J’ai vu le tombeau de notre Respectable Maître Hiram
J∴ L∴
A la question du T F P M au
Premier Inspecteur à l’ouverture des travaux au
4ème degré :
– Comment avez été reçu
Maître Secret ?
Le Premier Inspecteur répond :
– J’ai été reçu sous le
Laurier et l’Olivier, en passant de l’Equerre au
Compas.
– J’ai vu le tombeau de notre Respectable Maître
Hiram et j’ai versé des larmes sur ce tombeau avec
mes FF et le plus puissant des Rois.
La dépouille du Maître Hiram gît sous une tas de terre, après avoir été précipitamment mis là par ses assassins, une branche d’acacia seulement signale sa présence.
Avant de découvrit le lieu où Hiram a été enseveli, Salomon, le grand Roi désigna 7 Maîtres pour chercher et découvrir ce lieu, conduits par Stolkin, car enfin l’œuvre n’est pas achevée, la Parole est perdue, la lumière et la vérité que l’homme perçoit plus ou moins confusément, sont éclipsées et le chantier doit être poursuivi malgré tout, rien ne doit l’arrêter. Ainsi nos 7 Maîtres tournent autour de la dépouille, voyagent pour accéder degré après degré à la Perfection promise qui doit se trouver au fond de soi. 7 Maîtres qui seront admis au rang des Lévites, pour poursuivre l’œuvre d’Hiram dans l’achèvement du Temple, accédant ainsi à la perception du sacré et par là au plan du GADLU.
Ainsi j’ai versé des larmes sur ce tombeau avec mes FF et le plus puissant des Rois qui nous en a donné l’instruction. Sur le chantier tous pleurent l’Architecte.
En pleurant Hiram c’est sur la mauvaise part de nous-même que nous pleurons en prenant conscience que nous ne voyons pas bien, symbolisé par le voile sur nos yeux. Car enfin, Hiram a fui ses mauvais compagnons plutôt que de les affronter, comme je dois le faire, sachant qu’il s’est sacrifié pour ne pas dévoiler les plans du Temple par Devoir comme nous le ferons après que le T F P M ait clos nos lèvres par le Sceau du secret.
J’ai versé des larmes avec le plus puissant des Rois, avec la part d’énergie divine qui est en moi, celui qui me donnera la force pour ne pas faillir, contrairement à Hiram. Ce Roi puissant qui me fera prendre la Voie du Milieu qui passe par le cœur, pour atteindre la Perfection. Le plus puissant des Rois est celui qui me gouverne, qui me donnera la sagesse dans la durée et ce n’est pas comme Salomon qui faillira par la suite, après avoir connu le meilleur, il instrumentalisera le pire. J’entends : « Malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui, ensuite, les négligent ».
Le décor du lieu de reconstitution de cette scène de désolation et de tristesse est sans ambiguïté, une tenture noire avec incrustation de larmes d’argent montre la situation dramatique. Cette environnement sombre nous montre bien les difficultés du passage à un autre monde, dangereux, stressant. …Ceci avec une corde au cou qui relient les postulants comme des alpinistes vers l’ascension de la connaissance, vers la lumière. Cette corde unificatrice symbolise la fraternité dans l’effort, la quête commune de la lumière, malgré nos différences.
Au 3ème degré, le récipiendaire incarne Hiram en se plaçant symboliquement sous terre et devenant le substitut d’Hiram. Il entend les pas des Maîtres partis à sa recherche, il n’est pas seul, ses FF sont là et il sera relevé d’un plan horizontal à un plan vertical : « le Maître est retrouvé et paraît plus radieux que jamais »nous dit le Rituel. Le corps d’Hiram gît là, corps en putréfaction, tout se désuni, la chaire quitte les os, c’est le chaos et pour reparaître aussi radieux que jamais, il nous faudra remettre de l’ordre dans notre chaos intérieur, tel est notre Devoir et notre devise « Ordo ab chao ».
Ce sont les 3 mauvais Compagnons qui relèveront le Maître que nous sommes par les 5 Points parfaits de la maîtrise, ainsi il comprend qu’il devra vivre avec eux, poursuivre sa quête avec eux, voir les transformer « du mal au bien », en vertueux. Il les a identifiés et c’est important contrairement à Hiram qui ne les a pas vu venir si je puis dire. Le Maître substitué comprend aussi qu’il passe d’un état inférieur à un état supérieur de sa conscience par la voie de la transcendance. Par le relèvement, il n’est plus corps physique, « la chaire quitte les os, tout se désuni… » mais esprit. En quelque sorte je suis devenu étranger à moi même, à ce que j’étais avant en séjournant au niveau de la matière. J’entends encore lors de mon initiation au 1er degré : « bientôt vous ne pourrez plus vous retirer ». Je comprends seulement maintenant ce que ça voulait dire. (passer de la matière corps à l’Esprit)
Les larmes versées par le M S sont des larmes sacrées car elles ont un rôle régénérateur, purificateur et fertilisant. C’est pour l’Humanité que Maître Hiram est ressuscité dans le Maître Secret, pour régénérer tous ensemble la Conscience universelle. Ainsi le chantier sera poursuivi sans relâche car le Temple matériel doit être achevé pour mieux construire notre Temple spirituel.
Pourquoi verser des larmes
Les larmes sont des gouttes de liquide, les pleurs sont des lamentations. Les larmes versée par les FF tombent et régénèrent le M S comme nous l’avons dit, et à travers lui l’humanité en tant qu’homme modèle si je puis dire. C’est une régénération collective.
Les larmes symbolisent la prise de conscience de son chaos intérieur et par là même de rassembler ce qui est épars en soi…des sacrifices qu’il faudra faire, de son ego, des préjugés, des superstitions, de son ignorance, de son ambition, et de son fanatisme. Ces trois derniers mots en particulier résonnent en nous mais la liste est longue.
Les sentences des 4 voyages nous y préparent en nous disant ce qu’il faut sacrifier et comment se conduire pour reconstruire ce qui a été perdu et donc ce qui fait obstacle à la lumière. Il est dit : « Vous ne vous forgerez point d’idoles humaines, écoutez tous les hommes, aimez la justice, vous ne prendrez pas de mots pour des idées », etc.
Le M S prend conscience de son inachèvement à l’image du Temple.
Devant l’ignorance, le noir des tentures de la loge, la Perte de la Parole perdue, les sacrifices qu’il nous faudra faire ; tout quitter : le confort de l’apparence, de l’avoir, pour trouver l’Etre. Il y a de quoi stresser et « verser toutes les larmes de son corps ».
Le M S pleurent à la place d’Hiram car la construction du Temple est compromise et ainsi il échoue dans sa mission donnée par le Roi de Tyr et Salomon, problème de conscience et de Devoir.
Il passe du deuil à l’espérance : gémissons, gémissons, gémissons mais espérons.
Les larmes je les comparent au Baptême chrétien quand il est versé de l’eau sur le front du baptisé, passant ainsi d’une vie matérielle à une vie spirituelle ou l’eau versé dissout la matière. Ce sacrement chrétien sert à laver le péché originel. Nos larmes purificatrices servent à laver ce qui nous empêche de retrouver la Parole perdue qui guide le chemin vers la construction de notre Temple intérieur. Ainsi le M S construit peu à peu son corps de gloire ou de résurrection où vient s’inscrire les forces de l’Esprit du GADLU.
Les lamentations sont stériles car si nous voulons progresser, mettre de l’ordre dans notre chaos intérieur, il nous faudra faire impérativement notre travail de deuil pour aboutir au renoncement progressif de ce qui fait obstacle à notre progression.
Le M S est face à lui même, les yeux embués de larmes d’argent, larmes miroir, rappelant le miroir présenté à l’App lors de son initiation, lui montrant ainsi que c’est sur lui même qu’il trouvera la solution à ses maux. Le miroir annonce aussi à mon sens la fraternité par son présentateur : homme positif, bon et fraternel car à ce moment de l’initiation on ne connaît pas encore la fraternité.
La question que l’on peut se poser : serait-on devant des larmes de souffrance dont nous venons de parler ou des larmes de joie autour de la beauté d’une re-naissance dont nous venons de prendre conscience ? On pleure sur notre passé en espérant sans certitudes un avenir meilleur.
Le M S pleure comme pleure une bougie afin que la flamme resplendisse.
Pourquoi avec mes FF… ?
Je pleure avec mes FF car seul on ne peut rien faire.
Cette espérance de progression ne peut se faire sans l’aide de ses FF dans une communion fraternelle et qui porterons sur nous un regard sincère, sans trop de bienveillance et sans faiblesse qui nous aidera à baliser notre chemin. Mes FF représentent mes propres facettes de mon identité, que je dois mieux percevoir dans leurs yeux, ce qui est caché en moi voir la scène du miroir au 1er degré déjà cité, qui se dévoile degré après degré. C’est un acte d’amour, de fraternité étant le sens que je donne au mot fraternité.
L’acte d’amour dont je reprend la définition et la complète : « un attachement profond et désintéressé à l’autre, quelqu’un sur qui je puis compter pour me ramener dans le chemin initiatique si je m’en écarte » et la réciproque bien sur.
Nous retrouvons le thème annuel de nos travaux et en particulier l’Altérité, la reconnaissance de l’autre dans sa différence, ma relation avec mon F. Dans l’aide que nous pouvons nous apporter mutuellement dans la progression de chacun vers la Perfection, dans une relation de vérité et de confiance, d’alliance et d’allégeance partagée. C’est le vrai sens de la fraternité. Et je rajoute un mot de Confucius alors qu’un de ses disciple lui demandait : « Maître, quel est le mot le plus important pour vous ? » il répondit : « le mot tolérance ».
Venons en à la conclusion
L’homme est chassé du jardin d’Eden c’est à dire de son intériorité, exilé de lui même et n’a donc plus de regard sur lui même d’où sa quête de la Parole perdue. Le regard qu’il lui manque il le trouvera dans celui de ses FF. Nous sommes tous des Adam en venant au monde, conditionnés par la seule relation qu’établissent nos sens entre nous et le monde extérieur.
L’homme en chemin, en quête de son intériorité se construit aidé du REAA, degré après degré et aussi en remontant l’arbre sephirotique des cabalistes, pour retrouver son être intérieur et ainsi se réconcilier avec lui-même. C’est un acte d’amour qu’il portera par la suite à tous les hommes. C’est douloureux à envisager puis à pratiquer, d’où les pleurs. Là, le fruit de la connaissance lui sera donné, sans qu’il doive le voler.
La Franc-maçonnerie nous apprend à ne pas avoir peur de savoir qui nous sommes réellement. Des questions se posent à soi et qui peuvent nous tourmenter : suis-je quelqu’un de bien, n’ai-je pas fais trop de mal aux autres, l’esprit divin trouvera-t-il un terrain favorable en moi pour que je puisse faire mon Devoir parce qu’il est le Devoir d’un honnête homme vertueux et vrai guidant les autres hommes ses frères dans le chaos de l’humanité.
« Puisse nos pleurs faire refleurir l’acacias et qu’ils deviennent un buisson ardent dans nos cœurs » ou émergera l’amour de ses FF et de l’humanité.
Et je termine en citant Platon : « il faut chercher à vivre meilleur qu’à vivre mieux ».
J’ai dit T F P M