#406012

Le sort en a décidé et la caverne m’est connue

Auteur:

M∴ S∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Nous pouvons percevoir deux parties.

La première : « Le sort en a décidé » nous signifie que le roi Salomon a tiré au sort 9 Maîtres parmi les 90 présents. JOABEN sera l’un d’eux.

Ce n’est pas un inconnu, nous le connaissons depuis le 6ème degré de Secrétaire Intime. Par excès de zèle, il avait d’ores et déjà défavorablement attiré l’attention en se dissimulant pour écouter la conversation entre SALOMON et HIRAM Roi de Tir.

Salomon aurait pu désigner lui-même les 9 M M mais il ne le fait pas, il préfère s’en remettre au hasard. Il a probablement craint de créer une injustice en préférant tel ou tel Maître. Le sort est de fait plus impartial et il lui fait confiance, espérant peut-être que le choix sera guidé par le GADLU ?

Quant à la deuxième partie de la phrase : « La Caverne m’est connue », elle concrétise un enseignement riche de symboles.

Nous pouvons nous reconnaître dans le « m », et l’expression « m’est connue » n’est pas sans nous rappeler « l’acacia m’est connu » du 3ème degré.

La Caverne représente le siège de la conscience humaine, archétype de la matrice universelle ; elle s’apparente au creuset des alchimistes pour atteindre le « solve et coagula », processus de transformation de l’Etre dans un lieu de renaissance et d’initiation. Elle est plongée dans le noir, couleur qui représente la fin d’un cycle précédant la régénération.

Elle symbolise également l’exploration du moi intérieur, le moi primitif, notre centre, refoulé dans les profondeurs de l’inconscient.

C’est le lieu de passage initiatique obligé si nous désirons revenir aux origines afin de chercher inlassablement la Vérité.

Sur un plan positif, la Caverne est un refuge. Sur un plan négatif, elle est la cachette de celui qui cherche, dans l’ombre, à fuir la Justice et la Vérité.

Il n’est pas possible de parler de la Caverne sans évoquer la célèbre allégorie de Platon dont nous connaissons toutes la signification. Elle symbolise l’être humain dans sa marche vers l’intelligence, la délivrance de ses liens, et son ascension possible vers la Connaissance.

La Caverne de l’Elu des neuf correspond à l’œuvre au noir, et le sang versé la fait passer à l’œuvre au rouge. Le cordon du 9ème degré est noir et 9 rosettes rouges figurent sur sa pointe. Le tablier bordé de noir est tacheté de rouge. De même le Temple est tendu de noir et parsemé de flammes rouges. Ainsi l’œuvre au noir passe à l’œuvre au rouge, et JOABEN subit cette transformation alchimique.

Nous pouvons remarquer queles 4 éléments sont présents dans la caverne : la terre (la caverne), l’air, l’eau (la source) et le feu (la lampe). Dans la Caverne (rappelant le cabinet de réflexion) ils conjuguent leurs principes, permettant ainsi à l’œuvre de mutation de s’effectuer.

Enfin, la Caverne est aussi le symbole du combat incessant entre l’élan spirituel vers la lumière, et l’inertie matérielle qui fait régresser dans les obscurités de l’âme.

Les funérailles du Maître ayant eu lieu, le temps de la Justice semble venu. Or, soulignons le, il ne sera pas question de Justice, mais de Vengeance. Nous sommes au grade d’Elu des Neuf, au premier des 3 grades de Vengeance, les seuls grades où nous retrouverons le terme d’Elus. L’Elu des neuf peut également être appelé l’Elu Vengeur, ou l’Elu de l’Inconnu.

Pour parvenir dans la Caverne nous serons guidées par un étranger, un Inconnu.

Pourquoi par un Inconnu ? Peut-être parce qu’il représente la providence, et qu’il peut à ce titre symboliser l’inconscient.

L’Inconnu ouvrira des portes, et si nous sommes dans un état d’écoute et de réceptivité nous pourrons entendre les messages spirituels venus des profondeurs de nous-mêmes, de notre inconscient, de cet inconnu qui est en nous.

Après une longue marche JOABEN découvre la Caverne cachée par un Buisson ardent. Le Buisson ardent, tel celui de Moïse qui y reçut une révélation (celle du Décalogue), peut symboliser la présence du G A D L U… dont on peut alors penser qu’il n’est peut-être pas étranger au tirage au sort ? Le choix des Elus n’avait-il pas pour but de nous mettre sur le Chemin, et d’éclairer les actions à accomplir ?

Le propre d’un buisson c’est qu’il pique, et le fait d’être ardent lui donne la possibilité de brûler. Par son intense éclat de lumière celui ci cache l’entrée de la Caverne, et fait une sorte d’écran dissimulant la grotte afin de rendre son accès plus difficile.

La caverne est plongée dans les ténèbres.

A l’intérieur : une lampe est posée sur un rocher. Elle apporte la lumière providentielle, symbole d’espérance, et montre que même dans les lieux les plus sombres, nous pouvons trouver une Lumière, peut-être même d’inspiration divine. Elle est aussi l’image du feu qui brûle en nous, ce feu qui pourra nous éclairer, l’étincelle de notre vie intérieure.

A la lueur de cette lampe JOABEN trouve l’assassin endormidans la Caverne ; il est couché sur le dos. Endormi, donc à la merci de risques éventuels, tout comme nous si nous ne sommes pas vigilantes.

Je suis aussi, symboliquement, cet Homme couché et endormi sur le sol de la caverne. Avec la conscience d’une possible culpabilité, quelque peu perdue, et cherchant refuge dans le sommeil pour oublier et effacer la matérialité des actes dont nous ne sommes pas toujours fières.

Le sommeil est une évasion, une fuite de l’action entreprise, de la réalité d’un fait, ou d’un mal-être.

La confrontation avec le traître ABIRAM n’est donc en réalité qu’uneconfrontation avec soi-même.

Le Rituel nous dit que JOABEN, tout à sa colère, agissant sous la passion, et oubliant les ordres de Salomon, pénètre le premier dans la Caverne et le tueavec le poignard trouvé à ses pieds, en le frappant au front puis au cœur.

Unpoignard est utilisé pour cela, et non une épée qui est souvent l’arme d’un combat loyal. Son manche est d’or et sa lame est d’argent, il est bi- métallique, parfait symbole de l’éternelle dualité.

Le poignard est une arme de pénétration : elle n’a pas la qualité symbolique de l’épée pouvant séparer le bien du mal. C’est une arme d’estoc, très courte, à la pointe acérée, arme de traîtrise car facilement dissimulable, et qui frappe comme un éclair.

Le coup donné vient d’en haut, il foudroie, transperce.

Dans les ténèbres et le sommeil, le poignard frappe et pénètre la tête, donc l’esprit (ou intelligence) ; puis le cœur (l’âme, les sentiments).

Lui trancher ensuite la tête, sera symboliquement séparer l’essence de la substance, l’esprit de la matière.

Tout aussi symboliquement, en coupant la tête de l’assassin il décapite les mauvaises habitudes et les pensées négatives qui empêchent toute progression.

Cette action plongeante du poignard n’est-elle pas le symbole de l’intuition fulgurante, incontrôlée, qui parfois nous pénètre soudain au plus profond de nous-mêmes pour nous guider vers la Lumière ?

Comme Judas, qui a accompli la Destinée que seul l’Inconnaissable avait tracée pour lui dans le drame de la Passion, JOABEN a en quelque sorte « fait son Devoir ».

Il est intéressant de noter qu’il ne s’est pas servi d’une arme personnelle, mais de celle trouvée aux pieds de l’assassin, effectuant ainsi un retournement de l’arme contre son détenteur initial.

Avant d’expirer, dans son dernier souffle, le criminel prononça le mot NEKAH qui en hébreu signifie « blessure ». A cela, JOABEN lui répondit NEKAM qui veut dire « vengeance ». Ces deux mots sont ainsi devenus les deux mots sacrés du 9ème degré.

Son forfait accompli, JOABEN trouve une sourceet y assouvit sa soif.

C’est le moyen de se désaltérer mais aussi, et surtout, de se purifier ; la source est le symbole de l’eau naissante de la terre et de la fécondation permettant à la germination future d’avoir lieu.C’est un signe qui signifie qu’au coeur même des ténèbres se trouve des sources de vie.
Cette eau jaillissante, véritable « eau de Vie » purifiante, permet de se ressourcer et de retourner à l’état originel d’innocence et de simplicité, préfigurant ainsi le pardon et la clémence de Salomon.

JOABEN prend conscience du caractère brutal de son acte et réalise que son jugement s’est égaré dans une sorte de vendetta personnelle. Il comprend que la vengeance aveugle qui l’a guidé n’était qu’un acte de pulsion personnelle.

Il a confondu « justice »et « vengeance ».

Par son geste c’est lui-même qu’il a atteint. Toutefois on peut aussi penser que cette vengeance au 9ème degré représente une sorte de « libération » de JOABEN, car il a été Compagnon, donc symboliquement meurtrier ou tout au moins complice dans l’assassinat de Maître HIRAM.

En tuant ABIRAM il venge Maître HIRAM (qu’il est lui-même devenu au 3ème degré), et il se libère de sa mauvaise conscience de Compagnon.

Il a fait là une action individuelle, mais utile au collectif.

Fortes de ces enseignements il nous appartient à nous, Franc-Maçonnes, de tirer les leçons de tous les symboles de la Caverne, et en particulier de bien faire la nuance entre la Justice (guidée par la raison) et la Vengeance (guidée par l’émotion).

L’Elu des Neuf évoque la question de la transgression de la loi et met en lumière les dangers et les méfaits des pulsions vengeresses.

Le Devoir, et la recherche de la Vérité et de la Justice, impliquent de « séparer le subtil de l’épais » …encore faut-il nommer « l’épais », le ressentir, le localiser, et pour ce faire, il y a un passage nécessaire par ces grades dit de Vengeance, un passage par la « noirceur », étape utile et nécessaire à la réalisation de l’œuvre en devenir.

Se venger c’est tuer celui qui a tué, châtier le criminel par le même acte que celui qu’il a commis. Agir ainsi équivaut à se placer au même niveau que l’assassin.

Notre élévation morale doit nous aider à choisir la Justice afin de respecter les Droits et les Devoirs des Hommes. Pour cela, nous nous devons, plus que jamais, de maîtriser et de vaincre nos passions.

Nous apprenons que nous nous devons d’oeuvrer pour l’Universel au travers du particulier.

Alors que le Maître secret ne doit « pas prendre les mots pour des idées mais chercher les idées qui se cachent derrière les mots », le Maître Elu des Neufs doit savoir discerner et analyser le « non-dit » et raisonner sur le conscient et l’inconscient de l’être.

La Caverne est clairement une invitation à descendre dans les profondeurs de notre moi, dans notre propre inconscient, là où se terrent nos tyrans intérieurs.

Tout comme l’Elu, il est du Devoir de chacune d’entre-nous de toujours s’appliquer à supprimer les mauvais compagnons qui font partie intégrante de notre personne et qui ressurgissent souvent.

Son acte criminel accompli, JOABENretourne vers ses F F. Ceux-ci, voyant la tête coupée du meurtrier lui reprochent aussitôt d’avoir désobéi à Salomon, car celui-ci avait projeté d’infliger un supplice au meurtrier d’HIRAM.

Pourtant, à aucun moment, la faute n’est stigmatisée par le groupe.

Au contraire, JOABEN ne sera pardonné de son geste, de son excessif empressement, de son excès de zèle, que grâce à l’intervention de ses F F auprès du Roi Salomon.

L’indulgence et la clémence de SALOMON est donc inspirée par la démarche collective des autres Maîtres qui, par leur fraternelle aide, sauvent JOABEN.

Cette réaction nous fait prendre conscience que nous avons toujours besoin du soutien de nos SS, et que ce soutien doit fonctionner dans les deux sens. Salomon a peut-être aussi réalisé que JOABEN n’est pas, lui non plus, de nature divine donc sujet à l’erreur, comme nous le sommes toutes !

Ce drame est fondateur d’une nouvelle dimension dans notre évolution.

Il y a en nous un besoin de pénétrer, d’aller à l’intérieur des choses et à l’intérieur de notre être. La caverne, située à l’intérieur de la montagne sacrée, en est une belle illustration.

Entrer dans la caverne et s’y cacher, c’est endurer la souffrance provoquée par la mauvaise conscience et comprendre ainsi les tourments du péché et des mauvaises actions.

Nous pouvons penser qu’un des messages du 9ème degré est qu’il faut, pour progresser, effectuer une vraie prise de conscience des composantes antagonistes formant notre personnalité. Il n’est plus question de vengeance, mais d’acceptation et de pardon. Reste néanmoins que JOABEN demeurera coupable aux yeux du Roi, même s’il est pardonné. Le pardon n’est pas lié à l’oubli de la faute.

Les grades de Perfectionnement nous enseignent que pour poursuivre notre progression la transgression peut est un acte positif, car elle permet de dépasser nos limites pour accéder à une étape supérieure.

Dans le 9ème degré en particulier, il nous est clairement indiqué qu’il vaut mieux agir que rester passif, et ce, même au prix d’une transgression.

En conclusion : Ce grade de Vengeance a un rituel qui m’a quelque peu dérangée car il m’amène à me poser une question très importante : « Suis-je, moi, Femme qui ai reçu la Lumière, prête à explorer sans concession, avec lucidité et honnêteté, ma part d’ombre telle que celle trouvée dans la Caverne? »

Mon ascension initiatique est pourtant à ce prix !…

J’ai dit.

Vous devez être abonné pour accéder à ce contenu


S'abonner

Retour à l'accueil