#401012

Pourquoi le candidat à la Maîtrise ne voyage t’il pas ?

Auteur:

E∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
:  NC
 



Pour commencer, je ne vous cache pas l’ampleur de ma surprise en prenant connaissance du sujet que je vous présente ce soir, à savoir : « Pourquoi le candidat à la maîtrise ne voyage t’il pas ? ».



Dans la candeur de ma, somme toute, jeune maîtrise, une telle question ne m’était tout simplement jamais venue à l’esprit. Intuitivement même, elle me semblait renfermer un subtil contresens. En effet, dans la plénitude de son grade, le M maçon ne jouit-il pas du droit absolu de voyager ? Au contraire, la « mise en scène » de son élévation à la maîtrise ne suggère-t-elle pas une incitation formelle à cheminer de l’Orient à l’Occident et par toute la Terre, ne serait-ce que pour se mettre à la recherche des assassins d’Hiram ? A contrario de l’APP, invité à visiter l’intérieur de la Terre…



A l’évidence non. Ou plus exactement de façon plus complexe, comme il m’a semblé le découvrir par la suite.



Je suis donc revenu à notre bréviaire commun, à savoir le rituel. Je vous jure que plusieurs lectures m’ont été nécessaires pour mettre le doigt sur le seul détail susceptible de me mettre sur la voie.



Que dit le Rituel ? Chaque mot compte, semble t’il. Et l’objet qui m’est proposé n’est ni C, ni M, mais bien « candidat à la maîtrise ». De fait, il n’a donc pas encore été admis à ce grade, mais n’est pourtant déjà plus considéré comme C.



Hors, lors de la cérémonie d’élévation au grade de M, il existe un passage, un moment tout à fait unique, durant lequel le maçon est pour ainsi dire suspendu dans un état latent : lorsqu’il est couché dans le cercueil, symbolisant la dépouille du patriarche disparu.



Pour lui, la chair quitte les os et tout se désunit. Il flotte dans cette irréalité transitoire, renforcée par le psychodrame de la cérémonie. Il est au seuil, au passage, ni dedans ni dehors. Et cet instant ne s’achève qu’avec sa renaissance symbolique, rendue possible par le relèvement grâce aux cinq points parfaits de la maîtrise, symbole de l’entraide entre les MM. En repassant ainsi de l’horizontalité à la verticalité, il recouvre son intégrité, momentanément perdue pour les besoins de la scène, et il peut être enfin procédé à sa réception effective.



Autrement dit, une interprétation possible m’est finalement apparue : si le candidat à la maîtrise ne voyage pas, c’est tout bonnement parce qu’il est couché en état de mort symbolique. En somme, il lui est demandé de « vivre une mort » par procuration…



Qu’est ce que j’en comprends ? Ainsi énoncé, le propos peut paraître simpliste. Pourtant, il m’a permis d’avancer dans des voies de réflexion bien plus complexe.



En effet, le relèvement du maître, entre l’équerre et le compas, vise à le ramener dans l’axe du monde et de la Loge, là où l’esprit domine la matière. Ce faisant, il effectue en quelque sorte la démarche inverse de l’apprenti qui doit explorer la symbolique de la trinité. Lui s’interroge sur le retour à l’Unité, car il siège désormais en Chambre du milieu et s’impose de tendre vers le centre du cercle.



Le mot de centre est lâché et désigne précisément un point fixe dont l’occupation permet d’embrasser d’un seul regard l’horizon infini du cercle.



Ne nous y trompons pourtant pas. Atteindre ainsi le centre du cercle n’est pas chose aisée. En accédant à la maîtrise, le FM n’est pas automatiquement doté de cette capacité. A n’en pas douter il devra louvoyer dans son labyrinthe intérieur, regretter de fertiles chemins abandonnés et se sortir d’impasses stériles. Mais il n’est plus permis, là, de parler de voyages. Plutôt d’un exercice visant à dompter des forces contraires, ou complémentaires, centrifuges et centripètes, à l’instar d’un derviche tourneur qui parvient à transcender le divin en dessinant, par la danse, des cercles autour de l’axe central de son corps, valse hésitation entre lui et l’univers et l’univers et lui.



Sans doute peut-on voir dans ledit labyrinthe une sorte d’allégorie du Voyage de M.



Qu’est que j’en retire ?



Bien, mais pourquoi, à ce stade, une telle invitation à l’immobilisme, qui irait au-delà d’un simple passage (heureusement transitoire) dans le cercueil de l’élévation ?



Peut-être s’agit-il simplement d’une règle de Sagesse.



Tout au long de son parcours initiatique, le FM a eu l’opportunité de faire de nombreux voyages sur les chemins du Savoir et de la Connaissance. Ses recherches gnostiques ont sérieusement alourdi son bagage et étoffé son répertoire maçonnique. Sans doute est-il temps, à présent, de s’asseoir sur une pierre du chemin afin d’en faire l’inventaire. Sans doute est-il absolument nécessaire aujourd’hui de se taire à nouveau et d’opérer un retour en soi-même. Et, en filigrane, nous retrouvons à nouveau la notion de « centre du cercle ».



D’autant que, ne l’oublions pas, Hiram nous a quittés, bel et bien, emportant avec lui les secrets permettant l’achèvement du chantier. Le M initié s’avère désormais plus utile à la recherche et au tracé des plans, à la maîtrise d’œuvre (si vous me permettez ce parallèle avec mon propre métier).



En somme, il doit s’apprêter à endosser le rôle de patriarche à son tour. Adopter ainsi la posture du détenteur de la Sagesse séculaire ne saurait se faire sans une analyse sincère et circonstanciée de son propre Moi intérieur.



En outre, la démarche maçonnique, en général, induit, qu’on le veuille ou non une réflexion profonde sur l’impermanence et, pour tout dire, sur la Mort.



Après avoir symboliquement « tué le Père » (l’Architecte) et l’avoir recherché par toute la Terre, le M maçon n’a plus d’autre choix que d’envisager à son tour ce nouvel âge de l’Homme qui aboutira fatalement à sa propre extinction à terme. De fait, fort des enseignements de l’Histoire, il lui appartient d’œuvrer davantage dans la transmission afin que les disparitions futures n’aient plus jamais le même impact que celles du passé.



Le décès légendaire du meilleur d’entre nous, Hiram, ne signifie rien moins que la mort d’une partie de nous-mêmes : la meilleure, l’écho d’un soupçon de divin. La seule prise de conscience de cette perte doit nous guérir de l’engourdissement pour nous conduire à l’Eveil.



Ainsi, la recherche du point fixe, du Centre symbolique, devient la quête presque exclusive du Maître maçon car, à cet endroit précis, semble se trouver le point de transmutation qui fera de lui un maître accompli. Et après ? La reconquête des secrets perdus sonnerait-elle la fin de l’aventure ? Le Maître accompli serait-il finalement un Maître fini ?



Comme toujours, il faut ramener les choses à une dimension plus concrètement liée à la personnalité de chacun. Pour espérer retrouver le chemin de son centre intérieur, le Maître maçon doit s’astreindre à une forme de méditation de son cercle intime. Il doit passer simultanément d’une quête de la connaissance du Moi (la circonférence), à une quête de la connaissance du Soi (le centre), cristallisé autour de l’essentiel de la personnalité, où siège cette miette de divinité tant convoitée. Je précise qu’il ne s’agit là que d’une interprétation strictement personnelle, sans prétention psychanalytique.



Pour conclure, sans doute s’agit-t-il là de mon éternel attrait pour l’action, j’avancerais tout de même qu’il n’existe pas de héros sédentaire. Aussi, je ne doute pas que le voyage continue néanmoins et qu’une partie du chemin qu’il me reste à accomplir se fera peut-être en votre compagnie, si vous voulez bien de moi.



Et, si je ne sais pas encore vers quelle destination vous voulez m’amener mes FF, sachez que je m’y rendrai avec joie. La même que celle qui m’a animée au jour de mon initiation.



Très Cher Président et vous tous mes Frères, j’ai dit.




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