Être Obéissant
H∴ T∴
Être docile, gouvernable, soumis, souple, sage, assujetti, maniable, asservi, discipliné, dépendant, subordonné, respectueux, résigné, fidèle, plastique, servile, flexible…et beaucoup d’autres termes peuvent remplacer plus ou moins justement les deux mots « être obéissant ».
Tant de synonymes montrent que le sujet que m’a proposé notre TFPM est trop vaste pour l’approfondir complètement en peu de temps. C’est pourquoi, si vous le permettez, je ne ferai que survoler volontairement certains aspects de l’obéissance, comme l’obéissance fanatique, inconsciente ou irresponsable, dont nous pourrons discuter après cette planche si vous le désirez, en détaillant par exemple l’intéressante expérience de l’américain Stanley Milgram sur l’asservissement et la perte de l’autonomie chez celui qui obéit.
Disons seulement que dans ce type d’obéissance extrême, une éducation, comme celle des doctrines fascistes par exemple, réussit à ancrer dans l’inconscient humain un désir d’obéissance totale et une soumission aveugle. Il y a alors dépendance complète du soumis envers l’autorité, « soyez assurés de ne plus servir et vous voilà libres » (Discours de la servitude volontaire d’Etienne de la Boétie) même si celle-ci est agressive ; c’est ce qui se passe dans ce que l’on a décrit comme étant le syndrome de Stockholm, où les otages obéissent d’abord sous la contrainte des ravisseurs, puis acceptent docilement leur domination et vont même jusqu’à aimer leurs agresseurs, c’est également ce que l’on observe fréquemment dans les pays où sévissent des dictatures ou même simplement dans des régimes totalitaires.
Montesquieu précise que dans ces cas d’obéissance extrême, il y a ignorance chez celui qui obéit comme chez celui qui commande : bêtise et absurdité seraient des termes plus appropriés à cet avilissement de l’être humain, qui est indigne de notre ordre et trop éloigné de lui pour en parler plus longuement.
Je m’attarderai donc plus précisément sur les aspects particuliers de l’obéissance propres à la Franc Maçonnerie.
Le profane, en entrant en Maçonnerie, accepte d’obéir aux règles, us et coutumes de notre ordre, ainsi qu’aux Frères de grade supérieur ; l’apprenti écoute le Compagnon qui lui-même suit les directives des Maîtres qui obéissent aux Officiers, VM…et ainsi de suite jusqu’au Grand Maître.
Dans cet enchaînement, on est en présence d’une obéissance liée au grade, à la hiérarchie, assez voisine de ce que l’on observe par exemple chez les militaires ou à la manière dont l’autorité s’exerce dans une entreprise ; mais en Maçonnerie, il ne s’agit pas d’une obéissance à l’individu proprement dit, à un Frère en particulier, c’est une obéissance à la fonction que ce Frère exerce et à l’autorité qu’il représente ; c’est ce que l’on pourrait appeler une obéissance hiérarchique et fonctionnelle. Ce type d’obéissance a, en Franc Maçonnerie, une autre particularité, celle d’être un acte parfaitement volontaire : en entrant en Maçonnerie, nous acceptons et promettons de nous plier aux règles de l’ordre, comme préalable indispensable à toute progression dans notre quête personnelle.
Ce choix a été mûrement réfléchi avant d’en prêté serment, c’est un choix sensé, pensé, imposé par l’esprit moral qui est en nous, une sorte d’exigence consentie tellement librement et de façon tellement autonome, qu’elle en devient une obligation, un peu comme « l’impératif catégorique » dont parlait KANT.
Cette obligation d’obéir que nous nous imposons, existe parce qu’elle est dictée par la raison, comme on été dictées les règles et coutumes de notre ordre. Ainsi celui qui semble diriger raisonne t-il de la même manière que celui qui obéit aux ordres et aux règles, il s’adresse à un homme aussi libre que lui et non pas à un instrument à son service, ou utile à sa progression.
D’ailleurs comme homme libre, le Franc-Maçon peut à tout moment donner son avis sur un point particulier des symboles qui nous caractérisent et comme homme raisonnable, pratiquer l’art de la critique, voire de la résistance.
Cette obéissance est d’autant plus aisée à assumer qu’elle fait appel chez les Francs Maçons, à la notion de respect : respect de ceux à qui on obéit et respect des lois auxquelles nous nous imposons librement d’obéir, comme s’il s’agissait d’une loi morale personnelle, que l’on voudrait étendre et voir se transformer en une loi universelle.
L’obéissance à un Frère de plus haut grade exige donc le respect envers ce Frère, ce qui oblige ce dernier à respecter lui-même la loi qu’il demande aux autres d’appliquer, à montrer l’exemple et à suivre plus que quiconque les règles de l’ordre.
Le sens étymologique du verbe obéir (oboedire et ob- audire) qui signifie prêter ou tendre l’oreille, convient parfaitement à la Franc-Maçonnerie. En effet, chaque Frère est à l’écoute des autres, il y a communication et communion entre nous. Chacun reçoit et donne à la fois, c’est une obéissance mutuelle, réciproque, coordonnée et respectueuse des principes élémentaires de la Franc-maçonnerie ; chacun est utile, nécessaire voire indispensable aux autres ce n’est qu’avec cet esprit fraternel que pourront avancer nos idées et qu’on pourra les faire partager aux autres.
Bien sur, parmi les ouvriers, il va s’en trouver de plus habiles, de plus intelligents ou de plus qualifiés que d’autres, ce qui entraîne des grades et des niveaux d’obéissance et de commandement : ainsi, les Maçons de base, les Apprentis respectent les tailleurs de pierre qui obéissent aux contremaîtres, aux chefs de chantier, à l’architecte qui lui-même suit ses propres plans, plans qui ont été dictés par le GADLU et DIEU.
Mais chacun, quelque soit l’échelon auquel il se trouve, suit le même but : achever le grand édifice ; l’obéissance et tout ce qui l’entoure, (raison, volonté, respect…) devient l’outil, le moyen, la machinerie de notre grand chantier, une des qualités du Franc-maçon qui lui permettra de progresser et de gagner le combat qu’il s’est imposé sur lui-même.
Je ne détiens bien sur pas la vérité, mais c’est assurément l’opinion de votre très humble et très obéissant serviteur.
J’ai dit Trois Fois Puissant Maître