Prévost et Juge
Non communiqué
Très souvent quand je commence un travail
maçonnique, le thème me semble
incongru. Quelques heures de réflexion sur le
sujet me font vite découvrir la profondeur symbolique des
rituels, en même temps que mes limites. C’est pourquoi j’aime
tant ces travaux collectifs qui nous font parfois ressentir dans notre
très fond une jouissance mi-intellectuelle mi-physique, en
écoutant la résultante de la réflexion
des autres.
Vu le temps imparti pour cette intervention je n’aborderai que deux
sujets : le Bijou du 7° Degré,
c’est-à-dire la Clef d’Or et l’Alchimie. J’aborde ce sujet
avec beaucoup de modestie et il me confirme la coexistence de
l’Alchimie et de la symbolique maçonnique
évoqué par plusieurs de nos frères au
cours de leurs travaux.
Dans cet Art Royal, dans ce cheminement royal, qu’avec
difficulté nous essayons de poursuivre, chaque
degré nous donne par le symbole un peu plus de connaissance
intuitive. L’instruction du degré nous dit :
D- Que vous a-t-il donné ?
R- Il me donne une clef d’or qui est la marque distinctive de ce
degré, ensuite les signes, l’attouchement et les mots.
D- Quel est l’usage de cette clef ?
R- Elle sert à ouvrir la cassette
d’ébène dans laquelle sont renfermés
tous les plans nécessaires à la construction du
temple.
La légende du grade nous dit, que la cassette contient le
cœur du Resp. Maître Hiram-Abif et que le
récipiendaire reçoit le grade de « prévôt
et Juge », gardien de la clef d’or. La cour dans
la symbolique a une vaste représentation, il est le centre.
Pascal nous dit que les grandes pensées viennent du
cœur et en Islam le cœur du croyant est le Royaume
de Dieu. Dans la tradition biblique le cœur symbolise l’homme
intérieur, sa vie affective le siège de
l’intelligence et de la sagesse. Cette sagesse du cœur
représentée par le Maître Hiram il nous
faudra apprendre à la cultiver et à la
préserver. Dans sa cassette il nous faudra la transmettre et
l’Ordre Maçonnique nous en donne la manière.
Pour accéder à un tel objectif il fallait pour le
moins une clef d’or. Cette clef c’est celle donnée
à l’initié à une période de
sa vie maçonnique ou le temps commence à faire
son ouvre. Le temps, partenaire important de la transmission pour le
Maçon en devenir, avec au commencement le centre de la
terre, les outils pour se découvrir, les voyages pour
connaître, la mort de l’initié pour une
renaissance collective et un sacrifice qui donne à celui-ci
la piste de la parole perdue. La clef d’ivoire nous donnant le sens de
l’incorruptibilité du devoir elle nous permet la recherche
de la vérité et de la parole perdue. Retrouver
cette parole pour la solution au problème de la quadrature
du cercle et la conséquence de se sentir libres et
égaux. Passer enfin par le risque de la curiosité
intelligente pour les autres et accéder à une
sage maturité nous donnant acte à ce 7°
Degré de pouvoir utiliser la Clef d’Or vers le chemin de la
lumière, vers l’ETRE.
Ce « Prévôt et Juge » gardien de cette clef d’Or, cet homme utopique pour notre époque, il doit être l’un des nôtres. Pour Aristote, la justice parfaite et génératrice d’un idéal existe en chaque homme. Il la connaît en lui-même, chacun en a « comme une divination ». Ce sens de la justice est « naturel et commun » et il ne reste qu’à le réaliser dans la vie des hommes. Ce symbole d’un lieu clos à ouvrir par l’homme à l’aide d’une clef, se retrouve dans les symboles spirituels de l’alchimie. Michel Mailler en 1617 décrit les figures connues et les figures légendaires de l’histoire de l’alchimie en douze chapitres : chacun étant introduit par une image symbolique ou allégorique. L’emblème XXVII est à propos de la sagesse. La gravure représente un homme sur ses deux jambes mais sans pieds, devant une porte cadenassée, donnant l’entrée à une roseraie entourée de murs et dans laquelle la rose rouge est une des appellations de la Pierre Philosophale. La devise est : « Celui qui tente de pénétrer dans la roseraie philosophique sans clef, ressemble à un homme qui veut marcher sans pieds ».
Epigramme
La Roseraie de la Sagesse abonde de fleurs différentes, mais
la porte est toujours fermée avec de solides verrous. Seule
une chose de peu de valeur peut être trouvée dans
le monde, et c’est elle qui en est la clef. Sans cette clef vous
marcherez comme quelqu’un sans jambes. Vous essayerez en vain de gravir
le sommet du Parnasse, vous qui avez à peine la force de
vous tenir debout sur le sol. Dans les commentaires il est
demandé aux hommes, dans l’ouvre philosophique, de ne pas se
fient uniquement à Vulcain (le feu) et d’oublier
Athéna (La sagesse). Ils auront des fruits difformes, qui ne
sont pas capables de se tenir debout, ni d’être de quelque
utilité à quelqu’un d’autre. Un homme
à deux jambes pour marcher, et dans la chimie les deux
jambes sont la raison (le bon sens) et l’expérience. Ces
deux valeurs sont la clef et le déverrouillage de la
roseraie où fleurissent des roses blanches et rouges. Il n’y
a que les sages qui cueilleront ces roses sans se blesser avec les
épines. Nombreux furent ceux qui avec des mains de brigands
s’introduirent secrètement dans la roseraie, ce qui ne leur
apporta que du malheur.
Revenons, à notre rituel du 7°
Degré et à la description du tablier du grade. Il
est blanc doublé et borde de rouge, couleur de feu, au
milieu duquel était une poche avec une rosette rouge et
blanche.
Demande : Que représente la rosette rouge et blanche ?
Réponse : Le rouge représente le sang d’Hyram et
le blanc la candeur des Maîtres. Il nous faut
reconnaître les analogies incontestables entre la
Maçonnerie et l’Alchimie. Les symboles du 7°
Degré pour le Prévôt et Juge sont
très proches de l’interprétation faite
par Michel Maier au XVII° siècle de
l’emblème alchimique n° XXVII dans son livre. Reste
à nous d’intérioriser cette formidable suggestion
de force et de sagesse du degré pour
être digne de la tradition. Pour faire plus court
je laisse à votre compétence
l’évocation de l’ancien testament au sujet de porte d’airain
et de verrous de fer. Il y a bien d’évidence une symbolique
universelle pour les hommes de cour. La tradition nous
transmet un formidable capital spirituel ne laissons pas le masque
socioculturel troubler la simplicité du message. Si la clef
nous est donnée il faudra savoir que nous l’avons dans la
poche. A ce propos écoutons ce court dialogue entre deux
soufis :
Je vendrai LE LIVRE DE LA VERITE pour une centaine de pièces d’or, et certains hommes diront : Ce n’est pas cher. Et moi, dit l’autre, je livrerai la clé qui permettra de le comprendre, et certains hommes n’en voudront pas, même si je la donne pour rien. Aidez-moi mes frères à ne pas être de ceux là ! ! !
J’ai dit.