4° #401012 Le Novénaire – Signification et fonction au Rite Ecossais Rectifié Auteur: R∴ B∴ Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué Le Novénaire Signification et fonction au Rite Ecossais RectifiéL’étude des nombres a une importance non négligeable pour la compréhension des rituels du RER. Plusieurs nombres clefs y figurent à tous les grades, tels le quinaire et le sénaire intimement liés au grade de Compagnon où « tout se fait par 5 et par 6 » nous disent les Instructions du Rite, le ternaire essentiel au grade d’Apprenti mais omniprésent, etc. Il sera intéressant de s’y intéresser de façon précise lors de travaux ultérieurs ; pour aujourd’hui nous nous limiterons au novénaire, nombre majeur du grade de Maître, mais pourtant déjà présent dès celui d’Apprenti comme nous le verrons.L’étude numérologique et arithmologique, l’usage des nombres à des fins spirituelles, ont toujours passionné les penseurs, les exégètes et les hermétistes de toutes origines et de toutes confessions. Or chacun le sait, l’Ecriture nous dit en Sagesse 11,21 : « Tout est réglé avec nombre poids et mesure ». Si ces mots-là ne sont pour l’homme du XXème siècle qu’une simple citation n’évoquant plus grand-chose de précis dans sa pensée, ils furent un guide, une réalité sensible, une vérité tangible pour les siècles passés. Les concrétiser, en s’attachant principalement au nombre, était un moyen de communiquer ce qui n’était que difficilement exprimable d’une autre façon. Les changements de mentalité inhérents à l’évolution des civilisations ont fait que ce qui était alors évident est devenu aujourd’hui obscur et considéré uniquement sur un plan pratique et technique. Pour nos anciens, c’est parce que le nombre se fait signe de l’unité divine créatrice qu’il qualifie le monde, ainsi que le dira Jacob Boehme. En fait, les nombres étaient moins des manifestations que des actions.Le mystère du nombre et sa faculté de représentation symbolique sont une constante dans l’esprit de l’homme. Rien donc de surprenant à ce qu’il tienne une place marquée dans nos rituels. Je parle bien de nombre et non pas de chiffre, le chiffre n’étant qu’un outil dénué de signification particulière.Les textes exégétiques et de nombreux commentaires de l’Ecriture des quinze premiers siècles de l’Eglise, tout comme les textes hermétiques de diverses époques, montrent qu’il est absolument certain que ce verset (Sagesse 11,21) était imprimé dans les esprits. Par exemple, Saint Augustin avait admis, en vertu de ce texte, les spéculations sur les nombres pour comprendre et exposer l’Ecriture. Sept siècles plus tard Abélard aura une perception de même nature en écrivant que des sept arts libéraux, les deux sciences les plus utiles au théologien sont la dialectique et l’arithmétique, Hughes de Saint-Victor, Isidore de Séville et bien d’autres rédigeront des traités d’arithmologie à coloration mystique.Il ne faut surtout pas considérer et comprendre cette science de l’arithmétique, et les considérations sur les nombres qui en découlent, selon nos conceptions modernes, mais selon celles du temps. Les termes utilisés doivent toujours être replacés dans leur contexte historique pour effacer l’évolution notable du sens des mots. Ce sera cette conception là que reprendront les théosophes ultérieurs. L’arithmétique, alors, ne signifiait ni une technique ni une méthode de calcul, ces deux utilisations étaient considérées comme vulgaires et profanes.Abélard les nommait « l’art de l’abaque » et d’autres « l’algorisme » mais elles n’étaient pas négligées pour autant. Voir par exemple l’œuvre mathématique de Gerbert d’Aurillac, pape en l’an 1000 sous le nom de Sylvestre II. L’arithmétique au sens que lui donnait l’Université dans son cursus théologique marque une certaine dépendance à l’égard de Platon et se référait à la science des nombres telle que l’envisageaient Boèce, l’Ecole des Victorins, l’Ecole de Chartres, Thibaut de Langres, Jean Scot, Raymond Lulle, etc. C’était une science de répartitions, de rapports et de comparaisons, de terme médian ou « médiété » des choses différents par leurs qualités apparentes, visant à soumettre à des règles générales une multitude de faits particuliers. On considérait par là non pas la mesure qu’exprime le nombre en tant qu’instrument, mais ce qu’en langage moderne on appellerait son signifiant (1). La mesure est du ressort du chiffre, et « le chiffre n’est rien de plus que le vêtement du nombre » (2).L’arithmétique d’alors, que nous aurions tendance à nommer aujourd’hui arithmosophie selon le néologisme à la mode, visait à dégager des représentations et des concepts qui ne pouvaient s’exprimer autrement, les mots étant pratiquement impuissants à les restituer dans leur entièreté. Ce ne sera que beaucoup plus tard, à partir du siècle dit des lumières et de façon progressive, qu’elle se réduira à une simple technique de calcul ne servant plus qu’à mesurer et quantifier.Au Rite Ecossais Rectifié, officiellement fondé en 1778, les nombres prennent une signification particulière que l’on ne retrouve pas dans d’autres Rites maçonniques, le Rite suédois excepté pour certains d’entre eux. Il faut, pour le comprendre, se souvenir que le RER puise son symbolisme à plusieurs sources dont les trois principales sont :le substrat commun à tous les rites, ce que notre TRF Pierre Noël a un jour appelé « le rite d’avant les rites ».les rituels de la Stricte Observance.la théosophie de Martinès de Pasqually et les rituels de ses Elus Coëns de l’Univers, cette dernière source devenant parfaitement évidente au-delà du 3è grade.Il faut aussi savoir que les Rituels des trois premiers grades furent figés de façon quasi définitive dès 1782 et que pratiquement rien depuis n’y a été ajouté ou retranché, ce qui explique leur absolue cohérence.De cette triple origine du Rite Rectifié résulte une superposition de significations qu’il n’est pas toujours aisé de démêler. Nous sommes en permanence face à un mélange de ces sources, incluant des éléments sous-jacents de la théosophie de Martinès de Pasqually éclairée par les premiers écrits du Philosophe Inconnu Louis-Claude de Saint-Martin, éléments souvent volontairement atténués par Jean-Baptiste Willermoz. Ils ne sont d’ailleurs, dans les grades symboliques, présentés que de façon indirecte et voilée sans la moindre explication. On ne les trouvera de façon à peu près claire que dans les instructions aux Grands Profès, mais je le redis : là encore de façon partielle, atténuée, car leur explication constitue, ou doit constituer, le travail même des « conférences » de cette classe réputée secrète. Mais pour voilés qu’ils soient, ils n’en sont pas moins une donnée essentielle pour la compréhension du Rite et de ses composants.Pour ce qui est des nombres mis en évidence dans nos rituels Rectifié, et ils y sont nombreux, le problème de leur interprétation est rendu ardu par le fait que l’approche martinésiènne n’est ni celle des Pères de l’Eglise, ni celle des kabbalistes, qu’ils soient juifs ou chrétiens, donc éloignée de nos connaissances usuelles. C’est une approche que l’on peut qualifier de neuve ou de novatrice, bien que se fondant sur un substrat commun qu’il n’est pas toujours évident de retrouver. Toutefois cette connaissance est indispensable au Maçon Rectifié. Martinès de Pasqually écrit à ce propos : « C’est cette vertu des nombres qui a fait dire aux sages de tous les temps que nul homme ne peut être savant, soit dans le spirituel divin, soit dans le céleste, terrestre général et particulier, sans la connaissance des nombres ». (3)Dans le Ministère de l’Homme – Esprit, Louis-Claude de Saint-Martin explique en un bref passage la signification qu’il convient d’attribuer aux nombres. Ils font partie, écrit-il, du système de signes par lequel la Divinité a choisi de se révéler aux hommes. Pour lui, les nombres « ne sont rien par eux-mêmes, mais représentent fidèlement la marche cachée de la parole divine, et de ses incommensurables propriétés (4) ». Puis dans le Traité des Nombres :« Ils ne sont que la traduction abrégée, ou la langue concise des vérités et des lois dont le texte et les idées sont en Dieu, dans l’homme et dans la nature ». Leur compréhension, qui ne doit pas se limiter à une activité purement intellectuelle, puis leur assimilation doit, selon le Philosophe Inconnu, permettre à l’homme d’acquérir une connaissance active. Les nombres ne sont plus alors « un objet de curieuse et orgueilleuse spéculation…ils font avancer l’homme dans la ligne vive » (5) lui permettant de percer jusqu’au secret des choses et ainsi de s’intégrer au devenir universel et de jouer parfaitement le rôle qui lui est dévolu. Il peut ainsi, selon cette théorie, espérer accomplir sa mission qui est de restaurer un statut d’harmonie entre la nature et le divin. C’est à lui, et à lui seul, suivant les thèses des Elus Coëns, qu’incombe le devoir de restructurer toutes choses ; puis, par là, d’œuvrer à sa régénération personnelle par sa « réconciliation » en vue d’une potentielle « réintégration » pour utiliser les termes clefs de Martinès de Pasqually.Dans l’usage des nombres et dans leur symbolisme, tels que définis par Martinès de Pasqually et Louis-Claude de Saint-Martin, et repris pour l’essentiel dans les documents fondateurs du RER, les nombres 3, 5 et 9 sont appliqués à la matière crée. D’une façon très synthétique et nécessairement schématique, donc parfaitement incomplète, car les significations et usages sont en réalité multiples, nous avons les données de base suivantes (6) :1 : Unité, premier principe de tout être tant spirituel que temporel, appartenant au Créateur divin.2 : Nombre de confusion appartenant à la femme.3 : nombre appartenant à la terre ou à l’homme. Principe de la matière4 : quatriple essence divine ; âme humaine5 : esprit démoniaque ; diviseur6 : opérations journalières ; réalisation de la matière [opérations = culte rendu à la divinité]7 : Esprit saint appartenant aux esprits septénaires [premiers émanés]. [Nombre de l’Esprit et de l’Intelligence].8 : doublement fort appartenant au Christ, Réparateur [doublement car 8 = 2 x 4]9 : démoniaque appartenant à la matière ; mort, dissolution10 : nombre divin ; divin manifesté.Tous les autres nombres seront ramenés par réduction théosophique à la décade primordiale seule réellement prise en considération. Ainsi, par exemple, le nombre 25 sera considéré comme 25 = 2 + 5 = 7, 7 étant alors dit dans la langue martinèsienne « esprit de 25 » car cette opération l’extrait de sa gangue matérielle, de sa figuration apparente. Le système est en réalité extrêmement complexe, car pour un nombre n donné on considèrera, outre son esprit, sa « racine essentielle » ou première obtenue par développement ou adition théosophique, c’est-à-dire résultant de la somme des nombres de 1 à n, donc dans cet exemple de 1 à 25, puis sa racine seconde obtenue en réduisant théosophiquement cette première racine si elle se trouve hors de la décade. Cette addition théosophique, selon ce qu’écrit Saint-Martin (7) « fait connaître la nature de la production et le vrai esprit des résultats, tant par rapport à eux-mêmes que par rapport à leur principe radical ». D’où l’expression « racine du nombre » qui a un tout autre sens que celui du terme « racine » en arithmétique usuelle.Ainsi pour le nombre 16, le nombre clef du 4ème grade du RER, la racine essentielle première est (16 x 17)/2 = 136 ce qui donne la racine seconde 1 + 3+ 6 = 10 ou encore 1, alors que son esprit sera 16 = 1 + 6 = 7. Allant plus loin encore, on considérera le « caput mortem » ou reste matériel que donne le nombre minoré de son esprit, ici 16 – 7 = 9. On parle de reste, car toute opération dans l’univers, et la réduction théosophique en est une puisque les nombres en sont considérés comme des constituants, toute opération donc, quelle qu’en soit la nature, donne naissance à un reste.L’on constatera aisément que ce « caput mortem » ou reste est toujours égal à 9, ce qui explique la signification particulière donnée à se nombre, tout être perdant son esprit vivificateur ne pouvant réellement vivre de façon conséquente et se dissolvant dans la création. Le sens de démoniaque est attribué de surcroît au nombre 9 car le « tentateur » ou ce que Martinès de Pasqually nomme « les esprits pervers » visent à accaparer l’Esprit.Louis-Claude de Saint-Martin ajoute au tableau schématique précédent (8) :Un a le principe en lui et le tient de lui.Deux a le principe en lui et ne le tient pas de lui.Trois ne l’a en lui ni ne le tient de lui.Après ce bref aperçu très général et incomplet, attachons-nous au nombre 9. Il est le dernier nombre de la décade dite primordiale ou essentielle ; il représente par là une fin, ici une fin matérielle. De fait, lorsqu’une chose, quelle qu’elle soit, arrive à son apogée, elle ne peut que décroître. On a là l’une des raisons évidentes du fait que ce nombre, outre son rôle de « caput mortem » représente la dissolution des choses (9). Mais cette dissolution ne saurait être définitive, car dernier des nombres de l’univers manifesté, le 10 ayant un rôle absolument séparé, il ouvre la voie à une suite, à un recommencement. De Saint-Martin, plus restrictif en apparence que Martinès, écrira lapidairement dans son traité des nombres : « Le neuf, c’est la dissolution de la forme, c’est la mort qui ne produit rien : « ex nihilo, nihil » ». En fait, le renouvellement se produit ailleurs, dans une autre dimension, mais une dimension qui, par principe, est intérieure à l’être sous-entendant une régénération préalable. D’ailleurs sur ce point particulier, si l’on se souvient que les représentations géométriques, essentiellement triangle, carré et cercle, sont l’un des fondamentaux des Elus Coëns, il convient de souligner que l’une des tares, si l’on peut dire, du nombre 9 pour Martinès et de Saint-Martin est de n’être pas un nombre triangulaire, c’est à dire géométriquement représentable par un triangle, figure fondamentale des Elus Coëns. 9 est un nombre quadrangulaire, plus précisément un nombre carré se figurant géométriquement, selon les représentations de Boèce par trois ensembles de trois points superposés (10) :alors que 6, autre nombre important, se figure de façon triangulaire par 3 lignes superposées : la première de 3 points, la deuxième de 2 points et la troisième de 1 point :Cette représentation géométrique carrée du nombre 9, quasi inutilisée et méconnue aujourd’hui, mais que n’ignoraient nullement nos théosophes du XVIIIème siècle et leurs successeurs, permet de relier directement le 9 au 4 par cette figuration géométrique de carré, et alors de considérer ce dernier nombre dans sa signification déjà indiquée d’âme humaine reliée à la quatriple essence divine, conformément au verset de genèse 1,27 :« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ».Mais dans une interprétation incluant la signification propre du nombre 9. Il devient ainsi parfaitement évident que s’il est une fin, le nombre 9 demeure l’ouverture potentielle à un recommencement, puisque l’âme est immortelle comme l’exprime à maintes reprises nos rituels. Il est rappelé au candidat dès la chambre de Préparation et lors de son premier voyage, avant même sa réception dans l’Ordre, ce verset étant repris, sous une forme légèrement modifiée, comme maxime donnée au futur initié.Avec cette conception particulière, nous sommes loin, très loin, du novénaire biblique, donnée de référence reprise et amplifiée par Saint Augustin, Hughes de Saint-Victor et bien d’autres exégètes et commentateurs. Selon cette lecture, le chiffre 9 représente plus particulièrement la plénitude spirituelle. Sarah avait 90 ans et Abraham 99 lorsque le Seigneur accomplit sa promesse envers eux. Il y a 9 dons de l’Esprit :« [1] la parole de sagesse, [2] à un autre la connaissance selon le même Esprit ; [3] à un autre la foi par le même Esprit ; [4] à un autre les dons de guérison par le même Esprit ; [5] à un autre d’accomplir des miracles ; [6] à un autre le don de prophétie ; [7] à un autre de discerner les esprits ; [8] à un autre diverses sortes de langues ; [9] à un autre l’interprétation des langues » (1 Corinthiens 12 : 8-10).En Galates 5,22-23 on trouve 9 fruits de l’Esprit :« Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance; la loi n’est pas contre ces choses ». Ces deux exemples représentent la plénitude des bénédictions spirituelles, donc une toute autre signification du nombre 9 que celle qui a présidé à son usage dans nos rituels. Pour mémoire, le nombre 9 intervient 50 fois dans l’Ecriture soit 49 fois dans l’Ancien Testament et 11 fois dans le Nouveau.De même, on est très loin aussi du symbolisme repris et développé par Raymond Lulle (1223 – 1316), auteur prolixe de près de 300 ouvrages, qui faisait encore autorité aux XVIIème et XVIIIème siècle et pour qui :« 9 est le nombre qui rend compte des qualités de Dieu ou vertus – dignités en ce qu’il contient la structure trinitaire du tout où les 3 personnes agissent dans un rapport simultané entre 3 significations et 3 formes, rapport formulé par la multiplication 3 x 3 ». (11)Nous pourrions ainsi multiplier les exemples. Donc, contrairement à ce que d’aucuns veulent souvent faire en « mélangeant les genres », nous ne retiendrons pas ces appréciations et développements dans notre examen du novénaire au RER, nous limitant aux sources originelles du Rite.Mort et dissolution… Si ce thème de la mort au 3ème grade est une constante des rituels maçonniques, il est bon de savoir qu’au RER il est présent dès le tout début du cheminement du candidat.Déjà dans la Chambre de Préparation (le Cabinet de réflexion des autres rites) le candidat découvre un tableau portant sur fond noir une tête de mort sur deux os en sautoir. La partie supérieure du tableau porte, encadrant la tête de mort 9 larmes d’argent. Si ce n’est par la sentence écrite en lettres d’argent sur deux lignes :« Tu viens te soumettre à la mort La vie était souillée, mais la mort a réparé la vie ».Il ne diffère guère des tableaux placés sur les murs du Midi, du Septentrion et de l’Orient de la Loge lors de la réception au troisième grade. Celui du mur d’Orient porte la mention impérative « Pensez à la mort » que le candidat lira à chacun de ses voyages.Dès le premier pas, tout est là : la mort clairement figurée sur un tableau, certes, mais aussi déjà le nombre 9 de la dissolution des corps matériels, et plus explicitement encore le fait qu’au-delà de cette dissolution existe autre chose, ainsi que le précise la maxime. C’est ce que porte en lui ce nombre 9, ainsi qu’expliqué plus haut lorsque nous précisions que ce 9 était dissolution sur un plan pour permettre se régénérer sur un autre plan. Cela le candidat ne le sais pas. Perturbé par son environnement et par les discours et questions du frère Préparateur, il ne voit que l’emblème ; cela déjà lui permettra de ne pas être surpris de le retrouver sous une apparence légèrement différente beaucoup plus tard. Toutefois dans les mois qui vont suivre, et il appartient au second Surveillant de lui faire revivre son passage dans cette Chambre sans lui fournir d’explications précises, cela lui reviendra en mémoire et l’aidera à comprendre un jour la cérémonie du 3ème grade et à la vivre en profondeur. Ce jour là, il entendra le Vénérable Maître dire à voix forte en le relevant du tombeau : « Il recevra la vie du sein de la mort », une sentence vraiment très proche de « La vie était souillée, mais la mort a réparé la vie » de la Chambre de Préparation.Cette mort et la nécessité de mourir à quelque chose pour renaître à autre chose lui sera encore rappelée lors de son troisième voyage d’Apprenti par l’épreuve de la terre et la sentence, calquée en partie sur la parabole du semeur de l’Evangile, sentence qui complète heureusement la maxime du tableau et que prononcera à voix forte le frère introducteur :« Le grain mis en terre y reçoit la vie ; mais si son germe est altéré, la terre même en accélère la putréfaction ».Putréfaction… Ce terme n’a pas été choisi au hasard par les rédacteurs de nos rituels. Rien d’ailleurs ne ressort jamais du hasard en la matière. Ne renvoie-t-il pas dans une communauté de sens au tableau mortuaire et sa maxime que le candidat avait sous les yeux peu de temps auparavant ?Ceci me permet de souligner par cet exemple la méthode spécifique du RER qui procède par cercles successifs, en une sorte de spirale : Tout est donné au départ pour favoriser un mûrissement, tout sera repris et amplifié à chaque étape du parcours maçonnique.Quittons pour l’instant le premier grade, et avant d’examiner les choses en détail écoutons ce qu’écrivait Jean-Baptiste Willermoz en 1778 (12) :Jean-Baptiste Willermoz (1730 – 1824) « Le troisième grade où tout s’opère pour la loge par le nombre 9 et pour l’Initié par le nombre 7 lui représente deux choses, qui quoique liées ont pour lui une valeur bien différente. Par le nombre 9 des batteries, des lumières, et des neuf maîtres qui entourent le tombeau, on lui apprend que la matière universelle est inerte, sans action, et qu’elle ne peut rien produire, quel qu’en soient les divers assemblages, s’ils n’ont en eux un Principe de vie supérieure et indépendant, et qu’aussitôt que l’action de ce Principe est retirée les parties de l’assemblage matériel se désunissent se décomposent et rejoignent successivement la masse générale dont elles proviennent. Cette masse devant aussi à son tour se réintégrer dans la Source primitive, qui a eu ordre et puissance de la produire, lorsque cet agent secondaire recevra l’ordre de l’anéantir. Cette décomposition et dissolution absolue des corps et de la matière universelle est figurée au compagnon par le cadavre d’Hiram, dont la chair quitte les os, et qui dans ce grade est l’emblème de la matière universelle. Le nombre neuf est l’emblème de cette matière, n’ayant comme elle qu’une apparence morte et passagère ; c’est pour cela qu’on le multiplie devant le candidat, par les batteries de trois fois neuf, qui lui donnent toujours ce même produit de 9 ; parce que ce nombre étant multiplié à l’infini par lui-même, ou par tout autre nombre, ne peut jamais produire que le nombre 9. Mais ce qui prouvera aussi invinciblement que la matière n’est qu’une apparence, c’est que l’on voit son nombre disparaître entièrement, dès qu’il est uni à un autre nombre ».Remarquons que Willermoz distingue la Loge où tout s’opère par 9 de L’Initié pour lequel le 7 sera caractéristique, ne serait-ce que par son âge et les degrés qu’il monte vers la porte fermée du Temple. Mais il n’en connaît pas la signification profonde, et l’Instruction par Demandes et Réponses du grade ne la lui donnera pas vraiment, ne lui offrant que quelques clefs qu’il lui faudra manipuler, si “tel est son désir” comme le dit ailleurs le rituel. On lui apprend, écrit Willermoz à plusieurs reprises, et avant tout on veut le lui faire sentir intimement, la distinction essentielle entre matière et esprit. L’une est inerte, l’autre est vif, l’une est destinée à une fin, l’autre à une réconciliation préalable à une potentielle réintégration. Il sera encore plus précis par la suite, comme nous le verrons.Cette jonction de deux nombres, ici 9 et 7, réunis en un couple signifiant, est parfaitement conforme à ce qu’écrit de Saint-Martin dans son traité des nombres à l’article 28 :« Les êtres temporels ont deux nombres, l’un pour leur existence, l’autre pour leur action ».De même, au grade de Compagnon, on se trouve face à une dialectique similaire entre le 5 et le 6. Mais nous ne considérerons pas ici les rôles du sénaire et du quinaire réservés à une prochaine étude qui viendra compléter celle-ci.Donc 7 et 9… Nous ne nous appesantirons pas ici sur la fonction du 7 que Willermoz détaille par ailleurs en expliquant la fameuse formule : « 3 la forment, 5 la composent, 7 la rendent juste et parfaite ». Cette formule classique, contrairement à ce qu’expliquent d’autres rites, n’a au RER aucun rapport avec les officiers de la Loge. Nous reviendrons sur le thème des Officiers à la fin de cette étude. Cette expression, dans ce rite, expose et résume les principes régissant ce que nos anciens nommaient « La Loge de l’Homme » c’est-à-dire sa totalité matérielle et spirituelle. L’explication détaillée extraite de l’Instruction aux Grands Profès figure en annexe. (13)Cette notion de « 3 la forment » est illustrée en Loge de Maître par un tableau représentant un mausolée placé sous les yeux du récipiendaire, tableau mettant en œuvre les nombres 3 et 9. Il figure deux états successifs de l’homme, une vapeur enflammée s’échappant du sommet du mausolée symbolisant un troisième état qui ne sera pas défini clairement à ce grade et que l’on suppose demeurer encore à l’état potentiel. Deux maximes, qui à elles seules mériteraient une étude complète, y sont inscrites. Sur l’une des faces du sépulcre on peut lire la maxime :« Ternario formatus novenario dissolvitur ».« Formé par le Ternaire, il sera détruit par le Novénaire ».Si le ternaire et la triade rappellent les trois degrés essentiels de l’initiation dans toute formation initiatique, ils représentent ici le vecteur de base de toute chose existante, conformément aux thèses de Martinès. Ce ternaire-ci n’est autre que les 3 éléments constitutifs de l’homme. Dans le passage déjà cité de l’Instruction (13) il est dit :« Le nombre 3 exprime spécialement les 3 principes simples fondamentaux de toute corporisation… » et ceci, plusieurs fois développé dans ce document, est un emprunt direct fait aux Elus Coëns.Au-dessus du tableau est inscrite la seconde maxime :« Deponen aliena Ascendit unus ».Elle souffre de nombreuses traductions, mais son esprit est :« Celui qui renonce à ce qui lui est étranger monte dans l’unité ».selon la traduction qu’avait un jour proposé notre V M Jean van Win. Cette sentence couronnant le tableau vient relier les nombres 3, 9 et 1 en une totalité. L’Instruction par Demandes et Réponses du grade précise de façon très nette :D : A quoi fait allusion le Mausolée ?R : A l’immortalité de l’âme, aux principes élémentaires et à la dissolution de la matière.Rituel de Maître chapitre 1 :« A l’Occident de la loge, faiblement éclairé, figure un tableau représentant un mausolée sur une base triangulaire élevé de 3 degrés et portant à chaque angle 3 boules, soit 9 boules. Sur le tombeau repose une urne sépulcrale du haut de laquelle s’échappe une vapeur enflammée.Au-dessus les mots :Deponens alienaAscendit unusEt sur le tombeau :Ternario formaturNovenario dissolvitur ». Reprenons le cours de l’instruction aux Grands Profès avec ce second fragment :« Le nombre 9 du troisième grade désigne l’assemblage de trois mixtes ternaires ou Eléments impalpables, dont la réunion opérée par un nouveau travail du principe vital, qui est en eux, constitue la matière et les corps matériels dans la forme assignée à chacun par la loi originelle qui préside à leur formation. Ce nombre neuf désigne la fin des choses temporelles, parce que la forme des Corps matériels n’est conservée que par la Présence de cette vie particulière et momentanée, qui en soutient l’existence pendant la durée prescrite pour chaque espèce. Car dans l’univers tout est vie ; le plus petit grain de sable a son principe vital, sans lequel il cesserait bientôt d’être et rejoindrait la magie invisible des Eléments d’où il est provenu. Ce principe vital, comme existant séparément du Corps auquel il est uni, joint son nombre particulier au nombre 9 du corps matériel, et c’est par cette jonction seulement que l’individu existe sous sa forme individuelle ; mais aussitôt que le Principe de vie passive et passagère, qui tenait ces parties en union, est retiré, ce corps reste livré à son nombre, neuvaire, qui à défaut de lien, tend rapidement à sa décomposition, et à sa dissolution finale. Alors les Eléments, les principes et les mixtes, dont il était formé, retournent successivement à leur source ».Ici est exposé brièvement un large pan de la théosophie de Martinès de Pasqually et de la conception de la nature de l’homme chez les Elus Coëns. Pour l’homme, ce nombre joint au novénaire est le nombre 7 qui, nous l’avions dit, figure l’Esprit et l’Intelligence. Il est à remarquer à ce propos que 7 + 9 = 16, l’un des deux nombres clefs du 4° grade dont nous ne pouvons parler ici. Nous avons un exemple type de la jonction de ces deux nombres 7 et 9 avec les 9 maîtres agissant directement durant la cérémonie d’élévation.Comme dans tous les autres rites, 9 Maîtres sont préposés à la garde du cercueil, 9 maîtres recherchent le corps d’Hiram…, mais ici ce nombre ne pouvait être autre que 9, selon ce que nous savons maintenant. Ne restons pas à la surface des choses et regardons plus précisément ce qui se passe, car dans la recherche du corps le nombre 9 en masque un autre auquel il se joint implicitement :Première recherche : le Second Surveillant accompagné de 2 Maîtres Deuxième recherche : le Premier Surveillant et deux autres Maîtres Troisième recherche : le Vénérable Maître et les deux SurveillantsDonc en réalité, pour 9 Maîtres apparents au plan de la Loge, nous avons 7 Maîtres effectivement impliqués. Ce n’est pas un hasard, mais parfaitement volontaire dans l’agencement du rituel. C’est en parfaite conformité avec ce qui était dit dans l’Instruction aux Grands Profès, souvenez-vous : « Le troisième grade où tout s’opère pour la loge par le nombre 9 et pour l’Initié par le nombre 7 », figuratif de l’esprit et de l’intelligence. Il faudra au jeune Maître y longuement réfléchir plus tard, car il ne peut en avoir conscience pendant la cérémonie.Comme nous le verrons plus loin à propos des 9 officiers de la Loge, si ces 9 Maîtres que l’on pourrait qualifier de veilleurs, ont une évidente fonction symbolique ils ont aussi celle d’être un mémorial. Ils ont un rôle emblématique nous venant en droite ligne de la Stricte Observance. Ils sont à considérer comme la figuration des 9 chevaliers fondateurs du Temple cherchant certes ce que symbolise Hiram, mais surtout la clef de la vie véritable qui sera partiellement trouvée par la découverte d’une lame d’or triangulaire, soit un retour au 3, portant les initiales d’un Nom divin. Le fait que ce Nom soit inscrit dans un triangle, figure géométrique correspondant à l’univers selon Pasqually et les Elus Coëns, n’est pas négligeable car nous avons là une liaison voilée entre la matière et l’Esprit, entre le créé et l’incréé.D’autres figurations du 9 existent dans le rituel, par exemple les 9 voyages dont 3 seulement seront accomplis, ce qui doit inciter à penser au nombre 6. Puis encore les batteries du grade dont il nous faut dire quelques mots. L’Instruction par Demandes et Réponses du 3ème grade est très précise à ce sujet en faisant la synthèse de l’évolution des batteries dans les trois premiers grades symboliques. Elle met de façon très explicite l’accent sur l’une de leurs significations qui ne peut être comprise que lorsque l’on a parcouru et assimilé les 3 grades dits bleus. Citer cette Instruction est préférable à de longs commentaires :D Quelle est la signification générale des batteries des Apprentis, des Compagnons et des Maîtres ?R. Le commencement, la durée et la fin des choses créées.D Que signifie la batterie d’Apprenti, par trois coups ? [nombre 3]R. Le commencement, ou l’union des principes.D Que signifie celle de Compagnon, par 2 fois 3 coups ? [nombre 6]R. La durée, ou les principes mis en action.D Que signifie celle des Maîtres, par 3 fois 3 coups ? [nombre 9]R. La fin, ou la décomposition des corps.« commencement – durée et action – fin des choses créées » est en parfaite harmonie avec tout ce que nous avons déjà vu. Ces séquences de batteries continueront d’évoluer dans les grades suivants, marquant le chemin de la « régénération » ou « réconciliation », préalable à une hypothétique « réintégration », pour reprendre la terminologie de Martinès de Pasqually. Cette lecture se trouve confirmée par cette phrase de l’Instruction aux Grands Profès :« le Maître frappe à lui seul 3 coups, il annonce lui-même l’union des trois principes fondamentaux de toute existence corporelle ; et le même nombre répété par les deux surveillants annonce d’avance le produit qui en doit résulter ».Dès le premier grade, les batteries mettent en évidence le nombre 9, puisque celle du Maître est toujours répétée par les deux S A chaque grade on trouvera ainsi 9 ou un multiple de 9, soit par réduction théosophique le nombre 9 lui-même qui en constitue la racine essentielle, selon la terminologie utilisée. Ce nombre ne pourra donc être considéré comme une « découverte » du 3ème grade, puisqu’il est donné dès l’origine, mais réservé à ceux qui font l’effort nécessaire pour le percevoir.Une batterie est tout à la fois action et mise en œuvre. Elle correspond à un ordre donné depuis l’Orient, un ordre qui devra être suivi d’exécution. L’Instruction de Maître dit « particulier » des Elus Coëns, grade précédent de beaucoup celui de Maître Coën, nous fournit une explication complémentaire. Au RER elle deviendra sensible, mais jamais de façon directe et explicite, dans l’Instruction aux Grands Profès qui ne vise qu’à inciter à aller au-delà dans l’étude et dans la réflexion. Dans cette instruction Coën il est dit :D : Quel est le nombre essentiel du Maître ?R : Le nombre neuvaire. Il indique trois choses qui sont la sujétion du Maître au travail de la matière comme être imparfait dans l’Ordre, l’incertitude de ses opérations spirituelles temporelles et la réintégration des principes de son individu corporel.Nous n’irons pas plus loin sur ce thème qui nous conduirait dans les arcanes du martinézisme, car il est une autre présence du novénaire qui, bien que moins apparente et ressortissant du système « révélé – caché » de toute véritable démarche initiatique, est importante pour la compréhension de la structure d’ensemble.Sur le tapis de Loge (tableau de Loge dans les autres Rites) rectangulaire dont les dimensions sont dans le rapport de 2 à 3, et entourant le tombeau dont les mesures sont 3, 5 et 7, sont peintes des larmes d’or. A lui seul, ce tapis constitue tout un système numérique qu’il faudra un jour étudier. En première lecture, mais superficielle, elles figurent les larmes versées par les 9 maîtres partis en quête du corps d’Hiram, lorsqu’ils le découvrent enfoui sous « de la terre fraîchement remuée ». Si leur nombre était quelconque, il n’y aurait pas à aller plus loin, mais elles sont 81. Ce nombre n’est pas le fruit du hasard. L’Instruction par D. & R. le précisera, comme nous le verrons.Nous avons alors de façon emblématique 81 larmes versées par 9 Maîtres, soit précisément 9 larmes pour chacun d’eux. Les larmes sont sacrées et sont un cadeau du royaume des cieux. Nous trouvons dans le Talmud une célèbre sentence que Martinès connaissait probablement :« Lorsque les portes de la Miséricorde sont fermées, la porte des larmes reste ouverte ».Souvenez-vous, les 9 larmes étaient d’argent dans la chambre de préparation. Ici, au 3ème grade, elles se multiplient et deviennent d’or sur le tapis comme sur les 3 tableaux muraux d’Orient, du Midi et du Septentrion. Classiquement les larmes mortuaires sont représentées blanches ou d’argent, couleur évoquant la réalité matérielle d’une larme ; or ici elles sont dites expressément être couleur jaune ou d’or. A quoi correspond cette modification, mise en relation avec la mort, par rapport à la formulation classique ?L’or est un métal dont les rituels du RER ne parlent brièvement qu’une unique fois, dans l’instruction par Demandes et Réponses du grade de C Il y est seulement dit que ce métal se trouve à l’Orient et que le Cne peut le connaître. En fait, il ne le connaîtra pas plus lorsqu’il accèdera à la maîtrise. Il est en chemin vers l’Orient, mais n’est pas parvenu à l’Orient puisqu’il se situe toujours dans le domaine « matériel – temporel ». Cet or n’image pas la puissance temporelle, le pouvoir et la gloire rejetés dès le grade d’A lors de la réception de la « grande lumière » (14) par le « sic transit gloria mundi ». Il figure, ainsi qu’il apparaît chez les Elus Coëns, la sapience et la lumière pure et parfaite à laquelle doit mener la voie spirituelle initiatique, si elle passe du virtuel au réel. Cette modification de couleur est allusive de la transsubstantiation qui se produit au cours de l’office divin ou des opérations finales chez les Elus Coëns. La larme blanche matérielle devient larme d’or spirituelle en image de la transmutation de nos âmes après avoir reçu la Sainte Eucharistie, ce qui se doit vivre comme une communion au sens originel du terme, c’est-à-dire « avoir part à… ».Le changement de couleur correspond à un changement d’état, et chaque changement d’état correspond à une mort suivie d’une renaissance, à une dissolution suivie d’une coagulation d’éléments épurés. Tout ceci afin que le spirituel et le temporel s’harmonisent dans la maîtrise la plus parfaite, dans l’amour de l’unité divine à jamais réintégrée… Mais tout ici est évidemment virtuel, c’est-à-dire représente une potentialité initiatique.Ces 81 larmes sont simplement et brièvement expliquées dans l’Instruction par D. et R D. : Que signifient les 81 larmes qui sont sur le tapis autour du tombeau ?R. : Les larmes désignent le deuil général des Maîtres, leur nombre exprime les propriétés particulières du nombre 9 qui se retrouvent dans son carré.Notons au passage que c’est là l’un des deux seuls endroits du rituel du 3ème grade où il soit explicitement fait référence à la signification particulière des nombres. L’autre passage traite de la batterie par 3 fois 3 coups où il est dit du nombre 9 qu’il signifie : « la fin, ou la décomposition des corps ». Nous avons de fait : 81 = 9 x 9, mais aussi en réduction théosophique 81 = 8 + 1 = 9, nommé racine essentielle ou âme du nombre. Comme le souligne avec insistance de Saint-Martin dans les Nombres, et antérieurement Martinès de Pasqually dans son Traité de la réintégration, neuf est en effet tel que « tous ses produits (nous dirions aujourd’hui puissances) ramènent à neuf par addition théosophique » Nous verrons tout à l’heure ce à quoi correspond l’élévation au carré. Mais est-ce là tout ?En réalité, il y a un total de 108 larmes présentes ou représentées dans l’agencement de la Loge. Nous avons d’une part les 81 larmes du tapis, et d’autre part trois fois neuf larmes sur les murs du septentrion, de l’orient et du midi peintes sur les trois tableaux représentant une tête de mort avec deux os en sautoir. Celui de l’Orient porte la mention « pense à la mort » ; rien n’est inscrit sur les deux autres. L’impétrant fera à chacun de ses trois voyages une station devant ce tableau d’orient. Le Second S lui fera lire cette inscription et accompagnera cette lecture de l’énoncé de sentences lors des 2ème et 3ème voyages. L’une d’elles précise : « l’homme ne vit que pour la mort, et sans la mort il ne peut parvenir à la vie » ce qui semble bien être une parfaite synthèse de tout ce qui est mis en œuvre dans les décors et dans la cérémonie.Ce nombre 108 n’a, à ma connaissance, aucune signification particulière dans le symbolisme classique des divers Rites maçonniques. Il ne me semble d’ailleurs pas qu’il y apparaisse. Par contre il en a une précise dans ce Rite Rectifié, même s’il n’est pas explicitement nommé, ainsi qu’il en est de nombreuses autres données aux divers grades. Nous touchons là à ce que j’exprimais au tout début de cette brève étude : les différentes couches constitutives du RER viennent superposer leurs sens. Si nous nous y intéressons au travers du filtre de la théosophie martinésiènne, il prendra un relief évident.Nous sommes obligés de constater que sa présence n’est pas fortuite, ni sa mise en évidence une simple construction intellectuelle ou une interprétation a posteriori sans fondement. Rien d’ailleurs, dans ce Rite, ne figure sans raison précise, parfaitement explicable pour et par le Cherchant de la Voie. Ce nom de cherchant est d’ailleurs celui que l’on porte en frappant à la Porte du temple. Chaque donnée, qu’elle soit explicite ou implicite, vient s’imbriquer dans les autres comme les pièces d’un puzzle, pièces qui ne seront fournies que très progressivement, bien qu’on y fasse sans cesse allusion. C’est là d’ailleurs que réside tout à la fois l’intérêt, la saveur du RER et sa difficulté d’assimilation : il exige pour être vécu, et non pas subit, un travail permanent, une analyse et une méditation sans fin de chacun de ses éléments. Croyez-moi, après 25 ans de pratique, il m’arrive encore de prendre conscience de rapports particuliers et de données importantes que je n’y avais encore jamais vues ou remarqués faute d’une réflexion suffisante.Or ce nombre 108 lu sous l’angle du « Traité de réintégration des êtres dans leurs premières propriétés, vertus et puissance spirituelle divine » correspond en le décomposant selon l’aritmosophie de Martinès de Pasqually, à :1 Dieu 10 l’univers comprenant les êtres émanés par Dieu, par sa pensée dans chacun des mondes. Dieu pense, donc il crée. 8 nombre référant à Hély écrit par Martinès h e l y, mais aussi Rhely, soit la translitération d’un nom ayant le Heith hébreu comme initiale. Cette lettre a pour valeur 8, soit la troisième puissance du binaire ; cette 3ème puissance étant, comme nous le verrons, celle par laquelle « se développe le tableau de ses facultés ». (23) Cette lettre symbolise la barrière du 8ème jour qu’il faut franchir. Ce nom, à ne pas confondre avec celui d’Elie le prophète, réfère dans le Traité à plusieurs notions : la Sagesse divine, l’esprit d’Elie, le Saint-Esprit.Hély ou Rhély est un nom que l’on cherchera vainement dans l’Ancien Testament. (15) Martinès l’assimile à une figure (un type, dirait un exégète moderne) du Christ réparateur envoyé par Dieu pour réconcilier les êtres faits de chair et de sang à la suite de la prévarication d’Adam. C’est-à-dire, selon l’expression du Zohar, ayant perdu leur tunique de lumière remplacée par une tunique de peau. Selon sa théosophie, plusieurs types d’êtres semblables à Rhély se sont succédés au cours des temps ; le dernier, totalement accompli, étant le Christ. Ces êtres, animés d’un esprit supérieur, sont pour Martinès des formes corporelles constituées selon les mêmes 3 principes spiritueux fondamentaux : Soufre, Sel et Mercure, principes qu’il faut absolument se garder de mettre en rapport et de confondre avec ceux de l’alchimie. Les documents d’origine sont parfaitement clairs sur ce point. Ce nombre 108 peut se lire comme trois fois 1² x 2² x 3², soit les 3 premiers nombres de la décade élevés à leur puissance première, trois nombres dont la somme nous donne 6, nombre de matière et de réalisation. L’élévation au carré se définit dans cette arithmosophie particulière comme (Saint-Martin article 71) :« La deuxième puissance ou le carré est le moyen par lequel cette racine s’élève et produit son fruit ».Il peut aussi se lire comme 1 x 2² x 33 et nous verrons la signification de l’élévation à la puissance troisième un peu plus loin.Si les 81 larmes représentées ensemble, par le carré de 9, nous dirigeaient vers son fruit, 108 nous incite à considérer ceux des trois premiers nombres à partir de leurs sens symboliques indiqués au début de cette étude. Cette recherche du fruit est l’invite à transposer par une démarche volontaire le virtuel en un réel vécu.Une lecture traditionnelle des nombres, valable tant en Orient qu’en Occident, veut que 108 dans son écriture soit l’assemblage ou la concaténation du 1 (la suprême unité), du zéro (le non être au sens guénonien, l’en soph pour parler le langage de la Kabbale) et du 8 qui est la roue indéfinie des existences. C’est ce qui fait dire à René Guénon que 108 est un des principaux nombres cycliques sans être plus explicite, mais en se référant très certainement à l’hindouisme qui est très évidemment totalement en dehors de notre recherche.Constatons encore que l’étoile flamboyante du grade de Cest déjà reliée au nombre 108 par le fait que les angles des pointes de l’étoile sont de 36 degrés alors que les angles sortants formés par les branches font un angle de 108° (les supplémentaires formant les angles du pentagone régulier central font bien sûr 72°) et notons que tous ces nombres mènent à 9 par réduction théosophique.Dernière remarque, lorsque l’on connaît la place très importante dévolue aux planètes dans les rituels des Elus Coëns et dans leurs opérations où elles interviennent sans cesse, il n’est pas sans intérêt de noter que le rapport distance terre – lune / diamètre lune est égal au rapport distance terre – soleil / diamètre Soleil et que ce rapport vaut 108 ! Il est bien sûr impossible de savoir si Martinès de Pasqually avait connaissance de ce fait !Avant de quitter l’expression symbolique du nombre 9 pour examiner une autre composante du RER, j’aimerai souligner un détail qui n’est pas nécessairement hors de propos étant donné l’usage de l’hébreu dans nos rituels et par Martinès qui en avait plus qu’une large teinture. Etrangement, en hébreu, le 9 est le nombre de la lettre Teth qui symbolise le niveau du « presque » et du choix qu’il faut faire. Nous n’irons pas plus loin ici, réservant à une autre étude les correspondances entre lettres hébraïques et nombres. (16)Jusqu’ici nous nous sommes attachés au symbolisme dérivant des thèses de Martinès de Pasqually exprimées dans son Traité de la Réintégration et dans les rituels des Elus Coëns de l’Univers, organisation dont firent partie tous, ou presque tous les fondateurs du RER. Mais les choses seraient trop simples s’il n’y avait que cela. J’ai dit au tout début de cet exposé que l’une des autres sources principales du RER était la Stricte Observance. On en retrouve une trace évidente avec les neuf officiers d’une Loge Rectifiée. Le nombre 9 n’a plus dans ce cas précis le sens précédent que l’on pourrait qualifier d’ésotérique. Et c’est bien là une des difficultés d’approche de nos rituels, car ils ne peuvent jamais être étudiés sous un angle unique.Lorsque via les convents fondateurs de 1778 (Convent des Gaules) puis de 1782 (Convent de Wilhelmsbad) furent rejetées les références explicites à l’Ordre du Temple, et surtout à son héritage temporel, il en fut néanmoins conservé des traces importantes dans les rituels et les exhortations du RER. Le Convent des Gaules avait fait force démonstrations quant à la mise en sommeil de la résurgence templière dans l’ordre matériel et temporel, ce qui n’alla d’ailleurs pas sans de violentes controverses. Il craignait en fait d’encourir la colère du roi devant le retour d’un Ordre du Temple démembré et spolié par une autre autorité royale. Néanmoins toute relation n’en était pas pour autant effacée. Willermoz s’adressant à Joseph de Maistre, le 9juillet 1779, donnait cette précision :« La science de l’homme est de tous les temps (17) Ce qui nous en a été communiqué nous vient par la classe des T(empliers) qui en affectent la perpétuité à leur ordre ».Ce bref extrait de lettre démontre que six mois après la renonciation officielle, elle n’était que dans la lettre et non pas dans l’esprit ; mais que tout ceci demeurait réservé à l’élite de l’Ordre. Il en est aussi fait mention dans le début de la lettre au prince de Hesse où Willermoz évoque l’Instruction générale des Chevaliers « qui sert d’introduction aux instructions secrètes pour ceux qui ont de bons yeux… ». Il y reviendra encore amplement dans son long préavis du Convent de Wilhelmsbad dont voici un passage caractéristique :« On conserverait un Ordre de chevalerie, sous le titre de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte [nom adopté au Convent des Gaules] avec un cérémonial analogue [comprendre : approprié, convenant à] à cette dénomination, ce qui établirait ou conserverait une connexion avec l’ancien Ordre des Templiers, ou comme successeurs non de leurs possessions mais de leurs connaissances… » (18)Nous n’irons pas plus loin sur ce sujet qui mériterait à lui seul une étude complète pour mettre en évidence toutes les résurgences existant dans les 6 grades du RER.L’une des traces les plus évidentes conservée dans le Rite concerne précisément notre propos. Chacun sait qu’une Loge Rectifiée comporte 9 officiers, le Vénérable Maître inclus et que l’Ex-Maître n’est pas compté au nombre des Officiers. Or ce nombre n’est pas, dans ce cas précis, à considérer comme ayant une valeur symbolique, mais uniquement une valeur emblématique faisant rappel du Temple et de la structure de la Stricte Observance. Par ce biais, nous reprenons le fait que neuf chevaliers furent, en 1118, à l’origine de la Milice des Pauvres Chevaliers du Christ qui donnera naissance à l’Ordre du Temple (Ordo Templi) et recevront leur Règle, avec la protection de Saint-Bernard, en 1128, au Concile de Troyes. Les 9 officiers correspondent ainsi aux neuf fondateurs de l’Ordre du temple (19), comme les neuf coups particuliers d’une batterie que l’on retrouve quelque part dans l’Ordre Intérieur. On fait également correspondre ces 9 plateaux aux fait que l’Ordre du Temple primitif avait neuf provinces dont les trois premières étaient en Palestine. Ce nombre de Provinces fut repris au convent de Wilhelmsbad en conservant la division en 9 Provinces templières de la Stricte Observance. (20) Les Grands Maîtres de chacune de ces Provinces avaient une fonction spécifique dans le gouvernement de l’Ordre Intérieur constituant, en quelque sorte, un Collège de 9 officiers dirigeant l’ensemble du Régime. Dans son Préavis de 1782, Willermoz évoqua à ce propos le passage du novénaire au dénaire en disant :« …le nombre de ces neuf chefs, correspondant à celui des fondateurs,[du Temple] complète avec son Grand maître Général le nombre dix, et quelques-uns uns attribuent à ce nombre d’exprimer de grandes choses… » et il ajoute assez hypocritement : « Je l’abandonne à chacun selon le sens qu’il y voudra attacher, en remarquant seulement que lorsqu’on veut vérifier l’origine et le but d’un Ordre ou d’une Société, on ne doit négliger aucune des clefs qui peuvent aider à cette vérification… » Suivent des considérations sur les nombres 9, 10, 27 et 28 dans l’Ordre de Malte. (21)Il nous faut ici dire rapidement quelques mots des Lumières d’Ordre. Elles sont, dans les trois premiers grades, au nombre de 9 avec la même fonction emblématique de mémorial que les neufs officiers. Mais au 3° grade les choses se compliquent quelque peu car signification emblématique et symbolique vont étroitement se mêler. Autour du tapis de Loge, elles se triplent. De trois elles deviennent 9, réparties en 3 groupes de trois, emblèmes évidents des 9 Maître préposés à la garde du tombeau(22) et que l’on trouve déjà dans un rituel de 1744, donc bien antérieur au RER. Mais dans ce rite ce sera aussi et surtout un triple ternaire. Il faut là se souvenir que les trois chandeliers centraux figurent, entre autres, l’une des trois enceintes (23) protégeant le cœur de la Loge. Les autres lumières d’ordre sont sur le pourtour et appartiennent à une autre enceinte. On à donc 9 lumières identiques aux 9 maîtres préposés à la garde du corps. On à toujours 9 lumières d’ordre dont 3 sont démultipliées en 9 et les six ajoutées ne sont pas comptées individuellement. Elles réalisent un conjonction du 6 (opérations journalières ; réalisationde la matière)avec le 9 (mort et dissolution). Le 6 met en action le principe de vie par une puissance secondaire donnant naissance aux trois éléments matériels corporels. Donc ces 9 lumières particulières figureront au plan symbolique ce que nous disions du 9, mais en insistant sur le chemin 3, 6, 9 des nombres matériels qui n’est pas notre objet ici.En fait les offices, comme les lumières d’Ordre et les batteries se répartissant par trois groupes de 3, « opèrent » selon la règle numérique : 3 x 3 x 3, soit le cube de 3, et là nous retrouvons Martinès de Pasqually. Du cube Saint-Matin nous dit :« Pour connaître les vraies propriétés d’un être, il faut toujours considérer le cube de sa puissance, c’est là seulement où se développe le tableau de ses facultés ».(24) et il ajoute :« le cube est la dernière puissance où l’on puisse élever une racine, puisque c’est la dernière dimension de la matière ». (25)Ceci en explique parfaitement la présence dans nos rituels. Le cube conduit alors, par cette ultime dimension, à la théurgie divine et à la Jérusalem Céleste qui apparaîtra comme une vision lors de la cérémonie de réception au 4ème grade (26). Il doit faire accéder, comme le dit Willermoz dans ses volumineux écrits, ceux qui tenteront de parvenir au niveau ultime de réalisation au rang de Chevaliers – missionnaires de l’Ordre. Aujourd’hui, comme autrefois, la référence à l’Ordre Templier se traduit par le fait que le nouvel Elu, idéalement devenu un Pauvre Chevalier du Christ, ayant renoncé à lui-même et aux vanités du monde, œuvre désormais dans le domaine humain selon les lois de l’Ordre pour accéder à sa propre « réalisation » selon l’expression moderne, sa propre « réconciliation » selon celle du temps. (27) On peut, hélas, se demander ce qu’il en est vraiment dans la réalité. Déjà dans son Préavis au Convent de 1782, Willermoz émettait quelques doutes.Tout n’a pas été dit sur le novénaire, loin s’en faut. Bien des points ont été passés sous silence où à peine ébauchés, car ils exigeraient d’examiner en détail le rôle des autres nombres de la décade primordiale, principalement les nombres 3, 5, 6 et 7. C’est ce que j’espère pouvoir faire et publier l’an prochain, si cela agrée à notre V M.Guy Beaujouan Le symbolisme des nombres à l’époque romane, voir bibliographie René Guénon Mélanges Gallimard 1976. Traité de la Réintégration des Etres, article 65 Le Ministère de l’Homme – Esprit, publié originellement en 1802, réédité par Editions Rosicruciennes en 1985 et 1989, page 327 Les Nombres de Louis-Claude de Saint-Martin, article 1, voir bibliographie Traité de la Réintégration des Etres, article 66 et passages épars Traité des Nombres, ouv. cité, article 1 Des Nombres Article 4 Ce thème de la « dissolution » est commun à plusieurs traditions. On prête au Bouddha les paroles suivantes : Ce qui est né mourra,ce qui a été assemblé sera éparpillé, ce qui a été amassé sera épuisé,Ce qui a été édifié s’effondrera…sentences qui fondent la doctrine de « l’impermanence ».Cf. Guy Beaujouan, Le symbolisme des nombres à l’époque romane. Un nombre n sera dit triangulaire, au sens de Boèce (vers 470 – vers 525), donc géométriquement représentable par un triangle, si : a partie entière de la racine carrée de 2n est tel que : n = [a x (a+1)]/2. Boèce distinguait les nombres triangulaires, carrés, rectangulaires, pyramidaux, etc. Son influence sur les « mathématiques philosophiques » fut considérable.Jean-Marc Bermès, Université de Poitiers, Le symbolisme des nombres, il ajoute le tableau explicatif suivant : 1- Infinité – Vie – Eternité réparties en 3 2- Puissance – Sagesse – Amour Dans l’unité sont les trois 3- Simplicité – Gloire – Perfection Les 3 sont dans l’unInstructions secrètes aux Grands Profès, publiées par Antoine Faivre, voir bibliographie 3 la forment, 5 la composent, 7 la rendent juste et parfaite : « Cette réponse tient à la science fondamentale. Mais les maçons modernes qui ont tenté de l’expliquer par des définitions conventionnelles, n’ont pu en donner une solution satisfaisante et jamais on ne pourra la trouver qu’en remontant à l’initiation même de la F M. Elle enseignait que la L. où l’homme a été reçu est sa forme corporelle même qui est le Temple de son intelligence. Cette forme portant dans son origine le nombre 3, porte aujourd’hui par sa funeste transmutation, le nombre 5, abstraction faite de toutes les puissances vivantes qui y sont unies. Mais ce nombre ne s’y trouve que par la jonction du 2 & du 3. Le nombre 3 exprime spécialement les 3 principes simples fondamentaux de toute corporisation, appelés soufre, sel & mercure et dont le corps de l’homme tire son origine comme tous les autres corps de la nature élémentaire. …Dans ce sens strictement vrai 3 forment la loge de l’homme, c’est à dire son enveloppe matérielle. Mais elle serait encore incapable de vie sans les nerfs & les muscles qui doivent être en elle l’organe de la sensibilité et du mouvement lorsqu’elle recevra un principe capable de lui en donner l’impulsion… [A rapprocher de Job 10,10 & suivants] C’est alors qu’il est vrai de dire que 5 composent la loge de l’homme. Cependant elle n’est encore qu’un cadavre sans vie et sans mouvement et il n’y a que le nombre 7 qui puisse la rendre juste et parfaite L’âme passive si connue par le nombre sénaire qu’on lui a attribué vient lui donner la vie passive… [ici se trouvent des références au 2° grade] Enfin, le nombre septénaire de l’Esprit ou de l’Intelligence vient rendre la Loge parfaite. C’est le nombre du maître ; c’est l’acte sabbatique ou septénaire de la formation particulière de l’homme. Car une L. ou un Temple suppose nécessairement un être supérieur pour l’habiter… [suit l’explication du 7 considéré comme 6+1] ».Au RER le candidat à l’initiation reçoit 2 fois la lumière : la « petite lumière », une faible lueur, les épées des FF étant dirigées contre lui, puis la « grande Lumière », les épées des FF étant mises en protection.Ce nom, sous la forme Hély, figure uniquement en Luc 3,24 dans la généalogie du Christ. On est en droit de penser que son écriture sous la forme Rhély n’a été donnée que pour rendre la vocalisation originelle. Martinès en fait un type du Christ et pour marquer cette assimilation il écrira parfois « Christ-Rhély » où le trait d’union indique, dans son écriture, une égalité de sens.Voir le chapitre correspondant à cette lettre Teth de notre livre Voie des Lettres, Voie de sagesse, Dervy, 2002Willermoz s’inspire là de Martinès de Pasqually qui avait plus qu’une teinture de la kabbale, or un commentaire d’Alexandre Safran in Sagesse de la Kabbale, Tome 2, p. 127 nous dit : « Dieu fit don à l’homme de trois privilèges ; grâce à ceux-ci l’homme pourra imiter Dieu dans son œuvre de création première ; ces trois dons sont : le Sepher, le Livre…le Sephar, le nombre…le Sipour, le récit qui exprime la force du Dibbour, de la Parole… » reprenant par là le texte fondateur : Le Sepher Yetsirah 1,1.Dans une lettre. à un correspondant anonyme, datant de la fin de l’Empire, publiée par Paul Naudon dans Franc-Maçonnerie Chrétienne Willermoz reviendra encore sur ce thème : « On ne peut pas nier que la Maçonnerie, plus ancienne que lui, n’ait traversé cet Ordre, ait été conservé et transmise par lui ; c’est pourquoi nous conservons les formes, le gouvernement et les divisions territoriales dudit Ordre… Nous tenons donc à ce qu’il fut au moment où l’histoire présente Hughes, Geoffroy et sept autres, c’est-à-dire deux Maîtres et leurs sept premiers disciples ; ce qu’ils sont advenus par la suite nous est entièrement étranger ».Le nom des neufs chevaliers fondateurs diffère selon les sources. Guillaume de Tyr est le plus explicite, Jacques de Vitry ne donne qu’une liste incomplète avec les noms les plus connus, aussi m’en remettrai-je à ceux qui sont les plus fréquemment cités : Hughes de Payns, Geoffroy de Saint-Omer, André de Montbard, Payen de Montdidier, Archambaud de Saint-Aignan, Foulques d’Angers, Geoffroy Brisol, Hugues Rigaud, Gondemare. Quelques années plus tard (antérieurement à 1125) Hugues de Champagne, très lié à Bernard de Clairvaux, les rejoindra.1. Arragonia (Aragon), devise : In virtute tua ; 2. Albernia (Auvergne), devise : qui cupit ; 3. Occitania (Occitanie), devise : Prospero motu ; 4. Legio (Léon), devise : Audaces juvat ; 5. Burgondia (Bourgogne), devise : Mors omnia aequat ; 6. Britannia (Bretagne), devise : Fata viam inveniunt ; 7. Germania Inferior ad Albim et Oderam (Allemagne inférieure entre l’Elbe et l’Oder), devise : Labor viris convenit ; 8. Germania Superior ad Danub Pedem et Tiberim (Haute Allemagne), devise : Aur ultorem ulciscitur ultor ; 9. Graecia et Archpelagus, devise : veritas persuadet.Préavis au Convent de Wilhemsbad, publié dans les Cahiers Verts n° 7 par Jean-François Var. Ce triplement des lumières figure déjà dans le « Catéchisme des F M » de 1744 qui n’est ni REAA ni RER mais bien « protofrançais » et venu d’Angleterre. Il contient le premier récit en français de la légende d’Hiram. e catéchisme de Léonard Gabanon) est publié en fac-similé avec une introduction d’Alain Bernheim, dans le n° 14 des Acta Macionica, publication de la loge d’études de la GLRB. Dans ce catéchisme, le tableau de Maître diffère de celui du RER par l’ajout d’une tête de mort classique, du Nom divin écrit en entier au lieu d’être réduit a deux lettres ; il n’est pas inscrit dans un triangle (la lame d’or) et aussi par un nombre de larmes différent. Elles ne semblent pas y avoir une disposition précise, mais simplement couvrir la surface du tableau.Décoration de la loge, 1° grade, rituel de 1778, Lyon :« Autour de ce tableau, qui figure l’enceinte intérieure du temple, sera tracé à la craie, ou en relief, à quelques pouces de distance du tableau, un quarré long dans la même forme qui figurera la seconde enceinte ou le second parvis. A égale distance de celle là, il en sera tracé un autre qui figurera la troisième enceinte ou le parvis extérieur, dans lequel voyagera l’apprenti. On supprimera ce dernier pour les voyages du compagnon et tous les deux à celui de maître. Le tableau sera éclairé par trois flambeaux dont deux seront devant les FF. Surveillants et l’autre à l’orient du côté du midi ». L’Instruction aux GP ajoute : « Que doit craindre en effet l’aspirant étant sous la protection des deux grands Officiers de la L. lesquels sont guidés par la lumière même du Maître qui siège seul à l’Orient hors de l’enceinte du Temple universel.Il fait trois voyages ou trois fois le tour du Temple général qui est tracé au milieu de la L. pour lui indiquer les trois divisions universelles figurées par la triple enceinte, et par la division ternaire de ce Temple. A chaque tour il fait un repos pour marquer la distinction essentielle des actions qui s’opèrent dans chaque division du Temple universel.Les trois pas par lesquels le nouvel apprenti entre dans la première enceinte extérieure du Temple, les 5 qui le conduisent à celle des compagnons, et les 7 qui conduisent les maîtres dans l’intérieur…Louis-Claude de Saint-Martin, les Nombres, article 50, ouv. Cité.Idem, article 57Sur le 4ème et dernier tableauVoir Saint Bernard : Aux Chevaliers du Temple ; Louange de leur Nouvelle Milice. Texte édité par Claude van Brackel août 2002 et disponible sur : www.JesusMarie.com et http://jesusmarie.free.fr/bernard_de_clairvaux.htmlBibliographie sommaire :Beaujouan Guy, Le symbolisme des nombres à l’époque romane, Cahiers de civilisation médiévale, université de Poitiers, IV 1961 Bermann, Roland, L’ésotérisme du grade de Maître Ecossais de Saint André au RER, Dervy 2001 Bermès Jean-Marc, Symbolisme des nombres dans l’œuvre de Raymond Lulle, Pris-Ma T. 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