12° #409012

Il ne suffit pas de nous entendre pour acquérir cette science, il faut aussi comprendre

Auteur:

P∴ R∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
NP
A la gloire du Grand Architecte de l’Univers
Ordo ab chao Deus meum que jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 
33ème et dernier Degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France

Cette phrase exprimée par le Premier Excellent Gardien à l’Ouverture des Travaux de ce 12ème Degré est précédée par « La garantie de notre secret réside dans notre Science même », ce qui explique pourquoi il n’est nul besoin que le Temple soit couvert.

La phrase qui suit me donne le sens de ma réflexion : « Et l’on ne peut comprendre qu’en ayant l’intelligence naturelle nécessaire, et après avoir accompli les travaux préparatoires », en fait après avoir assimilé les onze premiers degrés de notre Rite. C’est ce que rappelle le Sublime Grand Maître lors de la Cérémonie de Réception en conférant au Récipiendaire les Grades du 5ème au 11ème.

J’ai reçu et étudié l’Enseignement de ces onze premiers degrés et je vais vous exposer maintenant comment j’ai « compris » cette Science du 12ème Degré, comment elle fait sens pour moi, en explorant le Rituel d’Ouverture des Travaux, ouverture qui décline ce qui m’a été proposé quand je suis devenu Grand Maître Architecte.

J’ai d’abord progressé en travaillant dans les cinq premiers Degrés qui constituent le premier cycle d’Apprentissage. Au terme de ce cycle, Maître Parfait, je suis en mesure de réaliser la Quadrature du Cercle, de mettre en œuvre le grand principe de l’hermétisme évoqué dans la Table d’Emeraude : « Ce qui est en bas et comme ce qui est en haut et ce qui en haut est comme ce qui est en bas pour le miracle d’une seule chose », réaliser l’unité entre la créature et le Créateur. Je précise que j’ai trouvé très édifiant l’enseignement du 4ème Degré : éviter l’influence des idoles humaines, découvrir l’Idée sous le Symbole, la conception personnelle du mot « Vérité », promouvoir la Justice, avoir conscience de ses limites avant d’accepter charges et responsabilités, persévérer dans l’accomplissement du Devoir. Au terme de la découverte des degrés suivants, au 11ème degré, Sublime Chevalier Elu, je suis devenu « Excellent Emeth », Homme Vrai en toute circonstance qui, armé de l’Épée de Justice, peut se consacrer à pratiquer la Vertu.

Je suis maintenant admis dans le « Secret » de l’Archi-Loge, et, Grand Maître Architecte, je suis sensé, outre la construction de mon Temple Intérieur, participer à la construction du Temple de l’Univers.

De L’Etude du Rituel d’Ouverture des Travaux à ce 12ème degré, j’ai retenu quatre notions essentielles que je dois approfondir pour « comprendre » :

– Il est d’abord question de « Mathématique » : je trace le cercle à partir de son centre avec logique ;
– Pour tracer, il me faut la volonté, la volonté de construire ;
– Une question : à 45 ans ai-je atteint l’âge de la plénitude me donnant la maturité pour participer à la construction du Temple Universel du Cosmos
– Autre question : Suis-je en mesure de comprendre, seul ou bien avec le « Génie » qui parle en moi ?

1- La Mathématique

Je reprends le Rituel :

Le Sublime Grand Maître : « Premier Excellent Gardien, êtes-vous Grand Maître Architecte ? »

Réponse du Premier Excellent Gardien : « J’ai étudié la mathématique et je sais me servir du compas ».

Cette Mathématique, pour les Grands Maîtres Architectes, est la Philosophie. Mathématique et Philosophie sont donc comprises, ici, comme une seule et même discipline propre à l’esprit humain pour éclairer les choses la Nature.

Le compas, instrument fondamental du travail mathématique symbolise cet Art du raisonnement, la Logique. Il sert à tracer la circonférence à partir du centre. La circonférence étant le champ des connaissances humaines, champ indéfini, Univers tout entier, et le centre signifiant l’esprit humain, le foyer de la Connaissance.

Le compas est le symbole des Sciences exactes. Le Grand Maître Architecte est l’être de l’entendement. Compagnon devenu Maçon accompli, il excelle dans l’utilisation du compas ; il est devenu Maître dans la pratique des Arts Libéraux. RAGON l’exprime déjà dans le Rituel de Compagnon de 1859, « le Compas est l’image de la pensée dans les divers cercles qu’elle parcourt ; les écartements de ses branches et leurs rapprochements figurent les divers modes de raisonnement qui, selon les circonstances, doivent être abondants et larges, ou précis et serrés, mais toujours clairs et précis ».

Souvenons-nous de la marche du Maître : les deux demi-cercles tracés au-dessus du corps du Maître sont désormais réunis pour former un cercle parfait. Le Grand Maître Architecte a réuni ce qui était épars. Depuis les voyages du 4ème degré, le Maître a perçu que de sa destinée il est l’artisan. Armé du compas, sur le grand tableau de la Connaissance, il trace son chemin en un cercle perpétuel croisant les autres cercles, ceux de ses Frères Grands Maîtres Architectes, les rejoignant en leur centre. Nous sommes dans la concentricité du 5ème degré : la pierre carrée est inclue dans trois cercles concentriques symbolisant le champ infini de la Nature et l’infinie quête de perfection.

Et comment trace-t-il son chemin ? Le Sublime Grand Maître en posant la question « Travaillez-vous seul ou en compagnie ? » entend le Premier Excellent Gardien lui répondre : « Tantôt seul, tantôt en compagnie dans une Archi-Loge », on pourrait dire en s’éloignant et se rapprochant sans cesse du Centre, en faisant une ronde autour du Principe qui pourrait lui permettre de compléter cette injonction tant de fois entendue : « Elevons nos cœurs en fraternité »…dans la communion spirituelle avec nos Frères, pourrions-nous ajouter…

Je n’oublie pas non plus la question suivante du Sublime Grand Maître : « Quels furent vos premiers Travaux ? » Réponse du Premier Excellent Gardien : « Je balayais la chambre des dessins, (ce qui évoque la condition d’Apprenti) je délayais l’encre de Chine, je collais les papiers sur les planches » en toute humilité. Ce qui signifie également que le Grand Maître Architecte délaye les mots et analyse l’idée, l’Idée sous le Symbole du 4ème Degré…pour en extraire une pensée mesurée et limpide.

Il avance prudemment, conscient qu’il est inclue dans ce Grand Tout, que son Temple intérieur n’est que le reflet microcosmique de celui que constitue cet Univers qui l’environne.

Krishnamurti, philosophe indien contemporain (1895-1986) pour qui la transformation du monde passe par la transformation de l’homme hors de tout dogme religieux ou politique le dit et je le cite : « Vous devez vous préoccuper de l’Univers, c’est-à-dire de vous-même, en qui tous les autres existent. L’individu est le monde. Il est à a fois la racine et le fruit du processus total, et sans transformation de l’individu, il ne peut y avoir aucune transformation radicale dans le monde ».

Construire le Temple de l’Univers, c’est donc bien continuer à construire le sien ! Le Grand Maître Architecte est alors en train de prendre conscience, plutôt sa Conscience est en train de le prendre et de le servir. Surmontant définitivement la matière, il s’élève en esprit, atteignant une lucidité sur lui-même lui permettant de commencer à « comprendre ».

2- « Je veux et je construis »

Le Sublime Grand Maître demande au Second Excellent Gardien : « Et maintenant, que faîtes-vous ? » Réponse : « Je veux et je construis ». Egalement, lors de la Cérémonie de Réception, le Rhéteur, rappelant le sens du grade, indique : « Quand on établit un plan, il faut le traduire dans les faits, c’est-à-dire le réaliser, et pour cela il faut mettre en œuvre une faculté spéciale qui a pour nom la Volonté ». C’est pour cela que cette Archi-Loge est nommée la Boulomie, « le lieu où l’on veut ».

Je comprends donc que pour devenir Grand Maître Architecte, il me faut non seulement comprendre mais aussi vouloir.

Boulomie : terme étrange à rapprocher de « boulimie » : désir intense de quelque chose, faim dévorante ou de « boulêsie » d’origine grecque, un lieu où se croisent la pensée rationnelle calculante et le désir. La Boulomie serait donc le lieu nous donnant l’appétit d’agir, dans le souhait d’unité d’action avec le G.A.D.L.U., soutenu par un appétit insatiable à chercher la nourriture de l’Esprit.

« Je » veux et « Je » construis. J’emploie la première personne, je m’affirme dans le vrai sens de la responsabilité et je me concentre pour me projeter dans l’action.

« Je veux »

C’est marquer le temps de la réflexion pour que la volonté devienne un véritable choix intérieur en fonction de mon Idéal. C’est une démarche de face à face avec moi-même, celle du miroir de la cérémonie d’Initiation qui m’amène à dépasser mes pulsions, mes contradictions, à me remettre en cause. Vouloir…Volonté…Volonté et Liberté.

La volonté est décrite comme un principe d’activité, dans lequel nous distinguons quatre phases : la conception, la délibération, la décision et l’exécution, ou passage à l’acte. La conception et la délibération sont alimentées par la connaissance, l’entendement. La décision trouve sont principe dans les valeurs du sujet « libre », d’où la valeur juridique de « l’acte volontaire »…sans liberté de « décision », la volonté n’existe pas ! Mais sans connaissance ni entendement, pas de bons prémices à la prise de décision.

Dans la phase « décision » sommes-nous libres de nos envies, de nos croyances,  de notre histoire ? Saint Thomas d’Aquin écrit « l’acte propre du libre-arbitre est le choix, car nous sommes libres en tant que nous pouvons accepter une chose en en refusant une autre : ce qui est choisir ». Cette puissance n’est pas innée. Elle est le fait du travail, du travail sur soi, du travail de perception des autres. Elle s’acquiert dans le lâcher-prise des icônes de notre monde social : « Accueille toutes les opinions mais ne les déclare justes que si elles apparaissent telles à ton examen propre » m’a dit le Trois Fois Puissant Maître à la Réception au grade de Maître Secret.

Cette citation de Descartes, prend tout son sens « Volonté et Liberté sont deux concepts de la même chose ».

Vouloir implique aussi une promesse de durée dans le temps, de constance c’est-à-dire un engagement sur l’avenir. Ceci nous est rappelé par le coq dans le Cabinet de réflexion : vigilance et persévérance.

Le Grand Maître Architecte travaille dans l’Archi-Loge ou « Boulomie » : c’est-à-dire le « lieu de la constante volonté ». La notion de constance implique la continuité, la « persévérance » telle qu’elle nous a été conseillée au 4ème degré, la régularité mais aussi selon sa définition : la force morale, le courage, la fermeté d’âme.

« Je construis »

Je peux dire aussi : « Je me construis » ou « Je me reconstruis ».

Le Franc-maçon par définition est un constructeur. Le symbole commun de la construction d’un édifice est présent à tous les Grades.

Mais après ma mort intérieure et ma renaissance selon le Légende d’Hiram, il m’est vraiment demandé comme Maître Architecte « d’édifier en moi le Temple de l’Universel » selon les mots du Rhéteur. Je suis en pleine démarche d’individuation.

Le Premier Excellent Gardien, répondant au Sublime Grand Maître sur la signification du Temple symbolique du Temple dit bien : « Cela signifie que le Franc-maçon doit construire en lui-même un Temple ».

Par cette construction intérieure, je participe à la construction idéale du Temple de l’humanité et ainsi, je peux laisser une trace, un message et j’aurai fait acte de transmission. Je passerai le témoin dont je ne suis que provisoirement dépositaire ; j’ai reçu des connaissances de Maîtres plus anciens. Ces connaissances, je me dois de les enrichir, je me dois de les transmettre à mon tour pour que se poursuive le chantier de l’humanité.

« 3 – L’Âge de la Plénitude »

« Premier Excellent Gardien, quel âge avez-vous ? Quarante Cinq ans, l’âge de la plénitude ».

Une première remarque vient à l’Esprit : c’est la première fois qu’un âge est qualifié…ualifié de plénitude. Alors 45 ans, âge du Grand Maître Architecte : nombre ou symbole ? Quarante.

La tentation est grande de rapprocher ce nombre avec quelques évènements bibliques rapportés dans les Evangiles : le Christ se retire quarante jours dans le désert, c’est le quarantième coup porté qui lui donne la mort, il monte au ciel après quarante jours de crucifixion.

Quelles déductions en tirer ? Comme dans notre cheminement maçonnique, quarante est significatif de réflexion, de retour en soi, de viabilité et de renaissance donc de passage. De même le déluge dura quarante jours puis Noé ouvrit la fenêtre de son arche, l’ordre après le chaos étant revenu. Quarante : étape vers une approche sereine des choses, vers la plénitude et n’oublions pas la durée du règne de Salomon, 40ans, laissant son empreinte de Sagesse.

Cinq

Associé au cinq, quarante prend une autre dimension. En effet, cinq est par excellence le symbole géométrique de l’homme, de l’homme parfait selon la Kabbale. Force est de constater que ce chiffre est associé à l’homme en général par les cinq sens, les cinq membres : deux bras, deux jambes, la tête étant le centre. C’est donc un nombre d’équilibre.

Ce cinq, âge du compagnon est assimilatif à cette relative plénitude : les cinq sens plus la perception, cette perception donnant une tout autre fonction à ces cinq sens : la vue qui devient vision auditive, le toucher : le tact, l’ouïe : l’entendement, l’odorat : le discernement, le gout : l’appréciation.

Une remarque : que de parallèles entre le Compagnon et celui qui est devenu Grand Maître Architecte en avançant dans les différents Degrés. Tous deux sont des constructeurs, l’un de Cathédrale, l’autre de Temple, mais toujours A.L.G.D.G.A.D.L.U.

Quarante-cinq, association de quarante et de cinq, présente toutes ces caractéristiques symboliques précitées rassemblées.

La plénitude.

Le Grand Maître Architecte possède maintenant des acquis indéniables et de nouveaux outils évolués : les compas, l’étui mathématique, la planche à dessins et tous les autres outils. Loin de vivre sur ses acquis, il adopte une attitude active. Il peut et veut construire. Il a l’âge de la plénitude de ses possibilités pour passer de la pensée à l’acte, de la volition à l’acte. Il a approfondi l’essence de toute chose. Il s’évertue à améliorer sa propre structure pour la continuité de son surpassement, de l’étendue de ses compétences, pour assurer la continuité de l’œuvre initiatique.

La plénitude est la combinaison, la synthèse des acquis du travail, de la maitrise de l’Art du trait donc la potentialité de sa propre structure ordonnée, des acquis de la logique et de l’intelligence, équilibre entre matière et esprit. C’est l’état d’un être intégral.

4- Le Génie

Dernière question du Sublime Grand Maître avant de prévenir qu’il va ouvrir les Travaux : « A quelles heures commencez-vous et terminez-vous vos travaux ? » Réponse du Premier Excellent Gardien : « Je les commence quand le Génie parle en moi. Je les cesse quand il se tait ».

Ainsi donc, ultime condition, la présence de ce Génie m’est indispensable pour construire mon Temple intérieur.

De quel Génie parle-t-on ? Génie avec « g »minuscule ou Génie avec « G » majuscule ? Le génie est par lui-même positif, un art, une bonne inspiration, une qualité mais avec le « g » minuscule, il reste de nature humaine.

Le Génie, « G » majuscule qui inspire le Grand Maître Architecte est d’une autre nature. Il est plus sûrement d’inspiration divine, celle du G.A.D.L.U. Ce Génie le guide et lui est indispensable sur le chemin de la Sagesse et de la Connaissance.

Lorsque le Génie parle en moi, c’est le divin qui se révèle. Le sort véritable de « l’Homme Vrai » que je suis dépend de la nature de mon âme, la connaissance de la nature de mon âme peut influencer ma destinée.

Mais n’oublions pas que si le Génie nous inspire, à force de travail, celui qui va nous permettre enfin de construire, de créer, donc de faire « apparaître », c’est le nôtre. La statue de bois est contenue dans l’arbre, la statue de marbre dans le bloc de pierre. C’est par son travail que le tailleur, à l’aide de son génie, va extraire la forme idéale qu’il souhaite. Le résultat sera le fruit de son travail en fonction des ses capacités dont il tire le meilleur à condition de bien les connaître. Il lui faut donc se connaître soi-même.

Notre Frère Mozart l’avait bien compris, je le cite : « Le vrai génie sans cœur est un non-sens. Car ni intelligence élevée, ni imagination, ni toutes deux ensembles ne font le génie. Amour ! Amour ! Amour ! Voilà l’âme du génie ».

Et puis simplement, ce Génie est peut-être le véritable révélateur et stimulateur de l’Esprit véritable, celui dont parle le Rhéteur quand il parle du sens du grade : je le cite : « c’est l’esprit qui vérifie les sensations, qui les classe, les coordonne, en fait le système harmonieux que nous nommons le monde. L’esprit seul est créateur ; l’esprit seul existe. Lui seul peut nous faire approcher de la Connaissance dans son acception non plus relative, mais absolue ».

Pour conclure,

« Il ne suffit pas de nous entendre pour acquérir cette science, il faut aussi comprendre ». Après avoir effectué les travaux préparatoires des 11 premiers Degrés qui m’ont permis de dégrossir ma Pierre Brute pour la tailler sur le chemin de la Vérité et de la Lumière, je suis arrivé à l’âge de la plénitude pour « comprendre » et donc être admis dans l’Archi-Loge, ce lieu ou l’on veut. Mais cette indéfectible volonté, dont doivent faire preuve tous les Grands Maîtres Architectes, est inopérante sans l’inspiration du Génie de source Divine qui guide l’Esprit et les mains de ces Constructeurs de Temple individuel et par là-même du Temple Universel.

J’ai maintenant tous les Outils, toutes les Armes, pour agir seul. Je suis donc véritablement responsable de mes Actes pour « agir » selon la devise entendue du Premier Excellent Gardien : « Bien voir, bien comprendre, bien agir ».

On se maîtrise par la méditation, on se comprend par la réflexion, on se connaît par l’action, on s’améliore par loyal examen post-action. Alors, dorénavant, bien agir impliquera pour moi de toujours mieux me connaître pour participer à ma place et en toute humilité à la construction du Temple de l’Univers.

J’ai dit, Sublime Grand Maître.

Vous devez être abonné pour accéder à ce contenu


S'abonner

Retour à l'accueil