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#409012
Le FM peut il prétendre acquérir une sagesse semblable à celle de SALOMON ?
P∴ B∴
Grand
Maître
Architecte, Très illustre F à
l’orient
et vous tous mes F
« La
sagesse,
c’est d’avoir des rêves suffisamment
grand pour ne pas les perdre de vue
lorsqu’on les poursuit »
Oscar WILDE
Oscar WILDE
Répondre à une telle question, puisqu’il s’agit bien d’une question, me semble à première vue, particulièrement difficile tellement connue doit être la Sagesse pour pouvoir la décrire
Dans la question est utilisé le mot « prétendre », ce mot m’a gêné par le sens négatif dans lequel il est souvent utilisé dans le monde profane. Il lui est couramment donné une connotation de prétentieux, c’est-à-dire d’annoncer une capacité que l’on a pas…….
Donc, avec la plus grande prudence, je vais tenter de vous restituer la perception que j’en ai et que je ressens
Nous pouvons considérer la sagesse de SALOMON sous deux aspects : la légende ou le symbole, mais ne serai ce pas la légende qui engendre le symbole ?
Je vais organiser mon travail en 2 paragraphes, courts et non exhaustifs
A)Le symbolisme de la légende de SALOMON
B)Le symbolisme de la légende de SALOMON et la démarche initiatique du FM
Je ne vais pas reprendre en détail la vie de SALOMON que tout le monde connait ici, je dirai simplement que pendant son règne il montra les qualités d’un sage : clairvoyance, ténacité, humilité, humanisme, justice ; tout ce qui fait la grandeur d’un homme, mais aussi les faiblesses de l’homme : la cruauté, la luxure, la guerre et même le manquement à la parole donnée. Cependant l’histoire gardera le coté positif de l’action de SALOMON, qui tout en étant le roi le plus aduler de la bible, n’en est pas moins un homme
Moi, F M du REAA, homme libre dans une loge libre, pourquoi à force de travail, ne pourrais accéder à la sagesse ?
Je crois qu’il n’y a pas de définition ni de « recette » de la sagesse, elle n’est pas non plus une qualité innée ou héréditaire, comme le bonheur se construit, la sagesse s’acquiert avec une volonté affirmée, jour après jour, année après années. Si elle n’est pas mesurable ni quantifiable , seul le progrès réalisé pourra être constaté
Je crois que la légende de SALOMON sur la sagesse est surtout mise en évidence pour nous mettre sur le chemin de la recherche de cette sagesse et nous indiquer que la perfection n’est pas humaine
Le symbolisme de la légende de SALOMON
Salomon construit sa réputation sur deux principes hautement symbolique : la paix et la sagesse
Il a obtenu la paix en pratiquant la justice avec la puissance de la volonté de la sagesse. Cette paix intérieure ainsi qu’à ses frontières ou, avec ses ennemis d’hier, il l’a obtenue dans un permanent souci de justice et de volonté de réaliser le bien de son peuple. Il faut comprendre je crois, que le terme de juste contenu dans justice s’applique au royaume et non aux actes de SALOMON, ce qui expliquerai le soutient indéniable de son peuple à cette époque car il faut comprendre justice pour le royaume
Que faut–il entendre ou comprendre dans la Sagesse
La sagesse est une notion hautement porteuse de mythes et admet toutes les projections possibles en s’offrant ainsi une exceptionnelle souplesse d’interprétation :
Sagesse politique
Diplomatique
Erudition livresque
Connaissance du monde et des lois de la nature
L’Expérience
Et j’ajouterai la connaissance de soi, mais cette dernière ne découlerait-elle pas de la sagesse elle-même ?
Je crois que la sagesse n’est concevable et ne peut être appréhendée que dans l’ensemble des critères qui la compose, elle représente l’utilisation que fait l’homme de toutes les connaissances qu’il a acquise au cours de sa vie ce qui conduit à penser à cet extrait de l’Ecclésiaste (2.14) en la traduction littérale : « Les sages, les yeux dans la tête » interprété par « Le sage ne voit que ce que son intellect lui enjoint de voir » lit-on, dans le Meam Loez. Il faut comprendre là que la vision est pure de toute pensée fantaisiste ou fallacieuse et uniquement dirigée par l’entendement et la raison
La légende de SALOMON, regardée dans son ensemble nous fait penser à l’homme qui cherche à se modifier, à rechercher la lumière, mais il nous montre aussi que cette lumière n’est que furtive c’est-à-dire que rien n’est jamais acquis, qu’il faut sans cesse recommencer car l’homme ne se débarrasse jamais totalement de ses scories, que les vieux démons ressurgissent à la moindre faiblesse
Mais il nous montre aussi qu’un homme même imparfait, s’il à la foi en lui et un peu de sagesse, est capable de faire progresser l’humanité
La symbolique de la légende de SALOMON et la démarche du FM
Dans le rituel du premier degré il est dit lors de l’initiation « …c’est en réglant ainsi nos mœurs que l’on parvient à donner à son âme ce juste équilibre qui constitue la sagesse, c’est-à-dire l’Art de la Vie…)
Par ce texte important qui pourrait résumer à lui seul la démarche maçonnique c’est-à-dire la recherche de la lumière, la parole perdue dont le premier pas commence par la sagesse pour évoluer vers l’Art de la Vie, qui lui est Sagesse
Le récipiendaire est confronté à ce choix dès les premières minutes de son initiation. Il est le deuxième texte lu par le VM après celui sur le devoir de fidélité à la fraternité, c’est dire combien cette notion de Sagesse est importante. Le signe d’ordre rappelle en permanence le cheminement basique vers la sagesse : contenir et contrôler mes passions, être en possession de moi-même, être impartial
Rituel du deuxième degré, ouverture des travaux, le VM : « …je vais ouvrir les travaux au deuxième degré afin d’avancer dans les voies de la Sagesse et de la connaissance…). A la symbolique des outils s’ajoute la notion de perception de soi, du « connais-toi toi-même »
Il est demandé au compagnon une double démarche, un travail sur lui-même ( les cinq sens ) ainsi qu’une démarche de recherche de la connaissance ( Architecture, Arts libéraux, Grands Initiés ). Cette démarche s’inscrit dans les engagements du devoir de travail (gloire au travail )
La deuxième démarche du compagnon est le devoir de voyager, réaliser ses propres expérience, aller découvrir le monde afin d’affûter sa perception, son opinion sur les raisons qui animent, voir qui agitent les hommes
Cette voie tracée pour les Compagnons s’inscrit bien sûr dans une culture de recherche de la Sagesse
L’exaltation à la Maîtrise nous fait entrer de plein pied dans la légende salomonienne, le sacrifice d’HIRAM est un modèle d’exemple de la sagesse poussée à l’extrême, jusqu’au sacrifice du sage qui préfère mourir plutôt que de révéler le secret à quelqu’un qui n’en est pas digne et cherche à l’atteindre par la violence. Le respect de la parole donnée ( ne pas révéler les secrets à qui n’en est pas digne…) mais aussi que la réalisation du bien être collectif dans le respect de la loi morale est plus importante que sa propre vie. Cette légende nous familiarise avec la légende de SALOMON qui entre dans son règne par la violence, non pas pour son égo mais pour le bien de son peuple.
Le quatrième degré développe la voie de la Sagesse en nous mettant en garde contre nous même, vous croyez savoir mais vous ne savez pas, ne vous forgez point d’idole…, ne vous payez pas de mots…, quelque admiration qu’inspire le spectacle de l’univers…et pour terminer la justice
Le juste, le sage, c’est ce que nous imprime le quatrième degré ou le MS est un lévite, donc à ce titre le gardien du temple. A ce degré le FM revient au connais toi toi-même, ton propre ennemi c’est toi, abandonne tes certitudes, c’est le retour au cabinet de réflexion avec en arrière plan les trois premiers degrés. Le message de Sagesse est : je sais que je ne sais rien, j’ai tout à découvrir par moi-même
Au septième degré, le Prévôt des Juges peut participer à la discipline générale en « jugeantsereinement et en tout lieu » Cette évolution sous tend une maîtrise des décisions et des actesainsi qu’une capacité à se renouveler et s’engager dans les voies de la Sagesse
Dans la suite de la légende salomonienne, le neuvième degré est consacré à la vengeance, cette vengeance est-elle compatible avec la Sagesse ; Tout crime doit être puni, c’est rendre justice, mais la justice n’est pas une vengeance. La justice doit être issue de la Sagesse et guidée par la raison et l’équité, car sans Sagesse point de justice, seulement l’aveuglement de la vengeance et je crois que la vengeance fait plus de mal à celui qui la distille qu’a celui auquel elle est destinée. Le Maître Elu des Neufs a fauté par excès de zèle, il s’est arrogé un pouvoir qu’il n’avait pas, il a donc commis lui-même une faute en mettant en œuvre une décision qui ne lui appartenait pas en se laissant guider et emporter par la passion
Nous devons tirer la leçon une fois encore que notre pire ennemi est nous même. Le travail du FM, tout en étant une démarche individuelle, n’aboutit à rien s’il n’est partagé avec ses F ;
Après les trois degrés précédents ou le FM a travaillé à la maîtrise de ses passions, le douzième degré le remet sur la voie de la recherche, il retrouve la sérénité. Il est reconnu, à ce degré, la pureté du cœur, le zèle et la vertu, autant de qualité nécessaire à la recherche de la Sagesse . La recherche de cette Sagesse n’est pourtant pas terminée, car le voyage consistant à réaliser trois fois le tour des ouvrages est une invitation, encore une fois à l’introspection, refaire un état des lieux de son propre chantier. Le constat est que l’ouvrage de la construction de son propre temple n’est pas terminé
Cet évènement agit comme un miroir, miroir que l’on a déjà rencontré il y a pas mal de temps et si aucun d’entre nous n’a oublié cette scène, il est bon d’en retrouver régulièrement le sens
Après les turbulences des précédents degrés, le rituel de réception du douzième repositionne le FM dans une logique de construction qui passe par trois phases :
–une mise en garde par le regard sur le chantier
–un encouragement par le constat de la capacité à poursuivre le chantier
–une remise en confiance par les responsabilités confiées.
Une nouvelle responsabilité est donnée au Maître Architecte, il n’est plus seulement la matière et l’ouvrier, il est en plus le concepteur de sa propre construction personnelle. Cette notion de conception vient renforcer l’obligation de devoir de travail sur lui-même avec un regard plus global de sa propre évolution
J’ai essayé de mettre l’accent sur quelques points qui, au cours des différents rituels, mettent en évidence la Sagesse contenue dans le REAA ;
Plusieurs mots reviennent souvent dans les rituels :
Justice – Equité
Juste – Sage
Devoir
Sagesse – Paix
Tous ces mots sont interdépendants et complémentaires, celui qui les résume et les englobe tous est bien la Sagesse
Sans « vouloir me payer de mots » je voudrais vous donner mon point de vue sur ces mots et leur association bien que je suis persuadé qu chacun d’entre nous, tout en respectant la même sémantique, y attache ses propres valeurs : Justice et équité
La justice civile est l’organe juridique d’un pays et chargé d’appliquer la loi écrite par les hommes. Cette loi dans son application peu parfois devenir immoral, l’équité est là pour adoucir les rigueurs de la loi et je dirai adapter la sanction aux circonstances de la faute.
La justice et l’équité sont des pratiques morales, mais que dire d’un juste ou d’un sage ?
Je dirai que le Juste est l’homme qui par un travail sans relâche sur lui-même va maîtriser ses passions, ses préjugés, faire de l’équité un devoir. Ce devoir de recherche, travail et progrès est inclus dans la méthode maçonnique, il accompagnera le FM que je suis tout au long de sa vie
Le Sage à lui, toutes les qualités précitées mais à en plus conscience de ses faiblesses car il maîtrise parfaitement l’introspection, le miroir, le regard sur lui-même. C’est tout ce cheminement qui conduira à la Paix, mais la paix ne peut être obtenue par un seul homme, sinon avec lui-même, et c’est le travail partagé avec tous les F et tous les hommes de l’humanité qui évolueront vers la paix. Cette dimensions de l’humanité, nécessaire à la paix n’est elle pas réservée au GADLU, paix étant le nom-attribut de Dieu
Conclusion
La légende Salomonienne nous conduit à l’aide des rituels vers le cheminement de la Sagesse. L’Eternel, en confiant la construction du temple à DAVID, sait qu’il ne pourra réaliser cette tâche et qu’il devra la confier à SALOMON, son fils. Cet évènement, situé au tout début de la légende m’indique que le travail devra continuer sans relâche de génération en génération.
La démarche maçonnique n’est pas attachée aux lettres mais à l’idée, l’esprit est que vraisemblablement dans note démarche nous sommes amenés à découvrir d’autres Sages qui ont porté la lumière. Le sage que je souhaite devenir ne doit pas s’attacher à la lettre qui peut devenir une sorte d’enferment intellectuel mais rester l’esprit ouvert à la recherche de nouvelles idées, de nouveaux concepts, suppositions et suggestions avec celles de ses F afin de se forger son propre opinion qui deviendra Sag»esse le temps d’un instant avant d’être remise en question par une autre réflexion
Nos travaux sont dans l’intemporalité ( midi-minuit ) ce qui fait leur vocation universelle. Nous savons que d’autres Sages et d’autres Justes ont depuis la nuit des temps, et avec d’autres origines de culture, balisé le chemin de notre recherche initiatique. La Sagesse dans sa complexité et sa globalité est le résultat d’un immense travail basé sur le devoir et la recherche de la connaissance mais n’est elle pas aussi comme une manifestation passagère de la lumière ? Cette lumière que je pourrai peut être un jour entrevoir sans jamais l’atteindre.
Malgré la difficulté de la tâche , je ne saurai renoncer à rechercher les voies de la Sagesse et je ferai mienne la citation de Rabbi Nahman de Bratslav :
« Si tu n’arrive à rien, contente toi sans cesse d’aspirer à quelque chose car le désir ardent, même s’il n’engendre aucune action, est déjà un absolu »
Grand Maître Architecte, j’ai dit
L