#401012

La Clé du Devoir

Auteur:

P∴ O∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
:  NC
   



Par ses obligations et serments, le Franc Maçon s’est lié, à chaque passage de grade, à des engagements librement consentis. 



Dans les trois premiers degrés il a déjà été question dedevoirs, à commencer par ceux à propos desquels le profane est interrogé lorsqu’il se trouve dans le cabinet de réflexion : la rédaction de son testament philosophique l’amène à exposer ce que sont les devoirs de l’homme par rapport à l’humanité, à la patrie et à lui-même.



Dès son initiation, le récipiendaire s’engage à suivre régulièrement les travaux de la Loge, devoir d’assiduité, à garder les secrets sur les épreuves qu’il va subir, c’est la loi du silence à laquelle chaque franc-maçon se réengage à la fin de chaque Tenue, à travailler à la recherche de la vérité et à aimer ses Frères et à les aider par ses conseils et ses actions. Dès son initiation les devoirs du Franc-maçon sont énoncés : l’assiduité, la discrétion, le travail et la fraternité.



Avant même de poursuivre sur la voie de l’initiation, l’orateur résume les engagements du profane : obéir aux lois de son pays, vivre selon l’honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l’humanité et poursuivre son émancipation progressive et pacifique.



Au second degré, c’est le travail qui est glorifié : le compagnon s’engage à travailler sans relâche à son perfectionnement intellectuel et moral et à travailler sur lui-même vers l’exactitude. Dans sa prestation de serment, le compagnon jure à nouveau de garder la loi du silence et à agir comme un vrai et fidèle compagnon. C’est son devoir.



Au troisième degré, dans l’instruction du Maître, Hiram est décrit comme l’Homme du Devoir, avec un grand H et un grand D, prêt à sacrifier sa vie pour faire son Devoir, ce qui préfigure le quatrième degré ou le Devoir occupe une place essentielle, surtout dans la cérémonie d’initiation au grade de Maître secret.



Au quatrième degré il est désormais question du Devoir, avec un D majuscule.



Dès l’entrée dans le Temple, le Maître des cérémonies présente les Vénérables Maîtres comme ayant été repérés par des Maîtres secrets, témoins de leur zèle, que je traduis par l’exact respect des différents devoirs des trois premiers degrés. La première obligation rappelée aux futurs Maîtres secrets par le trois fois Puissant Maître, c’est celle de la discrétion maçonnique à laquelle chacun d’entre nous s’est déjà engagé à différentes reprises, précisant qu’elle est encore plus stricte au quatrième degré. Cette discrétion est tellement importante que le trois fois puissant Maître clôt les lèvres des récipiendaires avec le sceau du secret et que les récipiendaires apprendront à ouvrir les travaux et à les fermer par le signe du secret.



Lors du 1er voyage rituel, le trois fois puissant Maître explique le deuxième devoir des Maîtres secrets : vous ne vous forgerez point d’idoles humaines pour agir aveuglément sous leur impulsion mais vous déciderez par vous-mêmes de vos opinions et de vos actions. Vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et ne jugiez vraie. C’est un devoir à la fois de libre arbitre mais aussi de sens critique auquel le futur Maître secret est invité.



Au deuxième voyage, les Frères sont invités à n’accorder à qui que ce soit une confiance aveugle mais à écouter avec attention pour comprendre, à respecter toutes les opinions mais de ne les accepter pour justes que si elles lui apparaissent comme telles après les avoir examinées. C’est le troisième devoir du Maître secret.



Le quatrième devoir c’est d’aimer la justice, de la révérer, de marcher dans ses voies, de la servir avec tout notre cœur et toute notre âme. Puis l’hospitalier met en garde les Frères : malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui ensuite les néglige. Le 1er Inspecteur explique alors que l’idéal de la franc-maçonnerie c’est l’accomplissement du Devoir, première fois où il est écrit avec un grand D, porté jusqu’au sacrifice, ce qui rappelle le sacrifice de Maître Hiram dans la cérémonie d’élévation.



Le 1er Inspecteur ajoute : êtes-vous prêts à accomplir votre Devoir parce qu’il est Le Devoir sans songer à la récompense et à être satisfaits de l’approbation de votre seule conscience ? Les récipiendaires vont alors s’engager à accomplir toujours les devoirs du 4ème degré, ce qui, si l’on s’arrêtait dans la cérémonie, pourrait constituer Le Devoir du Maître secret.



Mais le récipiendaire apprend alors que le Devoir est pour nous aussi inflexible que la fatalité, aussi exigeant que la nécessité et toujours impératif comme la destinée : inflexible, exigeant et impératif, le Devoir c’est la grande Loi de la franc-maçonnerie. Le trois fois puissant Maître ajoute : la route du Devoir mène sûrement à la vérité puis il nous met sur le chemin du Devoir qui conduit à la vraie lumière.



Le récipiendaire va alors être créé, institué et reçu Maître secret et il entend ceci : vous venez mes Frères de contracter l’obligation de suivre imperturbablement la route du Devoir, mais vous devez savoir qu’il est parfois plus facile de faire son devoir que de le connaître. Kant a d’ailleurs ainsi défini le Devoir : la nécessité d’accomplir une action par respect pour la loi. Il est plus facile d’agir par respect de la règle que de chercher à en comprendre le sens… autrement dit la compréhension ou la connaissance viendront sur le chemin de l’accomplissement du Devoir.



Pourtant, l’Orateur va enfin expliquer aux Frères : chaque société a sa conception morale du Devoir, chaque âge a la sienne correspondant à son sens moral mais rappelez-vous que nous sommes tous soumis à la grande loi universelle du Grand Architecte. Il définit alors le Devoir du Franc-maçon : Notre Devoir, c’est la quête de la parole perdue.



Enfin, le trois fois puissant Maître précise que l’accomplissement du Devoir exige souvent un sacrifice : nous voici revenus à Hiram qui accomplit son Devoir jusqu’au sacrifice. On peut donc en conclure que le Devoir, c’est la quête de la parole perdue par le dépassement de soi porté jusqu’au sacrifice. Avec la mort d’Hiram, la lumière et la vérité ont été éclipsées. Nous déplorons la perte de la Vraie Parole dont nous sommes maintenant privés. Notre Devoir, c’est de la chercher inlassablement jusqu’à ce qu’elle soit retrouvée.



Le bijou du Maître Secret est une clé d’ivoire qu’il porte en sautoir dont le panneton porte la lettre « Z », initial du mot de passe du grade.



Mais qu’ouvre-t-elle ? C’est nécessairement la première question que se pose le Maitre secret à peine revêtu de son sautoir.



Même s’il l’ignore, de prime abord, cette clé lui évoque l’existence d’un intérieur fermé et d’un extérieur, où il se trouve.



Ce même rituel nous apprend qu’il s’agit de la clé nécessaire à la recherche de la Vérité et de la parole perdue car elle peut permettre au Maître Secret d’accéder ultérieurement au Saint des saints.



Si le Maître Secret recherche la Vérité et la Parole perdue, il est enseigné que la Vérité est la lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et regarder la grande route du Devoir qui y conduit surement.



La clé fonde l’espoir de trouver une issue dans le dédale de nos contradictions qui sont autant d’impasses qui nous maintiennent dans le chaos. Cette clé fait de lui le gardien des possibles.



Cette clé indique au Maître Secret qu’il est à un tournant de sa vie maçonnique.



Il doit soumettre son jugement à la critique, à la raison, à sa conscience.



Si le Maître Maçon connaît les outils symboliques des trois premiers degrés, s’il sait comment les utiliser, il me semble qu’il ne maîtrise pas encore la signification de ces trois premiers degrés dans leur entièreté, il n’a pas encore fait une synthèse efficace de tout ce qu’il a appris. C’est donc au Maître Secret de rassembler ce qui est épars, de retrouver ce qui a été perdu ou, plutôt, tout ce qui a été oublié au fin fond de sa conscience.



Cette clé est une ouverture sur notre conscience et bien plus encore.



La devise de Socrate « Connais-toi toi-même et tu connaîtras le Monde et les Dieux », qui pour moi correspond au VITRIOL maçonnique, semble résumer le travail du Maître Secret.


Cette clef n’est pas en métal mais en ivoire, matière organique, elle n’ouvre aucune porte matérielle, mais elle représente le moyen d’ouvrir les portes menant à la Connaissance.


Elle met sur la voie de la Parole Perdue qu’il nous appartient de retrouver, de reconstruire en nous.


Nous le savons le Temple est inachevé à la suite du meurtre d’Hiram. Cet évènement est un passage vers une nouvelle époque, celle de la construction personnelle.


En quelque sorte le Maître maçon passe à l’âge adulte et, en l’absence du guide, il va devoir achever, seul, la construction de son temple.


Le rituel du 4ème degré invite le Maître Secret à une construction, une compréhension personnelle, au jugement, à la conception en toute conscience et en toute responsabilité parce que le développement spirituel ne peut se réaliser qu’en toute indépendance d’esprit en se défaisant de toute aliénation, inféodation et de tous dogmes.



Cette conscience nous indique où se situent le bien et le mal, la justice et l’injustice : comprendre et respecter ce que chaque être humain possède en commun avec l’autre.



Notre Devoir va, selon moi, consister à agir en conformité avec notre conscience et en liberté, bien au-delà des repères et des langages humains.



Et si le devoir du Maître secret était finalement d’être lui-même ?



Nous entreprenons d’analyser le sens de nos existences en essayant de sonder les limites du rationnel et d’être en capacité de les dépasser.



Cette expérience intérieure ouvre la réflexion et libère la pensée même si cela échappe à tout entendement humain puisqu’il faut être capable de faire preuve d’une intuition ésotérique née de la pratique de notre rite qui, pas à pas et graduellement, nous dévoile l’infinitude du monde et de l’homme.



La Connaissance spirituelle, à laquelle se réfère le rituel, n’est pas offerte ou révélée, et c’est cette pratique du rite qui peut laisser espérer un début de compréhension.



Le Maître Secret, ainsi, s’affirme et s’assure : libre penseur, il accomplit son Devoir envers lui-même à la conquête de sa maitrise, de sa connaissance et de son perfectionnement.

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