S’engager : est-ce -perdre ou affirmer sa Liberté ?
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Selon la définition du dictionnaire : « s’engager, c’est participer, par une option conforme à ses convictions profondes et en en assumant les risques, à l’action, à la vie sociale, politique, intellectuelle ou religieuse de son temps ».
La définition souligne ici la mise en relation de l’individu avec la collectivité envers laquelle il s’implique. Entre alors un concept de responsabilité. L’agent qui se dit libre doit pouvoir répondre de ses actes en général, mais d’autant plus lorsqu’il prend des engagements devant toute la communauté qui en est témoin.
Un engagement est donc une mise en gage impliquant une obligation. Il est à noter d’ailleurs qu’on dit que s’engager, c’est s’obliger. En ce sens, tout engagement suppose que l’on va respecter et suivre ce pour quoi ou ce dans quoi on s’est engagé.
L’engagement : est-ce une cage ou un gage de liberté ? Sans engagements d’hommes, il n’y aurait ni médecine, ni éducation, pas non plus de production sans un engagement durable.
L’engagement permet donc de faire quelque chose dans le temps, d’avancer, de progresser vers l’atteinte de ses buts et de ses objectifs. Et comme on s’engage normalement pour quelque chose qui nous intéresse et nous motive, on peut dire que c’est une manière de donner sens à sa vie, de se construire, de se réaliser…dans la patience et la persévérance.
Un engagement serait-il donc la plus grande des libertés ? …Peut-être, dans la mesure où il contribue à nous faire devenir davantage qui nous sommes par les efforts qu’il exige et qui nous font toucher et reconnaître nos limites ; par la satisfaction qu’il apporte lorsqu’on voit nos objectifs atteints ; par la solidarité qu’il crée autour d’un projet commun (on s’engage rarement seul et c’est habituellement avec une autre personne ou un groupe, envers quelqu’un ou une organisation).
La liberté semble faire l’objet d’une expérience ou tout au moins d’un désir universel. Partout, nous voyons des combats pour la liberté. Chacun semble donc vouloir être libre.
La liberté est complexe à définir parce qu’elle couvre de nombreux domaines différents : liberté politique, liberté de penser, liberté d’action, liberté morale, etc.. A l’origine, la liberté désigne la possibilité de faire ce que l’on veut. Je suis libre lorsque je peux mettre en oeuvre ce que j’ai envie ou ce que j’ai décidé de faire. Or, le terme « perdre » signifie être privé de quelque chose dont on était en possession. Ainsi, il implique que la liberté soit première pour que l’homme puisse en être privé.
L’homme peut ne plus être libre, voire même devenir esclave. C’est une situation que l’on voit tous les jours. Pourtant, l’homme est-il premièrement libre ? Ne doit-il pas gagner la liberté ? De plus, l’homme n’a-t-il pas toujours le choix entre la liberté et l’esclavage ?
Dans nos sociétés modernes, la liberté est considérée comme essentielle à l’existence humaine voire même indispensable. En effet, le propre de l’homme ne consiste-t-il pas à éprouver une à une les nombreuses chaînes qui l’entravent ? Pourtant, malgré ce désir de liberté, l’homme doit faire des choix et donc s’engager de manière plus ou moins prononcée, car sinon, il n’y aurait pas de vie possible, pas d’individualité.
Selon les Droits de l’Homme et du Citoyen, l’homme est libre par définition, bien que le temps des nouveaux esclaves ne soit pas révolu.
Or, l’homme libre est un être autonome, qui peut faire ce qu’il veut sans être déterminé dans ses choix par un ou d’autres hommes. Or choisir, n’est-ce pas s’engager, tout en sacrifiant d’autres possibilités ? Et s’engager, si c’est exprimer sa liberté, n’est-ce pas aussi la perdre, d’une certaine manière, puisque l’engagement suppose promesse et fidélité, c’est-à-dire certaines obligations, voire certaines contraintes ? Aussi, lorsque l’homme s’engage, qu’advient-il de sa liberté ? Le choix qu’il fait en s’engageant lui permet-il d’affirmer qu’il est libre, sous prétexte que sa décision est personnelle ? Ou, au contraire, les contraintes liées à l’engagement pris lui font-elles perdre sa liberté ?
« Engagement » et « Liberté » sont donc à priori deux termes contradictoires. Cependant, rien ne nous oblige à nous engager pour cette cause, c’est nous qui en avons fait le choix, or choisir, c’est affirmer sa liberté.
Ainsi, l’engagement et la liberté semblent bien s’opposer. Exister, c’est s’engager. S’engager, c’est risquer ou s’exposer et c’est proposer des valeurs dans l’action. Dès lors, c’est la notion d’engagement qui doit être précisée au sens où un engagement n’est pas une soumission aveugle. L’engagement, quel qu’il soit, est une contrainte donc une diminution de la liberté des individus. Mais, on peut aussi voir que l’engagement permet, au contraire, d’être entièrement libre en prenant des décisions soi-même et de ne pas être soumis aux décisions arbitraires des autres.
Cette situation nous amène à réfléchir sur l’équilibre que l’on pourrait trouver à la notion d’engagement. Il y a deux visions relativement opposées concernant l’engagement. L’engagement entraîne-t-il nécessairement une perte de liberté partielle ou totale ? A l’inverse, comment peut-on décemment dire que l’engagement n’est en aucun cas lié à une perte de la liberté ? Ces interrogations n’ont pas de réponses évidentes, ce qui nous incite donc à réfléchir sur les deux relations qui existent entre la liberté et l’engagement (…).
La liberté s’oppose à toute sorte de déterminisme, on ne peut donc pas dire qu’un Homme soit libre s’il est conditionné par des choses qui lui sont extérieures à sa volonté, qu’il ne maîtrise pas. Ne plus posséder cette liberté propre à chacun, c’est donc se rendre compte que quelque chose a échappé à notre contrôle. Mais ceci est-il possible, est-il possible que l’homme doué d’une raison qui lui appartient en propre, puisse être sous l’emprise de choses qu’il ne puisse pas alors contrôler et qu’ainsi cela le mène à être dépossédé de sa propre liberté ? (…) Le refus de s’engager serait-il alors une revendication de liberté ?
S’engager, c’est affirmer sa liberté : l’engagement est un choix personnel que personne ne peut nous imposer. L’engagement doit donc être libre. La liberté de l’engagement garantit alors celle de pouvoir y renoncer. S’engager, c’est aussi perdre sa liberté : c’est cesser de posséder et être privé de son libre-arbitre. On s’engage pour des raisons bien déterminées ou parce qu’on y est influencé, consciemment ou inconsciemment et les sanctions, en cas de rupture de contrat, nous obligent à le respecter. En ce sens, nous perdons notre liberté par notre engagement.
Mais malgré la sanction encourue, certains ne rompent-ils pas néanmoins leur engagement pour retrouver leur liberté ? Cela ne met-il pas en évidence que l’on reste libre, malgré tout ?
S’engager, c’est en assumer librement les conséquences ; bien distinguer obligations et contraintes ; renoncer à sa liberté, n’est-ce pas renoncer à sa qualité d’homme ? « Ne pas choisir, c’est encore choisir de ne pas choisir » : on reste libre. Etre libre n’est pas ne pas être déterminé, mais pouvoir se déterminer soi-même. Or n’est-ce pas ce que signifie s’engager ?
Sartre revient à plusieurs reprises sur l’exemple de la Résistance. Les résistants, lorsqu’ils étaient pris n’avaient le choix qu’entre le silence (l’héroïsme) et la dénonciation (l’abjection) : entre les deux extrêmes de la condition humaine au-delà desquels il n’y a plus rien.
L’existence humaine n’a de sens et de valeur que pour autant qu’elle accepte ou du moins qu’elle tente de réconcilier, dans une action particulière, les deux termes de la dichotomie.
AAalraux, lui disait : « La liberté appartient à ceux qui l’ont conquise », il faut donc s’engager pour se libérer et s’engager c’est aussi ne pas accéder au reste. Le choix peut devenir crucial, vital, car aussi bien pour nos ancêtres noirs, comme aujourd’hui pour les meneurs des groupes ou des peuples opprimés, il s’agit de vivre libre ou mourir, l’engagement vers une vie idéalisée ou la mort. Ainsi, Kropotkine disait : « les libertés ne se donnent pas, elles se prennent » et Cicéron lui faisait écho en affirmant : « Nous sommes esclaves des lois pour pouvoir être libres ».
Dans l’esprit le plus intrinsèque des constitutions d’Anderson qui affirment que « La Maçonnerie est une association d’hommes libres et de bonnes mœurs, ne relevant que de leur conscience, qui s’engagent à mettre en pratique un idéal de Paix, d’Amour et fraternité » : nous sommes donc des hommes libres de penser. La liberté de pensée n’est pas une Liberté comme les autres : elle s’inscrit dans des fins universelles et demeure inséparable d’une intention de Vérité. Ainsi, le cadeau de la liberté est offert à qui peut voler à l’air libre – et terrible – de ses oui et de ses non responsables, dans la tolérance et la fraternité.
C’est dans les situations extrêmes, lorsqu’aucun modèle ne vient orienter ses choix que l’homme fera authentiquement acte de liberté, car nous sommes condamnés à être libres.
Nous, Francs-maçons avons pris l’engagement de demeurer libres d’esprit, dans et hors de nos temples. A l’instar de notre regretté Maître bâtisseur Hiram qui avait choisi de mourir en gardant le silence pour que ses disciples – nous tous maçons -demeurions libres, notre engagement tend à la sublimation de la liberté : nous nous engageons à être libres au prix de nos vies.
J’ai dit, T F P M