insiste pas sur le sept et sa symbolique), son sens premier est flèche ou arme, par extension il désigne le face-à-face, la guerre. Dans le mot de passe le « Z » est redoublé, ceci ne change pas le face-à-face, mais implique la guerre à la guerre, autrement dit la paix. C’est grâce au face-à-face dans la paix, que le paneton de la clef ouvre la serrure qui permet d’accéder à la vérité.
La valeur de « Zayin » est sept, le « Z » étant redoublé nous mène au quatorze, qui correspond, je n’apprends rien à personne, à dix plus quatre. Le Dix marque le retour à l’unité, quand au Quatre, il correspond à la quatrième lettre de l’alphabet Hébreux, le Daleth qui est la porte, l’ouverture, le lieu de l’entrée et de la sortie, du passage. C’est là la porte que vient ouvrir la Clef…

L’ivoire de la clef a un statut particulier, qui explique sa présence. Traditionnellement, il représente par sa couleur la pureté, nécessaire au Maître Secret, chargé d’une mission de garde du Saint des Saints, ce qui implique vigilance et protection. C’est également un symbole de puissance en tant que le Trône de Salomon fût taillé dans l’ivoire, puissance indispensable au Maître Secret pour qu’il puisse assumer sa mission. Enfin, c’est un produit organique, vivant, qui acquiert une dureté, et une durée quasi minérale. Il marque ainsi le passage du provisoire au durable, du temporel à l’intemporel. Et de fait, par le passage entre les colonnes du Temple, et grâce à la clef d’ivoire, nous quittons le temporel pour pénétrer « en ce temps-là », pour quitter le temps profane pour le temps sacré.

La Clef d’ivoire assure donc le passage de l’ignorance vers la connaissance, du temps vers l’intemporalité, du silence vers la Parole. Elle représente le Maître Secret, à la fois passeur, car il assure le lien entre la Loge bleue et l’Atelier de Perfection, et passant car il est celui qui passe du voilé au révélé.

J’ai dit

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