#406012

Le message du 9 iéme degré

Auteur:

N∴ L∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué



Dans la pâle lueur d’une petite lampe vacillante, elle marche…


Elle marche si lentement que le temps semble s’arrêter entre chacun de ses pas… une éternité de quelques secondes.


Semblable à un spectre blanchâtre, elle apparaît dans l’ombre de la flamme. Ses pas foulent le sol humide de la grotte comme le brouillard effleure les cimes des sapins dans nos vallées.



Elle me regarde.



Je lui demande : « Qui es tu ? Fantôme ou humain ? Amie ou ennemie ?»



Elle me répond d’une voix qui me transperce telle la lame d’un poignard : « Je suis celle qui t’attendait … celle que tu cherchais. Je suis la douleur qui te torture. Je suis le breuvage amer qui pourtant t’est salutaire. Je suis cet éternel questionnement qui te taraude.Laisse moi passer, ma place n’est pas encore auprès de toi, tu as d’autres choses à faire maintenant, assume ton acte, agis ! ».



Assise seule sur un monticule de terre, dans le froid et l’humidité d’un lieu inexploré, je pleure et je me morfonds.



« Qu’ai-je fait ? Les doigts de main gauche s’enfoncent machinalement dans la terre humide qui calme mon corps fiévreux. Je fais le bilan de ces 20 dernières années.



Je suis maître et j’ai travaillé sur plusieurs chantiers. Je suis maintenant au service du Roi Salomon. Je fais partie de ses intimes et j’ai su au fil des saisons gagner sa confiance. Je sais qu’il est bon car il a pardonné mes excès. Je lui en suis reconnaissant. Avec 8 autres Maîtres, je devais exécuter une mission délicate. J’étais l’élu, celui sur qui on pouvait compter…



Mais que s’est-il passé ? Quelle force obscure a guidé ma main ? Pourquoi ai-je voulu me distinguer des autres ? Pourquoi ai-je quitté le groupe alors que nous étions soudés et solidaires ?



L’Esprit me frôle, j’entends un ricanement qui résonne dans mes entrailles.



Pourquoi ai-je frappé ?quelle vanité illusoire m’a poussé ? Pourquoi avoir saisi ce poignard ? Le destin me l’avait-il présenté comme le serpent a tendu la pomme à Adam ? Adam le glaibeux.



Pendant que mes pensées se perdent en conjectures, je serre les mains et je laisse échapper cette boue dont je suis consciente d’être constituée. Je pleure et je me purifie tant à l’eau claire de la source qu’à mes larmes. Je sens le liquide qui coule sur mes joues. Je me mets à penser que si mes paupières étaient restées sèches, j’aurais vécu avec de la terre dans les yeux, aveugle, je n’aurais vu que le visage des ténèbres. Là, j’entrevois une lumière nouvelle, fragile et incertaine mais bien vivante. Je quitte la nuit pour une aube miséricordieuse que j’espère salvatrice.



Peu à peu, je trouve la grotte presque rassurante. Et si elle possédait une force magique qui m’aurait permis de me régénérer et si j’avais trouvé le lieu initial, celui d’avant la chute ? Je regarde l’entrée, la lumière du dehors est filtrée par un arbuste qui protège ma retraite, un hymen fragile qui me met à l’écart du monde extérieur et de ses tumultes, loin de l’ignorance et des préjugés. Je sens que, peu à peu ma vanité se transforme en sérénité, ordo ab chao.


Cette expérience traumatisante serait-elle le prix de la plénitude ?



J’ai frappé ce corps endormi, j’ai massacré cette masse obscure. Mais j’ai osé regarder cette face grimaçante aux yeux clos. J’ai vu qu’elle me ressemblait, elle avait mes traits. Je n’étais pas mieux qu’elle, j’avais tué aussi, j’étais moi aussi un assassin.



Le spectre était toujours là, immobile, il me regardait. Il se dirigea alors vers moi. Je n’avais aucune peur, j’avais lâché prise. J’étais prête à tout accepter. Il posa ce qui me sembla être sa main sur son front humide. Elle était douce et tiède. Elle dissipa en moi toute crainte pour l’avenir. J’avais agi, j’assumerai mes actes. Je venais de prendre conscience que je marchais avec mon destin, je ne le subissais plus, je m’étais prise en main. Je devais frapper cettemasse obscurequi sommeillait en moi, inconsciente, tapie au fond de ma propre caverne. J’avais osé lui porter un coup fatal. Je l’avais sans doute réveillée pour mieux la combattre.



La forme me sourit et s’éloigna de moi d’un pas feutré vers l’ouverture de la grotte. Comme je la regardais, elle me dit : « Tu n’as plus de questions? Aurais-tu trouvé toutes les réponses ?»



Je me rendis compte que mes yeux s’étaient enfin débarrassés de la glaise aliénante. Je la vis enfin dans toute sa splendeur. Elle ne me faisait plus peur, elle était lumineuse, rassurante.



« Je n’ai pas toutes les réponses lui dis-je, je ne connais même pas toutes les questions…mais je sais qui tu es. »



« Je suis toi » dit-elle, je suis ta part de lumière. « Regarde cette forme sur le sol, tu viens de tuer une part d’ombre qui sommeillait en toi. Mais prends garde, la bête ne meurt jamais, telle l’hydre de Lerne, l’épreuve est toujours à recommencer. Quand ta vigilance se fera plus faible et que te yeux se fermeront ne serait-ce qu’un instant, elle te ressaisira. Elle ne reve que de vengeance ».


« S’il te plait, ne pars pas. Où seras-tu quand j’aurais besoin de toi ? »



« Je serai toujours là, dans cette caverne profonde où tu as osé rentrer aujourd’hui. Je serai là, à toi de me percevoir. Laisse tes métaux que, par inadvertance ou par habitude, tu aurais glissé dans tes poches, rends toi léger et descends. Tu as ton fil à plomb pour te guider, ne l’oublie pas… tu as aussi tes Frères et Sœurs pour t’accompagner sur le chemin, même si le bout de la route se fait seul… Compte sur eux. Ils seront tes guides comme tu seras un jour un guide pour eux. Écoute, je les entends venir… »


Je venais de prendre conscience de mon potentiel de réalisation. Il me restait à gérer mes pulsions inconscientes, mes angoisses, mes affects. Approfondir la connaissance de moi par un processus d’individuation qui me transformera en un être unifié… au moins idéalement ! J


Maintenant, je peux aller au-delà et ne jamais me contenter de ce qui est acquis car l’immobilité, le repli sur soi serait une régression.



Je me redressai, je venais de comprendre. J’étais heureuse d’avoir abandonné le verbe Avoir pour le verbe Être…mais ce n’était pas suffisant, maintenant je devais conjuguer le verbe Faire. Je vais utiliser les moyens mis à ma disposition par la méthode maçonnique pour me réaliser, pour que s’opère un travail effectif. Je venais de comprendre la réelle nécessité de la pratique de la mort / renaissance et de la rectification. L’acronyme VITRIOL me revient à l’esprit Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem soit : « Visite l’intérieur de la Terre et en Rectifiant tu trouveras la pierre philosophale ». Il était temps de « rectifier » pour aborder la sublimation et devenir un être nouveau. L’œuvre doit se réaliser, elle ne se formule pas, je dois l’intégrer, la digérer, me laisser habiter par les symboles du mythe, me laisser investir et laisser opérer en moi-même les transformations spirituelles qu’elle induit. C’est pour cela que ce travail a été difficile à rédiger, il a demandé, à l’inverse du précédent un long temps de gestation et l’accouchement a été difficile. J’ai dû intégrer le psychodrame et prendre conscience que les acteurs représentent les différents aspects inconnus de moi-même. Suivre le fil conducteur qu’est le mythe vers mon inconscient.



Mais, grâce à celui-ci, j’ai compris la nécessité d’intérioriser le rite pour le mettre en pratique chaque jour dans ma vie profane.


J’ai repris contact, d’une manière théâtrale certes mais efficaces avec une partie de moi qui s’était endormie dans le conformisme et les habitudes.



Je dois entreprendre de tuer en moi mes zones obscures. Je dois débusquer l’Ego qui se cache dans les recoins de ma personnalité et découvrir les profondeurs cachées de mon être, là où je n’ai pas encore osé aller, bien au-delà de mon apparente personnalité ; dépasser une prise de conscience ordinaire.


Combattre à chaque instant les assauts d’un ego qui m’empêche de me libérer et qui m’accroche au sol. Je dois faire mourir en moi ce qui est passé et révolu.



Je dois distinguer ma part de Lumière et ma part d’ombre et de celle-ci ne pas en avoir peur. Car c’est par une meilleure compréhension des opposés que passe une individuation aboutie, une réalisation de soi.



Je dois accepter de remettre en cause les certitudes d’une manière humble mais volontaire pour explorer la vérité unificatrice.



Je dois faire mourir en moi ce que j’ai craint, ce que j’ai aimé pour être vivante dans l’instant.



Je dois faire mourir le vieil homme, même si cela est douloureux pour enfin dissoudre le moi illusoire.



Je dois à tout instant rester Vigilante car c’est un combat incessant où l’Hydre ne cesse de se régénérer.



Je pense que le message du 9ième, mon message, cela qui a trouvé un écho en moi est qu’il faut, pour progresser avoir une prise de conscience des composantes antagonistes qui font une personnalité. Il faut travailler à une meilleure compréhension des opposés pour aboutir à une réalisation de soi. Il faut oser disloquer pour mieux reconstruire, pour mieux discerner ce qu’il faut mettre en pleine lumière et pour cela il faut prendre le risque de la perte.



Je commence seulement à comprendre que l’homme réalisé et le déchu ne sont qu’une seule et même personne et que les deux doivent s’accepter et faire la paix. Il n’est plus question de vengeance mais d’acceptation et de pardon. Je dois être amie avec mes défauts car ils vont me permettre de m’améliorer et peut être de faire progresser les autres. La pierre qui m’a fait chuter ne sera plus un obstacle pour ceux qui me suivent car je viens de la leur montrer et pour ceux qui me précèdent, je leur ai signalé qu’ils avaient oublié de l’ôter.



L’argile qui me couvrait les yeux ne pouvait être enlevée que par les doigts qui l’avait pétrie. Je suis seule actrice de ma libération. Je ne peux donc m’affliger d’avoir connu la cécité, c’est grâce à cet isolement que j’ai pu mûrir et saisir la face cachée de mon être.

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