Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer
V∴ T∴
Cette affirmation est la manifestation d’un acte de foi, d’une certitude au-delà de toute espérance. Pour moi le Taciturne est celui qui s’exprime peu, qui observe, et qui demeure secret par son silence.
Comment aborder cette allégation sous l’angle de la F Maç. Ma colonne gravée va s’articuler de cette façon :
-Rappel de la légende
d’Hiram et des 3 premiers degrés, puis de
l’enseignement que j’en retire ;
-Ensuite je resterai sur le 4ème degré en
confirmant la maxime du Taciturne ;
-et je conclurai en apportant mon ressenti.
Un deuil cruel a frappé la F Maç, Maître HIRAM a été assassiné par 3 mauvais compagnons déterminés à obtenir par la force des prérogatives qui ne peuvent être accordées qu’au mérite. Comment pouvaient-ils espérer obtenir satisfaction ? Du fait de ce meurtre, nous avons perdu les secrets véritables des Maîtres Maçons.
Revivant symboliquement le drame de M Hiram, je fus relevé par les 5 points parfaits de la maîtrise pour poursuivre sa tâche, la tâche du Maître, afin que puissent continuer les travaux et que la construction du temple s’accomplisse.
Lors de mon initiation au 1er
degré et mon passage par le cabinet de réflexion,
bien des symboles m’ont laissé perplexe. Devant
rédiger mon testament philosophique, j’avais
compris qu’une mort symbolique était
inévitable ; mais pour autant, pourquoi ?
Et puis ces mots : « vigilance et
persévérance ».
Vigilance, déjà un avertissement, une mise en garde, mais pour quoi, contre qui ? contre moi-même, bien sûr.
Persévérance, mot qui laisse sous-entendre que le chemin sera long et qu’il me demandera beaucoup d’efforts, que rien n’est acquis d’avance.
Si l’apprenti ne peut s’exprimer sur sa colonne, il lui est demandé de rester vigilant et persévérant, c’est-à-dire de faire fonctionner ses différents sens, de s’approprier le rituel et progressivement le faire sien, pour en appréhender les différentes étapes et comprendre les idées cachées derrière les mots, derrière les symboles.
Mais vigilance est accompagnée de persévérance : ce mot vient en contrepoids, en complément. Il laisse sous-entendre que si il y a volonté de poursuivre, de continuer, de suivre un chemin tracé, celui-ci nous rapprocherait probablement de ce que nous sommes venus chercher.
Pour être franc, je ne savais pas trop bien ce que j’étais venu chercher au départ, ne connaissant rien de la F Maç et de sa méthode initiatique. Que pouvait-elle m’apporter ?
Progressivement les rituels et leur interprétation ont fait leur travail ; ils m’ont emmené vers l’introspection, la connaissance de moi-même ; puis vers une autre ouverture sur le monde extérieur, à la recherche d’une vérité dont je devenais plus curieux.
A chaque palier un remaniement s’est opéré : la découverte de nouveaux symboles, d’outils, d’images sont venus troubler l’équilibre récemment acquis et provoquer chez moi de nouvelles interrogations.
La nouvelle organisation spirituelle qui se fait jour en moi est synonyme de progrès et d’une certaine élévation.
A mesure de mon avancée, par le questionnement perpétuel qui s’ouvre à moi, je repousse mes limites et découvre de nouvelles pistes.
Mais pour autant une autre mise en garde, « souhaitant être admis aux privilèges de la F M comment oserai-je l’espérer » ? « Parce que je suis libre et de bonnes mœurs » a-t-il été répondu. Question et réponse qui sont dites aux 2ème et 3ème degrés.
Libre, parce que je ne suis sous l’emprise de personne et de bonnes mœurs parce que mes valeurs morales sont à priori reconnues.
Je me sens en capacité d’agir par moi-même sans une influence extérieure ; je me sens en mesure de comprendre ce qui se passe autour de moi, sans pour autant avoir la capacité de surmonter tous les obstacles que je découvre au fur et à mesure de mon cheminement.
A priori sorti du monde de l’ignorance, des préjugés et des superstitions grâce au travail accompli sur moi-même dans les trois précédents degrés, je devrais être maintenant en mesure de comprendre, d’accepter et de respecter les différentes opinions, à condition que celles-ci me paraissent justes pour pouvoir les partager. Cependant rien n’est moins sûr, rappelons-nous de l’appel à la vigilance.
Si au 1er degré j’ai juré de respecter les engagements pris envers les principes de l’ordre maçonnique, au second j’ai glorifié le travail, au 3ème je me suis engagé à remplir avec fidélité et zèle les obligations que m’impose le grade de M Maç.
Le 4ème degré nous ouvre une autre histoire que nous devrons écrire, un nouveau parcours basé sur l’action et l’engagement, ceci implique la recherche d’un niveau supérieur de conscience relative à l’œuvre pour laquelle je me suis engagé.
A l’initiation au 4ème degré, le Maître Secret est mis en garde contre lui-même par différentes sentences dont la première est « de même que vous ne voyez pas bien, vous ne comprenez pas bien », assertion symbolisée par le voile et l’équerre. Cette sentence peut s’assimiler au « jene sais ni lire ni écrire » du 1er degré, mais en la situant à un niveau supérieur.
Une étape vient d’être franchie, je me dirige progressivement sur la voie de la sagesse, de la connaissance et de la Lumière. Mais la poursuite de ce chemin ne peut se faire qu’en maitrisant les 3 mauvais compagnons par une connaissance plus approfondie de moi.
En espérant
découvrir la vérité ou tout du moins
espérant l’approcher, je découvre
d’autres vérités, je me
découvre grâce au travail intérieur
auquel m’invite la méthode maçonnique.
Dans le rituel il est dit à l’ouverture des
travaux : « l’éclat du jour a
chassé les ténèbres et la grande
lumière commence à paraître
».
Ce voile ne me prive plus de la lumière physique, matérielle, mais par contre il laisse apparaître cette lumière qui est en moi et qui progressivement devra m’illuminer et m’emmener vers l’élévation de mon être, vers la recherche de la vérité.
L’équerre, signe de rectitude, me rappelle le sens du travail à poursuivre et de la juste mesure de toute chose.
Et puis ce 1er voyage, encordé à mes frères me laisse penser que nous avons besoin les uns des autres pour pouvoir avancer. Nous sommes indissolublement solidaires. Si l’un se dérobe ou faiblit, il peut compter sur ses frères. Il n’y a pas de vie solitaire, nous ne sommes rien sans les autres.
Ceci me fait penser à notre chaine d’union en loge symbolique : tous unis, nous ressentons la mise en commun de toutes nos énergies individuelles, supérieure à la somme des forces qui se dégagent de chacun de nous ; cette force présente peut soutenir le maillon faible du moment, maillon qui doit finir par s’assumer.
Lors de notre initiation au grade de Maître Secret, chaque officier nous met en garde contre l’ambition d’aller plus loin si nous ne sommes pas en mesure d’assumer les charges et les Devoirs qui seront les nôtres.
Dans les 3 premiers degrés, le devoir est omniprésent. Il consiste à interpréter le rituel, à être assidu, garder le silence, rechercher la justice, aimer ses F ; c’est un travail d’introspection. C’est en accomplissant nos devoirs que nous cheminerons plus assidûment vers l’accomplissement et la réalisation du Devoir.
Au 4ème degré le Devoir du M S c’est la recherche de la vérité, c’est retrouver la parole perdue. Devoir que nous devons porter jusqu’au sacrifice. Engagement de travailler sans relâche à notre perfectionnement intellectuel et moral, le travail étant la grande vocation de l’homme, c’est notre Devoir impératif.
Le Devoir est la grande Loi de la F M inflexible comme la fatalité, exigeant comme la nécessité, impératif comme la destinée.
Le Devoir est le contraire de la paresse. C’est par l’accomplissement du Devoir, que le M S poursuit sa quête de la connaissance, de la vraie lumière du saint des saints qui est en lui.
Si je veux espérer quelque chose, il est nécessaire d’entreprendre et d’avancer sur ce chemin où bien des choses sont à découvrir et à approfondir. Comment agir pour donner un sens à notre vie ? en étant fidèle à nos résolutions et à nos engagements dans la foi des vertus cardinales : prudence, tempérance, justice et courage.
Mais entreprendre ne sert à rien si derrière cette action il n’y a pas la volonté d’aller au bout de l’action, au bout de soi-même.
Faisons un parallèle avec le monde profane :
Cela me fait penser à un athlète qui prend le départ d’un 110 mètres haie et qui en butant sur les premières haies refuserait de franchir les suivantes. Il a entrepris une action mais en ne persévérant pas dans son parcours, il ne sera jamais capable de connaître ses potentialités.
Dans ma vie profane j’ai toujours balancé entre le doute et les certitudes. Mais une fois ce doute vaincu, la volonté d’entreprendre, de m’élever de décider de modifier mes orientations ne me faisaient pas peur ; mon chemin je l’avais tracé, et j’avais cette force en moi qui me poussait ; je savais que l’objectif fixé pourrait être atteint. Mais entreprendre ne veut pas dire réussir obligatoirement. Ce chemin que je viens de prendre, je sais qu’il sera semé d’embûches, de déceptions, de découragements, mais à aucun moment je ne devrais baisser les bras pour atteindre ce but, même s’il me parait inaccessible compte-tenu des difficultés rencontrées ; seule ma foi intérieure et ma persévérance m’en rapprocheront.
A aucun moment dans mon parcours initiatique, je n’ai espéré ou souhaité une gratification quelconque. J’ai laissé le temps au temps en me disant que chaque chose viendrait à son heure.
Il me fallait simplement avoir la volonté d’entreprendre et de continuer l’œuvre inachevée en prenant la place qui est la mienne (« prenez place mes frères »).
Alors que les trois mauvais compagnons aspiraient à AVOIR, moi j’aspire à ÊTRE. ÊTRE est l’objet de notre recherche, de notre quête permanente de construction, ÊTRE et DEVENIR. On ne devient que ce que l’on est.
Pour moi, je dirai qu’il est nécessaire d’entreprendre et de persévérer pour espérer réussir.
J’ai dit Trois Fois Puissant Maître.