Les symboles se présentent-ils à nous pour révéler ou pour cacher ?

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Au nom et sous les Auspices du Suprême Conseil de France
ORDO AB CHAO
 Trois fois puissant Maître,
Et vous tous mes Frères Maîtres Secrets en vos grades et qualités
Trois fois puissant Maître,

Le symbolisme est une forme de la pensée, il échappe à toute définition, mais renferme toute une philosophie non pas connue mais recherchée de l’initié.
Il donne une signification à tous nos rites et forme, à chaque niveau de l’initiation, un ensemble lié et ordonné. Il permet à chacun de nous de communier sur l’essentiel au-delà de nos différences ; mais le symbole a aussi pour propre de se prêter à la libre interprétation de chacun.

Contrairement au dogme, le symbole n’impose rien, il propose, il suggère des idées, il invite l’esprit à le creuser et à le développer. Je rappellerai succinctement qu’étymologiquement  « symbole » vient d’un mot grec qui signifie réunir, et plus précisément rassembler 2 morceaux d’une tablette d’argile par exemple en signe de reconnaissance ; par extension il s’est appelé en Grèce antique « Symbole » les paroles, signes auxquels les initiés aux mystères de Cérés, Cybèle, de Mithra se reconnaissaient. Depuis toujours les sciences utilisent ce que l’on appelle des symboles, ces derniers peuvent être d’origine mathématique – la lettre Pi -, physique – la lettre g – ou chimique – la lettre H-. Chacun des symboles scientifiques que j’ai ici cités a une signification universelle, y compris dans les pays ayant une autre forme d’écriture, de religion ou de civilisation; mais ces symboles ne sont pas et ne seront jamais initiatiques. Ils ont une signification conventionnelle, intangible.

Pour paraphraser Malraux sur le mysticisme supposé du 21ème siècle, je dirai que pour nous, Francs-maçons, le symbole est initiatique ou il n’est pas. Les mots sont indispensables pour suggérer le ou les sens d’un symbole mais ils seront toujours incapables d’en exprimer toute la valeur.
Pour reprendre le thème de ce travail, je dirai que le propre du symbole est de révéler en cachant et de cacher en révélant. La connaissance objective dont parle Jacques Monod tend à éliminer ce qui reste de symbolique dans le langage pour ne retenir que la mesure exacte. La démarche initiatique procède de façon diamétralement opposée.

Le symbole nous attire parce qu’il ne limite pas notre entendement. Il ne peut bien évidemment se définir aussi simplement que par une définition en 2 lignes dans un Dictionnaire, mais le symbolisme n’est pas non plus l’occultisme ; le symbole n’est pas là pour cacher, mais il se cache, il doit se découvrir à chaque degré. L’absence de symbole peut elle-même être symbolique, j’en prends pour preuve la non présence du quatrième pilier dans les Loges bleues.

Il est évident que lors de l’initiation au 4ème degré, comme lors de l’élévation au grade de Compagnon, ou l’exaltation à la Maîtrise, la découverte et la compréhension du symbolisme particulier à ce niveau n’est pas immédiate. Le symbole ne peut se révéler que dans les Loges, en dehors du temps et de l’espace ; les symboles pour exister, pour vivre, doivent, comme les hommes, être placés dans un milieu favorable à leur existence et leur développement. Au risque de choquer Alfred de Musset, s’il m’entendait, j’aurais tendance à dire « Symboles inanimés, avez vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ». Le symbole place de suite le profane, dès le cabinet de réflexion, dans une atmosphère nouvelle. Déjà aux portes du temple, il s’est débarrassé d’une partie des impuretés du monde extérieur. Dès cet instant, il apparaît immédiat que la perception du symbole est éminemment personnelle, elle est fortement et forcément influencée par les différenciations culturelles, à quoi s’ajoutent, lors de ce moment unique qu’est l’initiation, les fruits de l’attente personnelle et l’anxiété du moment présent. Le symbole a en fait cette propriété exceptionnelle de synthétiser les influences de l’objectif et du subjectif, du concret et de l’inconscient, de la connaissance et de la quête.

Au risque de choquer au sein d’une tenue en Loge de Perfection, je voudrais, si vous me le permettez, vous raconter une anecdote. Je me rappelle l’une de mes plongées sous-marines, dans une grotte, au large de Cassis avec 3 amis. Au fond de cette grotte, dans la zone des 40 mètres, avait été scellée, pour des raisons que je ne connais pas, une statue, un buste représentant une vierge, une déesse, un hommage à une plongeuse accidentée ou que sais-je encore. Cette grotte était faiblement éclairée par la lumière naturelle, et chacun des plongeurs de mon groupe avait sa propre torche sous-marine étanche. Chacun pouvait voir cette statue, mais personne ne pouvait la voir de la même façon, sous le même éclairage. Personne pour des raisons de sécurité n’a pu passer derrière cette statue pour en voir sa face cachée, et chacun, remonté en surface en y est allé de sa propre explication. Nous étions, tous 4, plongeurs expérimentés, 2 d’entre-nous avaient le titre ronflant d’instructeur international, mais chacun est resté avec sa propre interprétation, son propre rêve, et depuis, bien que chacun ait sa propre démarche quand il découvre une nouvelle grotte, personne ne regrette de ne pas avoir eu la réponse à ses questions par une plaque explicative scellée à l’entrée de cette caverne sous-marine, caverne où le mystère est resté pour tous.

Pour Carl Gustav Jung, élève puis condisciple de Freud, la valeur du symbole s’affirme dans le dépassement du connu vers l’inconnu, de l’exprimé vers l’ineffable. Si le terme caché devient un jour connu, le symbole meurt. Seul est vivant le symbole de ce qui est pressenti mais non révélé. Que la signification se fait jour et le symbole est mort; il n’a plus qu’une valeur historique, voire anecdotique. La perception du symbole se référant à chaque maçon, dans sa propre quête, elle exclue la fonction de spectateur, elle exige une participation en tant qu’acteur. Chaque symbole est un microcosme, mais ce n’est pas par une liste à la Prévert qu’on en saisit le sens global, l’une des principales particularités des symboles est leur interpénétration, aucune cloison hermétique ne les sépare non seulement au sein d’un même degré, mais dans l’ensemble du Rite Ecossais Ancien et Accepté. La franc-maçonnerie se caractérise par un syncrétisme symbolique puisé dans de multiples domaines. L’ordre maçonnique a intégré le symbolisme des religions judaïque, musulmane, égyptienne, des grands courants philosophiques pythagoriciens ou aristotéliciens et des mystères des bâtisseurs. Notre Universalité apparaît à ce niveau. Le symbole ne dirige pas la réflexion, il l’aide à s’accomplir et par là, il est le plus à même de réunir tous les hommes malgré les différences socioculturelles religieuses ou politiques autour d’un travail individuel ou collectif pour leur propre élévation et le perfectionnement moral intellectuel et matériel de l’humanité. Notre universalité apparaît à ce niveau.

La franc-maçonnerie ayant eu tendance à puiser principalement ses symboles et mythes fondamentaux dans 2 domaines principaux, la symbolique de l’art de bâtir et la source biblique, ces origines se retrouvent dans nos loges spéculatives et les outils notamment jouent un rôle essentiel. Ces outils sont utilisés aux 3 grades des Loges bleues. Le profane qui reçoit la Lumière et devient ainsi Apprenti Franc-maçon doit dégrossir la pierre brute ; il dispose pour cela essentiellement du maillet et du ciseau.

Devenu Compagnon, il utilisera de nouveaux outils pour obtenir la pierre polie. Après avoir vécu l’exaltation au sublime grade de Maître, il pourra assembler ces pierres polies pour parachever l’ouvre, les outils étant toujours présents par deux selon le principe actif-passif : maillet et ciseau, règle et niveau, niveau et perpendiculaire, compas et équerre. L’un des faits qui m’a le plus marqué et qui m’a fait le plus réfléchir lors de ma cérémonie d’initiation au 4ème degré, fut la disparition de ces outils. Je découvris avec étonnement qu’ils étaient remplacés sur le volume de la Loi Sacrée par une simple clé. L’absence de ces 2 symboles majeurs des Loges bleus s’expliquant forcément, il m’a fallu plusieurs tenues pour le comprendre, et passer par un changement de niveau, un changement d’échelle. Je n’avais pas compris immédiatement que nous étions passés du matériel au spirituel et que nous n’avons plus besoin, en tout cas à mon niveau de connaissance, d’outils venus de nos origines opératives; la non utilité matérielle de la clé devenait alors logiquement tout à fait secondaire. Notre recherche ne passe plus par les outils, le Temple est toujours à construire, mais il faut avant tout rechercher la Vérité et la Parole perdue. Nous sommes passés, lors de l’initiation au 4ème degré, de l’équerre au compas, et nous sommes détenteur de la clé permettant d’accéder au-delà de la balustrade aux mystères parce que Hiram revit et resplendit.

L’instruction au 4ème degré est très complète et très claire à ce sujet. De même que le géomètre passe des lignes droites et des courbes pour mesurer la surface de la terre, aux courbes et au cercle pour mesurer le mouvement des astres, le Vénérable Maître devenu Maître secret aspire à s’élever et à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance spirituelle. On retrouve alors ici logiquement la différence notable entre les outils des maçons opératifs découverts en tant que symboles dans les trois premiers degrés et la clé du 4ème degré : les outils sont faits de métal, de minéraux ou de végétaux, la clé est faite d’une matière noble et translucide, l’ivoire. Elle n’est pas un outil mais un signe, elle ne sert pas à ouvrir, elle est l’ouverture ; elle traduit une volonté, la volonté de son porteur d’ouvrir le Saint des saints pour se révéler et se découvrir.
Pour autant le Maître secret ne doit pas s’éloigner des Loges symboliques qui sont les racines de sa vie symbolique maçonnique. Il faut se rappeler que l’étoile à 5 branches, le Delta et le cercle font partie intégrante de l’emblème du 4ème degré. L’imbrication du cercle, du triangle et de l’étoile montrerait-elle que le tout est Un ou que Un est dans tout ?

Les symboles familiers ont évolués et je dirai que le Maître secret porte en fait sur lui les symboles essentiels : la couronne de laurier et d’olivier le jour de l’initiation, puis au cours des tenues, les lèvres closes par le sceau du secret, l’œil sur le tablier et la clé en sautoir, à hauteur du plexus. Il doit travailler plus que jamais à son élévation spirituelle.

J’ai déjà évoqué le fait que la perception des symboles ne peut être la même pour tous, un symbole dévoilé devient un emblème, une allégorie, un signe, une idée ou un mot, et il faut se garder de prendre les mots pour des idées et nous devons ici nous efforcer de découvrir l’idée sous le symbole. Le symbole ne révèle pas, ne cache pas, il invite à la réflexion globale, à l’analyse analogique. Il n’impose pas une vérité, il n’est pas un dogme. Le symbole est mythique car il est création de l’esprit mais il n’est pas un mythe, il est une réalité ; il est réel, mais ce qu’il suggère est abstrait.

Un objet, un outil peut par exemple ne devenir symbole qu’en association avec un autre outil: le ciseau et le maillet ne peuvent travailler isolément la pierre, seule l’association des deux est efficace, le symbole est ici un couple indissociable maillet-outil. Le symbole révèle car sa perception, et la perception de soi-même, s’affine, évolue au fur et à mesure de la démarche initiatique. Cette perception se retrouve dans le tuilage aux différents degrés : Etes vous Francs-Maçons ?, mes Frères me reconnaissent pour tel ; êtes vous Compagnon ?, j’ai vu l’Etoile flamboyante ; Etes-vous Maître Maçon ?, l’acacia m’est connu ; Etes vous Maître secret ?, oui je m’en glorifie. Cette perception du symbolisme se doit d’être nouvelle dans les ateliers de perfectionnement, le Maçon dans sa Loge bleue, fut-il jeune maître ou ancien maçon, simple membre de sa loge, officier ou passé vénérable Maître redevient apprenti au 4ème degré. Il retrouve autour du cou la corde à nœud coulissant qu’il a eu des années auparavant lors de son initiation ; il retrouve aussi le bandeau noir de son initiation même si ce dernier est devenu légèrement transparent. Il est venu pour espérer et il doit de nouveau entreprendre, il ne sait pas s’il va réussir, mais il va persévérer jusqu’au bout de sa démarche. Il quitte la terre pour commencer une élévation spirituelle. Les 3 fois 27 ans accomplis que, par ma formation mathématique, je transforme en 3 élevé à la puissance 4 donne au Maître Secret une nouvelle dimension, il passe d’un espace matériel à 3 dimensions à un espace nouveau à 4 dimensions. Nous associons le temps, la quatrième dimension, à l’espace, nous quittons le réel pour le spirituel. Nous commençons à construire un Temple spirituel, une Jérusalem céleste.
Nous commençons nos travaux à midi dans les Loges bleus, aujourd’hui le Trois Fois Puissant Maître a ouvert les travaux quand le Premier Inspecteur l’a informé non pas de l’heure, quelle soit réelle ou symbolique, mais du fait non quantifiable que l’éclat du jour a chassé les ténèbres et que la grande Lumière commence à paraître. Le temps devient sacré, nous sortons du temps, nous nous rapprochons de la Lumière.

Le symbole c’est un peu comme un grand amour, un fils non connu, il se vit, c’est un rêve, une poésie, mais si l’on en parle, on le ramène à la dimension humaine, on le dévoie, on le souille un peu. A quoi sert donc le symbolisme ? travail de philosophes, spéculation d’érudit, fantasme d’intellectuel, vieille lune des siècles passés ou…outil de substitution, d’analyse, de réflexion, de démarche personnelle ?

Peu importe en vérité, à nous de nous révéler en le laissant caché dans ce lieu hors du temps et de l’espace qu’est le Temple. Pour certains il est un outil, pour d’autre un mythe, pour d’autres enfin une réalité…peu importe si in fine le symbolisme permet que les pierres s’assemblent harmonieusement afin de recréer le Temple en sagesse, en force et en beauté.

Trois Fois Puissant Maître, et vous mes Frères Maîtres Secrets en vos grades et qualités,

J’ai dit.

T S

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