12° #409012

Je veux et je construis

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Non communiqué
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Non communiqué
A L G D G A D L U
Ordo Ab Chao
Deus Meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du
Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33ème et dernier degré du
Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France

L’assassinat d’Hiram a laissé un vide. Le chantier est arrêté, la parole est perdue. Les maîtres que nous sommes ont pour devoir, entre autres, de rechercher la parole perdue.

Mais quel est le sens exact de cette recherche de la parole ?

Lors de l’élévation au troisième degré, je pensais arriver enfin à la maîtrise réelle, c’est-à-dire la maîtrise de soi, en pleine conscience, libre de penser et d’agir. Mais il a vite fallu que j’abandonne mes ambitions précipitées. Le chemin vers la sagesse n’est ni si rapide, ni si simple.

Le maître est mort assassiné, l’espoir sublime d’approcher tout de suite le secret de la maîtrise s’est enfui. Il faut maintenant accepter que nous ne sommes pas prêts, à peine dégrossis et que la recherche de la connaissance ne fait que commencer.

Nous avons pourtant gagné deux trésors lors de l’élévation :

  • L’acacia nous est connu. Rien n’est mort définitivement et la substitution nous permet de nous remettre au travail sans tarder.
  • Devenus maîtres, nous savons que nous sommes la matière et l’outil de notre propre construction.

Notre progression à travers les différents degrés, jusqu’au GMA, va nous permettre un travail tel que nous sommes finalement capable de dire « je veux et je construis ». Par cette simple phrase, le GMA affirme :

  • Son individualité de maître, c’est-à-dire sa responsabilité.
  • Sa libre volonté de penser et d’agir.
  • Que l’objet de son travail est la construction du temple.

Je veux

Le lieu où travail le GMA, est nommé la Boulimie signifiant : « Le Lieu où l’on veut ».

Nous savons tous que la construction du temple est une métaphore de la construction de l’être. Par analogie, ce « lieu où l’on veut », siège du travail du GMA, nous place au centre de l’être, là où prend naissance la volonté d’agir. Eprouvé par les obstacles, les échecs ou la lassitude, le siège de la volonté est, par définition, une partie fragile de nous-mêmes. C’est pourtant sur la volonté que reposent toutes nos actions constructives.

Le cabinet de réflexion avait attiré notre attention sur la vigilance  et la persévérance dont nous aurions besoin. Les sentences du 4° nous avaient avertis sur les menaces des charges trop lourdes à porter. Mais le plus grand danger qui menace la volonté n’est pas l’abandon ou la lassitude, car ils sont temporaires. Le plus grand danger est dans la volonté elle-même quand son fondement n’est pas juste. C’est toute l’histoire de Satan, l’ange de lumière déchu, de l’étoile flamboyante inversée, pointe en bas, comme de chacun de nos actes fondés sur un comportement égoïste ou passionnel. Les trois mauvais compagnons sont ces vices qui empêchent le maître de vivre en nous et la parole de s’exprimer.

Le travail initiatique semble avoir pour vocation d’établir un fondement plus juste et équilibré de l’être. Dans une vision idéale, volonté et action seraient au service de la Paix, de l’Amour et de la Joie.

La route est longue mais les rituels nous donnent tout au long des degrés des signes d’espoir.

« Vous avez la clef, et quelque jour il vous sera permis d’ouvrir et de passer. Les passions, les préjugés et l’erreur placent de nombreux obstacles entre l’homme et la Vérité ; mais il n’est point de difficulté que l’Energie, la Persévérance, et la Volonté ne puissent surmonter ».

La volonté doit s’exprimer en pleine conscience. Le processus initiatique nous ouvre successivement de nouveaux plans de conscience. Ce travail en échange permanent entre l’intérieur et l’extérieur de nous-mêmes déplace peu à peu notre point de vue, notre regard sur le monde et notre appréhension de la Nature.

C’est ce travail sur soi qui permet finalement de pouvoir affirmer son individualité.

« Tu répondras toi-même de tes actes et tu ne prendras point les mots pour la Réalité ».

Cette sentence entendue au 4° nous place déjà face à la responsabilité indispensable qui amènera le GMA à dire « je veux et je construis ».

Pour être parfaitement clair, le rituel du maître secret ajoute : « n’accorde à qui que ce soit une confiance aveugle, mais écoute tous les hommes avec attention et déférence; aie la ferme résolution de les comprendre ; accueille toutes les opinions, mais ne les déclare justes que si elles apparaissent telles à ton examen propre ».

Mais affirmer une volonté individuelle et l’existence de notre liberté pose le problème de notre rapport aux autres. Depuis notre initiation, nous travaillons seuls et en compagnie. Initié par la loge et nos frères autant que par nous-mêmes, nous avons le Devoir de prendre en main les commandes de nous-mêmes. Libéré des passions et des pulsions qui entravent notre évolution, nous devons affirmer notre individualité. Mais cette affirmation ne doit en aucun cas être égoïste. Etre soi, libre de penser et d’agir, ne doit pas être incompatible avec les autres. Nous sommes seuls et en compagnie, groupe formé d’individus en harmonie. Dés le compagnonnage, le travail maçonnique est une harmonisation de l’individualité et de la vie collective. Le reste du parcours est la continuité de ce mariage de soi et des autres.

Cette équation est souvent impossible dans le monde profane sans l’encadrement strict des lois. En se définissant « Libre, Egale et Fraternelle », la république française indique la même difficulté de vivre ensemble en harmonie. Qu’un seul des termes de ce triptyque s’efface et nous sombrons dans le despotisme, l’injustice ou l’égoïsme. Pour le franc-maçon, l’affirmation de cette liberté individuelle est rendue possible grâce au travail que nous avons effectué sur nous-mêmes et sur la justice dans les degrés précédents.

« Ce que la Maçonnerie te demande, c’est de promouvoir la Justice » dit le rituel du 4. Nous avons été nommés Prévôt et Juge puis confrontés à la vengeance et à la justice collective dans les épreuves des 9° et 10° degrés.

Arrivé au degré de GMA, conscient de soi et des autres, capable d’une attitude plus juste car moins passionnelle, nous pouvons affirmer librement notre volonté et dire « Je veux », dans une compatibilité totale avec le « je veux » des autres frères présents.

Cette volonté est mise au service de la construction du temple mais ce fait n’est pas nouveau. Lors de son initiation, l’apprenti avait tapé trois coups sur la pierre brute avec ses outils, le maillet et le ciseau. Vouloir et agir. La relation entre la volonté et l’action au centre du cheminement initiatique. Le résultat de nos années d’effort est une évolution dans les caractéristiques de notre volonté et les moyens de nos actions.

Je veux et je construis.

L’action du maçon est symbolisée, depuis le départ, par la construction du temple, analogie de la construction de l’être.

« Toute construction comporte un plan » dit le rituel.

Or, quel est le plan de la Maçonnerie ?

C’est la compréhension, par le jeu de l’intelligence, de l’Oeuvre du Grand Architecte de l’Univers, c’est-à-dire la construction en nous d’un Temple à sa mesure et à sa Gloire, en un mot la Connaissance.

La recherche de la connaissance est présentée comme l’objet du travail de maître.

Mais qu’est-ce que la connaissance ?

Nous avons laissé nos métaux à la porte du temple au-delà d’une approche matérialiste, ces métaux sont aussi toute la part de notre bagage culturel qui brille dans le monde profane mais nous encombre pour renaître à la vie maçonnique. Il faut abandonner des acquis parfois douloureusement mérités pour être véritablement capable d’une remise en cause totale de nos modes de fonctionnement.

Cet abandon des métaux nous place donc dans une approche de la connaissance sur un autre plan que le savoir, qui ne doit être ni culturel, ni religieuse. Mais puisque la connaissance n’est pas du domaine de l’acquis, qu’est-elle ?

Dans son sens relatif, un rapport entre un objet et un sujet, entre quelque chose d’extérieur à l’homme et l’esprit humain. Mais, de ce rapport, nous ne connaissons qu’un des termes: la sensation qu’il nous cause.

De toutes choses, nous ne percevons que le phénomène, c’est-à-dire l’apparence.

Pouvons-nous être certains que les choses que nous percevons par nos sens sont telles que ceux-ci nous les signalent ? Pouvons-nous même être certains qu’elles existent ?

La recherche de la connaissance pose directement la question de la place de l’homme dans la création et son rapport à la réalité.

Qu’est le réel ? Cette question anime de nombreuses recherches philosophiques. Un philosophe disait que le réel c’est ce qui résiste.

Mais pour nous, francs-maçons, cette réponse est insuffisante. La connaissance est un rapport entre nous et le monde extérieur mais nous n’en percevons que l’apparence. Comment échapper à l’illusion dans notre recherche de la vérité ?

Le second degré a posé les mêmes questions en nous demandant de réfléchir aux 5 sens et la réponse est en suspens.

Pour que la recherche de la connaissance et de la réalité ne reste pas une impasse, il nous faut donc changer d’approche. La question posée est celle de notre relation à la création et à la vie, donc à nous-mêmes. Le GMA a effectué une nouvelle descente en lui au 9° degré. Il a combattu les assassins du maître. Il doit être détaché des entraves qui l’empêchaient de penser et d’agir librement. Ce travail l’a placé au centre de lui-même. L’outil du GMA le confirme, le centre du compas représente « L’Esprit humain, foyer de la Connaissance, qui à la fois projette la Lumière sur les choses et réfléchit l’image ou Idée ».

Nous devons toujours chercher l’idée sous le symbole, chercher la réalité derrière l’illusion.

Ce qui change pour le GMA c’est que l’approche de la connaissance et de la réalité part du centre de l’être, de l’esprit. Ce règne de l’esprit n’est rendu possible que par la connaissance de soi.

La réalité, c’est la sensation non des choses, mais de notre pensée.

Nos sens ne sont que des avertisseurs de l’esprit… C’est l’esprit qui vérifie les sensations, les classe, les coordonne, en fait le système harmonieux que nous nommons le Monde. L’esprit seul est créateur; l’esprit, seul, existe. Lui seul peut nous faire approcher de la Connaissance dans son acception non plus relative, mais absolue.

Le maître est bien ici la matière et l’outil de sa recherche. Dans la relativité de son environnement et de sa perception du monde, sa perception de l’absolue est intérieure. L’aptitude à la méditation et le silence, qu’un apaisement souhaitable fait renier en lui, doit permettre cette écoute particulière des voix qui montent des profondeurs. Les secrets ne se transmettent pas dans le vacarme. Le génie parle et si on sait l’écouter, il nous délivre les clefs d’une nouvelle approche du monde. Ce qui semblait réel, ce qui résiste comme disent les philosophes, devient relatif. Les repères se transforment. Le nouveau référentiel part du centre de nous-mêmes.

Ce changement est possible car le travail initiatique a développé chez nous cette écoute très particulière que nous appelons communément l’intuition.

Et quand votre esprit fonctionnera bien, ce sera en vous-même que vivra la vérité. Selon la parole de Saint-Jean vous serez des Dieux.

Une question reste en suspens. Finira t-on par retrouver la parole perdue ?

La connaissance m’apparaît de plus en plus indéfinissable. Des vies de lectures et d’apprentissages ne suffiront pas à embrasser le savoir. Et peu importe d’ailleurs car il ne semble pas détenir la clef. Bien loin de l’accumulation de données dont le travail maçonnique n’a que faire, la connaissance est immatérielle. Pourtant elle est plus que jamais le cœur de nos recherches.

A ce point du travail initiatique, j’en arrive finalement à concevoir la connaissance à l’opposé d’une acquisition figée. Elle est au contraire une aptitude vivante. Une faculté d’écoute des éléments immatériels et atemporels, comme autant de ponts avec un monde parallèle, en reflet de la création. Un monde qui échange et nous renseigne si nous savons lui prêter attention. La connaissance est pour moi le résultat de ce travail d’humilité qui rend à l’homme sa juste place, au centre de la création, à l’image du GADLU et du temple qu’il construit à son image.

Là où j’en suis, connaître c’est être capable de faire le silence en soi, par la méditation et de pouvoir entendre le génie qui parle en soi. Laisser la place à cette intuition fragile qui nous permet d’approcher la vérité sans vouloir l’enfermer dans un concept.

Quand parfois je ressens ce génie qui parle, je me dis que la parole n’est pas totalement perdue.

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