Neqam
B∴ L∴
Ordo Ab chao, Deus Meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du suprême Conseil
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33èmeet dernier Degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France.
Sublime grand Maître et vous tous mes frères Grand Maitre Architecte en vos grades et qualité.
Neqamsignifie en hébreu (vengeance ou châtiment) Noun, Kof, Mem sont les trois lettres de la racine. Il s’emploie sous cette forme au masculin, ou bien en ajoutant un Hé et devient alors NEKAMAH et est du genre féminin. Il est rare que l’hébreu maçonnique coïncide avec l’hébreu réel. C’est le cas pour ce mot. Les degrés qui l’honorent sont appelés : grades de vengeance.
Le thème des degrés d’élus s’articule autour de la recherche et du châtiment des meurtriers d’Hiram. La première mention de ce mot dans la Bible intervient à propos de l’histoire de Caïn (Genèse 4-15). Caïn, on le sait, est le premier meurtrier et comme le premier meurtre se commet au commencement de l’humanité, il est forcément le premier fratricide. Or, après avoir commis son crime, Caïn n’éprouve pas de remords et craint à son tour d’être tué. Il dit à l’éternel : Je vais errer de par le monde et qui me trouvera me tuera. Et l’éternel fit une réponse étrange. Au lieu de rétorquer, à la manière de ce qu’il est convenu de nommer (les honnêtes gens) c’est bien fait pour toi, tu n’as que ce que tu mérites ! Il dit ceci : Quiconque tuera Caïn sera puni au septuple et en outre il protège Caïn par un signe. Je m’interrogetoujours à ce jour sur cette punition au septuple et cette protection ?
Neqam est le mot de plusieurs degrés, on le retrouve à terme au 9 ème, 10 ème, 11 ème, 12 .
Au 9ème degré le Roi Salomon confia à neuf Maitres qui furent désignés par tirage au sort la charge de trouver les assassins du Maitre Hiram Habif, l’un d’entre eux nommé Johaber, devança les autres il arriva le premier devant la caverne ou se cachait un des assassins d’Hiram Habif. La fureur l’emporta sur la raison et les recommandations du Roi Salomon, Johaber poignarda l’assassin à la tête, puis au cœur, lui trancha la tête et la plaça à coté du poignard ensanglanté. Les huit autres Elus l’ayant rejoint eurent la stupéfaction de ce spectacle atroce, ils réveillèrent Johaber en criant : NEQAM. De retour auprès de Salomon qui méditait sur la peine qu’il devait appliquer aux coupables il vit entrer Johaber avec la tête d’Aviram à la main. Devant la transgression de ses instructions, il maîtrisa avec beaucoup de peine le courou qui s’emparait de lui. Mais écoutant la supplique des autres élus et, de son regard sage ayant pénétré l’âme de Johaber, dans une grande sagesse, il lui pardonna.
Je retrouve dans ce grade l’idée de la caverne et de cache enfouie au cœur de la terre. Il s’agit la avant tout d’un lieu de régression, un retour à la nature la plus primaire de l’être. Dans ce lieu Johaber tranche la tête de son ancien compagnon. En conséquence la mort soustrait l’individu au jugement des mortels. Nous sommes ici confrontés à un problème de conscience face aux pulsions inconscientes.
La lampe ou la bougie qui éclaire la caverne, c’est l’image du feu qui brûle en nous, qui devrait éclairer notre intériorité défaillante. Il est dans un ancien rituel du Rite Ecossais Rectifié une phrase disant a peu près ceci La lumière a pour but de faire apparaître les ombres de nos insuffisances.
Après quoi Johaber ressent le besoin de se rafraichir, de se purifier à l’eau de vie qui coule près de la grotte. Pour moi le symbolisme de la fontaine complète ici celui de la caverne, la source, l’eau symbole de la fécondation, afin que la germination se fasse, ces deux symboles réunis d’eau et de lampe, sont là pour nous rappeler la dualité des ténèbres et de la lumière. Mais cela indique aussi, qu’au cœur de l’inconscient se trouve les racines d’espérer, pour peu, que nous nous abreuvions à la source et que la petite lumière s’allume au fond de nous, et nous éclaire sur nous même.
Le poignard, arme de pénétration, pénétration de l’esprit, grâce auquel on accède à la compréhension sur le chemin de la connaissance. Le poignard, est bi métallique, et symbolise de ce fait la dualité le male et la femelle, le yin, et le yang, la lune et le soleil, en fait a tout les degrés on revisite avec un nouveau regard des choses ayant un goût de déjà vue ou au moins perçues.
La présence d’un chien devant la caverne représente l’étranger qui dénonça le criminel et ensuite conduit l’élu.
Notre frère Johaber vient tuer, par vengeance, celui qui pourrait être un autre lui-même. Je pense que l’on peut y voir un acte d’immolation, un sacrifice devenu nécessité pour répondre à la crainte d’être assimilé à l’autre auquel en fait nous ressemblons.
Les trois assassins d’Hiram Habif représentent : l’ignorance, l’ambition et le fanatisme. Je comprends alors le sens de la quête et la vraie signification de cette notion de vengeance, car c’est d’abord en soi-même que chacun doit éradiquer les effets de ces abominations ; lesquelles sont à l’origine de la perte du Maître et de la connaissance qu’il représente.
Comme Thésée ( 10ièmeroi d’Athènes),pour parvenir au cœur de mon être tout en conservant un lien pour le retour, j’ai besoin d’un fil de conduite, le processus psychanalytique me permet ce parcours, ainsi que la démarche initiatique. Après un cheminement en zigzag, dont la forme labyrinthique répond à ma difficulté d’être, je découvre soudain dans une grotte, le corps du premier meurtrier.
A ce moment deux attitudes sont possibles : l’élimination brutale ou l’élucidation des problèmes, la première attitude est illustrée en ce neuvième degré dont la caverne me rappelle l’antre de Trophonios (fils d’Erginos, roi d’Orchomène). L’ingéniosité des deux frères est à l’origine de leur perte : ils ménagent un passage secret dans le trésor commandé par le roi Hyriée. Il leur suffit de pivoter une pierre précise pour pénétrer dans la chambre forte et soutirer une partie des richesses qui y sont entreposées. Hyriée ne peut que constater la baisse de ses finances sans comprendre comment procède son voleur. Il fait appel à Dédale, qui installe un piège dans la pièce. La nuit suivante, Agamède s’y fait prendre. Son frère le tue et lui coupe la tête, pour éviter qu’on ne reconnaisse le corps. Dès qu’il sort, la terre s’entrouvre sous ses pieds et engloutit le fratricide. Je retrouve dans cette histoire une fois de plus la mort avec la décapitation.
De retour à la lumière, la vengeance sera accomplie au dixième degré, étant devenu illustre élu des quinze, six mois après la mort d’Hiram Habif l’un des intendants (Bengueber) apprit au cours d’une visite dans le pays de Gueth, tributaire de Salomon, que les deux assassins ( Sterkin et Osterfult), s’y étaient retirés et s’y croyaient en sûreté. Le roi Salomon envoya quinze Maitres remplis de zèles et, parmi ceux-ci, les neufs élus ayant participé à la recherche du premier assassin. Zerbal et Heleham les premiers découvrirent les assassins dans une carrière appelée Bendicat, les scélérats furent enchainés et ramenés sous bonne escorte à Jérusalem afin que le Roi Salomon puisse les juger ; en attendant le verdict il les fit enfermer dans la tour d’Achyar. La justice les condamna à la peine de mort. Pour exemple la tête des trois assassins fut accrochée aux cintres des trois portes de la ville une au midi, une à l’occident et la dernière à l’orient.
La question qui me vient à l’esprit est pour quelles raisons leurs têtes furent-elles exposées sur la porte du midi, de l’occident, et de l’orient. Après réflexion la lumière m’est apparue, les crimes ont été commis aux trois portes du temple (cqfd).
Les trois assassins ayant été punis, le roi Salomon voulut récompenser le zèle et la fidélité des quinze grands élus. Pour ne faire aucune préférence ou faveur il choisit par bulletin secret et au sort douze d’entre eux qui formeraient un grand chapitre et commanderaient les douze tribus d’Israël, leur donna le titre d’excellent Ermeth qui signifie : homme vrai en toute circonstance. Il leur montra les tables de la loi et les objets précieux renfermés dans le tabernacle, puis il les arma de l’épée de la justice en leur disant qu’ils avaient pour mission de rendre la justice et d’en suivre les lois en toutes circonstances.
Aussi,
la
vengeance dont parlent les degrés supérieurs,
est-elle le triomphe sur les
imperfections de notre nature spirituelle, qui ne sont pas
nécessairement au
nombre de trois, nombre symbolique, mais tous les obstacles que
rencontrent
l’esprit humain pour atteindre la
vérité, ennemis qui ne sont pas hors de lui
mais en lui. Maintenant que le malheur est derrière nous,
que l’ordre et la
sérénité règnent de nouveau
parmi les ouvriers, que les plus instruits ont fait
part de leur zèle et de leur discrétion
auprès de Salomon, il est temps de
revenir au travail de base : la construction du temple selon
les plans
donnés par le Grand Architecte de l’Univers et qui
se trouvent décrits dans le
livre des Rois.
Salomon après avoir créé une
école d’architecture, diffusant la connaissance
sur toute la terre demande aux sublimes chevaliers élus de
terminer et de
décorer le 3ème
étage du temple : le Saint des Saints. Ces
travaux nécessiteront la connaissance de professionnels
qualifiés.
Le maître deviendra le centre de cette lumière adaptant alors sa propre personnalité aux chemins tracé par la franc-maçonnerie. Afin de ne pas s’égarer sur la totale longueur du bras, il s’astreindra à délimiter ses obligations en ne visant que l’essentiel.
J’ai voulu retracer les différents grades et mettre en évidence les impacts symboliques des épreuves ou situations sur notre personnalité, consciente et inconsciente, et arriver à la conclusion que tout ce chemin nous donne la liberté, la vraie, détachée de notre égo, et consciente de notre fragilité d’homme. Et grâce à cette liberté acquise, conquise sur lui-même, le Grand Maître Architecte pourra exercer sa volonté sur la planche à dessin, ouvrir grand le compas de la Connaissance et passer à l’action.
J’ai dit Sublime grand Maitre.