12° #409012

La boulomie

Auteur:

S∴ G∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Dans le 12ème degré, nous sommes dans la BOULOMIE : l’endroit où l’on veut, nous dit le rituel.

Et à l’audition du travail proposé par le SGM intitulé « la boulomie », j’étais loin de penser que mon zèle, ma confiance dans mon futur investissement allait très vite se transformer en doute, inquietudé, « désarçonnement »…

En effet, tout confiant, j’ai tout de suite pensé que ce terme était d’origine grecque, tels que ceux donnés dans le rituel, et conforté d’ailleurs par le mot qui suit « archi-loge ».

Ainsi, j’ai fait tout naturellement un rapprochement avec un autre terme grec que j’ai étudié il y a bien longtemps en Histoire des institutions politiques de l’Antiquité : « la Boulê ».

Et en commençant par le commencement, c’est-à-dire par une recherche étymologique, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que ce mot, ce terme – boulomie – n’existe pas ! Mais qu’il s’agit d’une corruption, d’un néologisme ; comme si le fait d’entendre quotidiennement de la part de mes élèves de nouveaux termes tels que « cultivation » ne suffisait pas à altérer, à agresser mes oreilles et donc mon ESPRIT !

Il s’agit donc maintenant de rechercher ses sources,ou tout du moins de quels mots grecs il pourrait bien dériver, dans une première partie, afin d’intégrer cette notion dans le douzième degré.

Plusieurs mots grecs viennent alors à mon esprit :

– tout d’abord la BOULÊ : terme venant de l’époque de la démocratie athénienne.

Puis la Boulêsie et Boulestai.

Mais avant de s’intéresser à ces termes et qui n’apparaissent pas du moteur de recherche internet, le terme boulimie par contre est proposé par défaut.

Est-ce que BOULOMIE se rapproche de BOULIMIE ? Bien que certains auteurs et maîtres maçons se sont évertués à rapprocher ces deux termes, je m’oppose formellement à l’idée de trouver un lien avec ces deux termes, tout simplement parce que leur origine est totalement différente ; en effet, Boulimie vient du grec ancien boulimía (« faim de boeuf ») composé de boûs (« boeuf ») et limós (« faim ») ; nous disons plutôt faim de loup.

De là, quittons internet, pourvoyeur d’erreurs et ouvrons nos anciens et immuables manuels.

I. Les termes grecs « parents »

a. Boulê ou Boulè : haute assemblée d’une cité de la Grèce antique et notamment d’Athènes.

* À Athènes, il faut présenter un certain Solon : homme d’État, législateur et poète athénien, il est souvent considéré comme ayant instauré la démocratie. Il fait partie des Sept Sages de la Grèce. Solon a joué un rôle politique important, étant à l’origine d’une série de réformes qui accroissent considérablement le rôle de la classe populaire dans la politique athénienne. Ainsi il réforme la Constitution en réduisant le pouvoir de l’Aréopage. Il met en place un conseil de Quatre Cents membres élus, la Boulê, portée à Cinq cents par Clisthène en -508.

* La Boulê est un conseil consultatif pour l’assemblée des citoyens appelée Ecclésia.

* De plus, tous les ans, les citoyens âgés de plus de trente ans pouvaient se présenter pour être tiré au sort.

La Boulê est la représentation permanente des citoyens athéniens

Où se réunit la Boulê ?

Celle-ci se reunit dans le Bouleutérion, un bâtiment de l’Agora, place publique où se rencontrent les citoyens…

Comment se réunit la Boulê ?

Ne pouvant se réunir en permanence, le démos délègue temporairement aux 500 citoyens bouleutes une partie de sa souveraineté. À la Boulè revient le rôle de gardien de la constitution (peut-on faire un rapprochement avec le Lévite ?).

Les fonctions de la Boulê. La Boulê prépare l’ordre du jour de l’Ecclésia. Elle se réunissait quotidiennement pour préparer les projets de loi à soumettre à l’Ecclésia.

Chaque proposition adoptée par un vote à l’Ecclésia portait la mention « Il a plu à la Boulè et au peuple… ». La Boulè décide de l’ordre du jour des débats à l’Ecclésia, prépare les projets de décrets qui seront votés par l’Assemblée et contrôle les magistrats à leur sortie de charge. De plus, la Boulé supervise l’organisation militaire, organise les grands travaux, etc. Ainsi, peu de domaines échappent à l’autorité du Conseil de la Boulê. Elle détient des pouvoirs législatifs, financiers, judiciaires, militaires, mais sous contrôle (de l’Ecclésia. Sans elle, le fonctionnement de la démocratie serait impossible à l’Ecclésia. Et sans l’Ecclésia, l’activité de la Boulê n’aurait rien de démocratique. La Boulê est le centre de la Démocratie, tout comme la Boulomie est le centre du temple, de l’Esprit !

b. La Boulêsie

Une recherche plus approfondie m’apprend que BOULOMIE dériverait aussi de la BOULÊSIE grecque, que l’on traduit par « VOLONTE ». La BOULESIE est un lieu où se croisent la pensée rationnelle et le désir. La Boulomie serait donc le lieu nous donnant l’appétit d’agir, dans le souhait d’unité d’action avec le GADLU, à chercher la nourriture de l’Esprit.

c. Boulesthai :

On peut aussi rapprocher le mot Boulomie du verbe grec boulesthai qui signifie « vouloir », et ce verbe repose sur la même racine que ballein qui signifie « atteindre par un trait » ; quand on sait qu’au milieu de la loge au 12ème degré est une planche à dessin avec les outils du dessinateur et que ce degré est appelé grand maître architecte, on ne peut qu’être attentif, intéressé à la traduction du verbe ballein : atteindre par un trait. Donc nous sommes dans un lieu appelé boulomie où nous devons être des adeptes de la VOLONTÉ et développer l’art du trait.

II. Qu’en est-il de tous ces termes ?

De multiples points communs se révèlent de ces termes grecs, et la Boulomie en serait un amalgame.

Ainsi la Boulomie a pour origine la racine grecque d’un verbe signifiant « vouloir » ou substantif signifiant « volonté, détermination, conseil ».

C’est une assemblée où l’on tient conseil (rappel de la Boulê, comme gardien). C’est un lieu, un espace où l’on veut : c’est le temple intérieur de chacun, gardien de l’ESPRIT. À l’intérieur, la volonté englobe nos forces physiques, morales et spirituelles. La réflexion sur le vouloir, la volonté, mène au devoir librement recherché avec joie, discernement, clairvoyance et détermination.

Dans le rituel, la Boulomie est le lieu de rassemblement des mathématiciens-philosophes, endroit où nous prenons conscience d’une continuité de pensée qui remonte à plusieurs millénaires. Les philosophes grecs affirmaient que l’harmonie des choses venait du fait que tout était régi par un ordre, ordre (« ordo »), d’une dimension autre que celle que nous pouvons concrétiser : le cosmos.

Le terme « Boulomie » est complété, précisé dans le rituel par « Archi-loge ».

La racine archi vient du grec Arkhê ; et en début de mot elle indique le rang supérieur ; d’où le sens de commandement.

Mais cette racine a aussi un deuxième sens négligé par les auteurs ; ce deuxième sens est « commencement, origine ».

Le préfixe « Archi- » renferme la notion de « ce qui se trouve au-dessus de », ou bien « ce qui est supérieur à » ou encore « ce qui se situe au-delà de ». Que signifie « au-delà de », si ce n’est « au-delà de la Terre », dans le Cosmos. Mais cette expression peut aussi vouloir dire « au-dedans de nous », (correspondant au deuxième sens, « commencement – origine »), autrement dit à l’intérieur de notre être intime et profond qui, en fait, serait relié à ce Cosmos sans commencement ni fin.

On peut traduire alors archi-loge par la loge supérieure, voire loge originelle ou du commencement, elle présente donc un aspect universel sans cadre, sans limite ; d’ailleurs, il est intéressant de noter que, au 12ème degré, les travaux n’ont pas lieu à couvert. En effet, toute science ou Connaissance semble incompréhensible à celui qui n’en connaît ni les termes spécifiques ni la technique particulière. Aussi, le profane pénétrant dans cette Archi-loge, ne comprendrait rien aux travaux menés car son ignorance en la matière voilerait son entendement, car il n’a pas acquis cette INTELLIGENCE nécessaire. C’est la raison pour laquelle, lors de l’ouverture des travaux, et ce, pour la première fois, il n’est pas vérifié si le Temple est « à couvert », autrement dit le Couvreur est absent à ce grade, et la porte du Temple est grande ouverte.

Autre point :

Au premier degré, à la question « où avez-vous été reçu ? » l’apprenti répond « dans une loge juste et parfaite ».

Au troisième degré les maîtres se réunissent dans la chambre du milieu, etc.

Or ces lieux, ces espaces sont subordonnés ou relégués à un rang inférieur à la Boulomie, à l’archi-loge, à la loge « au-dessus ».

Et c’est le cas ; dans les précédents degrés, jusqu’aux 9ème et 10ème degrés, il s’agissait d’un monde matériel, dominé par le coeur, dominé par les passions, par nos pulsions animales que nous devons contrôler puis anéantir au neuvième degré ; nous avons dû subir des épreuves afin de se purifier et acquérir les qualités nécessaires pour atteindre ce douzième degré : zèle – persévérance – sacrifice – engagement par Berith / Neder / Schelemoth (alliance / promesse / intégrité)…

Ainsi le corps a été séparé de la tête (au 9ème degré) symbolisant la séparation du monde matériel, dominé par les passions, du monde de l’ESPRIT qui se situe au-delà. C’est cet espace que l’on nomme Boulomie ou Archi-Loge.

On a dit que la volonté coordonne nos forces physiques et morales du coeur (monde matériel), éprouvées et purifiées, et la force spirituelle dans l’Esprit (la tête) ; or cette volonté se situe dans l’ESPRIT. Ces forces physiques et morales ont été éprouvées dans les degrés précédents, nous
permettant de devenir des chevaliers (hommes vrais en toutes circonstances).

Dorénavant, l’ESPRIT prévaut.

Enfin, dans les degrés précédents, le maître devait en fait obéir, faire et agir selon des règles, et toute désobéissance était durement réprimée. Toute initiative était proscrite.

Maintenant, le Grand maître Architecte n’a plus à obéir, il a sa propre initiative. Il a la liberté de concevoir.

III. Mais que doit-il faire dans cette Boulomie ?

La Boulomie, « Le lieu de la constante volonté »

La volonté est la faculté de déterminer librement ses actes et ensuite de les concrétiser. Toutefois, il faut exercer cette faculté en manifestant énergie et fermeté car il s’agit ici d’une volonté constante, autrement dit d’une orientation durable et permanente. L’ardeur et la tenacité en sont les attributs ; le relâchement est donc proscrit.

Dans le rituel, le Premier excellent Gardien parle à la première personne du singulier : « je ». « Je veux et je conçois ».

Il ne s’agit en aucune façon d’un « je » égoïste, individualiste, mais bien plutôt d’un « je » conscient et responsable devant l’oeuvre à accomplir.

Que dois-je faire, que dois-je accomplir en permanence ?

Le maître est passé de l’équerre au compas ; mais jusque-là il n’a pas eu la possibilité d’utiliser ce compas.

Au point de vue symbolique, j’ai appris l’Art du trait à l’École d’Architecture fondée par Salomon – l’École du Maître Hiram – où m’ont été également enseignés 3 genres et 5 ordres d’Architecture, ainsi que 19 sciences, et m’a permis de « lever le voile de Maya ». Il me faut
organiser mon savoir, ordonnancer mes connaissances, recourir aux formes et aux nombres pour le tracé des Plans, et pour cela utiliser le compas.

Grâce à cet apprentissage, nous voulons et pouvons établir l’harmonie du cosmos relaté par les philosophes grecs, un monde idéal où toute manifestation aspire à la perfection, à la plénitude, cette harmonie du cosmos dans notre temple intérieur, lieu où se révèle le GADLU. Cela peut se rapprocher du temple égyptien qui représente le monde et l’univers en miniature, et rappelle l’harmonie qui régit la nature.

Depuis le troisième degré, avec la mort tragique du Maître Hiram, les travaux sont restés suspendus, inachevés. Nous avons été alors substitues au maître, c’est à nous de poursuivre la tâche.

J’ai sciemment substitué le pronom personnel « nous » au prénom personnel « je », car je ne suis pas seul à accomplir cette oeuvre ; en effet, dans cette Boulomie, les maîtres se déplacent en toute quiétude et peuvent ainsi partager leur travail. Ce n’est plus un travail individuel comme ce fut le cas dans les premiers grades, mais cela peut être aussi un travail collectif :

nous sommes des concepteurs qui partageons et transmettons nos connaissances pour mieux nous perfectionner.

Et c’est bien là le dessein d’un Temple universel, de la Boulomie.

J’ai dit,

Vous devez être abonné pour accéder à ce contenu


S'abonner

Retour à l'accueil