4° #401012 La recherche de la Vérité est-elle une fin en soi ? Auteur: P∴ M∴ Obédience:Non communiqué Loge: l’Arche des Iles d’Or N° P207 à l’Orient de Hyères A La Gloire du Grand Architecte de l’Univers RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE Au nom et sous les Auspices du SUPRÊME CONSEIL DE FRANCE, Liberté, Egalité, FraternitéD’emblée, je vous avoue avoir été frappé par le titre du sujet qui m’a été confié : tout d’abord par la seconde partie du titre (« une fin en soi ») et ensuite parce que le libellé formule une question et que donc, par essence, m’amène à proposer une réponse.Le rituel du 4ème degré tendrait à répondre rapidement OUI à ce questionnement : « La Vérité absolue est inaccessible à l’esprit humain ; il s’en approche sans cesse, mais ne l’atteint jamais ». Le rituel accentue ici la distance qui sépare les êtres humains du monde non humain, et ce serait donc bien, à la fin, lorsque nous ne serons plus humains, que se dévoilerait la Vérité. Mais le rituel du premier degré, lui, semble orienter différemment le débat : « il n’y a aucune limite à la recherche de la Vérité ». S’il n’y a pas de limite, la Vérité serait infinie, la recherche de la Vérité ne peut donc pas être « finie », la réponse serait donc NON.Si le rituel nous met autant en doute que cela, c’est que nous nous écartons trop du chemin, et il convient donc d’y revenir avec plus d’attention : d’une part, il me semble essentiel de définir ce que serait potentiellement cette Vérité et ce qu’en représente sa recherche ; et d’autre part, une fin en soi, de quoi parle-t-on ? De la mort comme finalement l’apogée de notre démarche ? Ou du fait que la recherche de la Vérité ne soit que le seul et unique chemin pour le maçon ?En premier lieu, nous savons que cette recherche est propre à chacun d’entre nous, suivant notre approche plutôt philosophique, religieuse ou scientifique ; certains y chercheront l’existence ou la non-existence du hasard, d’autres y trouveront l’explication de la création de l’Univers, ou encore l’explication du « Pourquoi ».De plus, je ne pense pas que la recherche de la Vérité doit être d’une part accessible à tous et d’autre part, la même pour tous. Ni d’ailleurs, la Vérité n’est pas non plus un projet de maîtrise absolue du Monde, mais je la ressens plutôt comme la finitude aux interrogations que nous développons sur nous-mêmes et sur notre humanité. Le savoir absolu étant impossible, les grandes questions métaphysiques – sommes-nous libres ?, sommes-nous prisonniers de l’enchainement naturel des causes et des effets ? Dieu existe-t-il ? le Monde est-il fini ou infini ? – ne peuvent pas être tranchées en termes de savoir, et donnent lieu à des conflits insurmontables.La recherche de la Vérité recentre le Franc-Maçon autour de sa dimension morale, et celui-ci doit de toute façon clairement s’y engager, au risque de faillir au Devoir. C’est LE moyen d’accéder à une réalité plus haute que soi.Ma recherche de la VéritéEn ce qui me concerne, mon point de départ a toujours été : Pourquoi la Vie ? C’est avec cette question que s’ouvre pour moi la recherche de la Vérité. C’est d’ailleurs ce qui m’a fait entrer en Franc-Maçonnerie. Si au départ de ma démarche, j’avais au fond de moi le besoin de comprendre la Mort, j’en suis aujourd’hui à avoir besoin de comprendre la Vie, et c’est sans doute ce que m’a apporté de plus intéressant le grade du 4ème degré. En d’autres termes, il est pour moi acquis de ne plus avoir peur de la Mort, mais qu’en est-il de la Vie ? C’est évidemment un peu ambitieux, j’en conviens certes, mais pour moi, rechercher la Vérité est chercher pourquoi la Vie et à quoi elle sert dans le plan du GADLU.Si le Maître Maçon est imprégné de la Mort, nous savons tous qu’il passe très vite au-dessus de la Mort, il la surmonte, témoin le 6ème pas de la marche du Maître, qui enjambe littéralement le cadavre du Maître Hiram, comme pour s’élever au-dessus de la Mort. Le Maître secret va plus loin lui, il l’intègre véritablement, la dépasse, car comme le rappelle le rituel et les larmes d’argent, « La douleur provoquée par la perte de ceux que nous aimons est naturelle, mais les lamentations sont stériles ». Le rite du 4ème degré, à travers de la recherche de la Vérité, nous permet de corriger l’émotion, et la blessure devient Lumière.La question 2013-14 à l’étude des Loges destinée aux Maîtres, pose d’ailleurs en préambule que « le meurtre fondateur du mythe nous enseigne que la Vie est la plus puissante. D’une certaine manière, maîtriser la Vie peut donc apparaître comme l’une des démarches proposées au Maître Maçon ». Hé ! En plein dans le mile donc !Le Maître Secret doit rapidement passer à autre chose, à la compréhension de la Vie : comment expliquer en effet la mort prématurée d’êtres chers, ou d’Hommes bons, d’enfants… A quoi servent donc toutes ces vies perdues ? Quelle place occupent-elles dans le plan du GADLU ? Quelle place est faite au hasard dans le grand ordonnancement de la Vie ? Toutes ces « choses » arrivent sans nécessité, et pour construire une histoire entre elles, j’ai sans cesse ce besoin de les simplifier, et de m’imposer des structures qui les rendraient cohérentes, voire rationnelles.Autrement dit, j’ai donc besoin d’élever des barrières, de structurer, de créer de l’ordre dans ma tête au chaos qui y règne… La Vérité, je la vois comme le produit d’une prétention humaine, la mienne, l’illusion qu’il existe un sens à la Vie, un sens à nos souffrances. Je la vis comme une aventure vers le mystère des choses, leur secret, en espérant que cela se dévoile.Comment accorder la vision du Monde avec l’expérience de la réalité et opérer le lien entre les conceptions et les constats de la « vraie » vie ? C’est ça la recherche de la Vérité qui me hante. Alors, le seul remède que j’y ai trouvé aujourd’hui est de renouveler l’idée même de la Vérité, en la plaçant comme valeur sacrée, au-dessus des Hommes (« Il n’y a de réellement admirable que la Loi universelle », nous dit d’ailleurs le rituel). Ce qui revient à ranger les accidents de la vie dans le Sacré, c’est-à-dire où on ne peut rien expliquer, de considérer qu’une vie n’est rien face à l’immensité du cosmos, et de se réfugier dans la volonté divine, ce que Spinoza appelait « l’asile de l’ignorance », ce qui est extraordinairement proche de ma pensée aujourd’hui.L’asile de l’ignorance, comme aboutissement à la recherche de la Vérité et comme subterfuge pour passer les étapes problématiques de notre cheminement intérieur, en cherchant à reprendre le contrôle de soi-même. Dans ce contexte, ce qui est génial et ce qui m’intéresse plus particulièrement, c’est repousser les limites du Sacré, de me persuader d’une explication rationnelle pour tout élément qu’un profane qualifierait de hasardeux.Pourquoi ne pas accepter la complexité du monde et de la nature me direz-vous ? Pourquoi vouloir y voir des choses simples, aisément compréhensibles ? Faiblesse ou impuissance ? Sans doute les deux : l’homme a besoin de simplifier, la nature non.La recherche de la vérité est-elle une fin pour soi ?Mais chercher la Vérité en cherchant le sens de la Vie est très dangereux : pour le coup, la recherche de la Vérité peut être une fin POUR soi. Il peut être tortueux de s’aventurer trop loin dans ces tragédies humaines qualifiées d’épiphénomènes, et on ne pourrait que trop rapidement conclure que la Vie ne sert à rien. Quel danger et surtout quelle erreur ! Remarquez que le Rituel nous protège de cet entêtement aveugle pouvant conduire à notre perte : « Mes Frères, la Franc-Maçonnerie vous a fait sortir du monde de l’ignorance, des préjugés et des superstitions. Elle vous a tirés de la servitude de l’erreur… Vous ne prendrez pas les mots pour des idées… ». Ouf…Je suis Maître secret, et de toute évidence je fais fausse route : il faut monter au-dessus de l’humain, il faut regarder l’Humanité, je ne dois pas oublier que je suis passé de l’équerre au compas (« des lignes et des angles par lesquels le géomètre mesure la surface de la terre, aux courbes et aux cercles par lesquels l’astronome mesure le mouvement des astres ») ; J’ai 3 fois 27 ans, 3x3x3x3, comme pour accélérer la spirale qui me détache du Monde Matériel.Il me semble que le 4ème degré donne ce sentiment d’avoir une nouvelle conscience, celle de l’Humanité en soi. C’est sans doute ce que nous dit le rituel à demi-mots : « Ne profanez pas le mot de vérité en l’accordant aux conceptions humaines », tout s’éclaire…enfin un tout petit peu !Mais alors, pour finir, la recherche de la Vérité est-elle une impasse ? Une fin en soi ? Ou non ?Osons dire NON, d’une part parce que si nous prenons la phrase dans le sens de la mort, d’une fin en soi, ne sachant pas ce que la Mort nous propose, comment peut-on savoir ce qu’il y aura de Vrai après ?Et si nous prenons la phrase dans son sens plus général de démarche unique du Franc-Maçon, d’une impasse, le curseur de « fin » peut être placé n’importe où, en fonction de là où je désire positionner la limite du Sacré.NON ou OUI, OUI ou NON, finalement chacun en fera son opinion. Mais ce qui paraît en revanche plus fondamental, c’est ce qu’apporte le 4ème degré face à ce questionnement : Le 4ème degré c’est l’éducation, entendons par là l’éducation au Devoir (« Nous vous mettons sur le chemin du Devoir qui conduit à la vraie Lumière »). Le Devoir est ici celui d’apporter une réponse à la question traitée ; mais le 4ème degré, me semble-t-il, ouvre aussi sur le sens de la Vie, et la recherche du sens de la Vie passe par le déploiement de capacités d’intuition, pour se construire un modèle pas trop tordu de ce que pourrait être la Vérité.Ceci me parait fondamental pour éviter de sombrer dans le chaos, et il nous faut évidemment considérer qu’en dépit des absurdités, la vie est une joie. L’immortalité nous rendrait-elle heureux ?Quel est mon bilan du 4ème degré ?Pour finir, je vous livre ces quelques réflexions sur ce que je retiendrais comme mes avancées, si tenté qu’il y en ait eu bien sûr. Si j’ai d’abord été insensible au 4ème degré, c’est parce que je n’ai pas perçu tout de suite pourquoi l’histoire d’Hiram ne se poursuivait pas immédiatement, et du coup, cette Loge de Perfection ne m’apparaissait pas comme réelle nouveauté. Il faut sans doute construire ses outils d’abord avant de finir le Temple.J’ai alors abordé le grade comme une étape-bilan : les choses apparaissent en pleine lumière, et l’examen du travail accompli permet d’évaluer ce qui reste à faire.Durant ces 4-5 années de Maitre secret, j’ai intégré le Devoir comme une ardente obligation, « une règle intangible » ; cela implique de vivre dans un cadre plus strict et plus rigoureux, et que rien ne sera plus comme avant.Un autre des ressentis est qu’il faille être capable de repartir à zéro, d’accepter intimement un nouveau cheminement, d’admettre que ce qui a été appris jusque-là en maçonnerie n’est rien à côté de ce qui reste à apprendre, bref, revenir au centre du cercle. Balayer de son compas l’aire du possible et ne pas perdre de vue le point d’application de l’outil, le centre du cercle où l’on revient pour repartir.La clé, fondamentale ! A la fois, symbole d’ouverture et de fermeture, elle ouvre un vaste champ d’investigations, qu’il faut contrôler, ce que j’appelle une étape de clarification : Le Maître Secret saura laisser de côté ce qui n’est pas indispensable. Il saura avoir une vue plus juste qui lui permettra de distinguer tout ce qui lui sera utile pour poursuivre sa quête. Un peu à l’image de Braque, qui qualifiait si bien le Cubisme comme l’action de « faire dire aux choses ce qu’on en sait, pas ce qu’on en voit ».T cher F Président et vous tous mes F, j’ai dit. Navigation des articles Planche Précédente "Le Laurier, l’olivier et le Devoir" Planche Suivante "La vérité est une lumière dont la perception est toujours plus ou moins confuse"