Bien voir, bien comprendre, bien agir
Non communiqué
A la réception des Sublimes Chevaliers Elus au grade de Grand Maître Architecte, le Sublime Grand Maître pose cette question :
« Quelle doit être la devise du Franc Maçon ? »
« Bien voir, bien comprendre, bien agir » lui répond le Premier Excellent Gardien.
Qu’en est – il ?
Ces trois verbes associes à l’adverbe « bien » vont nous éclairer sur le grade de Grand Maître Architecte et former ainsi la devise du Franc-Maçon. Celle ci sera notre référence pour nous remettre en permanence sur la bonne voie.
D’où venons nous, que faisons nous, où allons-nous dans notre vie de franc-maçon. Bien voir, bien comprendre bien agir, c’est y répondre en partie.
« Ce que les Grands Maîtres Architectes symbolistes appellent la mathématique, c’est la philosophie. Que représente la philosophie ? C’est la lumière jetée par l’esprit humain sur les choses de la vie ».
Cette phrase du rituel nous indique que l’explication de la nature par l’esprit s’appelle la philosophie. La nature a-t-elle besoin d’ailleurs d’être expliquée !
De nos jours, la philosophie est trop souvent l’affaire de personnes qui se disent faire partie de l’élite et qui inventent des mots, des phrases et des sophismes compliqués pour ne pas être compris de tous ou peut être pour cacher leurs insuffisances.
Le philosophe en réalité est celui qui étudie la nature et ce qui l’entoure, pour comprendre l’homme et essayer de comprendre le divin.
Bien voir, c’est donc chercher à mesurer, à observer ce qui nous entoure. C’est l’attitude de l’apprenti à qui l’on demande d’écouter, d’observer, de dégrossir sa pierre brute et de la rapprocher d’une forme en rapport avec la destination ultime de celle-ci : construire son temple intérieur. Ce n’est que plus tard que l’apprenti va découvrir que la pierre, c’est lui-même et qu’elle n’est qu’un élément de l’édifice à construire, le temple élevé à la gloire du Grand Architecte de l’univers.
Arrivé au grade de GMA, le Franc Macon a désormais les moyens d’y parvenir. Si dans les trois premiers degrés, il fallait découvrir la « pierre cachée » au fond de nous, les degrés suivants nous apportent les moyens et nous incitent à nous construire.
Dans le silence, l’apprenti est plongé dans ses réflexions, ses doutes, ses incertitudes. Il va devoir apprendre à mieux se connaître, à mieux voir, à mieux se voir. Il faut être capable de se regarder soi même, et de regarder les autres en faisant abstraction de ses illusions, de ses souhaits. La personnalité, l’ego vont déformer la nature et, la vision qu’il en aura, sera dépendant de l’éducation, de la sensibilité, de la pensée de l’observateur au moment du regard. L’observation contribue à la mise en place de la réflexion qui elle doit toujours précéder l’action.
Bien voir, c’est garder notre libre arbitre et ne pas se laisser enfermer dans des dogmes, des illusions, des préjuges. La raison se met souvent au service de nos intérêts et de ce fait perturbe notre perception des choses en nous empêchant de faire preuve de tolérance, d’analyse objective. On ne peut bien voir avec des œillères. La maçonnerie peut être notre verre correcteur.
Pour bien voir, nous ne devons pas modeler les choses en fonction de notre pensée, mais plutôt modeler notre pensée en fonction des choses. Nous devons ouvrir notre champ d’investigation et non pas le réduire.
Souvenons-nous des pressions de toutes sortes pour empêcher d’affirmer que la terre était ronde et qu’elle tournait autour du soleil. Magellan, Galilée, pourraient en témoigner. Pour bien voir, il faut donc se libérer de ces trois mauvais compagnons qui font partie de cette nature humaine et qui perturbent notre esprit.
L’homme pour bien voir doit procéder a une profonde transformation de lui même, à un profond changement pour se rendre compte que ce qui le gène dans sa vision ce n’est pas tant le monde extérieur, mais plutôt l’aveuglement qu’il a en lui, la non connaissance du soi et le développement surdimensionné de son ego.
D’ailleurs dans notre rituel, le Rhéteur nous met en garde et nous invite fortement à « bien nous voir »lorsqu’il dit : « La première et la plus importante connaissance que vous devez avoir c’est, selon la, prescription de Socrate, la connaissance de vous-même » et il termine en disant : « Et quand votre esprit fonctionnera bien, ce sera en vous-même que vivra la vérité » nous dit notre rituel.
Bien voir, c’est donc prendre le temps de l’analyse, de l’observation du soi non pas à travers le prisme déformant de son moi, mais grâce a un esprit ouvert et tolérant.
Bien comprendre.
Apres avoir bien perçu les choses, l’environnement qui nous entoure, encore faut il bien les analyser, bien les comprendre. Mais comprendre quoi ?
Que nous sommes en fait à l’âge de la plénitude, entre la naissance et la mort et que les connaissances acquises doivent être transmises par la création de notre temple intérieur. Nous sommes là pour essayer de faire rayonner la pensée humaine dans ce qu’elle a de plus juste, de plus noble et la Franc Maçonnerie est la pour nous y aider. Symboliquement, construire son temple intérieur, c’est tenter de rassembler nos connaissances, nos idées, nos règles de conduite, notre vision de la vie puisque nous en sommes à la moitié, pour bâtir un avenir harmonieux pour soi, pour ses frères, et pour l’humanité en finalité, dans la mesure où l’imperfection humaine le permette.
Rassembler ce qui est épars nous dit le mythe d’Osiris.
Or lorsque dans les premiers grades, on cherche à pénétrer le symbolisme maçonnique, on ne souligne pas et par conséquent, on ne mesure pas encore que toute construction comporte un plan. Or c’est ce plan qu’il faut bien comprendre pour évoluer ensuite. Celui ci doit intégrer la compréhension et la construction de la connaissance, par le jeu de l’intelligence, de l’œuvre du G.A.D.L.U et par analogie la construction en nous d’un temple cosmique a notre mesure. C’est la connaissance de soi pour mieux comprendre les autres et le monde qui nous entoure. C’est la suite logique du Bien Voir.
Ainsi le temple est il le trait d’union entre la terre et le ciel, entre le monde opératif et le monde spéculatif. Les grades supérieurs de la FM nous font prendre conscience que nous devons axer notre réflexion sur le cosmos, l’immatériel, le divin. Il est ainsi l’alternative aux dogmes et à la certitude.
Pour les Francs Maçons, le temple de référence est celui du roi Salomon qui reçut la mission de construire un édifice pour y déposer l’Arche d’alliance dans la partie la plus sacrée du temple : le Saint des Saints.
Pour nous approcher de l’idéal humain, nous devons réussir à établir l’harmonie en nous, la paix intérieure en alliant notre soi et notre moi par une spiritualité. L’analyse objective et la dimension raisonnée de nos jugements doivent nous permettre de ne pas subir mais d’être au contraire une force de proposition.
« Tu t’efforceras toujours de découvrir l’idée sous le symbole ». Bien comprendre, c’est se rendre compte que l’idée est la représentation, la traduction de quelque chose qui gravite en notre esprit. Les mots portent les idées à faire partager à notre environnement. Ils sont des signes, vecteurs de transmission de notre pensée en empruntant la parole pour communiquer. Le langage, addition de mots est donc la médiation entre le monde des idées et le monde du concret de l’action.
Le compagnon s’est donc appuyé sur une vision saine, en ayant laissé ses métaux ses préjugés à la porte du temple. Il a pris connaissance d’une autre dimension en voyageant. Il a étudié, il a cherché à comprendre.
Il faut donner aux hommes la possibilité de se construire, parfois de se reconstruire. Cette vérité, ils la chercheront et finiront par en trouver une partie par eux-mêmes pour ceux qui auront eu une vision plus large, ceux qui auront su discerner le blanc du noir, le bien du mal, la liberté de la captivité, l’ordre au chao.
A chacun sa vérité, sa vision. Chaque homme et encore plus chaque Franc Maçon a un droit inaliénable : celui de reconnaître le vrai du faux en ayant eu bien soin de mesurer son jugement. Mais attention la pensée unique ne peut être érigée en dogme. Elle ne peut non plus s’arroger le droit des valeurs et de l’arbitrage suprême. Les F. M. décident d’eux-mêmes de leur avenir et de la réalité pour y parvenir. Nous sommes des hommes libres et de bonnes mœurs. A nous de comprendre avec sagesse, force et beauté.
Bien agir. Enfin de l’action.
Fini le temps de l’observation, de la période d’étude, de l’analyse et de la compréhension ; maintenant place à la création. La réflexion a alimenté l’esprit qui est passé à l’acte. Peut-il y avoir une réflexion efficace qui ne soit suivie d’aucune action !
Nous Francs Maçons devons réaliser notre temple intérieur. Cette recherche de la connaissance ne peut rester sans conséquence sur notre devoir de création de notre plan intérieur. C’est mettre en place une qualité importante : la volonté. Ne dit-on pas vouloir c’est pouvoir. Nous travaillons donc dans la boulomie, le lieu ou l’on veut, propre à notre engagement. Cette archiloge est le temple intérieur de chacun dont le centre est le cœur, ou se situe le véritable temple rayonnant de l’homme et qui doit demeurer éternellement ; La démarche initiatique du Maître qui consiste à rassembler ce qui est épars et à retrouver l’unité va lui permettre de relier l’homme et l’univers pour édifier en soi le temple de l’universel. Pour la première fois, le récipiendaire par la voix du Second Excellent Gardien répond en parlant à la première personne lorsqu’il dit : « Je veux et je construis » ce qui veut dire entre –autre : Je suis responsable de mon travail d’architecture et je l’assume, donc j’agis… Il est nécessaire de se construire soi même et comme tout est lié, notre construction personnelle et intérieure se reflétera sur les autres à travers un idéal d’humanité. L’action du Grand Maître Architecte est orientée à la réalisation du Beau, du Bien, et du Vrai. Principe même d’une action fortement engagée dans la réussite pour les autres et pour soi même. Il ne sert à rien d’orienter son savoir, son action pour soi uniquement si personne d’autre n’en profite.
Le partage de cette connaissance est nécessaire. Peindre sans faire partager sa vision réelle ou abstraite des choses ou des sentiments ne sert pas à grand-chose si, personne n’en profite. Composer des partitions musicales sans les faire écouter, sans les faire partager, ne satisfait que son compositeur.
Le sage doit aider les autres à s’élever en mettant en pratique sa pensée et en donnant l’exemple. Il trouvera sa raison d’être et sa force dans l’exemplarité.
Bien agir, c’est accompagner le passage de la connaissance aux autres pour les aider à trouver la sagesse. C’est la réponse au : « Où allons nous ». C’est susciter chez autrui l’envie d’écouter, d’analyser à leur tour les affirmations péremptoires. Nul n’a la science infuse, mais cette recherche de la connaissance, cette sagesse intérieure peut être la lumière qui va nous permettre de sortir de l’obscurité de la caverne dans laquelle nous sommes, dans laquelle l’humanité se trouve pour partie.
Le Grand Maître Architecte doit voir avant les autres, comprendre avant les autres et agir avant et pour les autres. Pour cela, il travaille où il veut, quand il veut : « Je commence les travaux quand le génie parle en moi. Je les cesse quand il se tait » nous dit le Premier Excellent Gardien.
La Franc Maçonnerie à travers la recherche de la vérité, la loi, la justice et le devoir doit nous permettre de nous débarrasser de nos préjugés, de tout ce qui peut nuire à la recherche de la sagesse et surtout à la transmission de notre bien agir envers autrui.
En conclusion, la devise du Franc maçon : « Bien voir, bien comprendre, bien agir » n’est que l’évolution normale et logique du Franc Maçon. Il rentre en loge en apprenti et là ; il apprend, il voit. Il voyage en compagnon et là : il compare, Il comprend. Il se retrouve au centre du cercle et là : il trace, il agit.
Se construire pour construire son temple intérieur afin d’agir dans la voie de la perfection, tel est le rôle et la mission du GMA.
Rassembler et l’apprenti et le compagnon et le maître en un seul point, en une seule spiritualité, en un seul et unique Franc Maçon voila bien le thème de cette année maçonnique choisi par notre Sublime Grand Maître : « Construire son temple intérieur ».
Être Franc maçon, c’est donc se construire intérieurement en approfondissant la connaissance et la maîtrise de soi afin de s’améliorer pour rayonner autour de soi.
Le GMA va réveiller l’être subtil qui se trouve en lui. Il va devoir dépasser sa matérialité sans pour autant jamais la rejeter. Ainsi, le « Bien »va-t-il lui permettre d’entamer sa remontée jusqu’à sa source originelle, but à atteindre ou étape à achever dans le grand mystère que constitue la Vie humaine.
J’ai dit Sublime Grand Maître