#401012

La Vérité et la Parole perdue

Auteur:

B∴ K∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Et c’était, bien sûr, parmi les choix proposés par le 3 fois Puissant Maitre en juin dernier et je me suis rappelé que j’avais déjà planché sur La Parole perdue au 3ème degré en 2014, mais, en la relisant, je me suis aperçu que ma réflexion avait énormément évolué.

En Loge de Perfection, c’est dans le Rituel d’initiation au 4ème degré, que nous découvrons cette expression. Aux interrogations marquées par le « Que cherchez vous ? » du Trois Fois Puissant Maître sur l’objet des voyages du récipiendaire, les Frères Premier Inspecteur et Maître des Cérémonies répondent : « la Vérité et la Parole perdue ».

En fait, c’est au 3ème degré que les V Mcommencent à rechercher la Vérité et la Parole perdue. C’est là qu’ils ont pris connaissance des mots substitués : Moabon, Mac Benach, et c’est là qu’ils ont identifié, devant la dépouille de Maître HIRAM les ennemis de la Vérité : les préjugés, l’ignorance et l’ambition déréglée.

Nous commencerons par creuser le sens de vérité et de parole puis par préciser la notion de Parole perdue par rapport à celle substituée, qui pour moi n’a rien à voir.

1 Introduction :

La vérité : en latin : Veritas (vraie) en grec : « alethia » (absence d’oubli). Le soleil est le symbole de la Vérité car il change peu, on ne peut l’oublier. Que savons-nous de la Vérité que le REAA nous propose de chercher au 4ème degré ? Le livret d’instruction au 4ème degré nous dit que : « la Vérité est la lumière placée (par le GA D L U certainement) à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et regarder la grande routedu devoir qui y conduit sûrement » mais, il précise également : « ne profanez pas le mot de Vérité en l’accordant à des conceptions humaines. La Vérité est inaccessible à l’esprit humain ».

Au cours du 2ème voyage d’initiation au 4ème, le T F P M déclare « Telle la lumière que vous portez et que vous ne voyez qu’imparfaitement au travers du bandeau qui trouble votre vue, la Vérité est une Lumière que l’homme perçoit plus ou moins confusément. Elle peut pourtant se révéler dans tout son éclat à celui qui veut ouvrir les yeux et regarder ».

Au cours du Dernier voyage, le T F P M déclare : « Maître des cérémonies, qui voyage avec vous ? Des Vénérables Maîtres en quête de la Parole perdue…, Hélas elle n’a pas encore été retrouvée ! ». Puis plus tard « Vous avez encore bien des degrés à gravir avant d’approcher de la vraie Lumière et de découvrir la Parole perdue connue des anciens initiés ».

Eh bien, on sait au moins où on va : à la recherche de la Parole perdue ! Et on a très bien compris qu’on ne la retrouve pas au 4ème degré.

2 Recherche de la Vérité

Chacun d’entre nous se souvient très certainement de la question du catéchisme maçonnique du premier degré : « qu’avez-vous demandé lorsque vous avez été reçu dans le temple ? La Lumière ».

Cette Lumière qui éclaire notre chemin initiatique devient de plus en plus vive au fur à mesure que nous progressons sur le chemin de la raison, de la connaissance, et du discernement. L’initié devient un chercheur de lumière, poursuivant une quête qui le conduit inévitablement à la recherche de la Vérité et de la Parole perdue.

Rien n’est dicté à l’homme sinon que La loi, comme Moïse l’a reçue, et, même ce qui est écrit ne s’impose pas comme Vérité dans l’absolu. C’est pourquoi, la prudence doit nous guider dans notre recherche de la Vérité et de la Parole perdue. Pour certains, la Vérité et la Parole perdue seraient simplement la recherche de la connaissance. Je pense que cela va bien au-delà d’une connaissance académique ou ésotérique. Il s’agit d’abord de la connaissance du Principe Créateur, de la connaissance de l’Etre et de la connaissance archaïque qui doivent conduire à la sagesse.

De quelles « Vérité et Parole perdue » le Maître secret est-il astreint à la recherche ? A notre avis, il ne s’agirait pas ici de vérité objective, extérieure, ni de vérité scientifique, ni de ce qui s’oppose à l’erreur ou au mensonge. Il s’agirait plutôt d’une vérité intérieure. Le rituel nous précise : « ne profanez pas le mot de Vérité en l’accordant à des conceptions humaines. La Vérité est inaccessible à l’esprit humain ». Il s’en approche sans cesse mais ne l’atteint jamais.

La recherche de la Vérité est une méthode initiatique, un questionnement permanent de l’Etre sur lui-même, sur ce qui le dépasse, sur ce qui n’apparaît pas d’emblée à la lumière de la conscience et de la raison, mais à la suite d’un long travail de recherche à l’aide des symboles, la Vérité apparaît alors comme une valeur et c’est, en tant que telle, qu’elle doit être interrogée. Il convient donc de la considérer comme désirable avant d’en déterminer la nature, les critères et les conditions dans lesquelles elle se révèle.

Il est dans notre nature de ne comprendre qu’une parcelle de cette Vérité par ignorance, mais la véritable nature du franc maçon est avant tout d’aimer la vérité, car c’est sans aucun doute dans l’Amour que nous la trouverons. D’ailleurs Romain ROLLAND disait « le monde se nourrit de peu de vérité et de beaucoup de mensonge ».

Pour le poète comme le franc maçon et le philosophe, la condition même de toute recherche de la Vérité est la liberté absolue de pensée et de conscience. Si la maçonnerie fait renaître en nous Hiram, l’homme du devoir, elle nous ouvre les voies de la philosophie avec la mort de Socrate, philosophe que ses concitoyens athéniens condamnèrent pour avoir fait accéder à la pensée sans entraves et au sens de la Vérité.

Les combats d’HIRAM et de SOCRATE sont donc les mêmes parce que la philosophie est une initiation à la Vérité et que l’initiation maçonnique est bien initiation à la philosophie en tant qu’amour de la sagesse. La vérité est à la portée de celui qui le veut. Mais ce n’est pas si simple, chaque philosophe a sa propre conception. Les scientifiques, les artistes, les religieux ont chacun leur vérité, mais elle n’est pas universelle. Personne ne peut prétendre connaître sans aucun doute la Vérité. Ce qui est vrai pour les uns ne l’est pas pour les autres. Les F M en ont une, c’est ce que je suis en train de décrire.

Jean Bartholdo a dit : « En résumé, la philosophie dans le cadre de la démarche maçonnique accueille toutes nos sensibilités et nous invite à ne pas fixer de limites à priori à la recherche de la Vérité, alors même que nous ne pouvons définir ce qu’est la Vérité. Pour être capable de cela, il faudrait pouvoir sortir du monde et le contempler dans sa totalité pour pouvoir affirmer « cela est vrai » ou « cela est faux » ».

Aussi, si nous suivons la Voie à la recherche de la Vérité durant toute notre vie maçonnique, peut-être ne trouverons-nous pas la Vérité ni n’atteindrons la Sagesse, mais peut être deviendrons nous des maçons plus sages.

Le triomphe d’une Vérité incontestée mettrait fin aux disputes et aux guerres, elle conduirait sans doute les hommes au bonheur. Malheureusement, ce n’est pas aussi simple que cela. Si la Vérité nous était donnée il n’y aurait plus ni philosophie, ni religion, ni science. Chaque individu, chaque franc maçon devra accomplir son chemin pour trouver la Vérité. Cela ne veut pas dire que l’on puisse affirmer n’importe qu’elle vérité. Il faut cependant tolérer et accepter celle des autres, sans quoi nous tomberions dans l’intolérance, et le fanatisme.

BERESNIACK a su définir de façon astucieuse « la Vérité », je vous la livre : « la Vérité, c’est le contact immédiat entre la matière vivante qui perçoitet la viequi est perçue ». Elle se définit comme un idéal parce que l’Homme négocie très mal sa relation avec la réalité.

Tel l’Hermite, nous sommes à l’égal du vieux sage qui chemine prudemment en quête de Vérité en éclairant ses pas avec sa propre lanterne voilée.

3 Recherche de la Parole perdue :

La recherche de la Parole perdue ne consiste peut-être pas à retrouver le mot ou le nom disparu avec la mort d’Hiram, ce qui n’a aucun sens puisque ce mot était connu des Maîtres puisqu’il leur servait de signe de reconnaissance et que celui-ci n’a donc jamais disparu. Il fut remplacé de crainte que les trois mauvais compagnons l’aient obtenu et s’arrogent ainsi les prérogatives des maîtres. La perte du mot des maîtres est donc une chose et la Parole perdue en est une autre.

DOUGLAS HARDING a écrit « La connaissance de la Parole perdue est le retour à l’enseignement initiatique qui nous ouvre les portes de la tradition primordiale. Il ne s’agit plus d’une parole de langue mais d’une parole d’âme ; murmure en recherche d’absolu, clé de l’infranchissable, la parole perdue tient du non-dit et se prononce dans l’intériorité sacrée du silence de l’esprit. Elle n’est pas du domaine des sens et de l’extériorité mais de celui de l’intuition et de l’intimité existentielle. Elle est révélation de la Présence Immuable, toujours à nos côtés, souvent à notre insu ».

Comme nous l’indique Jean dans son prologue « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu ».

La Parole perdue est certainement liée à l’instant originel, à ce moment fulgurant entre l’incréé et le manifesté, ce moment d’où tout émane et où tout retournera. Accueillir cet instant au fond de ce qu’il y a de plus secret et sacré en nous-mêmes, accepter cette folle intuition de la création de notre univers et se l’approprier dans cette partie de nous-mêmes, notre Etre intérieur, que nous avons récemment reconnu et accepté, retour de notre néant matériel vers notre tout spirituel est certainement l’essence de notre recherche de la Vérité et de la Parole perdue.

Rechercher la Parole perdue consisterait donc à trouver la voie qui permet de nous relier à un monde des origines, au monde de la Création, à une source de vie. Comme la Parole, le nom est ineffable et il ne faut pas le profaner. C’est pourquoi, il nous est proposé des mots substitués.

Le passage du 3ème au 4ème grade nous enseigne l’humilité, car la Parole substituée n’est pas la Parole perdue. Il nous enseigne aussi le devoir, car la recherche de la Parole perdue, pour tout Maître Secret, va nous permettre, à notre tour, le moment venu, de transmettre le sens de la vie… Peut-être.

Le moyen d’y parvenir nécessite à la fois un parcours raisonné, mais également un profond respect des traditions et des paroles de ceux qui ont disparus. Il faut être conscient que ce n’est pas un Franc-Maçon seul qui découvrira ou approchera la Parole Perdue, c’est l’ensemble des Frères existants ou ayant existé qui devrait y parvenir. On peut parler d’inconscient collectif à la manière de JUNG, mais un inconscient collectif qui serait spécifiquement maçonnique, un fond spirituel commun à tous les initiés, en somme, un inconscient collectif raisonné, dans lequel tous les Frères participent à la recherche de la Parole Perdue et à la quête de la sagesse, en s’aidant du travail de leurs prédécesseurs, des traditions et des connaissances qu’ils nous ont transmises.

Doit-on pour autant espérer pouvoir réussir à redécouvrir cette Parole perdue, par la seule raison ? Non, premièrement parce que ce serait prétentieux de vouloir atteindre la pensée divine, et deuxièmement parce que ce serait utopique ; il est, en effet, irraisonnable de croire que l’homme, cet être imparfait, puisse concevoir ou imaginer un être parfait, comme le résume bien cette phrase d’un musulman (Dhou-n-Noun al Masri) : « Quoi que tu imagines dans ton esprit, Dieu est différent de cela » ; nous devons donc faire preuve d’humilité et c’est ce qui doit nous démarquer des profanes. Humbles et sans prétention, il suffit pour nous tous d’espérer pouvoir un jour sentir ce qu’est la Parole perdue : l’important, en fait, n’est pas de la retrouver, l’important est de la chercher, c’est en quelque sorte notre Graal maçonnique.

Mais pour les Francs-Maçons,la Parole n’est pas perdue, elle s’est simplement égarée au plus profond de nous-mêmes ; c’est à nous de la rechercher, de nous remettre en question chaque jour, de chasser toutes les certitudes acquises dans le monde profane, puis de tendre vers ce but idéal qu’est la sagesse et la vérité infinies ; alors peut-être pourrons-nous redonner une deuxième vie à notre Maitre Hiram en lui insufflant la nôtre.

Certes la tâche sera rude et longue, et le travail ne devra jamais s’arrêter : c’est pour cette raison que la Franc-Maçonnerie a encore de nombreux siècles à vivre, car elle est immortelle dans l’esprit. Notre recherche de la Parole perdue n’est en fait que la recherche du Beau du Vrai…de l’Amour de la Connaissance ! (Connaissance différent de savoir !)

Dans le dernier PVI Hors-série, il est dit« L’espérance nous porte à croire que quelque chose de la Parole perdue peut se retrouver. Ce qu’il s’agit de retrouver c’est le sens, la signification de notre existence, ce que connaissait Hiram au moment de sa mort ».

4 Conclusion

Quel est le lien entre la Vérité et la Parole perdue ? Le M S doit accepter de faire son devoir sans le connaître. La Vérité est inaccessible à l’esprit humain. La Parole perdue ne peut pas être retrouvée définitivement (par acquisition de savoir), mais peut être pouvons-nous en approcher à certains moments fugitifs.

Notre devoir est de recevoir et de donner la Lumière, de chercher la Vérité et la Parole perdue, notre devoir n’est pas de les trouver mais seulement de les chercher, quelle contradiction apparente ! Mais cette Vérité : la création et cette Parole perdue : le nom du créateur sont probablement déjà en nous car dans l’Univers, tout ce qui a été est toujours, rien de ce qui a été créé n’a pu disparaître. Ils se dévoileront certainement à l’esprit, au Moi spirituel de ceux qui auront construit harmonieusement leur Temple intérieur pour les accueillir et atteindront peut-être ainsi l’éveil, seulement au moment du passage à l’Orient éternel.

Je suis le chemin de mon Devoir et grâce à votre aide, Trois fois puissant Maître et à celle de vous tous mes frères Maitre Secrets, je porte en mon Moi l’espérance de la Vérité et de la Parole perdue.

J’ai dit. TFPM

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter