11° #408012

Le 11ème degré – légende et principaux symboles

Auteur:

D∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

En préambule de cette planche, je veux dire combien je me félicite d’avoir eu à traiter le thème du « 11ème degré : légende et principaux symboles ».

 En effet, qui d’entre nous, mes T C F Grands Elus de la Voute Sacrée, alors que, lors d’une même cérémonie initiatique, nous sommes passés du 4ème grade au 14ème grade, se souvient précisément des légendes et symboles attachés à tous les grades intermédiaires ? …Ce morceau d’architecture aura donc eu pour moi le mérite de m’avoir fait lire de nombreux documents concernant ce grade, de synthétiser tout ce qui m’a paru important pour une bonne appréhension de ce grade, de faire preuve de pédagogie pour vous remettre en mémoire les éléments essentiels à retenir, d’avoir alimenté ma réflexion personnelle et de l’intégrer dans mon cheminement maçonnique et enfin de vous proposer quelques points susceptibles de lancer le débat qui ne manquera pas de suivre.

Le 11ème grade est celui de « Sublime Chevalier Elu », le dernier degré de la classe des Elus qui, comme vous le savez, en comprend trois : le 9ème degré dit l’élu des neuf, le 10ème degré dit l’élu des quinze et le 11ème degré dit l’élu des douze, tous trois grades d’élus ou grades de vengeance qui succèdent aux grades de perfectionnement.

Ce dernier degré est un degré très particulier sur le chemin initiatique puisque c’est un degré de récompense, ( le11ème degré reconnaît l’initié en tant que Homme vrai en toutes circonstances, c’est-à-dire un authentique Maître Maçon).Cette récompense vient couronner une trajectoire appelée « la descente aux enfers » (9ème degré qui évoque la question de la transgression de la loi et met en lumière les dangers et méfaits des pulsions vengeresses), suivie de la remontée à la lumière (10ème degré qui fait passer de la vengeance à la justice collective afin que toutes les passions soient épuisées), parcours parsemé d’épreuves qui ont été surmontées et dans lequel, si le mérite joue bien sûr un rôle, le hasard n’en joue pas moins le sien.

Rappelons-nous enfin que ce 11ème grade est celui de la récompense, j’y vois plutôt celui d’une nouvelle conscience. Ce qui a été demandé au « Sublime Chevalier Elu », son action pratique au service du Devoir, lui a permis, en étant descendu au fond de sa conscience de remonter vers la lumière avec une détermination renforcée et définitivement acquise, il est ce chevalier maître de sa monture, celui qui sait dominer ses passions, son ego, son égoïsme, qui lutte pour la Justice, la Vérité et fait de son existence le Devoir. Le Maître, c’est lui, il a résolu ses conflits par l’effet de sa volonté et d’une remise en question profonde et quotidienne, et c’est bien là tout le grade de Maître qui se développe. On le dit « Sublime », matérialisant ainsi le changement d’état de sa démarche spirituelle. Quant au terme d’Elu accolé au 9ème, 10ème et 11ème grades, il signifie « choisi ». Disons, pour finir avec cette définition, que le terme « grade d’Elus » est moins couramment utilisé que celui de « grade de vengeance ».

Après ces rappels permettant de remémorer la signification de ces degrés, revenons à la légende et souvenons-nous que, après avoir puni les meurtriers d’Hiram, Salomon est résolu de récompenser le zèle et la constance des Elus des quinze(10ème degré). Toutefois, c’est parce que des plaintes sont exprimées concernant la levée des impôts dans le royaume qu’est proposé au roi Salomon de ne plus affermer les impôts mais de confier la gestion à des officiers du roi agissant comme des représentants dans chacune des provinces du royaume. Salomon décide alors (pourquoi ? l’Histoire n’en dit rien…), afin de n’en favoriser aucun d’entre eux, que douze élus (certains auteurs interprètent ce nombre comme la somme 3+5+7, expression du choix de Maîtres ayant parfaitement intégré les enseignements successifs des trois degrés des loges bleues), ces douze élus seront désignés par tirage au sort parmi les quinze. Précisons, à ce stade de rappel de la légende, que le choix des Elus appelés à assumer, à la demande de Salomon, la gestion du royaume est soumis à une lecture du Hasard comme s’il y avait une prédestination à l’accomplissement de ce devoir. Il n’y a pas acte de candidature, il n’y a pas élection, il n’y a pas vote, il n’y a ni boule blanche ni boule noire, il y a tirage au sort. Salomon crée donc un nouveau grade, celui de l’Elu des douze (11ème degré), il les constitue en Chapître et leur confie le gouvernement des douze tribus d’Israël. Il leur donne le titre d’Emerek, en référence à Emerek, le nom d’un Elu, nom que l’on traduit par Homme vrai. Le qualificatif « vrai » ne doit pas être pris dans le sens réducteur du contraire de faux, mais plutôt dans l’idée de vérité, d’authenticité. Cette authenticité, cette justesse dans le cœur et dans les actes doit se pérenniser. Cette récompense est donnée pour les pensées et les actions menées jusqu’à ce jour, mais c’est aussi une espérance et une quête pour l’avenir. Salomon leur montre les Tables de la Loi, les arme de l’épée de justice qui va leur permettre de rendre la justice et de faire respecter la loi.

A ce stade de la légende, nous devons nous interroger sur deux notions, celle du Devoir et celle du Hasard, la première de ces deux notions m’ayant conduit dans mon parcours maçonnique à plancher sur « le Chemin du Devoir conduit souvent à la Vérité » Rappelons-nous notre initiation au grade de Maître Secret et la place déterminante du Devoir à ce degré. Cette conception maçonnique du Devoir – grande loi de la Franc-Maçonnerie : « Inflexible comme la Fatalité, Exigeant comme la Nécessité, Impératif comme la Destinée » – retient notre adhésion même si c’est sur cette conception même du Devoir que peut porter aujourd’hui l’essentiel de nos interrogations. Nous voulons bien la concevoir comme inflexible même si nous reconnaissons toutefois que les qualificatifs exigeant et impératif la rendent parfois limite avec les capacités humaines. Or nous ne sommes que des êtres humains avec nos défauts et nos contradictions et nous avons conscience du travail restant à fournir pour atteindre un haut niveau de maîtrise spirituelle, malgré notre soif de connaissance et nos efforts pour y parvenir. Il est facile au quotidien de respecter certaines règles que l’on se fixe, de se comporter suivant une éthique qui nous est propre mais dont les fondements sont identiques pour tous, dominer ses passions, soumettre sa volonté, réfléchir avant d’agir, ne pas faire à autrui ce que l’on n’aimerait pas qu’il nous soit fait.

La deuxième notion évoquée concerne le Hasard illustré dans le contexte de la légende par le tirage au sort, méthode à laquelle il est d’usage de recourir pour prendre une décision, faire un choix, et où le résultat est laissé au hasard, ce hasard autrement défini par ailleurs comme étant la rencontre fortuite d’évènements imprévisibles.

 Si nous revenons à la légende du grade, les quinze Elus ont tous accompli leur devoir conformément aux ordres, mais seulement douze d’entre eux seront choisis par le Hasard. pour être élevés au 11ème degré que Salomon crée spécifiquement pour eux. A première vue, cet acte de récompense de la part de Salomon porterait une part d’injustice puisque, parmi ceux qui en principe y auraient droit, tous ne seraient pas directement concernés. En outre, s’il est juste de récompenser tous ceux qui ont accompli par obéissance leur devoir, est-il juste de ne récompenser par tirage au sort que quelques uns ? Le roi décide bien du principe de la récompense, mais il n’est pas l’acteur direct de celle-ci car c’est le Hasard qui en dernier lieu décide. Ne pas être récompensé alors que l’on a accompli son Devoir comme les autres qui eux sont récompensés, est une épreuve autrement difficile qu’il faut apprendre à surmonter, au même titre que être récompensé alors que d’autres ne le sont pas, est autant une épreuve à vivre et à surmonter. Quel sens revêt une récompense matérielle pour l’ego de ceux qui en bénéficient par l’effet du hasard et quel sens peut également revêtir cet effet du hasard pour l’ego de ceux qui peuvent le ressentir comme une forme d’injustice ?

L’humilité est en fait la valeur fondamentale de la classe des Elus, le tirage au sort associe dans son principe égalité, justice et humilité par des liens étroits. Au 11ème degré, notre devoir est d’accepter d’être tiré au sort pour être récompensé ou ne pas l’être, alors que nous avons accompli avec succès les mêmes épreuves que nos Frères. Rappelons-nous la sentence du 11ème grade : « les Frères dignes reçoivent tôt ou tard leur récompense » et la devise du grade « vaincre ou mourir ». « Sublimes Chevaliers Elus », nous nous devons de nous vaincre en combattant nos vices et nos passions, combat qui durera jusqu’à notre mort pour être dignes du Maître assassiné Hiram. L’ennemi, bien que souvent derrière nous, (se rappeler le beau symbolisme du miroir qui nous renvoie à nous même) est aussi devant nous. Continuons à accomplir notre Devoir en luttant contre nos propres imperfections. Pour atteindre la vérité, la transgression expérimentale, les erreurs, sont nécessaires à condition qu’elles soient a posteriori analysées pour se nourrir de leurs enseignements. C’est par l’expérience pratique de notre vie initiatique continuée à l’extérieur du temple, que les initiés que nous sommes trouvent ou retrouvent l’étincelle que chacun de nous porte en lui.

Devoir, récompense, Hasard, justice et humilité, voilà quelques uns des maîtres-mots de ce 11ème grade dit des Elus ou de vengeance, mais rappelons-nous que « Sublimes Chevaliers Elus » notre nom est Emerek qui signifie Homme vrai en toutes circonstances.

J’ai dit, T F P G M et vous tous Grands Elus de la Voûte Sacrée.

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