12° #409012

L’Archiloge ou Boulomie, lieu de la constante volonté

Auteur:

N∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Le Rituel du XIIème Degré Symbolique indique : « L’Atelier s’appelle Archi-Loge ou Boulomie, c’est-à-dire « l’endroit de la constante volonté«  ».

L’Archi-Loge

Le préfixe « Archi » renferme la notion de « ce qui se trouve au-dessus de », ou bien « ce qui est supérieur à » ou encore « ce qui se situe au-delàde ». Que signifie « au-delà de », si ce n’est « au-delà de la Terre », dans le Cosmos. Mais cette expression peut aussi vouloir dire « au-dedans de nous », autrement dit à l’intérieur de notre être intime et profond qui, en fait, serait relié à ce Cosmos sans commencement ni fin.

La Boulomie

Ce néologisme serait forgé d’après un terme grec – comme le sont certains noms d’officiers de tendance hellénisante – signifiant « vouloir ». Ce sens paraît logique, si la « boulomie » est « le lieu de la constante volonté, le lieu où l’on veut ». Mais où donc se situe cette « Archi-Loge » ou « Boulomie » ?

En me reportant à la lecture du Rituel, j’en déduis qu’elle se trouve partout ou encore n’importe où, car le Grand Maître Architecte construit le Temple de l’Humanité et avant tout son Temple intérieur. Or, ayant cet objectif dans le viseur il ne peut pas agir dans un cadre restreint, limité, voire étriqué.

Cet archi-loge revêt cependant, à mes yeux, un double aspect du point de vue symbolique : elle présente à la fois un caractère universel – elle peut se tenir partout-, et un caractère personnel – elle peut exister en chacun de ses membres.

Par ailleurs, il est intéressant de noter que, au XIIème degré, les travaux n’ont pas lieu à couvert. En effet, toute science ou Connaissance semble absconse à celui qui n’en connaît ni le jargon spécifique ni la technique particulière. Aussi, l’étranger qui, en pénétrant dans le Temple, surprendrait les travaux en cours, comprendrait fort peu de chose car son ignorance en la matière voilerait son entendement. C’est la raison pour laquelle, lors de l’ouverture des travaux, et ce, pour la première fois, il n’est pas vérifié si le Temple est « à couvert », autrement dit le Couvreur est absent à ce grade.

Je vois dans la volonté, la faculté de déterminer librement ses actes et ensuite de les concrétiser. Toutefois, il faut exercer cette faculté en manifestant énergie et fermeté car il s’agit ici d’une volonté constante, autrement dit d’une orientation durable et permanente. L’ardeur et la ténacité en sont les attributs ; l’éphémère et le provisoire en sont donc exclus.

Je vais à présent, mes Frères et mes Sœurs Grands Maître Architectes, utiliser sciemment le pronom personnel « je », en spécifiant bien auparavant qu’il ne s’agit en aucune façon d’un « je » prétentieux ou égoïste, mais bien plutôt d’un « je » conscient et responsable devant l’œuvre à accomplir.

A cet instant précis, 2 questions se posent avec acuité :

1°/Que dois-je vouloir en permanence ?
2°/ Que dois-je construire en permanence ?

A ce stade, je dois reprendre les travaux du Temple, restés inachevés à la suite de la mort soudaine et tragique de Maître Hiram.

Au point de vue symbolique, j’ai appris l’Art du trait à l’Ecole d’Architecture fondée par Salomon -l’Ecole du Maître Hiram – où m’ont été également enseignés 3 genres et 5 ordres d’Architecture, ainsi que 19 sciences. Il me faut organiser mon savoir, ordonnancer mes connaissances, recourir aux formes et aux nombres pour le tracé des Plans. Mais tout en étudiant attentivement les Plans de mes prédécesseurs, je dois m’efforcer de les adapter au chantier qui se présente à moi. En effet, je ne peux pas me satisfaire de plagier ou de reproduire servilement ce qu’ils ont dessiné avant moi. Du simple exécutant, je suis à présent devenu concepteur.

Le Temple intérieur

Mais au XIIème Degré, il s’agit de construire mon Temple intérieur, car « le Temple de Salomon, Temple de Pierre, est à l’image du Temple intérieur que chacun doit réaliser dans son cœur ». A cette fin, je dois me lancer dans la réalisation de travaux préparatoires avant de tracer un Plan préalable, c’est-à-dire « balayer la chambre des dessins, délayer l’encre de Chine et coller les  papiers sur les planches ».

Que signifient ces travaux préparatoires à mon niveau personnel ?

« Balayer la chambre des dessins »

C’est faire place nette dans mon cœur et dans mon esprit pour tracer mon Plan d’évolution dans l’harmonie, le calme et la sérénité, en me débarrassant des ruines du passé, à me libérer de mes conditionnements, de mes passions excessives et de certains préjugés encore tenaces. Les grades précédents du 5ème au 11ème m’ont aidée à me dégager du désir de vengeance, de la curiosité de mauvais aloi, de la pratique de l’injustice et du sentiment de jalousie.

N’hébergeant plus en moi de mauvais desseins, je peux cheminer sur la longue et difficile route de la Sagesse.

Délayer l’encre de Chine

Ayant mûrement réfléchi à la conception de mon Plan, il me faut maintenant entreprendre sa réalisation. Je dois en dégager la ligne directrice et en éliminer le superflu pour ne pas me laisser parasiter par des pensées secondaires sans intérêt. Choisissant un pinceau fin pour la précision des traits et une encre de Chine, encre indélébile, je vais devoir faire preuve d’assurance dans mon tracé pour ne pas revenir en arrière. Autrement dit, je dois concrétiser des pensées intimes et profondes avec netteté et concision. Pour atteindre mon but, je vais recourir aux instruments de l’étui de mathématiques qui conviennent le mieux à l’exécution de mon tracé. Je sélectionne donc l’aplomb, la règle et les compas.

J’ai besoin de l’aplomb pour fouiller les profondeurs de mes pensées, de la règle qui, par sa rectitude, m’évitera de dévier de la voie dans laquelle je me suis engagée et des différents compas. J’écarterai progressivement, mais sans hâte, les branches du compas simple au fur et à mesure de ma progression spirituelle. Je m’en servirai aussi comme instrument de mesure pour juguler mon imagination débordante et canaliser mes passions parfois exacerbées. Je penserai toujours à revenir à mon centre à partir des différents points de la circonférence des cercles tracés à l’aide des compas.

Coller les papiers sur les planches

Il me faudra coller impeccablement la page blanche où j’effectuerai le tracé de mon Plan sur ma Planche à dessin, afin qu’elle s’y ajuste parfaitement. Je dois faire corps avec elle. En fait, c’est un support de réflexion. A mes yeux, cette page blanche représente tous les possibles, car j’ai toute liberté pour y tracer le Plan : je peux y projeter le plus intime de moi-même, mon jardin secret. Cependant, si je comprends parfaitement que l’on puisse ressentir de l’effroi devant une page blanche, un peu à la manière de l’écrivain qui n’arrive pas y jeter quelques lignes, pour moi elle est aujourd’hui porteuse d’espérance. Je dois, toutefois, vous avouer que le jour de mon élévation au XIIème Degré, à la vue du crayon posé sur le rebord la Planche à dessin, j’ai ressenti pendant quelques secondes un pincement que j’ai réussi à maîtriser ensuite.

Ces travaux préparatoires visent à me libérer de toute forme de conditionnement résultant depuis mon jeune âge, de mon éducation, de la culture acquise et de mon regard posé sur le monde.

Dans le Rituel, à cette question du Sublime Grand Maître : « Et maintenant, que faites-vous ? », le Premier Excellent Gardien répond : « Je veux et je construis ».

Comme je l’ai indiqué au début de ma Planche, ce « je » implique ma décision librement consentie, ma détermination à construire et à me construire, une prise de conscience aigüe de mes responsabilités. Grand Maître Architecte, je suis devenue un créateur. En fait, je dois re-construire mon être, re-bâtir ma personnalité, devenir l’agent actif de ma propre destinée. Je me suis efforcée, dès les Loges bleues à pratiquer le « Connais-toi toi-même », j’ai réussi à chasser quelques-uns de mes vieux démons, à combattre quelques-uns de mes mauvais compagnons que j’ai appris à reconnaître, pour les soumettre à ma volonté. Dans le tracé de mes plans que je rangerai ensuite dans la poche rectangulaire de mon tablier, je sais qu’il va me falloir raisonner juste, retranscrire fidèlement ma pensée au moyen des instruments adéquats de l’étui de mathématiques et toujours faire preuve de précision dans mon travail.

Ayant « rassemblé ce qui est épars », je m’appuierai sur la rigueur du raisonnement mais aussi sur la rigueur morale.

Je suis éclairée dans mon tracé par l’étoile du matin située à l’Orient et représentée par Jupiter, dont le graphisme symbolise l’éclair et  la foudre, et le soir par la Grande Ourse et l’Etoile du Nord qui projette sa clarté du Septentrion, région froide et sombre, mais la lumière naît de l’obscurité. Cependant, comme l’indique le Rituel, je n’oeuvrerai qu’au moment où le Génie, c’est-à-dire l’inspiration et l’intuition parleront en moi et m’arrêterai au moment où il se taira. Je travaillerai « tantôt seule, tantôt en compagnie », car les travaux et les prises de parole des membres de l’Archi-loge constituent à mes yeux une incomparable source de réflexion, un précieux support de méditation. Et l’étranger qui, nous ayant surpris dans notre Atelier, non couvert à ce grade, aurait accompli un travail personnel suffisant lui permettant de nous comprendre et qui s’insérerait parfaitement parmi les membres de l’Archi-Loge, sans en rompre l’harmonie ambiante, serait d’un apport précieux. L’esprit a besoin de nourriture, il doit exercer ses facultés mentales pour rester vivant. Or, nous sommes encore loin d’utiliser toutes les possibilités de notre cerveau.

Les travaux de mes prédécesseurs, Frères et Sœurs partis pour la Grande Loge Eternelle, d’une  part, et  les travaux des membres de mon Archi-Loge, d’autre part, représentent les fondations solides sur lesquelles va s’appuyer mon travail en solitaire pour me permettre de franchir un nouveau barreau sur l’échelle de la spiritualité. Dans les Loges bleues, j’ai appris à penser par moi-même, à développer mon esprit critique de façon positive, à passer au travers de mon propre tamis les différentes idées exprimées, à creuser ma pensée, à développer mon savoir et à approfondir mes connaissances. Je dois me dépasser encore et toujours dans les hauts grades, car rien n’est jamais acquis définitivement.

Le Temple de l’Humanité

Pour construire le Temple de l’Humanité, projet ambitieux s’il en est, encore faut-il avoir réussi à se re-construire soi-même, être parvenue à s’amender, avoir transformé un tant soit peu ses défauts en qualités, autrement dit avoir pratiqué une forme de résilience. Non seulement faut-il se remettre en cause sans indulgence et donc commencer par se réformer soi-même, mais il faut aussi nous défaire de notre égo, parfois surdimensionné, faire preuve d’empathie en écoutant l’autre et surtout ne pas se contenter de paroles qui ne coûtent rien, mais agir en portant inlassablement à l’extérieur l’œuvre commencée dans le Temple. La tâche est de longue haleine, mais il suffit de bonne volonté et d’un désir véritable et sincère pour faire bouger peu à peu les choses. Nous devons encore et toujours transmettre, nous devons continuer l’œuvre de nos prédécesseurs. Peu importe si une vie entière n’y suffit pas, le principal pour moi est de mettre mise en mouvement et d’avoir essayé.

J’ai dit, Sublime Grand Maître.

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter