La transformation de l’être dans la continuite
B∴ M∴
Ordo Ab Chao
Deus Meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33ème et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France
La transformation de l’etre dans la continuite : la quadrature du cercle
Le Très Illustre Frère Jean-Pierre Papon, 33ème, a écrit que « Le Rite Ecossais Ancien et Accepté propose au Maçon Ecossais une méthode qui est le rite lui-même, une structure originale développée en 33 degrés qui marquent les étapes nécessaires d’une progression lente vers une réalisation spirituelle. Ces degrés correspondent à des états de prise de conscience progressive de réalités supérieures ».
Tout commence, pour le profane que nous avons été, par la question du sens des choses, et de son existence même.
La Franc Maçonnerie est pour nous un moyen de quitter le monde profane et ses préjugés, pour entrer dans le monde sacré, en nous mettant en quête de la vérité.
Cette initiation ne vise pas à transmettre un savoir constitué, mais à développer en chacun de nous des qualités que nous ne pouvons acquérir que par la transformation en profondeur de notre manière d’être.
C’est pourquoi l’initiation a un caractère individuel très personnel, et se doit d’être vécue et « mise en branle » de façon expérimentale : c’est en cela que notre démarche a un caractère opératif affirmé.
Mais alors, comment cette transformation s’opère t-elle ?
L’espace, le temps et la pratique maçonnique organisent et balisent le cheminement du maçon tout au long de sa quête.
Tout d’abord, la loge est orientée : à l’occident se trouvent les deux colonnes qui marquent l’entrée du Temple ; le Vénérable Maître se situe à l’Orient, et les Frères se regroupent sur les colonnes du midi et du septentrion.
Cette disposition symbolique, qui peut se mettre en place dans n’importe quel local, ne prend son sens que par son caractère sacré, cette sacralisation étant apportée par le rituel.
Le maçon se trouve alors plongé dans un espace sacré assimilable au Cosmos, ce fameux macrocosme conçu par le Grand Architecte De L’Univers, et dont il est lui-même une fraction, un « modèle réduit », le microcosme.
Ensuite, la Loge est placée sous le signe de Saint Jean. Dans l’instruction au 1er degré, il est dit : « Comment s’appelle votre Loge ? ». Ce à quoi l’Apprenti répond :
« La Loge de Saint Jean ».
Cette représentation cyclique du temps (entre le solstice d’hiver de Jean le Baptiste et le solstice d’été de Jean l’Evangéliste), invite les maçons à se transformer autour de la lumière, c’est à dire à se régénérer avec la renaissance saisonnière de la nature.
C’est pourquoi le sens profond de l’initiation c’est l’espérance. Il est toujours possible, à condition de vouloir progresser, de se renouveler, de repartir de zéro.
Le décor est ainsi planté, et l’environnement propice au travail est en place.C’est maintenant par la pratique du rituel que le maçon va être amené à se connaître lui-même.
C’est là que le Rite Ecossais Ancien et Accepté entre en action pour proposer à l’Initié une forme d’éveil de conscience passant au préalable par la connaissance de soi.
Dans ce cheminement intérieur, cette quête spirituelle, ce voyage initiatique, les errances et les erreurs sont permises au maçon que nul ne doit juger.
Antonio Machado disait : « Marcheur, le chemin ce sont tes pas et rien d’autre. Marcheur, il n’y a pas de chemin ; on fait son chemin en marchant ! »
Sur ce parcours, le Rite nous donne une méthode qui tient en deux mots : Le raisonnement analogique, qui se manifeste par l’étude des symboles d’une part, et des mythes et légendes d’autre part.
Bien évidemment, tout cela est admirablement structuré par le rituel qui nous aide à vaincre nos passions, c’est à dire à faire taire tout ce qui nous agite pour mieux accéder au silence et à la paix intérieure.
L’apprenti est soumis à la loi du silence, car il doit être en état de réceptivité pour rencontrer son être profond. Il ne saurait y parvenir sans que cessent tous les bruits parasites qui encombrent son mental.
Après avoir dégrossi sa pierre brute, il accède au grade de compagnon qui est un appel à l’étude des arts libéraux sur les plans matériels et intellectuels. Il doit encore polir sa pierre destinée à la construction du temple pour en faire une pierre cubique.
Son guide ? : l’Etoile Flamboyante, symbole de l’Esprit et de la Volonté qui animent le monde et dont l’Homme porte une étincelle en lui qui le conduit vers le Divin.
Son élévation au grade de Maître Maçon est une véritable résurrection grâce à la mise en scène du mythe d’Hiram.
Il accède alors à la chambre du milieu ; il découvre la planche à tracer qui lui servira à dresser les plans de l’édifice spirituel dont la pierre cubique à pointe est l’emblème, telle que figurée sur le tableau de loge du 3ème degré.
Il apprend alors que la mort est l’antichambre de la vie, et que celle-ci, symbolisée par l’acacia, mène un combat perpétuel contre le néant.
Mais, il ne suffit pas d’avoir joué le rôle d’Hiram pour en être pénétré de l’Esprit du Maître de tous les arts.
La Franc Maçonnerie, soucieuse du développement des ses adeptes, leur propose alors de continuer leur parcours dans les ateliers de perfection, afin de parvenir à la grande maîtrise.
C’est ainsi que le 4ème degré, celui de maître secret, repasse en quelque sorte par les épreuves de l’apprentissage pour tirer tout l’ésotérisme de ce premier degré : c’est la recherche de la connaissance par l’étude de la bible, le renouveau du silence, et la méditation.
Le bijou du maître Secret est la clé d’ivoire, clé ésotérique qui ouvre le chemin de la longue avancée initiatique dans le Rite.
La notion de Devoir, présente depuis le 1er degré à travers l’engagement contracté par le récipiendaire, se retrouve magnifiée au 4ème degré à travers le rôle du lévite.
Dans le 5ème degré, celui de Maître Parfait, l’accomplissement de ce Devoir consiste en la réalisation du principe élevé qui est en nous.
Il m’a semblé
nécessaire de revenir sur ce que la Franc
Maçonnerie met à notre disposition, tant dans
notre cursus que dans l’environnement de notre cheminement,
pour bien comprendre que notre Rite est construit pour que,
étape par étape, à l’aide
des différents outils, l’Initié prenne
conscience de lui-même, et se transforme spirituellement au
fur et à mesure de son évolution.
Là est la transformation réelle de
l’être, partagée entre
Frères, et à vivre dans le monde profane,
grâce à la Franc Maçonnerie Initiatique
et Traditionnelle.
Le 5ème degré de Maître Parfait est là pour mettre en exergue cette possibilité d’évolution continue qui nous est offerte.
En effet, dans le rituel d’installation de Maître Parfait, du premier au quatrième voyage on revisite les degrés d’Apprenti, de Compagnon, de Maître, et de Maître Secret. Et enfin, après le 5ème voyage, le Trois Fois Respectable Maître consacre en quelque sorte le récipiendaire en lui disant : « Vous êtes libre mon Frère. La mort n’a plus de prise survous ».
A chaque voyage, le Trois Fois Respectable Maître prononce une phrase correspondant à la construction, à la mise en place progressive du tombeau d’Hiram, pour se terminer par l’exposition des vertus du cœur du Maître, exemple de pureté, d’amour, et de lumière.
Dans l’instruction au 5ème degré à la question : « Que représentent les colonnes ? », le Maître Parfait répond : « Ce sont les colonnes B et J par lesquelles je suis passé pour obtenir le grade de Maître Parfait ».
On se rend compte qu’en fait, depuis le premier degré, le processus est en marche. De degré en degré, de transformations en transformations, l’initié est parvenu à s’améliorer et à atteindre la Maîtrise Parfaite. Tout est donc transmis en germe dès la maçonnerie symbolique, et le grade de Maître est la source même des hauts grades.
Pour preuve, à la question : « Quel âge avez-vous ? » le Maître répond :
– « Sept ans et plus ». Ce « et plus », significatif de la puissance « HOUZZE » (force divine) dont il s’est imprégné depuis le premier degré.
Il s’agit bien là d’une démarche initiatique, caractérisée par une marche en avant continue, un mouvement dynamique qui interdit toute immobilité. Certes, le cheminement est balisé, chaque degré marquant une nouvelle étape, un nouvel état de conscience, où des clés sont données à l’initié qui travaille à ouvrir les portes et à franchir les seuils.
L’adjectif « Parfait » accolé au 5ème degré au grade de Maître, ne doit pas flatter notre égo et nous faire penser que nous sommes arrivés au bout. Loin de là. Il n’a que valeur d’exemple au même titre qu’Hiram est un exemple pour le Maître.
Dans l’instruction au 5ème degré, à la question :
« Êtes-vous Maître Parfait ? », le récipiendaire répond :
« J’ai vu les trois cercles enfermant le cube sur les deux colonnes » ou « Je connais la Quadrature du Cercle ».
Les figures élémentaires de ce symbole sont le cercle et le carré, associés par un centre commun ; le cercle étant représenté par les trois cercles concentriques, et le carré par le cube ou les deux colonnes croisées.
Le cercle est la référence des systèmes de repérage temporel. Les propriétés liées à son image sont la perfection, la non-distinction, la non-division. C’est le Tout.
Le carré, lui, est la figure de base de l’espace. Il est attaché à l’idée de matière, de corps.
La quadrature du cercle, associant ces deux figures, correspond à un symbole qui tire sa puissance de l’association d’apparents contraires qui sont en fait complémentaires (d’où le marbre noir et blanc du mausolée d’Hiram).
Cette association du carré et du cercle n’est pas sans rappeler l’association de l’équerre et du compas que nous connaissons depuis notre initiation.
Le Maître Parfait « a donc vu les trois cercles », et donc « a intégré et assimilé ».
Le fait qu’il connaisse le Cercle et sa Quadrature énonce la possibilité qu’il a acquise de décomposer l’Unité Originelle chaotique pour la réduire aux quatre éléments reconstitués en une Vérité Supérieure nécessairement ordonnée. L’unité étant représentée par le Cercle, et les quatre éléments par le Carré.
L’Initié doit en fait se reconstruire à partir des quatre éléments dont son corps est composé (symbolisés par le carré ou le cube). Mais à ce nouvel état de conscience, il doit transcender ces quatre éléments dans les trois mondes manifestés (les trois cercles).
Ces trois mondes, Corps – Ame – Esprit, en symbiose et en équilibre, conduiront alors le Maître Parfait à la réalisation de l’Harmonie Principielle.
De ce fait, la vision des trois cercles enfermant le cube, pose clairement la relation qui unit l’Initié au Créateur.
Ce besoin d’ancrage principiel est, comme nous le rappelait récemment le Très Illustre Frère Francis RIFAUX, 33ème, dans l’un de ses propos, le critère d’authenticité de notre Rite, de notre Ordre.
Il rajoutait, je cite : « Si cet ancrage principiel venait à se rompre, alors l’image du monde que nous renvoie l’Ordre, d’unifiante, deviendrait vite contraignante en nous imposant un modèle unique ».
Il terminait son propos en nous disant : « L’Ordre n’est pas un principe ou un absolu mais une médiation ».
N’est-ce pas là l’un des enseignements forts du cinquième degré ?
Ainsi, l’évocation de la quadrature du cercle au 5ème degré, pourrait être interprétée comme un « rappel à l’Ordre », une prise de conscience par le Maître Parfait de l’action d’un principe intermédiaire entre la volonté du Créateur et la main de l’homme qui exécute.
La quadrature du cercle devient alors un guide, ou un modèle de pensée comportant deux symboles, deux états, entre lesquels s’établissent des processus relationnels conduisant à notre élévation spirituelle.
Cela accréditerait l’idée que la quadrature du cercle, dont nous parlons en maçonnerie est l’œuvre à accomplir, le « Ordo ab Chao » qui est la devise de notre Loge de Perfection. Il s’agirait non seulement de passer du carré au cercle, mais aussi de parvenir à notre propre réalisation en partant de notre propre chaos, en mettant en harmonie le quaternaire de la substance avec le ternaire de l’essence.
La Quadrature du Cercle serait donc une clef qui nous mettrait sur la voie de la parole perdue, en nous révélant avec la lettre J le nom de l’Ineffable. Ce n’est qu’à ce stade que nous pourrions un jour accéder à notre vérité existentielle.
Tant il est vrai que cette Quadrature du Cercle est aussi comme un nouveau symbole pour nous rappeler que notre démarche initiatique se fait suivant une ligne asymptotique, en ce sens que nous « tendons vers », nous nous surpassons sans cesse pour tenter d’atteindre notre Idéal.
Christian GUIGUE nous dit que « la perfection n’est pas de nature humaine mais divine. Le perfectionnement de l’homme est donc une illusion en soi. Dans la réalité, nous cherchons à diminuer notre imperfection ».
Dans le fond, l’important n’est pas la réussite totale, mais la constance, la sincérité, la foi réelle et consciente, mises au service de notre engagement.
C’est peut être là encore le signe qu’une suite se profile, et que de nouvelles voies sont à découvrir et à emprunter pour continuer à avancer sur le chemin de la Connaissance.
Parce que notre démarche écossaise est sans fin, la Quadrature du Cercle doit être pour nous une source d’inspiration, de méditation, d’humilité, et surtout d’espérance.
J’ai dit, Trois Fois Respectable Maître.
Bibliographie :-Rituel du 1er degré – Apprenti.
-Rituel du 2nd degré – Compagnon.
-Rituel du 3ème degré – Maître.
-Rituel du 4ème degré – Maître Secret.
-Rituel du 5ème degré – Maître Parfait.
-Symbolique des Grades de Perfection et des Ordres de Sagesse (Irène MAINGUY).
-Méthode spécifique du REAA (T Ill F Jean-Pierre Papon, 33ème) – Tradition Ecossaise n°15.
– Avril 2008.
– La symbolique de la Loge de perfection du REAA (Raoul BERTEAUX).