La Clé du Quatrième Degré

Auteur:

H∴ T∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A la Gloire du Grand Architecte de L’Univers,
Ordo ab chao, Deus Meumque Jus,
Au Nom et sous la Juridiction du Suprême conseil des souverains Ecossais Ancien et Accepté
pour la France

A la demande du TFPM, je ne détaillerai pas trop le symbolisme du 4° degré, pour approfondir sa signification générale et sa relation avec les trois précédents. J’utiliserai uniquement le symbolisme lié à la clé comme support de mes explications et comme guide de ma réflexion.

La clé du 4° degré est une clé blanche, en ivoire, dont le panneton est orné d’un Z, que l’on doit tourner pour ouvrir la porte qui sépare le matériel, le raisonnable, la vie terrestre, de l’esprit, l’immatériel, l’imaginaire, le divin.

Entrons, si vous le voulez bien dans les détails de cette phrase :

  1. Le mot clé tout d’abord ; il a la même racine hébraïque que le Dieu égyptien PTAH (PTKh ou Kh se prononce comme la jota espagnole), qui n’est autre que le Dieu créateur, patron de la construction, de l’œuvre humaine et des artisans que nous sommes. Il représentait pour les Egyptiens le principe originel, l’unité qui se scinde (nous reviendrons sur ce point), pour créer les 9 NETERS et l’ennéade et permettre le cycle de la palingénésie, identique au cycle naissance, mort et régénération du mythe d’HIRAM, que l’on retrouve dans l’initiation et qui est le fondement de la vie maçonnique.
  2. C’est une clé blanche ; Blanche comme l’émail des dents, caché par le signe du Maître Secret, pour montrer son humilité, la nécessité qu’il a d’écouter, de garder le silence nécessaire à la méditation et surtout ne pas divulguer ou se permettre de parler de ce qu’il ne connaît pas ou trop peu.

Blanche également pour marquer la pureté initiale du Maître Secret et pour symboliser sa volonté de synthèse et de progression, tout comme la lumière blanche est la synthèse de toutes les lumières de l’arc-en-ciel.

Cette couleur blanche est associée à la couleur noire de la tenture avec les larmes d’argent ou de la bordure du tablier, pour signifier la réceptivité du nouvel initié au 4° degré.

  1. C’est une clé en ivoire, une matière organique, une matière vivante, différente du métal minéral froid et inerte ; c’est une façon d’indiquer qu’elle n’est pas fabriquée par l’artisan forgeron pour en faire un outil qui ouvre, tout simplement parce qu’elle est l’ouverture elle-même, elle est l’artisan lui-même, elle est le Maître Secret.
  2. Cette clé est ornée de la lettre « Z » comme ZIZA, Zaïn, Yod, Zaïn, He ou Aleph, qui signifie « Resplendens », la lumière dans sa double nature, corpusculaire d’abord par les quanta d’énergie qui éclairent et rayonnent, mais surtout par sa nature ondulatoire, c’est à dire lumière qui bouge, pour rappeler le Dieu du mouvement HERMES-MERCURE. HERMES, c’est le Dieu qui guide le voyageur qu’est le Maître Secret dans sa nouvelle quête, mais aussi le Dieu qui relie le monde des humains au monde des Dieux (nous reparlerons également de ce point plus tard).

« Z », c’est aussi la lettre Zaïn, qui signifie arme divine, javelot, mais qui a aussi le sens de créer, germer, comme le javelot du soldat LONGIN qui transperce et ouvre le cœur de Jésus ce qui lui permet de renaître, de se recréer et de donner aux hommes le germe de la vie éternelle.

Zaïn, est la 7 lettre de l’alphabet hébreu, à rapprocher du chiffre 7 du Maître Maçon qui est relié au chiffre 9 par le nombre de Maîtres qui tournent 3 fois autour du tombeau d’HIRAM accompagnés du Maître des Cérémonies et de l’Expert, soit 9 Maîtres, relié également par les 9 cotés du 7 polygone régulier qu’est l’ennéagone des 9 NETERS… Tout ceci amenant à l’âge symbolique du Maître Secret : 3 fois 27 ans, soit 81 ans, représenté par 9 chandeliers à 9 branches, ou encore le chiffre 3, chiffre de l’Apprenti élevé à la puissance 4, le degré du Maître Secret, signifiant que celui-ci doit se surpasser, se sublimer, pour atteindre l’âge de 81 ans, qui n’est autre que l’âge parfait selon DANTE.

Arrivons maintenant à la partie la plus intéressante du symbolisme de la clé du 4° degré, celle qui apporte un sens à ce degré, et lui donne toute sa signification.

  1. D’abord, c’est une clé que l’on doit tourner pour ouvrir une porte, une séparation, une barrière entre 2 parties différentes, entre 2 mondes.

Cette clé doit tourner pour indiquer au Maître Secret qu’il est à un tournant de sa vie maçonnique, comme le prouve sa nouvelle initiation lui permettant d’accéder au 4° degré, initiation tout à fait comparable à celle du profane pour qui l’entrée en Franc-Maçonnerie est un tournant de sa vie, et ceci parce que la façon de travailler va être différente de celle des 3 premiers degrés.

Si le Maître Maçon connaît les outils symboliques des 3 grades, s’il sait comment les utiliser, s’il possède l’Etoile Flamboyante, s’il sait rechercher au fond de lui-même, au fond de sa conscience les éléments lui permettant d’évoluer, il ne maîtrise pas encore la signification des 3 premiers degrés, il n’a pas encore fait une synthèse efficace de tout ce qu’il a appris. C’est au Maître Secret de reconstituer tout ce qui est épars, il doit faire naître l’ordre du chaos, il doit retrouver ce qui a été perdu ou plutôt tout ce qui a été oublié au fin fond de sa conscience ; c’est là un des sens de la recherche de la Parole Perdue.

De la même manière que SOCRATE accepte la ciguë pour mourir sans se défendre contre ses accusateurs, pour prouver aux hommes l’exactitude de ses pensées, de même que JESUS accepte le supplice pour renaître et sauver les hommes, HIRAM ne s’est pas sacrifié pour rien. Sa mort est bien un sacrifice volontaire puisqu’ il aurait très bien pu donner un mauvais mot de Maître aux Compagnons, ou donner le vrai et le changer ultérieurement, et éviter ainsi les coups mortels, mais il ne l’a pas fait. Il ne l’a pas fait parce qu’il fallait que sa mort serve la Maçonnerie, qu’elle lui soit utile durablement, et cela simplement en renaissant dans le cœur des Maîtres Maçons, en se régénérant en eux, afin qu’ils s’améliorent et le remplacent ; chaque Maître possède un peu de la connaissance de l’architecte HIRAM, à chacun désormais de réunir les morceaux du puzzle qui manquent pour former un nouvel architecte, apte à remplacer la quatrième colonnette qui soutient le Temple. C’est cela la palingénésie dans le mythe d’HIRAM, la mort suivie d’une régénération qui s’accompagne d’une évolution et d’un perfectionnement ; on retrouve ce cycle dans la naissance des neuf NETERS qui forment l’ennéade à partir de l’unité, dans le Big Bang qui crée le monde, dans le Logos né du Mythos et bien sûr dans l’ordre qui vient du chaos.

Pour retrouver tous les éléments nécessaires à cette reconstruction, à cette renaissance, le Maître Secret doit pratiquer une nouvelle introspection pour sonder non seulement sa conscience, mais aussi son inconscient ; dans les trois premiers degrés on parlait beaucoup de raison, de rectitude, de l’équerre, certes indispensables à la compréhension des symboles, mais désormais on veut aller plus loin et on passe alors véritablement de l’équerre au compas. La clé devient celle de l’existence qui ouvre le cœur du Maçon et permet de libérer l’essence, la source même de l’individu, afin qu’il se découvre et se recrée.

On peut dire que le 4° degré est un degré de transition qui permet au Franc-Maçon de se rendre compte des limites de la raison, de le sensibiliser au divin, car comme l’a si bien dit Gérard LAVENU dans sa planche : « le divin ne peut pas ne pas être » et la clé est là pour l’accompagner dans sa quête spirituelle, comme la clé de l’Islam qui ouvre les portes de la Parole de Dieu ou les clés de SAINT PIERRE qui ouvrent le royaume des cieux ou encore la clé qui ouvre la porte d’une nourriture spirituelle au Japon.

On passe au 4° degré, du cartésianisme de SPINOZA ou du rationnel de HEGEL « tout ce qui est réel est rationnel » à l’intuitif, l’inexplicable de PASCAL « la dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent » ou de KIERKEGAARD, voir de SARTRE ou de BERGSON qui pensent que certaines choses échappent à la raison et ne peuvent être abordées ou comprises que par l’intuition et l’imaginaire. L’initiation au 4° degré va permettre au Maître Maçon d’évoluer en renaissant des cendres d’HIRAM pour aller vers une voie plus spirituelle.

Bien sûr on ne cite pas Dieu, puisque la maçonnerie ne se veut d’aucune religion, mais on l’évoque en utilisant d’autres noms « Iod, Adonaï, Ivah » qui désignent le principe, l’unité, le divin…, comme on le faisait également avec le tétragramme dans le Delta lumineux : Iod, Hé, Vav, Hé, nom imprononçable désignant JEHOVAH.

  1. Le point le plus important dans la symbolique de la clé du 4° degré est, à mon avis, l’ouverture d’une séparation entre 2 mondes, entre le terrestre et le céleste. Si on analyse la marche des 3 premiers grades, on s’aperçoit que celle de l’Apprenti évolue selon un mode rectiligne à 1 dimension, que celle du Compagnon se situe dans un plan à 2 dimensions, et que celle de Maître aborde la 3° dimension et l’espace ; mais c’est véritablement au grade de Maître Secret que la 3° dimension est atteinte. Le passage du 1° degré au 3° est une évolution horizontale, alors que l’initiation au 4° degré est une révolution qui apporte la dimension verticale vers l’espace, pour atteindre à la fin du grade, la 4° dimension, celle du cosmos, de l’infini, de l’intouchable, de l’impalpable : en un mot, de la spiritualité.

Désormais, « L’Eclat du jour a chassé les ténèbres et la Grande Lumière commence à paraître ».

On ne doute d’ailleurs pas un seul instant du Maître Secret, on est sûr qu’il va réussir dans sa quête spirituelle, puisqu’on lui a déjà remis les rameaux de laurier et d’olivier, représentant APOLLON et ATHENA, en récompense du travail qu’il fournira et de la prochaine victoire qu’il ne manquera pas d’avoir sur lui-même.

Signalons pour la petite histoire, que la Pythie mâchait des feuilles de laurier, entre autres drogues, lorsqu’elle était consultée sur les prophéties d’APOLLON et que le Temple de DELPHES où elle officiait, portait sur son fronton la sentence « Connais-toi toi-même », reprise par SOCRATE et qui correspond au VITRIOL maçonnique. En complétant cette devise ainsi « Connais toi toi-même et tu connaîtras le Monde et les Dieux », on résume à peu de choses prés, le travail du Maître Secret.

L’emblème du Maître Secret, le Triangle de l’Apprenti inscrit dans un cercle tracé par le Compas du Maître et contenant le pentagone du Compagnon, est là aussi pour illustrer que le Maître Secret se doit d’avoir parfaitement assimilé les 3 premiers grades par la raison et surtout qu’il va désormais aller plus loin. Le Centre commun aux 3 figures, qui rassemble l’unité au ternaire pour former le quaternaire, et le Cercle qui englobe le triangle et l’Etoile indiquent que le Cercle, symbole du divin et du céleste prime désormais sur la raison et marque la volonté d’évoluer du point zéro vers l’infini, de l’unité vers la multitude, puis d’intégrer et de recentrer le tout dans l’unité.

Au début du 4° degré, le Maître secret est le 7° Maître élu parmi les lévites sous les ordres d’ADONIRAM. Ceux-ci sont placés d’un coté de la balustrade et sont chargés de garder le Saint des Saints dans lequel se trouve la Parole Perdue; à la fin de ce même grade, le Maître Secret sait que c’est la même clé qui ouvre le Saint des Saints que celle qui ouvre son cœur et sa conscience, pour l’inviter à retrouver la Parole Perdue en se découvrant et en se recréant. Le Saint des Saints ne serait donc rien d’autre que nous-mêmes et l’espace sacré dont on parle souvent ne serait-ce pas simplement  l’espace mis en place par l’assemblée des Frères qui se réunissent.

Pour résumer tout ceci en une phrase, je dirais que la clé du 4° degré est la clé de contact qui démarre le moteur de la pensée spirituelle du Maître Secret.

J’ai dit Trois Fois Puissant Maître.

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