Le Saint des Saints est en l’Homme, c’est la Lumière que vous portez

Auteur:

J∴ L∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Ma réflexion au regard du sujet proposé consistera à faire la situation de ma prise de conscience à un certain moment de ma vie maçonnique, celle de Maître secret, puisque j’arrive devant le Saint des Saints.

Je m’accorde que nous sommes 6010, que je n’ai pas 3 fois 20 ans, mais seulement 3 fois 5 ans depuis mon initiation première, et 3 fois 27 ans depuis 2 ans.

Paraphrasant J. BREL, (lors de son évocation du passage de l’enfance à l’adolescence), je ne suis donc plus « barbare ».

Durant cette période, je me suis efforcé de faire abstraction de mon ego, car il ne peut participer à ma volonté de transcendance.

Avant, je rêvais, j’acceptais toutes les illusions pourvu qu’elles me servent à justifier de mon existence et à l’accepter.

Je faisais en sorte de ne pas voir, en philosophant à tout va, par pur jeu intellectuel, pour me détourner de moi, de mon être profond. Je n’ai pu me forger de philosophie de vie, sinon quelques idées éparses, variées et souvent changeantes.

Mon existence maçonnique demeure aujourd’hui avec mon élévation récente de Maître secret, le justificatif à cette volonté d’action transcendante. L’action étant plus importante que la finalité de l’action elle-même, avancer, en cherchant à bien comprendre mon cheminement positif, sera donc à ce stade plus important qu’arriver.

Je m’avance donc devant le Saint des Saints. Je suis devant une balustrade, pas un mur qui m’occulterait totalement la vue, mais seulement un garde-corps qui sépare mon être de cette lumière qui rayonne à l’Orient. Je ne vois pas encore très bien.

Guetteur d’inaccessibles étoiles de ma propre vie, je suis arrêté avec ma clé qui devrait donc me permettre de franchir cet obstacle, (qui ne doit pas être probablement le dernier), mais j’attends en silence. « Dieu créa le monde visible par la parole, et le monde invisible par le silence ».

Maître Secret, j’ai comme devoir : la poursuite de l’œuvre, la garde du cercueil, et le respect du secret absolu sur tout ce qui concerne le Maître HIRAM. Je prends conscience de mes insuffisances spirituelles qui sont seules capables de susciter en moi l’énergie nécessaire pour me conduire sur le chemin de l’amélioration, le chemin de la perfectibilité.

Je ne pourrais franchir cette balustrade, que lorsque j’aurais accepté comme obligation : la recherche de la Vérité, de la Lumière et de la Parole perdue.

L’élan, la volonté qui me permettrait de franchir cette balustrade est la réponse espérée et probable à l’appel secret et intime de la recherche de mon être intérieur. Cette balustrade est une invitation à un franchissement supérieur, spirituel, et une volonté profonde de réaliser le grand pas.

Lévite choisi par le Roi Salomon, je suis physiquement dans l’HEKAL face au DEBIR, au Saint des Saints. C’est le lieu ou reposa temporairement Maître HIRAM. C’est la partie centrale du Temple de Jérusalem. Il représente le lieu le plus Saint, celui qui abrite l’Arche d’Alliance, qui viendra un jour réunir Dieu et les hommes. Dans tous les temples de l’Antiquité, il y avait ces doubles chambres. La progression d’une chambre à l’autre est une façon de symboliser l’accès au monde transcendantal.

Je suis débout, telle une statue de GIACOMETTI, les bras ballants, le regard fixe et déterminé, une clé dans la main. Je suis, au préalable, descendu au plus profond de moi-même pour mieux repartir en verticalité dans la détermination d’un mouvement transcendant. Je suis au seuil du Saint des Saints comme au seuil de ma vie maçonnique de Maître Secret. Un long chemin, un long apprentissage pour mieux me connaître, comme si désespérément ma vie profane n’avait été qu’un échec spirituel, hypothéqué au profit d’une vague réussite matérielle.

J’ai eu besoin de mes frères, de leurs travaux, et de mes réflexions pour lever cette hypothèque, et descendre en moi tel un spéléo ténébreux remontant à la surface transformé en alpiniste de montagne divine.

Mais il ne faut pas, dit-on dans le rituel « que je m’attarde sur les sentiers fleuris » de crainte que je m’égare, et que la mort me surprenne avant l’aboutissement espéré. Donc face au DEBIR, je suis le gardien du Saint des Saints. Je préserve un espace intérieur, intime, que je ne connais pas, d’un espace extérieur que je pense maintenant mieux maîtriser.

Si le Roi SALOMON m’a confié la tâche de gardien, c’est qu’il sait que j’ai compris la valeur de la chose gardée, sans pour autant la connaître. Cette attente face au DEBIR symbolise l’arrêt nécessaire du Maître Secret dans sa progression. Maître Secret, je ne peux que prétendre à connaître ou reconnaitre les obstacles qui me sépare de la Source, de l’Origine et à œuvrer à m’approcher de mon être, de mon essence, de me confondre avec mon origine.

Je suis dans une démarche introspective et métaphysique ou le chercheur devient le cherché. C.à.d. une recherche des causes, des premiers principes pouvant expliquer la matière intime de mon être, de l’univers, et de leurs interactions.

« Etre » essentiel, (et sans tomber dans le débat essence et existence, et de savoir qui précède qui,) je pars à la découverte de mon être, à la recherche de la réalité primordiale et persistante de mon être au delà des modifications ayant pu l’altérer. C’est mon essence.

Je m’efforce de faire abstraction de mon ego, de ce dont je suis devenu. L’ego ne connaît pas mon être, si mon être connaît bien mon ego. Ce côtoiement me stimule, car il m’oblige à un travail de discernement.

Je viens chercher en moi mon identité intérieure, véritable, le destin de mon âme. Paraphrasant le poème préféré de MANDELA « Je suis Maître de mon destin, je suis le Capitaine de mon âme ». Je sais où mener mon bateau, mais je n’ai pas encore connu toutes les tempêtes intérieures qui sont autant d’épreuves (car il faut que je sois persévérant), ou autant d’échecs possibles à ma quête.

Ici point de clés de St Pierre, ni d’or, ni d’argent, pas de monde terrestre et céleste, pas de promesse de résurrection et d’Eden, seulement une clé d’ivoire, fragile, cassante, et qui ne peut techniquement rien ouvrir. Il n’y a donc ni serrure ni porte.

En dehors d’un usage transcendantal, cette clé n’a aucune utilisation technique possible qu’en dehors d’un mouvement de mon être, au travers de cette clé. Elle est le symbole de ma capacité, le symbole du Maître Secret. Admettons que je franchise le pas et que je sois autorisé à pénétrer dans le Saint des Saints. Vais-je y trouver une lumière et quelle est sa nature ? Poser la question de la Lumière, c’est poser la question de l’Esprit.

Vouloir la définir serait la borner. Les définitions peuvent figer le sens et finissent par occulter les possibles. C’est en partie pourquoi la lumière vit, devient changeante, de plus en plus lumineuse et s’apparente à l’infini et peut-être à Dieu.

Le rituel dit « Le Saint des Saints est en l’Homme, c’est la lumière que vous portez ». « Au commencement était la Parole, et la parole était avec Dieu, et la parole était Dieu, en elle était la vie et la vie était la lumière des hommes…cette lumière était la véritable lumière qui en venant dans le monde éclaire tout homme ». Dans sa signification ésotérique le prologue de Jean donne les premières clés pour donner un sens à notre vie et à notre mort. Selon Jean, il y a assimilation de la Parole, de la Vie et de la Lumière. La Lumière serait donc divine.

Cette lumière évoquée au 3 premiers degrés, est-elle celle du 4 ? Elle est primordiale dans les 3 premiers degrés et considérée comme acquise au 4 °, puisque nous travaillons sur le Livre des Rois, et que Jean fait partie de nos racines spirituelles.

L’immanence de cette lumière serait-t-elle rejointe par la transcendance de mon action ? Transcendance et immanence sont ils complémentaires pour favoriser l’accession à la Lumière, au Divin ?

Si je ne m’attends pas à être saisi par une lumière extérieure d’un Dieu révélé ou non, il s’agit bien d’une lumière intérieure, dont l’origine se perd dans la nuit des temps. L’intuition de cette préexistence de la Lumière m’est évidente, si non expliquée. C’est pourquoi tout homme la porte en lui.

Ce terme de « porter » montre bien qu’elle est en permanence en nous comme un bien non encore parfaitement discerné.

La délivrance de cette lumière s’apparente à celle d’une femme accouchant d’une partie d’elle-même, parce qu’elle est à son terme, comme le Maître secret arrivant au terme de la bonne connaissance de son degré.

Confondu, absorbé par le firmament de l’illumination dernière, l’homme spirituel est devenu hermaphrodite spirituel. L’immanence se confond avec la transcendance, l’être tente de rejoindre son essence sans pour autant se confondre, parce qu’alors il serait Dieu. Dieu est de par sa propre essence. (St Thomas d’Aquin) Ainsi votre présence, vos conseils, vos travaux, votre Connaissance me sont indispensables. Vous êtes mes sages femmes. Accéder à la Lumière c’est vouloir tenter de faire éclore l’intelligible transcendance qui nous transporte au delà de ce que nous pouvons réaliser dans le monde profane. C’est la spiritualité. Et c’est pourquoi il faut être initié. (quelque soit l’initiation)

L’intensité de cette lumière peu quelques fois provoquer un coup de foudre. C’est alors le jaillissement d’une transcendance spirituelle qui seul connaît celui qui succombe à l’irrésistible besoin de foi.

Nous avons, dit-on un capital soleil, nous devons aussi avoir, en naissant, un capital constitué de multiples lumières, et qui doit s’amenuiser aux fils des ans.

En perdant ces « illusioniques » petites ou fausses lumières qui garnissaient ma vie, j’aurai donc gagné à entrevoir une Lumière Spirituelle. Suis-je pour autant plus heureux dans ma vie ? La Franc maçonnerie rend-t-elle heureux ? Peut-on faire un parallèle entre maçonnerie et bonheur, comme entre essence et existence ou immanence et transcendance ? L’un induit-il l’autre, sont ils différents, antinomiques ou complémentaires ? Ai-je à postériori donné un sens à ma vie et une sentence à ma mort ? (c.à.d. une raison).

Dans tous les cas le bonheur, conception purement subjective, ne peut empêcher le rayonnement de celui qui le côtoie, et de susciter ou ressusciter l’Amour entre nos frères en humanité.

Voila donc mon ego qui rejaillit au terme de ce travail, mais dont je connais mieux la mesure. Il faudra donc que je m’éprouve encore et encore. Cette progression souhaitée devrait répondre à mes légitimes et incessantes interrogations.

T F P M J’ai dit.

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter