4° #401012 Aimer la Justice… De quelle Justice parlons nous ? Auteur: C∴ M∴ Obédience:Non communiqué Loge: Orient de Villeurbanne A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers Deus Meumque Jus Rite Ecossais Ancien et Accepte Ordo Ab Chao Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France Libérté Egalité Fratérnité« Trois fois puissant Maître, et vous tous mes Frères Maîtres Secrets », La colonne tracée que je vais vous lire s’intitule:Afin d’aborder les différents aspects de ce vaste sujet, je vous propose d’examiner les phrases qui citent ou évoquent le terme justice dans le rituel du 4èmedegré. Le récipiendaire est invité ainsi lors du 4ème voyage:« ce que la FMvous demande, c’est d’aimer la Justice, de la révérer, de marcher dans ses voies, de la servir de tout votre cœur et de toute votre âme ».Mais déjà, lors de son initiation, le V.M. lit à l’impétrant un extrait de la déclaration de principes du convent de Lausanne qui dit à propos de la Franc Maçonnerie: « C’est une école mutuelle dont le programme se résume ainsi : obéir aux lois de son pays, vivre selon l’honneur, pratiquer la justice… ».Aimer la justice: Pour aimer un être ou une idée, il faut en avoir une certaine connaissance.Dans une première partie de ce travail, j’aborderai la notion de justice dans le monde profane.Le terme Justice vient du latin: « judicare » qui signifie « faire le droit ». Dans la tradition chrétienne, la justice est l’une des 4 vertus cardinales avant la Prudence, la Force et la Tempérance. Son allégorie, est issue de la représentation de la déesse grecque Thémis. Elle a les yeux bandés symbole d’impartialité et porte dans la main gauche une balance. La balance évoque l’idée d’équilibre et symbolise le travail du juge qui doit proférer un jugement équilibré et impartial. Dans sa main droite, la femme porte un glaive. Il rappelle que la justice a besoin de la force pour être mise en œuvre, car le juge doit trancher et sanctionner les fautes.Parmi les nombreux philosophes qui en ont donné une définition, je retiens celle formulée par Aristote: « La justice parfaite et génératrice d’un idéal existebel et bien et chaque homme la connaît en lui-même, chacun en a comme une divination. Ce sens de la justice est naturel et commun et il ne reste qu’à le réaliser dans la vie des hommes ».Examinons d’abord comment intervient la justice dans la société au niveau du droit.La justice est une vertu universelle, une entité morale supérieure. Elle est fondée sur un idéal que doivent suivre les actions des hommes dans la société.Le droit correspond à l’application de la justice. Il a pour objectif de garantir la liberté et l’égalité qui sont des droits humains fondamentaux.Il est construit autour d’un ensemble de normes et de règles qui constituent des lois destinées à organiser une société. Ces lois sont instituées selon des règles universelles. Elles sont appliquées par une organisation formée d’un ministère, d’un code, s’exerçant par un rituel destiné à servir les notions d’impartialité et de justesse.Le droit qui met la justice en œuvre est indispensable car il permet à la société de perdurer en s’améliorant et représente en cela une victoire de l’homme sur lui-même. Et il garantit la légitimité du lien social.Faire régner la justice implique l’acceptation de la punition:Par le droit, l’autre objectif de la Justice est de sanctionner pour protéger l’homme du non respect des règles établies. C’est le symbole du glaive dans la main de l’allégorie.Pourtant, il n’est pas évident de définir une punition la plus juste. On peut s’interroger sur plusieurs critères que la punition équitable devrait remplir.Une punition devrait pouvoir empêcher la récidive, pouvoir satisfaire la victime en la soulageant de sa souffrance. Elle devrait permettre la prise de conscience du mal qui a été commis et agir alors dans l’intérêt de la personne punie.Tous ces critères ne sont pas forcément applicables simultanément.Par ailleurs, une punition cruelle qui ferait souffrir inutilement serait une punition injuste.On peut aussi concevoir que la justice puisse s’appliquer avec sagesse en conduisant les parties à s’engager. L’exemple célèbre du jugement du roi Salomon en est une bonne illustration. A Jehova qui lui était apparu en songe quand il était tout jeune, Salomon demanda que la sagesse lui fut donnée.Elle s’et manifestée lors de ce jugement devenu exemplaire.Ne confondons pas justice et vengeance. Alors que la justice vise à ordonner la cité vers le « bien », la vengeance reste le droit d’un seul humain ou d’un petit groupe animé de rancune qui pratique la violence sur quelqu’un au titre de représailles. C’est l’antique loi du Talion. Robert Badinter dans son manifeste contre la peine de mort écrit « la vengeance est dans la nature de l’êtrehumain » et ajoute « il ne faut pas utiliser la peine de mort comme vengeance, car la vengeance, c’est refaire le même mal à celui qui nous en a causé c’est s’abaisser à son niveau ».Dans un deuxième temps, abordons le sujet dans l’optique de la pensée maçonnique: de quelle justice parlons nous ?Pour reprendre ce qui est écrit p.19 dans le Rituel du 4ème, la FM nous demande d’aimer la justice qui implique le fait d’ouvrir son cœur sans retenue ni arrière pensée quant à l’exercice de cette justice. Il faut la « révérer », c’est à dire la considérer avec un profond respect, voire même aller jusqu’à la vénérer dans la mesure où elle a une dimension sacrée. Nous devons «marcher dans ses voies et la servir de tout notre cœur ». Cette phrase appellela notion de Devoir qui est caractérisée p.22 comme: « inflexible comme lafatalité et exigeant comme la nécessité, impératif comme la destinée ». Ellesignifie que le FM ne peut échapper au devoir d’aimer, respecter et servir la justice.Examinons la relation entre Vérité et justice:On ne peut aimer la justice si elle n’est pas au service de la vérité: le rituel du 4ème degré établit le lien indissociable entre justice et vérité.Comme nous l’avons indiqué tout à l’heure, Le mot « justice » est prononcé lors du 4ème voyage de la cérémonie d’élévation et le Trois fois puissant Maître ordonne au deuxième voyage: « Ne profane pas le nom de vérité en ledonnant aux conceptions humaines ».Cela signifie que nous ne devons pas être abusés par une interprétation humaine et purement sensorielle de notre environnement.Au 4ème degré nous sommes en effet entrés dans une autre dimension. Le MS est dans une démarche ésotérique, une connaissance de soi qui doit aider à comprendre l’univers. Nous avons quittés le monde de la Terre de la « materia prima » pour évoluer dans un axe qui unit la terre au ciel autour duquel nous cheminons en quête de la vérité et de la justice.Mais il faut bien être conscient qu’on ne doit pas penser détenir la vérité et reconnaître qu’on ne la connaîtra jamais parfaitement. On ne peut progresser vers la vérité qu’en remettant en question nos certitudes, en particulier au moyen d’un échange avec nos FF. Le MS sait qu’il est dans le doute et il s’en glorifie. Le Rituel nous dit d’aimer la justice, mais le cœur, élément humain essentiel, n’est pas le seul que l’on doit mettre en œuvre. L’esprit, l’intelligence, le sens critique doivent intervenir pour déjouer l’autorité d’une justice humaine dévoyée. Ainsi, Il est écrit p.18: « vous ne vous forgerez point d’idoleshumaines pour agir aveuglément sous leur impulsion, mais vous déciderez par vous-mêmes de vos opinions et de vos actions ». Chacun a en lui laconnaissance d’un idéal de justice qu’il doit écouter. C’est le libre-arbitre qui est invoqué ici pour contrer l’embrigadement sectaire qui peut parfois nous menacer. Et le Rituel poursuit ainsi: « Vous ne prendrez pas les mots pour desidées et vous vous efforcerez toujours de découvrir l’idée sous le symbole ».Ce libre-arbitre qui doit éveiller en nous le sens du discernement entre la Vérité authentique et un semblant de vérité dévoyée.Il y a dans l’histoire des centaines d’exemples ou la loi, bafouant la vérité est devenue l’instrument du mal et de l’injustice, contrairement à sa destination primordiale. Par exemple, une épuration administrative des Francs Maçons fut effectuée entre 1940 et 42, après l’interdiction de l’Ordre.Abordons le thème justice et spiritualité:Aimer la justice, c’est reconnaître son rapport à la spiritualitéPour moi, MS, respecter et servir la justice impliquent d’entrer en une symbiose harmonieuse avec la loi unique qui régit l’univers dans la transcendance, comme dans l’immanence. La justice appartient à l’incréé, à l’éternité, à l’absolu, en un mot à l’infini.En perdant le sens de notre origine divine, on s’enferme dans la facilité, on retombe dans l’égo. la parole est perdue à jamais.Par l’initiation, qui est un chemin progressif de modification intérieure et de sublimation, on doit pouvoir se libérer graduellement de l’ignorance et des idoles humaines. Et ainsi réaliser ce qu’est un homme juste en découvrant l’idée sous le symbole. Comme celui évoqué de la femme portant une balance ou comme l’aigle qui porte en ses serres l’épée de Justice.La justice concerne l’âme, elle est un pont entre le corps et l’esprit. C’est en se rapprochant de l’Intelligence divine et de la Sagesse divine que le M.S. pourra approcher une justice qui dépasse la justice humaine, une justice à la mesure du GADLU. On peut penser à l’échelle de Jacob qui relie la terre et le ciel. Comme Jacob dans son sommeil, il faut pour connaître cette révélation avoir lâché prise pour s’éloigner du monde profane. Toutes les sociétés ont ressenti ce besoin fondamental d’une justice organisée par le divin. Ainsi, Moïse, après avoir vécu l‘épisode du buisson ardent redescend du Mont Sinaï et éprouve le besoin de traduire la justice divine en une justice humaine compréhensible par son peuple car elle devait être mise en application par des humains pour des humains.Le M.S. est mis en présence de la devise: Deus Meumque Jus qui figure sur le Rituel et s’ajoute à la devise « Ordo ab Chao ». C’est la traduction en latin de « Dieu et mon Droit », qui est depuis Henri V la devise de la monarchie britannique. Elle est liée à la nature double de l’homme comme l’indique le Suprême Conseil De France: « Divine, relevant de l’Être universel dont ilprocède , et humaine, soumettant ses actes à la seule détermination de sa conscience d’homme libre ». Notons que ces deux concepts: Dieu, mon droitsont reliés par la conjonction « et » qui veut dire que les deux notions sont compatibles et qu’il n’existe pas de conflit binaire entre elles.En Conclusion, je me pose la question :pour moi, MSque signifie être juste ? C’est d’abord me référer aux Devoirs du Maçon: fuir le vice et pratiquer la vertu. Ceci implique une rigueur et une loyauté sans failles.Si je m’imagine, comme Themis porteur de la balance, celle-ci doit rester dans un juste équilibre. Il me faut pour cela être moi même juste et équitable à commencer vis à vis de mes FF. Mais je ne peux être juste sans être équitable.Et je dois pour cela laisser vraiment mes métaux à la porte du Temple, pour m’oublier moi-même et m’inscrire dans une logique du don de ma personne. Cela implique un engagement personnel.Et là, dans cette démarche ne dépasse-t-on pas l’humain pour s’élever vers le divin. Edwy Plenel dit « s’il y a du temporel dans la vie, il y a du spirituel dans l’engagement ».Admis dans un Atelier de Perfection, je dois éviter et redouter tout ce qui pourrait me conduire à être injuste, car l’injustice est un obstacle à l’harmonie du monde.Mais personnellement, ai-je le droit de juger mon prochain ? Je peux dénoncer sans restrictions un comportement et des actes contraires à ce qu’on a défini plus haut comme étant justes. Mais moi, en tant qu’humain, ai-je le droit de condamner un autre être humain qui est mon semblable ? Bien que délivré du bandeau lors de ma réception au grade de MS, je n’ai pas encore franchi les étapes qui pourraient me mener à la vraie lumière, à la connaissance. Si je condamne un être, je prétends peut-être m’arroger des prérogatives qui ne sont pas les miennes.Ou bien, il me faudrait alors être parvenu au niveau des grands initiés évoqués lors du 4ème voyage du compagnon et je suis loin d’être suffisamment éclairé pour y prétendre.A titre personnel, j’insiste sur le lien entre vérité et justice qui me tient particulièrement à cœur. J’aime, Je crois et j’espère en une justice délivrée des dogmes, des passions humaines comme la cupidité, l’ignorance, le fanatisme et l’ambition. Une justice fondée sur l’Amour et l’altérité. Mais pour moi le chemin à parcourir pour devenir un homme juste est encore très long, et j’ai 78 ans ! Mais je me répète souvent la devise du « Taciturne »: « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer », acceptant par là que la recherche de la Parole perdue doit être présente en permanence dans notre cœur et notre esprit, en acceptant toutefois de ne jamais la retrouver.Très Cher Frère Président, et vous tous mes Frères en vos grades et qualitésJ’ai ditRésumé : 1) La notion de Justice dans le monde profane : Le terme Justice vient du latin : « judicare » qui signifie « faire le droit ». La justice est une vertu universelle, une entité morale supérieure, fondée sur un idéal que doivent suivre les actions des hommes dans la société. Le droit, prévu pour faire appliquer la justice est construit autour d’un ensemble de normes et de règles qui constituent des lois destinées à organiser une société. Il a pour objectif de garantir la liberté et l’égalité. Faire régner la justice implique l’acceptation de la punition mais ne confondons pas justice et vengeance.2) La justice et la pensée maçonnique : Le Rituel nous dit d’aimer la justice. On ne peut aimer la justice si elle n’est pas au service de la vérité. Elles doivent rester unies par un lien indissociable. Pour moi, MS, mis en présence de la devise : Deus Meumque Jus, respecter et servir la justice implique d’entrer en une symbiose harmonieuse avec la loi unique qui régit l’univers. C’est une justice qui dépasse la justice humaine en se rapprochant de l’Intelligence et de la sagesse divines, une justice fondée sur l’Amour et l’altérité, délivrée des dogmes, des passions humaine. Toutes les sociétés ont ressenti le besoin fondamental. Navigation des articles Planche Précédente "Se réconcilier avec soi-même" Planche Suivante "La Loge représente le Temple de Salomon, elle est décorée de tentures noires, parsemées de larmes d’Argent"