L’Austérité est’elle une Vertu ?

Auteur:

H∴ E∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


LA LIMITE SEMANTIQUE


La notion d’austérité est ici associée à la vertu. Ce qui signifie que l’austérité sera ici appréhendée comme spécificité humaine. De plus, la question est posée au sein d’une loge de la Juridiction travaillant au 4° degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté. C’est donc à couvert de ce contexte et dans la réduction de son attribution à l’homme, que le sujet sera examiné. C’est dire qu’il sera fait l’économie du sens populaire et souvent inapproprié de chaque mot.


Qu’entendre donc ici par austérité et par vertu ?


L’austérité d’un individu est plus que sa rigueur. C’est une sorte d’intransigeance, de rigidité, voire même d’inflexibilité, de rudesse, de froideur et de dureté. C’est aussi un dénuement et une étanchéité à toute fantaisie. A n’en retenir que ces éléments c’est en conséquence douter de la convivialité d’une telle rencontre et répondre en partie à la question…. Il va donc falloir élargir le sens pour y associer ne serait-ce qu’une allusion à la vertu.


La vertu s’entendra comme la qualité de l’homme désireux de hisser son regard et son action au-dessus des scories du vulgaire, de suivre une voie spirituelle, soucieux de charité, convaincu que la Foi soulèvera les montagnes d’Espérance en un monde meilleur. Egalement l’incorruptibilité de l’homme, impassible aux tentations, aux séductions, aux excès comme aux privations, rapprochant ce sens de ce que nous connaissons sous le qualificatif de vertus cardinales, la prudence, la justice, la force et la tempérance.


Et si maintenant, CHATEAUBRIANT était interrogé sur le couple « austérité – vertu » il nous dirait que « les vertus purement morales sont froides ».


Apparaît donc ici, en ces lieux, la difficulté d’imaginer comme possible de construire un chemin de spiritualité, avec les pierres de la rigidité, de la fermeté, de la rudesse et de certaines formes de certitudes attachées à l’austérité. Délicat aussi d’imaginer comme possible de se vaincre soi-même pour rendre à son cœur l’authenticité octroyée par la nature, tenter l’épanouissement de soi par la rencontre de cet Autre aussi unique au monde que soi, avec pour outil, plutôt un boulet qu’un ciel étoilé.



DE L’AUSTERITE – SEVERITE


Nous retiendrons dans cette mosaïque de sens, l’austérité comme la sévérité des mœurs. Et dans le cadre spécifique d’une réflexion sous couvert du Rite Ecossais Ancien et Accepté, véhicule de la transformation de soi, l’austérité pourrait s’identifier comme ce contrôle cognitif et comportemental de soi, en fait, l’établissement de l’ordre en soi. Et le Rite suggère de manifester cette forme de moralité dans cette trilogie infernale construite par la Connaissance, l’Amour et l’Action et à ce 4° degré, celle de comprendre le sens de la mort d’Hiram et de ce que le Maître Secret en construira d’enseignement pour lui.


Si sur le fond, sa progression s’opère en des lieux manifestement empreint d’une certaine austérité,reste à en imaginer comment orienter ce chemin vers la vertu et les hommes qui y feront alliance.


Ce qui revient à s’interroger : la croissance de soi dans l’alliance avec autrui peut-elle raisonnablement s’opérer au sein d’une austérité dont toutes les définitions s’accordent à figer son champ d’application en un espace et un esprit confinés, réduits, réducteurs ?Le Rite Ecossais Ancien et Accepté s’accommoderait-il dans sa mission de tirer le Maître de la servitude et de l’erreur,de ce qu’il faut bien voir comme un repli de soi ? Et ce, même si d’aucun suggèreront que le dépouillement est l’engrais de la réflexion, prologue de la quête du sens de sa vie, le chemin pour décider par soi-même de ses opinions et de ses actions.



L’AUSTERITE COMME UNE DISCIPLINE


L’initiation au Rite a transmué le profane en passager de l’exigence et de l’exception. En rejoignant la Juridiction, le Maître a prêté serment d’obéissance et d’Allégeance et prétend en ces lieux à quelque Resplendeur. L’ésotérisme de cette alchimie opérant la fusion entre la règle imposée et le libre choix, suppose donc une action endogène beaucoup plus nuancée que l’austérité et que nous appellerons : la discipline.


La discipline sera entendue comme un ensemble de règles de pensée et d’action que l’on s’impose par obligation, par devoir avec pour mission d’ordonner quelque chose.Cela étant, peut-elle s’entendre hors la notion d’encadrement contraignant, de soustraction au plaisir, d’économie de toute forme de ludicité ? Surtout si dans notre propre transformation par l’acquisition d’une Connaissance, nous acceptons cet adage selon lequel il n’y a pas de plus grande joie que d’apprendre ?


Parce que la racine du mot « discipline » signifie « apprendre », non pas se conformer, se formater dirait-on aujourd’hui, se dire le disciple de quelqu’un, imiter un concept,mais simplement, apprendre.


Et l’action d’apprendre passe d’abord par une forme de renoncement. Celui violent d’abandonner ses certitudes, d’accepter son ignorance ou plus simplement son incomplétude. Et ceci exige une méthode, un protocole, une orchestration du sens à donner aux éléments et à l’action qui les anime.


C’est une discipline, une discipline qui n’est pas imposée mais acceptée, qui ne consiste pas à copier – coller une idéologie quelconque et qui ne se confond pas avec une impitoyable austérité monacale dont on pourrait douter de sa capacité à ouvrir sur la quête de Connaissance par l’écoute des hommes avec attention et déférence précise le rituel du 4° degré.


Ordo Ab Chao.La méthode initiatique au service d’une discipline de la pensée et de l’action ont sorti le profane des ténèbres, ont relevé le Maître et confirmé le Maître Secret dans son devoir.


Il apparaît donc essentiel d’être investi d’un ordre à géométrie variable, une rigueur morale, celle qui couve la pensée et commande l’action qui lui succède dans la même chromatie. Tout ceci se construisant dans l’espace de notre croissance et dans le temps limité de nos potentialités à grandir, donc bien distinct d’une austérité monolithique. Un ordre méthodique et non relatif qui construit le sens de l’harmonie de ses propres composants, parfois aussi austère qu’un étui de mathématique et plus assurément épargné des tendances, des modes et des influences.



ET LA DISCIPLINE DEVIENT VERTU


Dès lors que nous comprenons mieux parce que nous voyons mieux vers quoi le Rite nous suggère de grandir, nous nous ouvrons au partage des valeurs acquises et nouvelles. Non que nous ignorions l’identité de ces valeurs nouvelles octroyées par les épreuves, mais parce qu’elles germinaient en nous pour éclore à chacune de nos morts et renaissances et ciseler les contours d’un ordre moral. Et ici, un ordre moral orienté.


Et puisque le malheur est promis à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes, la vertu se construit d’abord sur les ruines de ce qui s’est désuni.


Un esprit tourmenté, frustré, pollué par son entourage, se conformant à la moralité de masse, est forcément confus et un esprit confus est incapable de discernement. Le comportement doit alors manifester un ordre total pour devenir vertueux. Si le chemin de spiritualité veut se paver de degré en degré, il doit se doter de matériaux cognitifs et comportementaux inspirés d’une moralité qui ne connaît aucune espèce de peur.


Il est aussi vrai que la quête du sens de sa vie peut s’ensemencer de terreau simple, sobre, modéré, retenu, dépouillé de superflus, soigneusement castré de toutes les initiatives personnelles dont l’austérité par définition économe, fait son tout.


Tout aussi vrai, le désir de s’extraire d’un monde que le relativisme moral a aseptisé de ses fondamentaux peut relever d’une ordonnance délivrée par un docte érudit. Ce désir peut aussi s’appuyer paresseusement sur une délégation de tâche, une doctrine tiers-agissante.


Certes ; mais afin que cette recherche trouve quelque courbe ascendante,


pour que le parfum du changement soit « jubilatoire » dirait un passé Grand Maître,


pour qu’un salaire compense l’épreuve,


pour que les renoncements, les abandons que la mort du Maître a symbolisés,multiplient les questions,


pour que trois fenêtres s’ouvrent sur le rayonnement du nouveau Maître,


pour que nous soyons reconnus comme tel,


il a fallu déchirer le voile de l’audace. Il a fallu mourir, perdre, renoncer et toujours accepter, là de faire alliance, ici de faire allégeance.


C’est donc dans la prise de risque, l’exposition de soi, la foi en nos convictions ici écossaises, dehors humanistes, c’est dans ce que nous résumons dans les paliers initiatiques martelés d’épreuves multiples et variées, c’est dans la manifestation du devoir assermenté, lumineux d’évidence et noncontrit d’austérité, que la construction du maçon éclairé s’engage, se façonne, hésite, s’égare pour mieux se retrouver au centre du cercle sur les valeurs qui deviendront référentes.


Et cette référence progressivement, doucement mais régulièrement vertueuse, ne se trouve dans aucun dogme religieux patenté de certitudes, aucune valeur ascétique arrosée de naphtaline.


Catégoriquement, non.


Nos références ne sont pas fongibles, mais spécifiquement endogènes. Elles naissent de ce que nous produisons petit à petit d’exemplarité rayonnante, ouverte sur le pluriel des idées, le nectar de nos différences et la solitude de l’action.



QU’IL N’EST DE VERTU QUE VIVANTE


Nous sommes dans un Ordre où les rituels ponctuent et assemblent 33 paliers d’un mode d’évolution qui représentent néanmoins une entité cohérente. Un Ordre initiatique et ici une Juridiction comprenant autant d’adhérents que de gardiens d’un Rite partie intégrante de la Tradition. Les plus anciens d’entre nous savent que chaque fois que cette garde s’est relâchée, un illuminé plus qu’un éclairé en a profité pour compliquer les systèmes.


L’exigence vertueuse qui est vécue ici est définitivement unique, pour le bien de tous, devant tous, et pour tous, en une sorte d’accompagnement des espérances individuelles confortées par les expériences collectives et partagées.


Si nous sommes fidèles à la Tradition, si nous avons été mis sur le chemin du Devoi,r si nous sommes passés de l’équerre au compas, des lignes et des angles par lesquels le géomètre mesure la surface de la terre, aux courbes et aux cercles et si nous sommes fidèles au Rite, c’est pour en préserver l’esprit, et en rendre la substance vivante.


Il ne s’agit surtout pas de figer une austérité spirituelle qui pourrait rappeler les successions apostoliques ou dynastiques, mais d’affirmer la volonté inébranlable de garder à notre Institution sa sagesse de résistance à toutes les invasions contre la liberté de pensée, sa force dans l’éclosion de l’intelligence et surtout, sa beauté dans l’expression de ses sentiments.


Alors naît l’Alliance avec la vertu et les hommes vertueux, fille du devoir et de l’allégeance à travailler au privilège de ne se tenir debout qu’au prix de quelques partis pris.



CONCLUSION


Puisqu’il est écrit quelque part que le silence est une vertu qui nous rend agréable à nos semblables, il serait rigoureux d’en finir avec cette tentative de confrontation entre l’austérité et la vertu.



J’ai dit TFPM




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