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Le Mythe de la Caverne
E∴ H∴
I QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR CAVERNE
Sous le terme générique de caverne, il faut entendre également grotte, labyrinthe ou tout lieu souterrain voire rupestre au sommet voûté plus ou moins enfoncé sous la terre ou montagne ; et plus ou moins obscur.
L’antre serait comme une caverne plus sombre et plus profonde située tout à l’arrière d’une anfractuosité sans ouverture directe sur le jour.
Il faut en exclure la tanière, repaire de bêtes fauves ou de brigands qui n’a rien à voir avec le symbole de la caverne.
II LA CAVERNE DANS LES TRADITIONS INITIATIQUES
La caverne est l’archétype de la matrice maternelle. Elle apparaît dans beaucoup de mythes d’origine, de renaissance et d’initiation chez de nombreux peuples.
Nous la découvrons dans les traditions initiatiques grecques, parfois sous un aspect tragique.
La Caverne représente le monde. C’est la Caverne par laquelle Cérès était descendue aux Enfers cherchant sa fille et qui a été appelée le Monde.
Entrer dans la Caverne, c’est faire un retour à l’origine, et de là monter au ciel, sortir du cosmos. Il est dit que les immortels chinois hantent des cavernes,et qu’il ne faut pas les rechercher au sommet des montagnes, mais dans le corps lui-même sous le mont K’ouen Louen qu’est le sommet de la tête.
La Caverne est le lieu de passage entre le ciel et la terre. Ce n’est pas un hasard, si Lao Tseu, Mithra, Hermès et Jésus naissent dans une grotte. Cette fonction d’intermédiaire explique pourquoi dans la tradition celtique, le purgatoire est situé dans une grotte ; et que chez Platon la Caverne peut être considérée comme un purgatoire où la lumière n’est perçue que par reflets et les êtres par leurs ombres en attendant l’ascension de l’âme vers la contemplation directe des idées.
De nombreuses cérémonies d’initiation commencent par le passage de l’impétrant dans une caverne. C’est la matérialisation du « Regressus ad uterum » des psychanalystes décrit par le philosophe roumain Mircea ELIADE.
C’est le cas du rituel éleusinien, où les initiés étaient enchaînés dans la grotte et devaient s’en échapper pour rejoindre la Lumière. Dans lescérémonies instituées par Zarathushtra, la Caverne représente le monde. Il consacra le premier, en l’honneur de Mitra, une grotte arrosée par des sources, couverte de fleurs et de feuillage où les initiés parvenaient à l’immortalité.
Les Pythagoriciens et Platon se sont inspirésde ces croyances. La Caverne symbolise notre monde où la marche vers l’intelligenceest pour l’âme la délivrance de ses liens et l’ascension hors de la Caverne. L’âme est prisonnière par ses passions, libérée par la pensée ou la réflexion.
Toute la tradition grecque relie le symbolisme métaphysique et le symbolisme moral ; la construction d’un moi harmonieux se fait à l’image d’un cosmos harmonieux.
La Caverne, région souterraine aux limites invisibles, où habitent des monstres, est un symbole de l’inconscient et de ses dangers. C’est l’exemple célèbre chez les Anciens Grecs de Trophonios. Architecte, avec l’aide de son frère Agaméde, il construisit le Temple d’Apollon à DELPHES. Le roi Hyrien les chargea de la construction d’un édifice pour ses trésors. Ces derniers ouvrirent un passage secret pour lui dérober sesrichesses, mais Hyrien s’en rendit compte et tendit un piège dans lequel fur pris Agamède. Ne voulant pas être identifié par le visage de son frère, Trophonios lui coupa la tête pour l’emporter avec lui ; mais il fut englouti aussitôt dans les entrailles de la terre.
Ce complexe de Trophonios qui tue son frère pour ne pas être reconnu coupable est celui des personnes qui renient les réalités de leur passé pour étouffer en elles ce sentiment de culpabilité. Mais le passé inscrit au fond de leur être ne disparaît pas pour autant, il continue de les tourmenter jusqu’au moment où elles acceptent de le remonter à la Lumière du jour, de reconnaître qu’il leur appartient.
La Caverne symbolise l’exploration du moi intérieur, du moi primitif refoulé dans les profondeurs de l’inconscient.
La caverne est un réceptacle d’énergie tellurique.
Elle joue aussi un rôle dans les opérations magiques. Elle est propice aux initiations, à l’ensevelissement simulé. Elle symbolise la vie latente, elle fait communiquer le primitifavec les puissances de la mort et de la germination. (culte de Perséphone relatif à la germination des grains de blé enfouis dans la terre)
C’est un lieu de sorcellerie par excellence du fait de sa disposition quasi circulaire ; de son accès souterrain, de l’enroulement de ses couloirs. Elle remplit une fonction analogue au Temple en tant que condensateur de forces extra naturelles ou telluriques.
La caverne sert de lieu de naissance et de régénération comme creuset des alchimistes.
Dans les traditions orientales, la Caverne est symbole du monde, le lieu de la naissance et de l’initiation. Elle symbolise le cosmos, le sol représentant la Terre, la voûte le Ciel.
La Caverne comporte dans la voûte un trou destiné au passage de la fumée du foyer, de la lumière, de l’âme des morts ou des chamans. C’est la porte du soleil ou l’œil cosmique.
C’est un lieu de naissance et de régénération, de l’initiation qui est une nouvelle naissance à laquelle conduisent les épreuves du labyrinthe précédant en général la Caverne. C’est une matrice analogue au creuset des alchimistes.
Le mythe de la caverne chez Platon.
Le symbolisme de la Caverne chez Platon (La République – Livre VII) comporte une signification cosmique, mais également éthique et morale. La caverne et ses ombres représentent un monde d’apparences agitées d’où l’âme doit sortir pour contempler le vrai monde des réalités, celui des idées.
Chez Platon, ce monde est un lieu d’ignorance, de souffrance et de punition où les âmes humaines sont enchaînées et enfermées par les dieux. La caverne est l’image de ce monde. La lumière indirecte qui éclaire les parois vient d’un soleil invisible, mais elle indique la route que l’âme doit suivre pour trouver le bien et le vrai. La montée vers le haut et la contemplation de ce qu’il y a en haut représentent la route de l’âme vers le lieu intelligible.
Platon nous enseigne au travers de son dialogue avec Glaucon le caractère relatif des émotions. Nous ne ressentons pas de la même façon les injustices ou abus, les bienfaits selon l’éducation que nous avons reçue. Chacun mesure ses fautes à son aune.
Platon nous fait remarquer que les êtres agissent sans connaître les conditions et conséquences de leurs actes, et qu’ils sont contraints d’agir.
Nous nous débattons dans un réseau de forces, d’attractions, d’influences ou de répulsions dont seule la connaissance approfondie pourrait nous révéler le sens et la puissance. Nous agissons toujours comme des aveugles car les lois de lanécessité nous sont inconnues.
Platon nous incite à agir tout en nous détachant de l’acte. La sérénité du sage, c’est le détachement, le refus des apparences. Les apparences, les motivations, tout cela est secondaire.
Les hommes peuvent agir sur leur destin. Ils peuvent le faire en approchant de la vraie Lumière, celle qui éclaire tout et découvre chaque chose sous son véritable jour.
C’est la signification du mythe de la Caverne chez Platon. C’est le mythe de la condition humaine, esclave et soumise tant qu’elle n’est pas éclairée.C’est le bien qui oriente la connaissance. La Lumière des idées éclaire toute chose, et révèle leurs valeurs aux ombres comme aux objets donnant à l’existence humaine son sens, son efficacité ; et la certitude à l’existence humaine de percevoir la vérité.
Aller vers la Lumière, une fois les chaînes rompues, c’est se diriger vers la Vérité. L’approche de la vérité est souvent marquée par des échecs, mais toujours recommencée. On croit l’atteindre, mais on découvre en mêmetemps que cela est impossible. Il faut aller au delà, et toujours au delà.
Cette recherche de la Vérité est pour nous, Francs Maçons, sacrée ; c’est à dire appartenant au divin. Il y a ceux qui recherchent la Vérité à l’extérieur , et ceux qui la cherchent en eux mêmes.
Si on peut avoir une ambition, c’est celle d’atteindre la connaissance de soi. C’est cette recherche qui fait de l’individu un univers. Mais, nous risquons de nous égarer si nous répondons aux sollicitations extérieures.
Nous faisons de la réflexion et de la méditation une méthode. C’est à ce niveau élevé qu’il nous faut pressentir les approches d’une voie nouvelle.
La Franc Maçonnerie, comme les religions, transmet des techniques ; toutes ont leurs codes d’approche spirituelle. La transmission ne peut se faire qu’au sein d’un groupe, par contre la réussite est individuelle. Aucune expérience n’est communicable, elle est personnelle.
La révélation est un secret de l’âme, certains iront jusqu’au bout de leur quête, atteindront le point de non retour, la possession d’une Vérité ou d’une Lumière assurant la paix de l’âme. Ils nous confortent dans notre espoir de parvenir à cette Lumière ou Vérité.
Il y a deux étapes dans le cheminement vers la Lumière. La première, c’est la contemplation des ombres sur les murs de la Caverne ; la seconde la vision des objets éclairés par le soleil. Tel est l’enseignement que Platon veut nous transmettre à travers ce mythe.
Nous sommes enchaînés et nous cherchons à nous libérer. Cette quête de la liberté est en réalité la quête de soi, la connaissance de notre moi intérieur.
III LES CAVERNES EN FRANC MACONNERIE
Au cours de notre parcours initiatique , nous avons pénétré à deux reprises à l’intérieur d’une Caverne.
La première fois, avant d’être reçu et reconnu comme Frère, nous avons été enfermés dans le cabinet de réflexion ou Caverne alchimique. C’est l’une des épreuves la plus importante sur le chemin de l’Initiation. Il nous faudra nous débarrasser l’esprit de tout ce qui empêche la Lumière de parvenir jusqu’à lui. Il est dit dans la bible « tu es sorti nu du ventre de ta mère, et tu retourneras nu dans le ventre de la Terre. Tu n’emporteras rien en mourant, tu n’emporteras pas tes richesses avec toi ».
Profane, on nous a demandé avant d’effectuer cette première épreuve, qui est celle de la Terre, de nous défaire de notre argent et autres métaux. A l’intérieur de la Caverne, à la lueur d’une bougie, nous avons découvert plusieurs symboles évoquant la mort avant de rédiger notre testament philosophique.
Nous allons mourir à notre vie profane, et avant de vivre pleinement notre renaissance, nous devons faire le bilan de notre vie et répondre à plusieurs questions.
Le cabinet de réflexion est une Caverne alchimique où se déroule un rite de purification, une matrice dans laquelle notre Etre renaîtra purifié. Dans le silence qui y règne, il deviendra sensible aux symboles qui l’entourent.
La seconde Caverne fût celle du Neuvième Degré, de Maître Elu des Neuf,, où nous fûmes conduit par un Etranger sans nom. Nous y découvrîmes Abiram, l’un des assassins de notre Maître Hiram, un poignard, une lampe et une fontaine où Johaben étancha sa soif après avoir tué le meurtrier et lui avoir tranché la tête enfreignant les ordres du roi Salomon.
En ce moment précis, nous sommes Johaben. Nous nous voyons tels que nous sommes. Nous prenons conscience que nous renions les réalités de notre passé pour étouffer en nous un quelconque sentiment de culpabilité. Nous sommes tourmentés jusqu’au moment où nous acceptons de ramener à la Lumière nos erreurs, nos fautes ;de reconnaître qu’elles font partie de nous mêmes.
C’est ainsi que nous pouvons approfondir, rectifier, progresser, abandonner nos métaux et retrouver l’étincelle divine en nous pour mieux nous connaître, pour mieux agir.
La caverne, la grotte sont éclairées intérieurement ;c’est à l’extérieur que règnent les ténèbres. C’est en nous qu’il faut rechercher cette Lumière, celle qui vient du cœur, centre spirituel.
Pour se perfectionner, il faut investir pleinement la voie spirituelle, celle qui nous met en harmonie avec nous même et l’univers.
C’est la légende de Siegfried tuant Fafner, le gardien d’un immense trésor caché et enfoui dans les entrailles de la terre, et dont le héros s’empare après avoir combattu et vaincu maint dragons, monstres et guerriers redoutables.
Le trésor représente la Lumière qui ne peut être trouvée qu’après avoir vaincu de nombreuses difficultés.
Il symbolise la connaissance, les gardiens l’ignorance et mauvais penchants, les combats la lutte intérieure à mener contre notre propre nature.
La Caverne évoque donc les niveaux inconscients de notre Etre, tel que nous le rappelle le mythe de Trophonios.
Notre Très Illustre Frère, JP M, ne rappelait il pas que notre devise « ORDO AB CHAO » implique deux idées :
–celle de pénétrer dans un processus d’harmonisation entre le visible et le sacré, entre des forces apparemment contradictoires, mais sources de fécondité et de progrès,
–la seconde d’un dynamisme rénovateur provoqué par réaction au chaos qui donne l’image d’un désordre aux aspects négatifs.
J’ai dit.