#406012

Le Juste sera dans la joie à la vue de la vengeance

Auteur:

P∴ P∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
:  NC


Il existe différentes façons à mon avis, d’approcher ce présent thème.


Notre vécu, la culture, la croyance, notre personnalité peuvent in tantinet à ce propos nous aider à donner soit un éclairage particulier propice à un examen de conscience, ou nous laisser en somme frémir sur les voies d’une quête non pas provocatrice, mais plutôt curieuse, voire interrogative.



Pour développer cette pensée, il m’a semblé opportun pour avancer sur le sujet tout d’abord de revenir sur l’histoire du grade, et poursuivre la réflexion avec le soutien des écritures bibliques et philosophiques initiées par des Maîtres plus aguerris que moi aux subtilités symboliques de ce troisième millénaire.



Le tableau de l’histoire :


« L’inconnu qui alla déclarer à Salomon la retraite d’Abiram le meurtrier, s’appelait Perignan. C’était un ouvrier qui travaillait dans les champs et les bois.


Un jour qu’il était auprès d’une caverne, dont l’entrée était masquée par un buisson, celle-ci préservant la retraite du scélérat recherché, voici que Perignan aperçut un homme tout effrayait qui se cachait. Sa curiosité le porta à suivre cet homme nommé Abiram, qui, croyant être poursuivi et découvert, se jeta saisi de peur aux pieds de l’Inconnu. Il lui avoua son crime, lui demanda le secret sur le lieu de sa retraite et le pria de lui donner quelque chose pour apaiser sa faim.


Il accompagnait ses prières d’un ton et d’un air si suppliants que l’Inconnu, touché, lui donna même de quoi à vivre pendant quelques jours.


Mais Perignan se rendit à Jérusalem le septième jour de la retraite d’Abiram pour y chercher des vivres pour lui-même et l’assassin ; c’est alors qu’il entendit publier l’Edit de Salomon qui ordonnait à tous ceux qui avait connaissance de ce qui pouvait avoir un rapport avec l’assassin d’Hiram, d’en donner aussitôt avis aux autorités sous peine de punition exemplaire.


L’inconnu se croyant en conscience et avec juste raison obligée d’obéir à son prince plutôt que de garder le secret d’un scélérat, fit aussitôt demander audience à Salomon pour lui déclarer ce qu’il savait et dénonça le lieu de la retraite d’Abiram.



Comme il est dit au commencement de cette histoire, Salomon y envoya neuf maîtres zélés, mais ses ordres ne furent pas exécutés comme il l’avait prescrit en raison du trop grand zèle de l’un d’entre eux, nommé Nistohin (dans cette version il ne s’agit pas de Johaben) qui tua Abiram. Il lui coupa la tête et la porta à Salomon qui lui fit grâce de sa désobéissance en raison de son zèle.



Salomon fit embaumer la tête d’Abiram et la fit planter sur une pique à la porte septentrionale du temple avec un poignard qui la traversait, pour faire connaître à tous l’instrument qui avait puni le crime. Elle y resta tout le temps et pour leur ôter l’envie de commettre quelque crime ; ensuite, elle fut transportée sur la porte de la ville du côté Nord, jusqu’à ce qu’elle fût détruite par le temps. »



Voilà donc un récit digne des chroniques d’un fait divers.


Pour autant, il est judicieux à ce propos d’en analyser sa chronologie.


Pour cela penchons-nous sur le mobile de l’action qui comporte trois éléments essentiels : le désir de vengeance, l’instrument de la vengeance et enfin l’intercession pour obtenir le pardon de Salomon.



Les écritures bibliques, voire philosophiques initiées par des Maîtres :



Voici donc sommairement citées les questions qui vont éveiller notre sagacité, pour nous permettre de faire évoluer notre intime cheminement. Il est du devoir de chacun de supprimer ses mauvais compagnons qui sommeillent en lui, de les transmuer en bons compagnons, en changeant : l’ignorance en Connaissance ; le fanatisme en Tolérance (ce qui ne veut pas dire laxisme) ; l’ambition en détachement ; la vanité en Simplicité ; l’orgueil en Humilité.



« Ils pêchent dès qu’ils ouvrent la bouche ; qu’ils soient pris à leur orgueil puisqu’ils mentent et qu’ils maudissent ! »



Sénèque à ce propos insiste sur l’aspect vénal, à partir duquel l’homme épanche ses vices inavoués : « Épargnons à la vertu le malheur de donner à la raison les vices pour appui. Avec eux, point de calme sincère. Nécessairement flottante et à la merci des orages, n’ayant pour pilotes que les auteurs de sa détresse, ne devant son courage qu’à la colère, son activité qu’à la soif de l’or, sa prudence qu’à la crainte, sous quelle tyrannie vit notre âme, esclave qu’elle est de chaque passion ! N’a-t-on pas honte de mettre la vertu sous le patronage du vice ? ».



Irène MAINGUY précise dans ce même ordre d’idée : « Enchaîné par ses passions, l’homme déchu n’a qu’une vue partielle du monde, qui reste limitée au domaine du pouvoir et de l’avoir (mobiles de son crime).


On communique avec le monde extérieur par les organes et les sens, mais ceux-ci ne donnent qu’une vision partielle et partiale des choses ».



Tout être qui a entrevu la lumière doit la faire croître en lui et la servir en la reconnaissant comme son Maître intérieur. En cas contraire, il étouffe le germe reçu de l’influence spirituelle. En fait, ce n’est pas si simple, le parcours de la Voie se fait entre veille et sommeil jusqu’à l’éveil permanent de la conscience ; lorsqu’on se coupe de cette dimension transcendante, on devient alors son propre meurtrier.


En fait, à chaque fois, le tirage au sort se substitue à la main de la Providence pour désigner ceux qui, dans le secret d’un coeur pur, font preuve des vertus nécessaires pour devenir des initiés véritables, les rendant aptes à affronter de nouvelles épreuves.



Il est essentiel à mon humble avis de se pencher sur les définitions de vengeance et de justice, la première ayant un aspect obscur, la seconde un aspect lumineux.



« Et moi, je chanterai ta force, au matin j’acclamerai ton amour.


Tu as été pour moi un rempart, un refuge au temps de ma détresse »



Entouré de violents et de traîtres, le fidèle cherche son refuge en Dieu, le Très-Haut, qui interviendra en gloire. L’âme anticipe la louange millénaire. La justice a pu sembler se taire, mais le moment est venu pour juger l’iniquité de l’homme fourbe et violent et prouver qu’il y a un Dieu qui juge sur la terre.


La justice commence par la vengeance sur les méchants et par le fruit pour le juste.



Irène MAINGUY remarque sur ce sujet que : « L’on peut définir la vengeance comme une justice individuelle expéditive, sous l’impulsion de la passion et de l’aveuglement, alors que le sens de cette vengeance correspond à une démarche qui relève d’un consensus de réparation, selon la loi action/réaction. Renoncer à la vengeance passionnelle pour s’en remettre à la justice collective est le propre de la véritable maîtrise qui converti l’ombre en lumière et contribue à étendre l’équité sur le plan social ».


Et l’histoire souligne aussi : « Johaben doit-il échapper à l’expérience de la désobéissance ? S’il est nécessaire qu’il descende en lui-même, Johaben ne peut s’empêcher de transgresser l’ordre donné par Salomon car sa volonté est encore tributaire de la passion. Lorsque Johaben s’exclame : « Tout est accompli », c’est l’achèvement d’un cycle de destruction et d’obscurités certes, mais bientôt suivi d’un nouveau cycle de reconstruction. Grâce à l’intercession de ses compagnons et à la miséricorde de Salomon, Johaben est gracié, bien que meurtrier à son tour, car sa faute était due à une intention pure, liée à la mémoire du Maître disparu ».



La justice est une des quatre vertus cardinales aux côtés de la prudence, de la force et de la tempérance. Elle est inhérente à l’ordre et à l’administration d’une société, comme au règlement de la condition humaine. Ceci introduit la notion du Juste qui est défini comme étant celui qui agit selon la justice, avec le consensus accepté de toutes les parties, c’est à dire en rendant à chacun ce qui lui est dû.



Dans l’Absolu, seul l’Eternel est juste. Sa justice récompense les hommes justes et châtie les impies. La Justice est une mise en application exacte de la rigueur et de la miséricorde en fonction des situations, des individus et des circonstances.



C’est par l’exercice donc de ces vertus que nous sommes amenés à pratiquer les autres : aimer son prochain, ami ou ennemi, met en effet sur la voie de la justice, puisqu’il s’agit de juger en toute impartialité. On ne juge pas quelqu’un, mais son prochain ; de même, la foi aide à être juste, car celui qui croit en Dieu croit en sa bonté, et donc en sa justice. Dès lors, l’aspiration à la justice devient comme une évidence qui dépasse la seule relation aux autres, certes essentielle, que permet la justice de la société ; c’est la relation à Dieu qui est en jeu, et donc par voie de retour, la relation à soi-même, ce que garantit aussi l’amour du prochain.



« Si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde point, ce n’est pas moi qui le juge ; car je suis venu non pour juger le monde, mais pour sauver le monde. Celui qui me rejette et qui ne reçoit pas mes paroles a son juge ; la parole que j’ai annoncée, c’est elle qui le jugera au dernier jour (Saint Jean – 12 : 47-48) »


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Car, redisons-le encore, c’est parce que le Seigneur nous accompagne dans toutes nos activités qu’il nous est possible d’être justes. Comme le dit le Christ, ne craignons pas : ne nous laissons pas obnubiler par cette crainte du Jugement.


Nous ne devons pas être justes pour éviter la damnation éternelle, ce serait faire fausse route ; nous devons seulement accepter que le Christ nous aide sur ce chemin, et pour cela nous devons mettre toute notre foi en lui, comme nous invite à le faire saint Paul. Vivons tous les jours dans la paix et la foi du Christ, il saura diriger nos pas, pour peu que nous le voulions. Et avec le psalmiste, demandons à notre âme de bénir le Seigneur, car « le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère, et plein d’amour, sa justice demeure à jamais…»


Le conflit est intérieur. La détresse atteint et pénètre l’âme du juste à travers le souvenir d’un bonheur perdu, l’expérience de la caducité de tout appui humain, aussi bien moral que matériel, l’angoisse de la trahison, du mensonge, du péché…



Le sacrifice même est vain, à moins qu’il implique, au fond du cœur, la reconnaissance que Dieu seul est roi, l’unique rocher capable de sauver.



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