Les grades de vengeance et leur légende
Non communiqué
Introduction : l’histoire de la légende des grades de vengeance
Pour comprendre la légende des grades de vengeance, il faut revenir sur l’histoire des hauts grades. Dès ses débuts, la F M a un grand succès, tellement que le recrutement commence à laisser à désirer. Certains sentirent alors le besoin de créer des grades supérieurs et de continuer l’histoire d’Hiram, notamment pour châtier les assassins. De nombreux nouveaux grades sont ainsi créés dans les années 1740-1760. J M Ragon dénombre une grande quantité de rituels de ces hauts grades répartis en « 75 maçonneries, 52 rites, 34 ordres dits maçonniques, 26 ordres androgynes, 6 académies maçonniques et de plus de 1400 grades ! » C’est dans ce foisonnement que sont nés les grades d’Élus, ou de Vengeance, ceux qui ont donné les 9e, 10e et 11e degrés du REAA.
Tous ces grades avaient pour objectif de poursuivre la légende de la mort d’Hiram. Les concepteurs de ces grades voulaient à l’issue des 3 premiers degrés d’une part trouver et juger les coupables, et d’autre part achever le temple.
Dans beaucoup de ces anciens rituels, les grades de vengeance étaient placés juste après les 3 premiers degrés, donnant ainsi la priorité à la vengeance de la mort d’Hiram. Dans nos rituels, ces 3 grades ont été placés juste avant le 12D, c.à.d. en tant que dernière des 3 conditions à remplir pour terminer le temple qui sont les obsèques d’Hiram, la nomination de nouveaux architectes et enfin la victoire sur les mauvais compagnons.
Ces 3 degrés de vengeance sont en progression, le 9D est le grade de la vengeance, qui est accomplie de manière irréfléchie par Johaben. Le 10D est un grade de Justice, qui est accomplie de manière réfléchie, selon les règles fixées par Salomon. Enfin le 11D est un grade de Vérité par l’élévation au statut d’homme vrai marqué par la récompense.
La vengeance et le l’apprentissage du Devoir
Le 9D est le seul grade avec le 3D où se déroule un crime. De même que le maitre accède à la maitrise par un assassinat (crime avec préméditation), le GMA accède à son grade par un meurtre (crime sans préméditation). Cela pourrait expliquer pourquoi le crime non prémédité de Johaben a été pardonné et pas le crime prémédité d’Abiram.
La vengeance du 9D est un nouvel excès de zèle de Johaben. Cette fois il désobéit consciemment à Salomon alors qu’au 6D il ne fait que son devoir. Par cet excès de zèle, Johaben agit sous le coup de l’émotion, manifestation de la vengeance, et non de la raison, manifestation de la Justice. Johaben n’a pas encore évolué, il reste encore sous l’emprise de ses bas instincts de mauvais compagnons. Ce qu’il commet n’est pas la justice, car sans un pouvoir légitime, la vengeance est un crime.
La violence du 9D reflète la violence qu’il faut se faire pour tuer ses propres mauvais compagnons.
L’objectif du 9D est la découverte du Soi, qui permet alors de se corriger, car sans connaissance de soi il n’est pas possible d’évoluer. Par son acte inconséquent, Johaben prend conscience de sa faute et découvre ainsi ce qu’il faut tuer en lui. Le 9D me fait ainsi prendre conscience de ce que je suis, et m’enseigne le discernement. Il me montre le chemin du Devoir en me faisant réaliser que suivre mes instincts me fait régresser, qu’il me faut me connaitre pour mieux travailler sur moi.
Le 9D est bien un grade de perfectionnement et non de perfection !
La justice
Après l’échec de l’application de la justice au 9D, le 10D rétablit l’ordre avec le jugement rendu par Salomon. La justice a été rendue grâce au jugement de Salomon, car après un crime il faut rétablir l’équilibre, il faut un acte compensatoire, qui est la sentence punitive émanant du jugement de la justice rendue. Mais la sentence punitive n’est pas une vengeance.
Cette sentence est d’une cruauté inouïe. Cette violence est là aussi d’ordre pédagogique pour me remettre sur la voie de l’éveil et lutter à nouveau et plus violemment contre mes trois vices : l’ignorance, le fanatisme et l’ambition. Le jugement est rendu, la sentence est la mise à mort, c’est-à-dire l’éradication complète des trois vices. Le 10D me montre ainsi qu’il faut violemment lutter contre ces forces latentes en moi.
Symboliquement ce mythe du 10D est un mythe de libération de Soi par l’accès à la connaissance de Soi que l’on a acquise au 9D. Cette libération de soi peut être douloureuse et faire souffrir. Si au 9D la première tentative de libération de soi semble accomplie dans la solitude de l’être et par l’être lui-même avec une vengeance individuelle, au 10D degré cette libération de soi se réalise avec les autres. L’acte est porté à la connaissance de tous pour l’exemplarité. C’est donc par soi et en compagnie des autres que je peux le mieux accéder à la connaissance de mon moi et surmonter le complexe de culpabilité de ne pas avoir fait ce que je devais faire en son temps. Cela me permet d’être libéré de ce qui entravait jusqu’alors ma progression sur le chemin de l’initiation et du perfectionnement de mon moi, quittant ainsi la classe des maîtres pour la classe des élus avec la récompense qui m’attend symboliquement au 11D.
Si le 10D est un grade de justice, le 11D semble porter en lui une dimension d’injustice. D’une manière générale, il est juste de récompenser tous ceux qui ont accompli leur devoir, soit par obéissance soit par choix. Est-il juste de ne récompenser par tirage au sort que quelques uns ? Cela signifierait-il que tout acte juste est par nature incomplet ? Qu’aucune justice n’est parfaitement juste car il s’agit d’une justice humaine, par nature incomplète et surtout faillible, ou que la justice ne peut être rendue sans une dose de hasard ?
La récompense et l’humilité
Au-delà de la question de la justice, se pose celle de la récompense. Car qu’est-ce que la « juste récompense » pour un franc maçon quand une sentence du 11D affirme : « Les frères dignes reçoivent tôt ou tard leur juste récompense ». Lorsque les maitres deviennent Elus car ils ont accompli leur devoir (les mauvais compagnons ont été tués), personne ne devrait attendre de récompense car, comme il est dit dans le rituel du 4D, « le maçon recherche le Devoir sans songer à une récompense ». C’est donc mon devoir d’accepter la situation telle qu’elle se présente. Cela signifie que la récompense est certainement d’une autre nature. En effet est-ce vraiment un cadeau que d’avoir honneur et richesse terrestre pour les 12 Elus qui deviennent chefs d’une tribu d’Israël ? Ne vont-ils par tomber sous l’influence de leurs mauvais compagnons ? Et s’ils n’y succombent pas, c’est en ce sens que les Chevaliers Elus deviennent sublimes.
La question est donc celle de la vraie récompense. Celle des élus est un cadeau empoisonné qui les mettra à l’épreuve, celle de leur égo. Cette nouvelle épreuve ne serait-elle pas leur récompense ? Quant à ceux qui n’ont pas été élus ils doivent sublimer leur égo de ne pas avoir été élus, même s’ils avaient toutes les qualités, ils ne devront pas succomber à la jalousie et à l’envie. Mais ne seraient-ils pas eux-aussi des élus ? Ainsi, chacun a sa récompense en fonction de son état, qu’il soit élu ou pas.
Les élus, comme les non élus, doivent donc faire preuve d’humilité, qui est leur qualité fondamentale. Cette valeur d’humilité est au cœur du 11D car mon devoir est d’accepter d’être tiré au sort pour être récompensé, ou de ne pas l’être, alors que nous avons tous accompli les mêmes épreuves avec succès. Il ne s’agit pas ici de mérite qui est basé sur ce qui est dû et sur un devoir.
Les élus et la nomination d’Emerek, Sublime Chevalier Elu
L’élément le plus important des grades dits de vengeance est la notion d’Elu, et pas celle de vengeance qui ne concerne que le 9D. Dans ces 3 degrés il n’y a pas d’élection, pas de vote, pas de plébiscite, ni boule blanche ni boule noire, les maitres sont choisis, càd élus, soit par le sort soit par Salomon.
Ces frères des 9e, 10e et 11D sont élus par la force des choses, par le destin. Il faut comprendre le terme d’élu comme choisi. En effet le mot élu vient du latin eligere qui signifie choisir, qui vient lui-même d’elegere qui veut dire « lire ». La sélectiondes frères est donc le fruit d’une lecture du hasard comme s’il y avait une prédestination à l’accomplissement de ce devoir.Si la récompense des Elus a un sens profondément initiatique dans cette épreuve qui touche mon égo, les épreuves à surmonter sont de nature différente, elles me mettent face à ma destinée.
Au 11D, le titre de chevalier ainsi que celui de sublime sont attribués pour la première fois. L’idéal du chevalier est de s’engager pour des croyances ou des valeurs, d’accorder sa loyauté absolue au prix de sa vie. Le chevalier n’est pas un souverain mais un servant.Il a acquis la maîtrise qui lui permet d’adapter ses moyens aux buts poursuivis. Il se réalise par l’action pour une grande cause, symbole du combat du chevalier, à travers l’éradication de ses propres mauvais compagnons pour s’approcher de la Vérité. C’est en ce sens que le maçon est à la fois chevalier et sublime.
Les Sublimes Chevaliers Elus sont nommés Emerek. C’est une nouvelle initiation. En effet ce ne sont pas les chevaliers qui choisissent leur nom, il leur est donné. Ils sont nommés, car ainsi ils naissent à une nouvelle vie, désormais ils existent car il n’y a pas d’existence sans nom. Et au-delà de la naissance, il s’agit d’exister par la conscience. En tant que SCE, « je deviens, et je suis ». Le nom initiatique que je reçois porte l’influence spirituelle du grade, du niveau atteint, mon nom le prouve. Ce nom est une prise de conscience d’un nouvel état spirituel, manifestation du progrès accompli. Ceci est symbolisé par les mots Civi (se courber) et Ki (se lever) qui représentent les 2 étapes parcourues : après avoir succombé à mes mauvais compagnons, je suis tombé, puis je suis relevé en les tuant. C’est le passage de l’horizontal au vertical.
Emerek est l’homme vrai en toutes circonstances, car il sait désormais se maitriser, il a acquis conscience et discernement en passant de la vengeance du 9D à la justice du 10D et en faisant preuve d’humilité pour accepter la récompense quelle qu’elle soit au 11D. C’est la réalisation de sa vérité personnelle qui le rapproche de La Vérité.
Conclusion
En conclusion, ces grades d’élus sont un aboutissement, le maitre que je suis a passé toutes les épreuves, je peux être Elu. Toutes les conditions sont maintenant remplies pour reprendre la construction du temple et le terminer. Au 9D j’ai appris le Devoir, au 10D la Justice et au 11D la Vérité. Cela clôt le cycle ouvert au 4D où ces 3 valeurs m’ont été enseignées de manière « théorique ». Aux degrés d’élus j’ai pu les pratiquer, les vivre par l’action et ainsi en tirer les enseignements.
Les grades d’Elus marquent la fin d’un cycle, qui se terminera avec le 12D. Hiram a été remplacé, sa légende ne devrait plus être nécessaire pour la suite. Il faut maintenant se consacrer à la construction du Temple. Après les épreuves de réflexion du 4D au 8D, celles d’action du 9D au 11D, le Sublime Chevalier Elu que je suis est maintenant prêt à reprendre la construction du temple.
G M A, j’ai dit.