Sous le Laurier et l’Olivier

Auteur:

J∴ L∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Ou avez été reçu Maître secret ? « Sous le Laurier et l’Olivier ». Le Laurier Symbole de Victoire sur les passions. L’Olivier Symbole de Fécondité de cette victoire, de paix et d’union entre les frères (nous dit le Manuel d’Instruction au 4°.)

Après avoir développé le symbolisme du Laurier et de l’Olivier, j’aborderais celui du Devoir, car après la notion des devoirs aux premiers degrés, la notion de Devoir (avec un grand D) semble être le lien, le pont, la traverse essentielle entre ces deux symboles, et le thème central et récurrent du grade Maître secret puisqu’il est présent à presque toutes les pages de notre manuel d’instruction.

Le laurier et l’olivier sont des symboles intemporels. Ces deux symboles ont souvent été regroupés. Feuilles de Laurier et Olivier se retrouvent sur le plateau du 3 fois puissant Maître, et sur mon tablier. Elles sont souvent représentées en emblèmes, médaillons, écussons, récompenses diverses.

Le Laurier couronne César ou encore Napoléon. Il est présent sur les anciennes armes Boliviennes, il est le symbole des J O, bref de la victoire en général et sur soi-même dans notre approche.

Seul la vanité ou l’excès de satisfaction dans la victoire peut altérer le caractère de la récompense, de la victoire. Pour qu’il y ait récompense, il faut une volonté, un engagement de réalisation, avec ses désespoirs et ses passions…autant de freins sur le chemin du Devoir. BERGSON exprimait cette évidence « L’obéissance au devoir est une résistance à soi-même », ce qui signifie notamment que les passions ne peuvent venir troubler notre recherche, et que l’effort sera d’autant plus important que nous accorderons à notre Devoir une dimension (qui ne peut-être que personnelle,) à la hauteur de notre ambition de perfectionnement.

Chacun de nous, à sa manière doit savoir mesurer l’étendue, le besoin, la nécessité de sa recherche de perfectionnement. Ainsi les passions dévastatrices des uns ne seront rien pour les autres. Il faut donc relativiser nos victoires. Pour mesurer l’amplitude et la qualité de cette victoire, seule sa pérennité, sa fécondité sera (comme en photographie) le fixateur qui viendra après le révélateur définir la netteté, la pureté de nos réalisations, et tenter d’empêcher que le temps, les hommes, les mœurs, …ne l’érode.

L’Olivier symbolise la pérennité et la fécondité de cette victoire par notre rayonnement dans la loge et dans le monde profane. Dans la Bible, il est l’allégorie de la paix et de la réconciliation. Le rameau d’olivier est choisi par Dieu pour justifier à Noé que le déluge est fini et que la décrue commence, symbole du pardon. Le Bien triomphant du Mal. Sur le Mont des oliviers, le Christ alla se recueillir, préfigurant le symbolisme de l’ultime sacrifice, du Devoir ultime.

L’Olivier est le symbole de paix et d’union entre les frères. (Manuel d’instruction au 4°). On ne peut réduire, malgré tout, cette notion à notre seule appartenance commune, mais à l’ensemble des frères constituant l’humanité, donc au-delà des seuls frères maçons. Si Dieu a provoqué le déluge pour punir l’Homme de sa tendance au mal et à la désobéissance, et s’il a illustré ce pardon par le rameau d’olivier que ramène la colombe, c’est pour signifier qu’il est un signe d’alliance entre Dieu et les Hommes. J’y vois donc une affirmation de fraternité entre la maçonnerie et l’humanité. L’alliance du laurier et de l’olivier a ainsi trouvé sa colombe en nous frères maçons, qui gâchons le mortier de l’union, de l’alliance par la poursuite du Devoir.

Le devoir est donc la pièce maitresse de mon degré et de cette planche. L’avancée, la poursuite du devoir est le thème récurrent du 4° degré. Dans le devoir, par le devoir, le Maître secret avance.

Mais d’où vient cette notion de devoir ? Examinons la notion de Devoir afin d’en déterminer sa nature et les principaux caractères pour en rechercher le principe qui le fonde et le justifie, et en quoi elle peut se différencier de la notion peu à peu substituée de droit. KANT définit le devoir comme « la nécessité à accomplir une action par respect de la loi morale ».

La loi morale serait le Devoir même, le fait du devoir érigé dans sa généralité. Le devoir serait la loi morale appliquée à une action particulière. Ainsi Devoir et Loi morale seraient les 2 aspects d’une même et seule idée.

On retrouve cette nécessité dans les Lois naturelles, lois logiques ou mathématiques qui sont Idéales et Réelles, et sont non des commandements, mais des formules qui expriment une nécessité subie et non consentie. On retrouve aussi cette notion de nécessité dans les Lois civiles qui règlent et gèrent la conduite citoyenne, et qui sont des lois pratiques et impératives (ce qui doit être fait). Elles sont artificielles et arbitraires car ni universelles, ni invariables car différentes selon les lieux, les civilisations, les religions…

La Loi morale ou le Devoir participe des caractères des lois naturelles et civiles. La loi morale dérive de la nature des choses, ni artificielle ni arbitraire, elle est universelle, et immuable. Comme les lois civiles la loi morale est une loi pratique, un commandement. En effet, elle n’est obéie que si elle est consentie par des êtres intelligents et libres.

Le devoir ou Loi morale se caractérise par les impératifs suivants : Obligatoire, Absolue et Universelle.

Obligatoire c.à.d. une nécessité pratique. Dire que l’on est obligé ne veut pas dire que l’on est forcé. L’obligation n’est pas une contrainte puisqu’elle exclurait la liberté, elle n’existe qu’autant qu’on est libre de s’y soumettre ou de s’y soustraire. Aucune puissance au monde de pourrait me dispenser de tenir mon obligation de devoir. Elle lie ma volonté sans la contraindre.

Absolue. C’est l’idée maîtresse de KANT la plus généralement admise. Le devoir commande sans condition. C’est un impératif catégorique. L’impératif tel que « tu ne dois pas tromper, si tu veux être juste » peut devenirn « tu dois faire cela, si tu veux faire le Bien ». Or cette formule conditionne le devoir et sa condition. (Si).

Le devoir n’est rien s’il n’est le devoir de faire le Bien. On conviendra alors que le Bien est moins la Condition que la Raison du devoir. On peut donc reformuler ainsi : « Tu ne dois pas tromper CAR tu dois être juste. Tu dois faire cela CAR tu dois faire le bien ».

Enfin Universelle. L’Universalité est le caractère constitutif de la Loi morale. « Agis de telle sorte que tu puisses vouloir que la maxime de ton action soit érigée en loi universelle ». KANT. Ou encore « Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par la volonté en loi universelle de la nature ». C’est peut-être là la seule finalité d’une vie de maçon.

Le Maçon est alors le Devoir. (Manuel d’Instruction au 4°) Comment le Maître secret accomplit-il son devoir ? Réponse : Il doit être prêt à accomplir son devoir parce qu’il est le Devoir.

Mon devoir de maçon doit refléter la loi morale immuable et originelle, car les hommes, le temps, les civilisations ont tôt fait de corrompre cette notion qui nous est demandé d’admettre, puisqu’elle est l’idéal maçonnique, c.à.d. l’accomplissement du Devoir porté jusqu’au sacrifice.

Mais comment assumer un tel idéal, qui porte en sa propre définition cette notion d’accession possible, et ne pas désespérer du comportement humain ? Comme si nous n’avions pas assez de lutter contre nos passions (intérieur), le désespoir (extérieur) vient s’ajouter pour altérer ou invalider notre détermination.

Je me satisferais de cette couronne de laurier le jour ou j’aurais pu dominer mes passions et agit en tout avec discernement et justesse dans la poursuite du devoir. Et puis l’olivier plus résistant symbolisera le rayonnement que je pourrais peut-être avoir auprès de mon entourage et devenant une matrice de fécondité de paix et d’union.

En étant reçu jeune Maître secret sous le laurier et l’olivier, je m’engage dans la poursuite du devoir, les yeux ouverts sur ce que je ne vois pas encore et qui pourtant devrait m’éblouir, et l’oreille attentive aux instructions du 2ème inspecteur et de ma loge de perfection, afin d’ouvrir de nouvelles voies qui soient universelles.

Jadis, il y avait le devoir des compagnons envers leurs travaux et leurs maîtres, liés aussi envers dieu. Ce devoir a évolué. Sans vouloir m’éloigner du thème de ma planche, et des instructions du 4° degré, je ne peux ignorer le monde profane dans lequel je dois rayonner.

J’ai tenté d’expliquer auparavant, en m’inspirant de KANT, la notion de Devoir qui semblerait de nos jours céder le pas à celle de Droit.

La notion de devoir avec les siècles des lumières et des philosophes successifs a mis en évidence le fait que l’homme réalise son devoir, qui s’impose à lui comme une nécessité.

Peu à peu est venu de substituer la notion de Droit, qui fait référence plus à une notion d’obligation qu’à celle de nécessité. (Droit=Obligation. Devoir= Nécessité ?!).

CHATEAUBRIAND disait que « le devoir crée le droit et non l’inverse ». On est passé au cours des siècles précédents d’une notion de Devoir envers Dieu, à un devoir plus laïque, celui d’un Devoir Humain.

Il est clair que le devoir, procédant de la morale et de l’éthique, demeure une notion subjective.

Le droit ayant un caractère plus objectif, devient plus compréhensible, acceptable et accessible au regard des civilisations, cultures et autres religions.
Cependant les efforts d’universalité Pratique du droit (Déclaration Droits H) ne bousculent pas l’évidente Universalité du Devoir.

Aujourd’hui, mon regard de maçon sur ces notions de devoir et de droit, est un regard qui fait référence à la responsabilité.

Progressivement s’est substitué au devoir de morale, au devoir absolu, au devoir catégorique, un devoir de responsabilité face aux autres, face à nos droits (Ceux de la déclaration des Droits de l’H, de l’Art 29 de la Constitution de l’ONU de 1948…)

J.J ROUSSEAU) disait que « le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en Droit et l’obéissance en Devoir ». En accomplissant son Devoir, le MS sera couronné de laurier, et pourra ainsi fertiliser l’olivier de ses efforts récompensés, et même, à l’extrême, par sa dépouille faire le meilleur des engrais pour fertiliser la terre spirituelle d’un monde meilleur.

Laissons donc le Droit au monde profane, puisqu’il est la résultante du travail philosophique et spirituel du Devoir initié dans nos ateliers et érigeons ce Devoir en Grande Loi de la F M.

Je terminerais par cette citation belle d’Auguste COMTE « Quand bien même la terre devrait être bousculée par un choc céleste, vivre pour autrui, subordonner la personnalité à la sociabilité, ne cesseraient pas de constituer jusqu’au bout le Bien et le Devoir suprême ».

J’ai dit.

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