#406012

Prévost et Juge

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Très souvent quand je commence un travail maçonnique, le thème me semble incongru.  Quelques heures de réflexion sur le sujet me font vite découvrir la profondeur symbolique des rituels, en même temps que mes limites. C’est pourquoi j’aime tant ces travaux collectifs qui nous font parfois ressentir dans notre très fond une jouissance mi-intellectuelle mi-physique, en écoutant la résultante de la réflexion des autres.

Vu le temps imparti pour cette intervention je n’aborderai que deux sujets : le Bijou du 7° Degré, c’est-à-dire la Clef d’Or et l’Alchimie. J’aborde ce sujet avec beaucoup de modestie et il me confirme la coexistence de l’Alchimie et de la symbolique maçonnique évoqué par plusieurs de nos frères au cours de leurs travaux.

Dans cet Art Royal, dans ce cheminement royal, qu’avec difficulté nous essayons de poursuivre, chaque degré nous donne par le symbole un peu plus de connaissance intuitive. L’instruction du degré nous dit :

D- Que vous a-t-il donné ?
R- Il me donne une clef d’or qui est la marque distinctive de ce degré, ensuite les signes, l’attouchement et les mots.
D- Quel est l’usage de cette clef ?
R- Elle sert à ouvrir la cassette d’ébène dans laquelle sont renfermés tous les plans nécessaires à la construction du temple.

La légende du grade nous dit, que la cassette contient le cœur du Resp. Maître Hiram-Abif et que le récipiendaire reçoit le grade de « prévôt et Juge », gardien de la clef d’or. La cour dans la symbolique a une vaste représentation, il est le centre. Pascal nous dit que les grandes pensées viennent du cœur et en Islam le cœur du croyant est le Royaume de Dieu. Dans la tradition biblique le cœur symbolise l’homme intérieur, sa vie affective le siège de l’intelligence et de la sagesse. Cette sagesse du cœur représentée par le Maître Hiram il nous faudra apprendre à la cultiver et à la préserver. Dans sa cassette il nous faudra la transmettre et l’Ordre Maçonnique nous en donne la manière.

Pour accéder à un tel objectif il fallait pour le moins une clef d’or. Cette clef c’est celle donnée à l’initié à une période de sa vie maçonnique ou le temps commence à faire son ouvre. Le temps, partenaire important de la transmission pour le Maçon en devenir, avec au commencement le centre de la terre, les outils pour se découvrir, les voyages pour connaître, la mort de l’initié pour une renaissance collective et un sacrifice qui donne à celui-ci la piste de la parole perdue. La clef d’ivoire nous donnant le sens de l’incorruptibilité du devoir elle nous permet la recherche de la vérité et de la parole perdue. Retrouver cette parole pour la solution au problème de la quadrature du cercle et la conséquence de se sentir libres et égaux. Passer enfin par le risque de la curiosité intelligente pour les autres et accéder à une sage maturité nous donnant acte à ce 7° Degré de pouvoir utiliser la Clef d’Or vers le chemin de la lumière, vers l’ETRE.

Ce « Prévôt et Juge » gardien de cette clef d’Or, cet homme utopique pour notre époque, il doit être l’un des nôtres. Pour Aristote, la justice parfaite et génératrice d’un idéal existe en  chaque homme. Il la connaît en lui-même, chacun en a  « comme une divination ». Ce sens de la justice est « naturel et commun » et il ne reste qu’à le réaliser dans la vie des hommes. Ce symbole d’un lieu clos à ouvrir par l’homme à l’aide d’une clef, se retrouve dans les symboles spirituels de l’alchimie. Michel Mailler en 1617 décrit les figures connues et les figures légendaires de l’histoire de l’alchimie en douze chapitres : chacun étant introduit par une image symbolique ou allégorique. L’emblème XXVII est à propos de la sagesse. La gravure représente un homme sur ses deux jambes mais sans pieds, devant une porte cadenassée, donnant l’entrée à une roseraie entourée de murs et dans laquelle la rose rouge est une des appellations de la Pierre Philosophale. La devise est : « Celui qui tente de pénétrer dans la roseraie philosophique sans clef, ressemble à un homme qui veut marcher sans pieds ».

Epigramme
La Roseraie de la Sagesse abonde de fleurs différentes, mais la porte est toujours fermée avec de solides verrous. Seule une chose de peu de valeur peut être trouvée dans le monde, et c’est elle qui en est la clef. Sans cette clef vous marcherez comme quelqu’un sans jambes. Vous essayerez en vain de gravir le sommet du Parnasse, vous qui avez à peine la force de vous tenir debout sur le sol. Dans les commentaires il est demandé aux hommes, dans l’ouvre philosophique, de ne pas se fient uniquement à Vulcain (le feu) et d’oublier Athéna (La sagesse). Ils auront des fruits difformes, qui ne sont pas capables de se tenir debout, ni d’être de quelque utilité à quelqu’un d’autre. Un homme à deux jambes pour marcher, et dans la chimie les deux jambes sont la raison (le bon sens) et l’expérience. Ces deux valeurs sont la clef et le déverrouillage de la roseraie où fleurissent des roses blanches et rouges. Il n’y a que les sages qui cueilleront ces roses sans se blesser avec les épines. Nombreux furent ceux qui avec des mains de brigands s’introduirent secrètement dans la roseraie, ce qui ne leur apporta que du malheur.

Revenons, à notre rituel du 7° Degré et à la description du tablier du grade. Il est blanc doublé et borde de rouge, couleur de feu, au milieu duquel était une poche avec une rosette rouge et blanche.
Demande : Que représente la rosette rouge et blanche ?
Réponse : Le rouge représente le sang d’Hyram et le blanc la candeur des Maîtres. Il nous faut reconnaître les analogies incontestables entre la Maçonnerie et l’Alchimie. Les symboles du 7° Degré pour le Prévôt et Juge sont très proches de l’interprétation faite par  Michel Maier au XVII° siècle de l’emblème alchimique n° XXVII dans son livre. Reste à nous d’intérioriser cette formidable suggestion de force et de sagesse du degré pour être  digne de la tradition. Pour faire plus court je laisse à votre compétence l’évocation de l’ancien testament au sujet de porte d’airain et de verrous de fer. Il y a bien d’évidence une symbolique universelle pour les hommes de cour. La tradition nous transmet un formidable capital spirituel ne laissons pas le masque socioculturel troubler la simplicité du message. Si la clef nous est donnée il faudra savoir que nous l’avons dans la poche. A ce propos écoutons ce court dialogue entre deux soufis :

Je vendrai LE LIVRE DE LA VERITE pour une centaine de pièces d’or, et certains hommes diront : Ce n’est pas cher. Et moi, dit l’autre, je livrerai la clé qui permettra de le comprendre, et certains hommes n’en voudront pas, même si je la donne pour rien. Aidez-moi mes frères à ne pas être de ceux là ! ! !

J’ai dit.

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