#401012

La loi morale

Auteur:

R∴ R∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

La loi morale n’est pas la morale, mais elle est infiniment plus qu’une simple loi.

Sur le site internet du Larousse, nous trouvons comme définition de la morale au sens courant :

« ensemble de règles de conduite, considérées comme bonnes de façon absolue ou découlant d’une certaine conception de la vie ».

La morale est donc fonction du lieu et de l’époque.

Nous retrouvons ce terme dans les constitutions du pasteur Anderson en 1723 dans le passage suivant :

« Un Maçon est tenu, par son obligation, d’obéir à la Loi morale ; et, s’il entend bien l’Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irreligieux. Mais, bien que dans les temps anciens les Maçons aient été tenus, dans chaque pays, de suivre la religion – quelle qu’elle fût – de ce pays ou de cette nation, on juge maintenant opportun, en laissant à chacun ses opinions particulières, de restreindre cette obligation à la religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, c’est-à-dire être Hommes Bons et Sincères, Hommes d’Honneur et de Probité, quelles que soient les dénominations ou croyances qui peuvent les distinguer ; d’où il suit que la Maçonnerie devient le Centre d’Union et le moyen de rapprocher, par une véritable amitié, des personnes qui, sans elle, seraient restées perpétuellement étrangères ».

La différence est énoncée clairement entre la religion à laquelle devait se conformer les Francs-Maçons c’est à dire celle du pays où ils résidaient, et cette religion à laquelle est « restreinte » désormais l’obligation des Francs-Maçons au sens de religare (relier), cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, consistant à être bon, sincère, honnête et probe.

Qu’est-ce que la Loi morale à laquelle les Francs-Maçons sont tenus par leur obligation d’obéir ? Ce texte fondamental peut faire apparaître de prime abord la Franc-Maçonnerie comme une communauté d’aspiration vers un idéal élevé mais sans mystique et sans transcendance, imposant pour règle aux Francs-Maçons de cultiver les qualités humaines de bonté, de sincérité, de loyauté, d’honneur, de probité.

Il nous faut, avant tout, obéir aux règlements généraux, au règlement intérieur, et respecter nos différents serments. Mais surtout également s’efforcer d’être vertueux au sens où l’entendait Kant, c’est-à-dire de préférer le bien au mal.

Toutefois, le Rite Ecossais Ancien et Accepté étant beauté et mystère, ouverture à la transcendance comme l’a dit Jean Bartholo, la Loi Morale évoquée dans les Constitutions d’Anderson a un champ d’application plus vaste, elle ne s’attache pas simplement aux effets que peut produire le comportement des francs-maçons, aussi bénéfiques soient-ils. Elle ne vise pas seulement à atteindre un bonheur, qu’il soit particulier ou collectif, mais à atteindre une véritable communion qui dépasse les barrières matérielles et mesurables. Elle a une acception tout à fait différente notamment au Rite Ecossais Ancien et Accepté. Pour nous, le mot « morale » n’a plus le même sens. Il n’est plus un substantif. C’est un adjectif qualifiant le mot « loi » ne signifiant pas un ensemble de règles de conduite. Il a la même valeur que l’adjectif spirituel ou transcendantal.

Ainsi, la Loi morale résulte d’une prise de conscience, témoin d’une volonté d’essayer de trouver une réponse à la triple question qui sommes nous ? D’où venons nous ? Où allons nous ? Les hommes peuvent adopter différentes tendances, différentes attitudes de pensée, mais la Loi morale leur fait attribuer une primauté à la transcendance. La loi morale n’est pas propre à une religion définie, elle est indépendante de toute théologie, de toute mystique, de tout rite, de toute liturgie.

Elle impose de s’abstenir de faire du prosélytisme et mais de conserver un esprit tolérant et ouvert et de douter toujours comme le soulignait toujours notre frère Pierre Bayetti passé à l’orient éternel. Il y a derrière cette attitude, une conception fédératrice universelle et librement consentie constituant un mouvement attractif pour, comme l’a remarqué Lamartine : « réunir ce qui est épars et pour écarter tout ce qui peut diviser ».

Selon moi, la loi morale maçonnique est véritablement universelle car :

– elle n’est pas limitée dans l’espace et le temps ;
– elle est librement consentie ;
– elle n’est pas dogmatique.

Afin d’y parvenir, le symbolisme est d’une assistance puissante et sans équivalent. Par son universalité, le symbolisme est une école de tolérance, puisque qu’elle mène naturellement à la nécessité du respect d’autrui. L’un des messages porté par les Symboles est en effet celui de l’unité de l’Univers et donc du lien profond qui unit tous ses éléments constitutifs. Ainsi s’impose l’idée que l’autre n’est pas différent mais semblable ou complémentaire.

En ce sens, nous pouvons considérer que la morale en franc-maçonnerie est symbolique par son universalité et sa transcendance. La morale maçonnique s’adresse à chacun d’entre nous dans sa conscience la plus profonde. Elle fait appel à notre connaissance et non à notre savoir.

« Tout est permis à qui détient la puissance… Mais l’homme qui a choisi d’être citoyen d’un monde sans loi morale ne devrait jamais quitter sa cotte de mailles, ni boire aucun breuvage avant qu’un esclave y ait trempé ses lèvres, et surtout n’ajouter foi ni à l’amitié, ni à l’amour, ni à la fraternité des armes ». Ce paragraphe est tiré du tome 2 du journal de François Mauriac.

Mais que se passe- t-il si l’on transgresse la loi morale ?

A ce titre, dans nos rituels, le mythe d’Hiram est riche d’enseignements. Il met tout d’abord en scène une triple transgression. En effet, il y a le moyen choisi, le lieu et l’identité de la victime. Afin d’extorquer le mot de passe, les 3 mauvais compagnons utilisent non pas la ruse, la duperie ou l’espionnage mais la force conduisant inévitablement à l’issue funeste. Il est à noter que c’est uniquement le 3ème larron qui porte le coup fatal.

Ensuite, le drame se situe dans le temple en voie d’achèvement. Cela constitue une désacralisation du lieu qui aurait dû être le plus sacré comme étant la demeure de Yavhé. Cela semble annoncer que ce crime entrainera la destruction de ce temple et que toute reconstruction ultérieure ne sera qu’éphémère.

Le temple de Salomon ne peut être construit que dans la paix c’est pourquoi David n’a pu le faire. Pour que l’Eternel soit présent, le sanctuaire ne peut exister dans l’impureté.

Pour finir, la victime est en quelque sorte le sommet de la pyramide, l’architecte, le guide, la seule personne dépositaire de l’ultime secret. Ces 3 mauvais compagnons auraient pu s’en prendre à n’importe quel maître afin de tenter lui extorquer le mot de passe des maîtres. En s’en prenant à Hiram, le dénouement était écrit d’avance. Hiram fidèle à son engagement ne pouvait devenir que le sacrifié.

Car le sacrifice est ce qui permet de faire lien avec le sacré.

Le sacré exprime l’intuition, la recherche d’une valeur suprême mais aussi la capacité de l’être humain à accorder plus de prix et de respect et d’amour à un autre être, à une valeur, poussée jusqu’au sacrifice, ainsi qu’Hiram l’a fait.

Le rôle des rituels au travers d’histoire est de nous faire réfléchir sur l’homme, son identité et sur son rôle sur terre et dans l’univers.

Nul mysticisme donc mais une farouche volonté de donner du sens. Volonté commune à d’innombrables penseurs d’Aristote à Camus en passant par Kant.

Dans la tradition chrétienne, Judas est nécessaire pour le grand passage du Christ. La lumière a besoin des ténèbres pour s’imposer à la conscience du monde. De même, Hiram acceptant la mort en sacrifiant sa vie au lieu de révéler les secrets du maître, engage la grande initiation qui lui permet d’accéder à un plan supérieur. Les mauvais compagnons sont indispensables à ce travail d’alchimie spirituelle.

Le frère qui rentre dans la chambre du milieu après avoir franchi les portes de la mort vient de vivre la même épreuve que le Maître Hiram face aux trois mauvais compagnons.

Passer par la mort comme Hiram est une étape nécessaire afin d’ouvrir la voie au maître intérieur. Mais cette mort n’est que le creuset dans lequel s’accomplissent la substitution et la métamorphose. Sorti victorieux des épreuves par les 5 points parfaits de la maîtrise et l’aide du Très Vénérable Maître et des Vénérables Maîtres second et premier surveillants. Le nouveau maître est prêt à recueillir l’héritage du Maître Hiram et poursuivre son œuvre. Par conséquent, Hiram est censé revivre en chacun de nous.

La mort d’Hiram point fondateur de ce cheminement se trouve porteur d’une espérance inespérée. Dans sa confrontation avec la douleur et la mort, le maître prend conscience qu’il se transforme. La mort symbolise la déprise totale de soi. Ainsi la fin n’est qu’un commencement. Du relèvement d’Hiram plus radieux que jamais, on fait un point de départ.

Et réunir ce qui est épars peut s’appliquer à notre propre être, c’est rassembler en chacun de nous toutes nos potentialités afin de progresser continuellement au final.

Parallèlement, si l’on se rapproche de l’opinion de Mircéa ELIADE, pour qui le sacré et le profane constituent deux modalités d’être dans le monde, deux situations existentielles assumées par l’homme au cours de son histoire ; ce qui revient à dire que le sacré étant en lui et se manifestant par ce qu’il nomme des hiérophanies. A mon niveau, je me retrouve plus dans cette définition qui présente le sacré comme étant en nous, et même une partie de nous.

Le temple de Salomon dans lequel nous souhaitons entrer est la cristallisation matérielle de l’Alliance – Reste à trouver cette alliance en nous. Pour terminer, Je vais citer une Pensée de Bergson « Je ne vois qu’un seul moyen de savoir jusqu’où l’on peut aller, c’est de se mettre en route et de marcher ».

T C F P, j’ai dit.

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