4° #401012 Il n’existe en Franc-maçonnerie que trois grades : Auteur: Non communiqué Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers Deus Meumque Jus Rite Écossais Ancien et Accepté Ordo Ab Chao Sous les auspices du Suprême Conseil de FranceIl n’existe en Franc-maçonnerie que trois grades : Apprenti, Compagnon et MaîtreLa régularité maçonnique se fonde sur un ensemble de principes fondamentaux, dont celui qui veut que tous les Maîtres Maçons soient placés sur un pied d’égalité, quelle que soit leur condition sociale ou leur appartenance à d’autres degrés maçonniques. C’est la raison pour laquelle en Loge symbolique, sous l’égide de la Grande Loge de France, nul Maître ne porte de décor autre que ceux du troisième degré. C’est aussi la raison pour laquelle les anglo-saxons regroupent les degrés au-delà du troisième sous l’appellation de « degrés latéraux ». Il s’agit en effet de degrés de complément, d’instruction ou de perfectionnement, et non de degrés tels que s’en prévaloir donnerait un pouvoir supérieur au sein des loges symboliques.Il faut se souvenir en effet que la franc-maçonnerie des tout débuts ne comptait que deux grades : celui d’Apprenti et celui de Compagnon. Le troisième degré, celui de Maître, est apparu plus tardivement, vers 1725, à Londres. La franc-maçonnerie des trois premiers grades est dite « symbolique», ou – dans les pays de langue anglaise – « de métier » (craft masonry). À ces trois grades fondamentaux se sont ajoutés au fil du temps divers systèmes de hauts grades.À partir des années 1730, différents auteurs, pour la plupart en France et en Angleterre, écrivirent des rituels pour de nombreux degrés additionnels. L’objectif était de prolonger et d’enrichir la mythologie des trois premiers degrés ; de pousser plus avant la réflexion.Ainsi, ici et là, des frères fondent des » ateliers supérieurs » où sont pratiqués les nouveaux rituels proposant au Maître Maçon, au-delà des trois premiers degrés, la poursuite de son cheminement spirituel et moral.Dans les années 1760, on dénombre ainsi plus d’une centaine de degrés additionnels, pratiqués chacun dans un seul ou dans quelques Orients, au gré des voyages de quelques Frères se faisant le vecteur de l’un ou l’autre de ces degrés supplémentaires. Tous ces degrés sont pratiqués de manière disparate, sans cohérence particulière, sans continuité. Mais progressivement, ils vont se regrouper en un nombre plus restreint de thèmes. C’est ainsi qu’à la suite de la légende d’Hiram, différentes séries de degrés vont se construire en un tout progressif et cohérent.On voit apparaître des ébauches de séquences, avec une suite de degrés dits de vengeance, ou de degrés chevaleresques, etc. Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle se créent ou plutôt s’organisent les principaux rites maçonniques.Le Rite Ecossais Ancien et Accepté est aujourd’hui encore le plus important de ces Rites, par le nombre de Frères et d’institutions maçonniques qui le pratiquent. Son développement a connu trois grandes étapes, marqués par trois textes fondateurs que le Très Illustre Frère Jacques Lassalle, du Suprême Conseil pour la France, compare à une fusée dont le premier étage serait la Patente délivrée à Étienne Morin en 1761, le deuxième étage les Constitutions de Bordeaux de 1762, et le troisième étage les Grandes Constitutions de Berlin de 1786.Étienne Morin était un négociant bordelais qui avait été reçu dans la franc-maçonnerie des hauts-grades en 1744. Faisant du commerce avec les Antilles, il commença par créer une « Loge écossaise » au Cap Français, au nord de la colonie de Saint-Domingue. Le 27 août 1761, à Paris, Morin reçut une patente signée des officiers de la Grande Loge de France le nommant « Grand Inspecteur pour toutes les parties du Monde ». Morin était dépositaire et peut-être compilateur, à partir de ce qui se pratiquait en France vers 1760, d’un rite nommé « Rite du royal Secret » en 25 degrés dont le plus haut se nommait « Sublime Prince du Royal Secret ». Il retourne à Saint Domingue en 1762 ou 1763 et, grâce à sa patente, constitue progressivement des loges de tous grades à travers les Antilles et l’Amérique du Nord. Il crée en particulier en 1770 un « Grand Chapitre » de son rite à Kingston, en Jamaïque, où il meurt en 1771.Son plus proche collaborateur, l’homme qui aida le plus Morin à diffuser son rite dans le Nouveau Monde fut un Hollandais naturalisé anglais nommé Henry Andrew Francken. Morin le nomma Député Grand Inspecteur Général dès son retour aux Antilles. En 1771, l’année même de la mort de Morin, Francken rédige un manuscrit contenant les rituels du 15e au 25e degré. Il rédige au moins deux autres manuscrits, le premier en 1783 et le second vers 1786, qui contiennent tous les degrés du 4e au 25e.L’Écossisme s’est ainsi développé et amplifié dans les Iles des Antilles françaises et anglaises puis sur la côte américaine jusqu’à son épanouissement ultime où, en 1801 le premier Suprême Conseil va être créé à Charleston, en Caroline du Sud, pour le régir et le répandre par toute la Terre.Deux Français, le comte Alexandre Auguste de Grasse-Tilly et son beau-père Jean-Baptiste Delahogue, font partie des onze fondateurs qui se réunissent le 31 mai 1801 dans une salle de la Taverne Shepheard’s, au coin de Church Street et de Broad Street. Ils fondent ensemble le Suprême Conseil du Rite Ecossais. Sept degrés, eux aussi importés de systèmes français, sont intercalés à divers niveaux du Rite du Royal Secret, et un 33ème et dernier degré est ajouté.C’est de ce Suprême Conseil de 1801 que procèderont tous les autres Suprêmes Conseils, tels le Suprême Conseil de France fondé à Paris en 1804 par Auguste de Grasse Tilly et à la Juridiction duquel nous appartenons.Ainsi donc, tel qu’il a été organisé en 1801 et que nous le pratiquons aujourd’hui, le Rite Ecossais Ancien et Accepté propose une progression initiatique en 33 degrés. Au-delà du classement selon l’atelier où ces degrés sont transmis et travaillés, c’est-à-dire degrés de Perfection du 4e au 14e, Capitulaires du 15e au 18e, Philosophiques du 19e au 30e , et Administratifs du 31e au 33e , il est intéressant d’en relever l’origine, la provenance.Ainsi, on identifie six grandes familles de degrés :La plupart des degrés auxquels travaille un Atelier de Perfection sont d’origine hébraïque ou biblique. C’est le cas du : 4e Maître secret5e Maître Parfait6e Secrétaire intime7e Prévôt et Juge8e Intendant des bâtiments12e Grand Maître Architecte13e Chevalier de Royale Arche14e Grand Elu Parfait et Sublime MaçonVous avez noté au passage que trois degrés manquaient dans cette énumération. C’est que ces trois degrés trouvent leur origine dans la tradition de l’illuminisme allemand et des Tribunaux de la Sainte Vehme, une société secrète chrétienne créée en Westphalie au 13ème siècle. Il s’agit du :9e Maître élu des Neuf10e Illustre Elu des Quinze11e Sublime Chevalier éluCette même tradition est à l’origine du : 21e Noachite ou Chevalier PrussienL’origine hébraïque ou biblique que j’évoquais à l’instant comme constituant la source de la plupart des degrés de Perfection est également invoquée pour trois degrés ultérieurs :15e Chevalier d’Orient et de l’Épée16e Prince de Jérusalem17e Chevalier d’Orient et d’OccidentOn trouve encore les Degrés du temple et les Degrés alchimiques et rosicruciens :Degrés du Temple :19e Grand Pontife20e Vénérable Maître des Loges Régulières23e Chef du Tabernacle24e Prince du Tabernacle25e Chevalier du Serpent d’Airain26e Ecossais Trinitaire ou Prince de Mercy27e Grand Commandeur du temple29e Grand Écossais de Saint-AndréDegrés alchimiques et rosicruciens :22e Chevalier de Royal Hache28e Chevalier du SoleilEnfin, il est classique de considérer comme degrés primitifs deux des degrés majeurs de notre Rite :18e Chevalier Rose-Croix30e Chevalier KadoschEt malgré la richesse de leur contenu initiatique, on continue de qualifier deDegrés administratifs :31e Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur32e Sublime Prince du Royal Secret33e Souverain Grand Inspecteur GénéralOn voit donc que notre Rite a puisé à de nombreuses sources. Le mérite de ses créateurs est d’avoir, à partir d’une telle diversité, créé une unité, une homogénéité, qui forme pour l’initié un parcours de progression cohérent. Il ne faut jamais perdre de vue que l’objectif de tout impétrant est de vaincre ses passions. Devenir Maître, c’est avant tout tenter d’être un peu plus maître de soi-même.Chaque degré nous propose le moyen de mieux nous connaître et de mieux nous gouverner.Dès le 1er degré le Rite Ecossais Ancien et Accepté invite l’initié à une quête de Vérité, dont la justice et l’amour sont les directions majeures. Et paradoxalement en apparence, la notion de vengeance apparaît elle aussi dès l’initiation, au moins comme la sanction du non-respect de la fidélité à l’engagement solennel pris par l’impétrant :«Si vous trahissiez votre serment, vous n’échapperiez pas à la vengeance de tous les frères répandus sur la surface du globe, qui ont juré de punir le parjure ». Evoquer la vengeance alors que l’on prône la fraternité a quelque chose de déconcertant, car la notion de vengeance renvoie à une réaction passionnelle chargée d’agressivité, de violence, de haine, alors que nous devons vaincre nos passions. Mais immédiatement après cette menace, le rituel met en avant la valeur de la fraternité :« Nous ne vous abandonnerons pas ; aussi longtemps que la Vérité, la Justice, la discrétion et l’Amour fraternel vous resteront sacrés ».C’est dire qu’entre ces deux sentences le néophyte a pu prendre conscience que ses ennemis les plus redoutables n’étaient pas forcément les autres, et qu’il devait avant tout prendre garde à lui-même.Rien n’est laissé au hasard dans un rituel qui a pour but de nous relier à l’essentiel, et la notion de vengeance qui apparait dans plusieurs degrés du Rite nous incite à rechercher la raison de l’emploi de ce mot. Rien, dans nos rituels, n’est fortuit. Aucune expression n’y figure qui n’ait été soigneusement pesée et mesurée. Alors, pourquoi nous faire nous interroger sur la notion de vengeance ?Il s’agit en fait de se libérer de nos passions, et des tyrannies inconscientes auxquelles nous sommes soumis.C’est pour cela que notre cheminement initiatique a été conçu pour nous permettre de nous libérer progressivement de l’emprise de nos conditionnements. C’est pour cela que le Rite Ecossais Ancien et Accepté nous enseigne de ne plus prendre les mots pour des idées, afin de mieux appréhender le réel des situations, de manière à développer notre libre arbitre.Dès l’initiation au 1er degré le VM sensibilise le néophyte sur la nature de ses propres ennemis. Le rituel invite à se garder des préjugés, des passions et de l’erreur et nous incite à travailler sur nous même de manière à découvrir et à surmonter ces obstacles, afin de nous construire en sagesse, en rectitude et en vérité. Parvenus au 4ème degré il nous est demandé « d‘aimer la justice, de la révérer, de marcher dans ses voies, de la servir de tout notre cœur et de toute notre âme ». A ce degré la justice est une composante essentielle de l’harmonie avec laquelle nous devons construire notre temple intérieur.Or à ce même degré, il est question d’un crime, et de l’émoi qui s’ensuit. Il y a donc là un enjeu de justice.Le meurtre d’Hiram n’est pas que l’occasion pour le nouveau Maître de comprendre qu’il est investi d’une part de la mission de l’Architecte assassiné, ni que le VM et les deux Surveillants sont au cours de la même cérémonie les trois scélérats meurtriers et l’instant d’après les trois officiers de Salomon qui relèvent la victime. Ce meurtre, ou plutôt sa découverte, amène en effet de multiples questions :qui sont ces meurtriers qui, leur forfait accompli, prennent soin avant de s’enfuir d’ensevelir leur victime et de marquer sa sépulture d’une branche d’acacia afin qu’elle soit découverte facilement ?comment va réagir le Roi Salomon, chargé par son père le Roi David d’ériger le Temple où doit être déposée l’Arche marquant l’Alliance entre le Grand Architecte et le peuple des hommes ?quelle va être la réaction du roi de Tyr, qui avait offert à Salomon les services de cet Architecte aux mille talents ?que vont faire les proches de Salomon, dignitaires, soldats et serviteurs, dans de telles circonstances ?Si les meurtriers sont découverts, seront-ils déférés devant un tribunal, ou leurs poursuivants cèderont-ils à l’esprit de vengeance en les exécutant de manière sommaire ?Chacun de nous est naturellement tour à tour chacun de ces personnages.En fait, chacun de ces personnages légendaires est un moyen de nous projeter dans un type humain, dans une des facettes de notre personnalité. Et de nous interroger sur notre attitude et notre comportement dans une situation du même type.Loyauté, respect de la parole donnée, discrétion, zèle, retenue, constance, ferveur, prudence, tempérance, sens de la justice et de l’équité, courage, rigueur, abnégation, compassion, solidarité… Toutes les vertus sont ainsi proposées à notre réflexion et à notre introspection.C’est en cela que le Rite et ses légendes nous offrent un exceptionnel moyen de nous perfectionner.Il faut insister sur le caractère cohérent du Rite. C’est même une caractéristique essentielle, puisqu’on définit précisément un Rite maçonnique comme « un ensemble cohérent de rituels et de pratiques ».Dès les années 1740, on voit apparaître, à côté des rituels traditionnels des trois premiers degrés, plusieurs centaines de rituels de degrés additionnels dont beaucoup n’étaient que des variantes les uns des autres, et dont beaucoup ne furent en réalité jamais vraiment pratiqués. C’est cette multiplication anarchique des rituels maçonniques qui conduisit à chercher à normaliser les pratiques et à les rassembler en ces ensembles stables et cohérents que sont les rites maçonniques.Naturellement, c’est entre les grades symboliques et les degrés dits « hiramiques », du 4ème au 14ème, que la cohérence est la plus manifeste.En Loge de Perfection, l’initié achève en trois étapes de s’enrichir des enseignements tirés du thème de la construction du Temple.Aux divers degrés de ce cycle de perfectionnement vont être posées les questions laissées en suspens par la mort d’Hiram, sans révéler rien qui puise surprendre un Maître Secret récemment initié au 4ème degré :l’achèvement du Temple, du 4ème au 8ème degré,le châtiment des assassins, du 9ème au 11ème degré,l’hypothétique découverte du mot perdu du maître, du 12ème au 14ème degré.Pour le dire autrement, ce serait une erreur de considérer la quête achevée avec le récit du meurtre d’Hiram tel qu’il sert de support au 3ème degré. En fait, une initiation aux trois grades symboliques, et plus particulièrement au grade de Maître maçon, trouve sa complémentarité et même sa légitimité dans l’aspiration de l’initié à l’accession à un nouveau niveau de conscience.Pour le Maçon Ecossais, chaque degré éclaire d’une lumière nouvelle la vision initiale des degrés antérieurs : plus le franc-maçon s’élève dans les degrés, plus il enrichit sa palette des éclairages nécessaires à la perception de ce qu’il cherche.Le Rite Ecossais Ancien et Accepté propose à l’initié une démarche de libération, par les voies de la spiritualité. Ce souffle libérateur qu’offre le Rite est lié à sa cohérence, à sa continuité et à la richesse de son contenu symbolique. C’est ce recours au symbolisme qui permet de faire travailler simultanément conscient et inconscient. C’est l’enchaînement des contenus symboliques, degré après degré, qui crée une dynamique de la pensée. Et c’est cette dynamique de la pensée qui engendre une modification des états de conscience tels qu’ils structurent la construction individuelle.Je terminerai en considérant plus particulièrement le 4ème degré, celui de MS.La progression dans le REAA, est à l’instar de cet escalier tournant auquel il est fait allusion lors de l’élévation à la Maîtrise : «Comment êtes-vous parvenu à la Chambre du Milieu ? Par un escalier tournant comportant 3, 5 et 7 degrés, séparées par deux repos. ».Aussi ce soir, travaillant au quatrième degré du REAA, nous trouvons-nous à la verticale du 1er Degré, un point de vue sous un angle différent. Nous avons comme on dit aujourd’hui changé de paradigme !Si la maîtrise nous a conféré, selon la formule traditionnelle, la plénitude des droits maçonniques, il nous reste bien du chemin, bien du travail, pour comprendre pleinement le sens de cette jouissance, et combien par exemple ces droits ont pour corollaires d’impérieux devoirs.L’obligation que nous avons librement contractée nous engage irrévocablement sur la route du Devoir. Ses termes sont exigeants, mais vous avez remarqué que l’on n’y évoque aucune menace de châtiments. Ceux qui nous ont précédés en ce lieu nous font confiance.Nous avons quitté la matérialité, nous nous en sommes affranchi. Notre recherche n’est plus matérielle, mais métaphysique. Nous sommes désormais sur le chemin qui conduit à la Connaissance par les voies de l’esprit, les voies de la spiritualité.Plus de pavé mosaïque, de sens de circulation, plus de signe d’ordre, nous sommes libres ! Et nous comprenons d’emblée que cette liberté est synonyme de responsabilité, ce qui nous ramène à la notion de devoir.Avec nos Frères Maîtres Secrets, notre devoir est donc désormais la quête de la Parole perdue, la quête de la Connaissance et de l’absolu.Lorsque nous avons été reçus au 1er Degré, nous avons appris la réponse à la question « Que venez-vous faire ici ?», « Vaincre mes passions, soumettre ma volonté et faire de nouveaux progrès dans la maçonnerie ».Dans quelques minutes, lors de la fermeture de nos travaux, la tâche du MS nous sera rappelée : ici, nous apprenons « à garder le secret, à être obéissant et à rester fidèle ».Garder le secret, car être MS, c’est être l’un des Lévites, gardien dans le Saint, à la proximité du Saint des Saints, gardien de l’accès à l’Arche d’alliance, à la Vraie Lumière, à l’Absolu.Une balustrade nous sépare encore du Saint des Saints, cette balustrade dont nous possédons la clé. Le Secret que nous jurons de conserver est aussi celui de notre rapport distant, mais proche à la fois, avec la présence du Grand Architecte, au cœur de l’Arche d’Alliance.Pourtant, il ne nous est pas encore possible d’ouvrir la barrière qui sépare le hekam, le Sanctuaire, où nous sommes parvenus, pour gagner le débir, le Saint des Saints, et ainsi nous approcher au plus près de la Connaissance, de la Vérité et de la Lumière du Grand Architecte de l’Univers.Mais encore une fois, ceux qui par leur travail ont gagné de pouvoir se servir de leur clé d’ivoire ont confiance. Ils ne doutent pas que chacun des MS saura à son tour triompher des difficultés, des doutes, des obstacles, et que le jour viendra où, ayant progressé résolument sur la route du Devoir qui s’ouvre devant eux, il passera lui aussi de l’autre côté de la balustrade.Ainsi se manifeste la cohérence du Rite.Après les acquis de la Loge symbolique vient le temps d’aller plus loin en entrant dans le cycle des Grades de Perfection en passant de l’Equerre au Compas. Il ne s’agit pas de prétendre être devenu parfait, loin s’en faut, mais plus modestement de perfectionner notre compréhension de la symbolique du Temple de Salomon, prise comme support des enseignements des Loges des trois premiers degrés.La légende d’Hiram, qui s’était achevée sur un meurtre impuni, prend une nouvelle dimension qui, au travers de la recherche de la Parole perdue, trace pour l’initié un nouveau devoir. Il reste encore bien des degrés à gravir, bien des efforts à accomplir, avant de vous approcher de la Vraie Lumière et de découvrir la Parole que connaissaient les anciens initiés.Tel est la voie qui s’offre au Maître Secret, tel est le chemin qu’il porte en lui et dont, même s’il n’en dit rien et n’en laisse rien paraître, il est porteur lorsqu’il travaille avec ses Frères Apprentis, Compagnons et Maîtres maçons dans sa Loge symbolique.Pour le profane, mais aussi pour le Maçon qui a été admis au 3ème degré mais qui n’a pas véritablement intégré les enseignements du grade de Maître et les questionnements qui ne manquent pas d’en résulter, les degrés suivants semblent un foisonnement de degrés et de titres sans autre intérêt que de flatter l’égo de leurs titulaires.Mais derrière ces degrés et ces titulatures il est vrai quelque peu pompeuses, les véritables initiés savent découvrir la cohérence remarquable du Rite Ecossais Ancien et Accepté, au-delà de la diversité de ses sources.Ordo ab Chao : la devise du Rite est explicite. La progression de l’initié sur les voies de la Sagesse et de la Connaissance est bien une voie de construction, de libération et d’élaboration.Construction au sens de création de sens, visant à mettre ses pensées et ses actions en accord avec les valeurs cultivées degré après degré, par ce travail singulier qui allie recherche collective et travail sur soi.Libération qui fonde la responsabilité et le devoir de faire vivre et de développer ces valeurs, animé par l’esprit de la véritable fraternité, du véritable humanisme, c’est-à-dire de l’amour de l’humanité.Elaboration qui est celle qui conduit par les voies de la spiritualité au dépassement éthique, à la pleine réalisation de l’homme lorsqu’il unit en lui la matière et l’esprit, le profane et le sacré.Ainsi, le REAA est organisé en 33 degrés, constituant un parcours, une quête initiatique cohérente qui explore, au travers de chacun de ces degrés et par les voies de la réflexion spiritualiste et symbolique, un aspect différent de l’initiation. C’est ainsi en particulier qu’il est manifeste que le passage au 4ème degré marque un changement de plan. Le Maître Secret n’a pas pour mission de bâtir ou de rebâtir un temple de pierre. Il est engagé sur l’impérieuse route du Devoir, et le temple qu’il doit construire est son temple intérieur. Son chantier est celui de la conscience, celui de l’esprit. Le parcours initiatique proposé par le Rite Ecossais Ancien et Accepté en Grande Loge de France et dans la Juridiction du Suprême Conseil de France constitue une voie symbolique de spiritualisation. Dès lors que l’on parle de spiritualisation, de spiritualité, certains s’émeuvent de ce qu’ils considèrent comme une récupération religieuse. Or il n’en est rien.Le Rite Ecossais Ancien et Accepté est déiste plutôt que théiste.Quelle est la différence entre ces deux conceptions, dont le nom vient du latin deus pour la première et du grec theos pour la seconde, ces deux mots étant habituellement traduits par le même mot français : dieu ?Le théisme affirme l’existence d’un Dieu et son influence dans l’univers, tant dans sa création que dans son fonctionnement. Pour les théistes, il n’est pas concevable que rien ne soit à l’origine de tout, et au contraire tout procède de Dieu, source originelle universelle et intelligente. Le théisme affirme l’ingérence du divin dans les affaires humaines, soit directement, soit par le canal de prophètes ou plus quotidiennement au travers des institutions religieuses, donc des cultes et des dogmes. Au contraire, le déisme affirme l’existence d’un dieu et son influence dans la création de l’Univers, sans pour autant s’appuyer sur des textes sacrés ou dépendre d’une religion révélée. Ainsi Dieu est-il accessible à l’esprit humain. Le déisme est en cela une religion naturelle, individuelle, au sens où le déisme invite à une relation directe, sans culte ni dogme, entre chaque être et le principe créateur. Si Dieu a un plan pour l’Univers, il n’en a pas pour chaque individu. De là découle à la fois la liberté et la responsabilité de chacun.La voie d’élévation à laquelle nous invite le Rite est de ce point de vue clairement déiste. Le travail auquel est appelé l’initié constitue une succession d’exercices et d’expériences auxquels il s’astreint en vue de son perfectionnement spirituel. Etape après étape, degré après degré, sa quête le conduira à s’élever, à ajouter à la perception de l’immanence la perspective de la transcendance, à déchirer les voiles des représentations et des illusions, à traverser le monde sensible, afin de parvenir à un niveau supérieur.Ainsi, les étapes de ce cheminement conduisant à la réalisation spirituelle de l’initié, les divulgations et les prises de conscience qui s’y rapportent, peuvent être considérées comme étant de l’ordre de la révélation, par opposition à ce qui ne ressort que de l’ordre du dévoilement.La différence entre ces deux modes d’accès à ce qui est caché est que la révélation est la mise en évidence ou la mise au contact de ce qui est de l’ordre du spirituel et du sacré, tandis que le dévoilement n’est que la divulgation d’un secret symbolique opératif. Pour le dire autrement, et de manière synthétique, la révélation est tournée vers l’élévation et l’intérieur, tandis que le dévoilement est davantage tourné vers le temporel et l’extérieur. Il va de soi que la réalisation à laquelle aspire l’initié repose sur la complémentarité qu’il saura trouver entre ces deux voies de perfectionnement.Certains, y compris parmi les membres de juridictions travaillant au REAA, se sont demandé si la cohérence du Rite était le fruit d’une construction délibérément pensée dans ce but, évoquant une cohérence en quelque sorte endogène, ou si cette cohérence ne tenait seulement que dans le rapport qu’entretient le Franc-maçon du REAA avec le rite.Sans doute est-il permis de penser que les deux explications sont valables, et qu’en fait chaque Maçon découvre progressivement la cohérence du Rite au travers de sa propre progression, c’est-à-dire de la construction progressive de sa propre cohérence.A partir d’un ensemble qui peut sembler hétéroclite de symboles et de légendes où se retrouvent au côté d’éléments vétéro ou néotestamentaires d’importantes influences antiques, osiriennes ou gréco-romaines, comme des réminiscences baroques, des emprunts à la kabbale comme à la tradition johannique, aux gnostiques ou aux alchimistes, ou encore des résurgences chevaleresques ou templières, le Rite Ecossais Ancien et Accepté offre un système initiatique complet et cohérent. Son succès même, sur tous les continents et depuis plus de deux siècles, ne saurait s’expliquer sans ces deux caractéristiques essentielles.Et c’est bien la logique interne du Rite qui s’exprime dans sa devise : Ordo ab Chao.JJ Z Navigation des articles Planche Précédente "Le Temple de Salomon" Planche Suivante "La connaissance c’est ce que nous appelons la"