La Boulomie
F∴ H∴
ORDO AB CHAO – DEUS MEUMQUE JUS
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
Du 33e degré et dernier du Rite Écossais Ancien et Accepté, pour la France
« Êtes-vous Grand Maître Architecte ? Je veux et je construis ».
La boulomie est donc le lieu où l’on veut et où l’on construit. Le terme vient d’un néologisme grec signifiant volonté, conseil, ce terme s’est transformé en réunion où l’on tient conseil, réunion de philosophes de lettrés, de géomètres et d’architectes. C’est ce même lieu qui est appelé archi-loge. Le terme « archi » est un préfixe tiré du grec arché qui exprime une notion de supériorité.
La boulomie serait donc le lieu me donnant l’appétit d’agir, avec l’aide et dans le souhait d’unité du G.A.D.L.U. dans le but de construire mon propre temple intérieur. Mais, dans les onze degrés précédents nous commençons déjà à bâtir notre propre édifice avec la complicité du G.A.D.L.U. Cela commence même depuis notre entrée dans le cabinet de réflexion lorsque nous rédigeons notre testament puisque le profane doit répondre à trois questions dont l’une porte sur les devoirs de l’homme envers Dieu, puis envers lui-même et ses semblables. Ensuite, lors de l’initiation, à la question du Vénérable Maître : « En qui mettez-vous votre confiance ? », l’impétrant répond : « en Dieu », en fait la réponse lui est soufflée par le maître des cérémonies. Cette notion de Dieu ou de G.A.D.L.U n’est bien sûr encore qu’imparfaite et en tout état de cause non assimilée mais nous pressentons déjà qu’une réflexion plus approfondie peut nous amener à changer notre condition ; c’est-à-dire atteindre un état ou niveau différent voire supérieur, un peu comme les hommes dans l’Antiquité, qui avaient une telle peur de la mort et vivaient en fait pour la préparer en mettant leurs croyances en différents dieux. L’initiation au premier degré constitue déjà un cycle complet puisqu’elle a pour ambition de nous débarrasser de nos imperfections, de nos préjugés, en quelque sorte de nous purifier.
Donc, au premier degré notre connaissance de Dieu est très imparfaite puisqu’on nous définit Dieu comme « auteur de tout ce qui est », notre marche est le reflet du zèle que nous devons montrer en marchant vers celui qui nous éclaire (à l’orient le Vénérable Maître) ; déjà au premier degré, degré de purification nous sommes mis en présence du G.A.D.L.U : nous faisons seulement un constat : notre connaissance de Dieu comme auteur de tout ce qui est. L’apprenti, matière première ou brute, va se transformer dans l’Athanor que constitue la loge pour essayer d’atteindre une autre dimension ou tout au moins de s’en approcher au fur et à mesure de son évolution, par son travail sur lui qui sera sans doute difficile à communiquer aux autres puisqu’elle lui est propre, en fait cette quête de la voie hermétique sera plus sensible à compter du quatrième degré.
Au deuxième degré, il nous faut poursuivre notre quête et amplifier ce qui s’est passé au premier, on nous donne des outils pour « apprendre à se connaître soi-même » comme il l’est écrit dans le rituel, le compagnon est placé entre l’équerre et le compas et après ses voyages, il arrive à l’apogée « au pied du tronc du G.A.D.L.U ». Les 5 voyages réalisés par le compagnon ont pour but de lui faire reconnaître ce qui est au dedans comme au dehors et au dessus de lui, il y a donc comme quelque chose de supérieur dont il n’a pas encore conscience. Nous sommes mis en présence de l’étoile flamboyante et de la lettre G, le centre, le Principe, « God », qui nous font progresser dans notre cheminement maçonnique « Il faut comprendre pour croire » ; Dieu a créé l’homme à son image, cela induit qu’il y a une relation entre la physionomie de l’homme et le divin. Comprendre cette relation c’est emprunter un autre chemin qui mène sans doute à la sagesse puisque le but de l’initiation est de nous amener à cette sagesse, cela préfigure ce que sera le troisième degré.
Au troisième degré, nous arrivons à un degré de rupture, nous sommes en état de prostration car nous sommes confronté pour la première fois à la mort, du sacré qui préfigure déjà le quatrième ; le temps est suspendu et l’endroit est qualifié, nous sommes mis en présence du sacré par le sacrifice qui vient d’avoir lieu mais c’est le chaos, le temps n’existe plus ; nous mettons en scène la mort ce qui nous laisse dans l’expectative, on reste sur une parole perdue et on ne nous donne pas d’élément pour entrapercevoir la suite de notre progression. Où est le mal ? Où est le bien ? Cela pose un problème car nous n’avons pas la méthode de perfectionnement, le compagnon est encore pur, mais nos références s’évanouissent. Au grade de Maître il n’y a ni force, ni beauté, il ne reste plus que la sagesse. Pourquoi ? Peut-être pour nous interdire la voie tracée pour atteindre l’orient, là où se situe le G.A.D.L.U. Il nous est fait comprendre que pour atteindre notre réalisation spirituelle il reste encore bien des étapes à franchir et que notre cheminement sera long.
Au quatrième degré, l’engagement du maître secret est de promouvoir la justice puisqu’il y a eu mort de notre maître Hiram, nous sommes dans le saint des saints ou tout au moins nous le devinons derrière la balustrade, lieu de la présence divine car nous avons changé de plan, nous nous sommes élevés, un mot nouveau apparaît : le sanctuaire, là où l’initié est invité à se rendre, il a une clef et doit donc la garder. Le maître secret a une mission sacerdotale ; c’est-à-dire qu’il est au service du sacré, il est admis au rang des lévites, gardien du temple, il est l’intermédiaire entre le profane et le Saint. L’œil qui figure sur son tablier lui signifie qu’il doit veiller à l’accomplissement de l’œuvre, il doit sortir de ses certitudes, il doit rechercher l’idée sous le symbole.
Au cinquième degré, degré de Maître Parfait, de mise en pratique du phénomène de deuil, nous apprenons à mesurer le temps de façon différente et que la clef de la connaissance est dans la participation directe au Principe, lequel est immanent à l’initié, c’est la quadrature du cercle, la réalisation du Principe élevé qui est en nous.
Au sixième degré, le Secrétaire Intime a le désir d’acquérir de nouvelles connaissances, nous recherchons la parole perdue pour alimenter notre curiosité intellectuelle, curiosité qui doit stimuler notre intelligence pour être utile dans le chemin de la vérité. La morale étant qu’il nous faut respecter les secrets de nos frères en évitant qu’on les découvre ou que nous les divulguions : le silence a ici une valeur qui n’est pas négative, il s’agit d’une curiosité saine et d’ouverture : on écoute et on dit, nous cherchons une interprétation qui nous est propre, c’est en quelque sorte la parole écossaise qui est le « ciselage » de la pensée au Rite Écossais Ancien et Accepté.
Au septième degré, degré de Prévôt et Juge, on nous apprend que nous devons la justice à tous les hommes et que la possession de la science donne aux initiés l’aptitude à rendre justice à leurs frères de façon équitable, nous sommes là dans un rôle de contremaître averti, d’artisan accompli en charge d’apprendre aux autres et d’apprécier la réalisation de leur œuvre qui est en même temps la nôtre.
Au huitième degré, degré d’Intendant des bâtiments, nous devons consacrer zèle et constance aux travaux donnant splendeur au temple que nous devons construire et pour ce faire il nous faut bien sûr connaître l’architecture : Salomon demande de la technique et de l’engagement moral car il s’agit du Saint des Saints, donc il nous faut acquérir un degré de maîtrise supérieur car nous sommes au service du sacré, qui est une dimension signifiante de Dieu, du G.A.D.L.U.
Au neuvième degré, degré de Maître élu des neufs, degré d’action et de vengeance, cependant la vengeance n’est pas permise, il nous faut apprendre à nous connaître nous-mêmes. Cette recherche basée sur la réflexion, l’introspection, doit être capable de révéler l’Être véritable derrière le paraître, les éléments appris dans le premier degré prennent ici toutes leur signification : vaincre nos passions, fuir le vice et pratiquer la vertu. Ceux-ci (les éléments) doivent nous mener vers le G.A.D.L.U : la prise de conscience de l’Etre conduit à une nouvelle évolution dans la quête. Nous prenons conscience de notre être intérieur, de notre introspection, de notre transmutation qui nous font pénétrer en nous pour aboutir au dépassement de soi, il nous faut rechercher en nous une parcelle de sagesse qui mène au G.A.D.L.U ce qui nous permet de nous identifier à lui. Il faut rentrer dans notre propre caverne pour combattre nos mauvaises idées, nos doutes ; ainsi parvenu à vaincre ses contradictions, le maçon progressera vers la Connaissance et la Vérité, mais en fait toute vérité atteinte ne sera jamais qu’une étape vers la vérité suprême qui se manifeste ensuite dans la révélation de Dieu. Tout au long de notre parcours initiatique, une sagesse s’installe en nous, elle nous est personnelle en maçonnerie, nous ne faisons plus certaines choses à l’image du roi Salomon, notre maître, qui dans sa grande sagesse va pardonner au meurtrier.
Les dixième et onzième degrés terminent les degrés de vengeance, en tant qu’illustre élu des 15 qui retrouvent les assassins pour les conduire au roi Salomon et ainsi élevé au grade de Sublime Chevalier Élu, en recevant la récompense des meurtres qu’il a commis.
Après ce chemin balisé du quatrième au onzième degré et l’accomplissement de son Devoir « Qui conduit sûrement à la Vérité », comme il l’est écrit dans le rituel, nous arrivons ainsi au douzième degré celui de Grand Maître Architecte, la vengeance n’est plus de mise, il nous faut désigner le successeur d’Hiram afin de continuer la « construction du temple de Salomon qui signifie que le franc maçon doit construire en lui un temple et le temple que nous devons construire en nous, c’est le système de nos connaissances, de nos idées et de nos règles de conduites, dont nous nous efforcerons de rassembler un tout harmonieux pour nous rapprocher, autant que le permet l’infirmité humaine, de la Perfection ». Mais qu’elle est cette perfection, cet idéal spirituel vers lequel nous devons tendre sinon la morale et l’éthique qui nous sont propres.
Après être reçu Grand Maître Architecte, il est dit par le Grand Maître Rhéteur que le grade conféré comporte la construction d’un plan qu’en maçonnerie on nomme « la compréhension par le jeu de l’intelligence, de l’œuvre du G.A.D.L.U ; c’est-à-dire la construction en nous d’un Temple à sa mesure et à sa gloire en un mot : « La Connaissance », qui est définie ensuite comme un « rapport entre un objet et un sujet, entre quelque chose d’extérieur à l’homme et à l’esprit humain ». Cette notion de connaissance s’apparente bien entendu à la Gnose, déjà perçue au grade de compagnon ; c’est-à-dire la connaissance en tant que principe d’élévation vers le divin. L’homme ainsi enfermé dans sa prison terrestre, sa vie profane, veut s’élever jusqu’à l’essence divine, il ne s’appartient plus, il lui faut pénétrer le monde intelligible par le savoir absolu. Ainsi, avec cette prise de conscience, le Grand Maître Architecte va construire son temple spirituel mais pour ce faire il lui faut étudier la Mathématique qui va lui baliser le terrain, la Mathématique étant définie ici comme la Philosophie ; c’est-à-dire l’Amour de la sagesse ou encore comme il l’est écrit dans le dictionnaire c’est la « qualité de celui qui unit l’habilité à la prudence et à la bonne conduite », la devise du franc maçon n’est-t-elle pas « Bien voir, bien comprendre, bien agir ».
Le lieu où l’on travaille s’appelle donc « la Boulomie », « lieu où l’on veut », lieu où je veux, ma volonté doit être ferme, il n’y a pas de gardien, on reprend la construction de notre temple après les degrés de perfection de maître parfait à Sublime Chevalier Elu, le temple a été nettoyé des assassins et il nous faut reprendre notre travail de la planche à tracer avec le compas qui nous fait tracer le cercle, où doit se retrouver le centre de l’Idée, ainsi le génie parle cela veut dire que l’inspiration vient d’ailleurs, d’en haut car au douzième degré les choses sont encore en partie cachées au fond de nous, nous n’avons pas encore toutes les clefs, nous devons les découvrir par nous mêmes en cherchant au plus profond de notre Être, nous devons continuer à découvrir l’idée sous le symbole comme il nous est enseigné dès le quatrième grade. Notre compréhension des choses doit être en quelque sorte divinatoire et en cela elle s’apparente au divin, nous avons les yeux fixés vers le ciel ; c’est-à-dire vers l’infini.
Si je me réfère aux trois états de l’homme de Plotin au douzième degré je suis réellement un homme spirituel ; c’est-à-dire celui qui vit par l’esprit, j’entends par là qu’il admet que tout ne se réduit pas à l’univers manifesté. Il croit en l’existence d’un principe supérieur, créateur, qu’il appelle le plus souvent Dieu et qui s’est révélé aux hommes. Peu importe de quelle religion monothéiste est son Dieu, « Dieu étant la pure conception de la Puissance suprême est toujours le même sous des noms différents ». L’homme spirituel est traversé par les vibrations du sacré et a le sentiment diffus que son existence s’inscrit dans celle du cosmos.
Le douzième degré me fait prendre le chemin de la sagesse de développer cette immanence comme l’a défini Spinoza, cette part de Divin qu’il me faut aller chercher, cette aspiration vers la quête pour retrouver la Parole.
L’image de Dieu que nous avons est celle d’un être parfait, cela voudrait dire qu’il existe car Dieu ne peut être imparfait, nous essayons sans cesse par notre démarche herméneutique de nous approcher de la perfection. Cependant, en même temps nous savons que l’homme n’est pas parfait, il lui faut continuer à travailler par une démarche alchimique sans cesse renouvelée. Quel est donc ce travail, cette construction que le franc maçon doit faire en étant élevé au grade de Grand Maître Architecte si ce n’est qu’il doit utiliser toute les potentialités enfouies au fond de lui, de notre moi, le passage obligé étant notre cœur au centre duquel se trouve l’amour qui se définit ici comme la compassion pour autrui qui doit toujours nous habiter.
Mon interprétation actuelle du Divin est intime et ne peut être comparée à une autre, ma boulomie est intacte, les problèmes doivent être abordés différemment, je me rapproche de la Vérité, l’homme maçon que je suis doit travailler pour un monde meilleur, mon comportement dans la vie profane doit être différent d’un non initié, l’introspection commencée et perçue au premier degré doit m’amener à une évolution certaine du « connais-toi toi-même » qui prend alors une autre consistance, c’est le génie qui parle, la petite lumière en moi, l’être vivant, vertical que je suis est en quelque sorte dépositaire d’une parcelle de divin que je sais plus ou moins exploiter. Il me faut mettre en harmonie le concept du G.A.D.L.U avec mon concept humain ; c’est-à-dire qu’il doit y avoir harmonie, fusion entre ce qui existe ici-bas comme en haut ; ce génie qui parle en nous n’est pas de l’ordre de la raison, cette voix intérieure peut et doit être le point de départ de notre création en éveillant en nous comme une force agissante en vue de notre perfectionnement. C’est cette force qui guide ma volonté et ma construction. Mais cela ne peut se faire sans le Devoir librement consenti avec joie, discernement et détermination qui est le choix du Grand Maître Architecte, c’est par le pouvoir et l’exercice de ma volonté orientée vers le Bien, le Beau, le Bon, le Juste : le Divin que j’atteint à la véritable construction.
J’ai dit !