13° #410012

Le Chevalier de Royale Arche

Auteur:

J∴ M∴ O∴ E∴

Obédience:
SCDC
Loge:
Le Parvis du Fako - Orient de Douala
A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS


RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE


DEUS MEUMQUE JUS


SUPREME CONSEIL DU CAMEROUN


ORDO AB CHAO



Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes frères Grands Elus de la Voûte Sacrée, le sujet qu’il m’échoit de traiter devant vous ce jour est : le Chevalier de Royale Arche.


J’aurai pu me livrer à un commentaire du rituel du 13ème degré, mais il m’est apparu à réflexion qu’une interrogation du catéchisme du grade permettait valablement de faire le tour de la question. En effet le catéchisme du 13ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté dit :

  • Demande : Qui êtes-vous ?

  • Réponse : Je suis ce que Je suis, mon nom est GUIBULUM, et ma qualité est Chevalier de Royale Arche.


Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes frères Grands Elus de la Voûte Sacrée, cette réponse me semble résumer l’essence de la quête dans laquelle m’a lancé le maître de cette loge de perfection en me demandant de traiter du Chevalier de Royale Arche, ainsi que le plan que je vais suivre pour m’acquitter de ce devoir.



Afin de répondre à la demande qui m’a été faite, je vais tour à tour :


§Situer le 13ème degré dans l’échelle du rite écossais ancien et accepté.


§Tenter de rendre la substance symbolique de degré.


§Vous dire le sens que je donne à la quête de GUIBULUM


§Enfin, je vous dirai les enseignements que je tire de l’expérience que nous avons tous ici, vécue dans ce degré.


Mes outils de travail seront les deux légendes connues et acceptées par le Suprême Conseil du Cameroun, pour ce degré : celle dite des rois mages et celle dite du temple d’Enoch.



Le chevalier de Royale Arche est le 13ème degré dans la classification du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Il vient après les grades dits de « vengeance » où le franc-maçon expérimente la différence qui peut exister entre la justice et la vengeance aveugle. Au bout de ce chemin, il est reconnu « EMERECK », homme vrai en toutes circonstances, c’est-à-dire un authentique franc-maçon.


Au 12ème degré le maitre maçon a été érigé chevalier, grand maitre architecte. Comme tout chevalier, il doit un jour quitter la quiétude de ses terres (la boulomie) pour aller expérimenter l’errance et se découvrir sur des chemins inconnus ou aller en croisades sur les routes de Jérusalem. En descendant les neuf voûtes du temple d’Enoch, il a pu découvrir le nom ineffable. Il est devenu le Chevalier de Royale Arche. Et à l’instar du compagnon franc-maçon ou des chevaliers arthuriens, ilva sur les chemins, en quête du perfectionnement et de l’illumination. Ce supplément d’âme sans lequel il ne pourra jamais prétendre à une complète initiation. C’est dire que ce grade est essentiellement un grade de découverte de l’extérieur. Pas un extérieur quiet à l’intérieur de rassurants et protecteurs remparts, mais un extérieur lointain et aventureux où le Chevalier devra visiter le sombre intérieur de la terre et se confronter avec ses peurs, trouver et dépasser ses limites. Son voyage est un pèlerinage qui nous mène de Babylone à Jérusalem ; du lieu origine de toutes les perditions au Lieu Saint,centre spirituel de la tradition abrahamique. Ceci symbolise que le chevalier de Royale Arche doit se rendre en sa « terre Sainte » avec pour mission de diner à la table des Saints Mystères d’un Graal afin d’y trouver sa révélation. C’est là que le mène sa quête.



Tenter de rendre la vision de la symbolique de ce grade c’est à mon sens, tenter d’expliquer la première réponse à la question : « qui êtes vous ? »



Répondre à cette question revient à se connaître et à être en capacité denommer, de se nommer. Et comme nous le savons tous, le fait de le nommer fait exister un être. Ainsi le nom constitue une dimension essentielle de l’être. Le nom le fait exister. Il lui donne une identité singulière parmi tout l’ensemble du manifesté. Le Chevalier de Royale Arche doit donc nommer le sien pour marquer sa quête. Ou comme l’impétrant de l’initiation du 1er degré : « … un humble postulant plongé dans les ténèbres et qui demande la lumière… »



Pour nommer et ainsi rendre compte de sa substance, sans la moindre confusion ni interprétation équivoque, à soit même et surtout aux autres, il faut avoir bien appréhendé la globale entièreté du nommé. Il faut avoir vu avec les yeux de la conscience, il faut être descendu au plus profond de soi et s’être astreint à ne voir qu’avec les yeux de l’intérieur. Ces yeux qui faisaient dire à mes ancêtres : « il ne voit pas comme tu vois… Il a deux autres yeux ! » Il faut avoir expérimenté VITRIOL.



C’est ce fait, de tenter de donner une réponse à une des interrogations, qui a conduit certains d’entre nous ici. Je me demande moi-même encore souvent : qui je suis dans ce monde et quelle est la place qui m’a été réservées dans les plans du Grand Architecte de l’Univers ?


Cela revient à demander à cet autre avec qui je vis, depuis tant d’années : « Qui es-tu ? », nomme-toi pour que je t’identifie, pour que je te donne vie.



La réponse que donne le Chevalier de Royale Arche à ce questionnement : « je suis ce que je suis ! », quoiqu’étant d’une compréhension ardue, n’en est pas moins porteuse de sens. Elle constitue l’affirmation de son existence en tant que possibilité de la manifestation. Elle affirme un être qui ne peut se poser qu’en s’opposant à lui-même. Elle indique une subtile dualité qui nait d’une tension ténue entre l’être empirique et l’être véritable.


Je suis est une personnalité qui ne peut s’exprimer par une essence et ne se concevoir que par la causalité qu’elle exerce par ses actes et que de l’extérieur, nous ne pouvons appréhender que par ses actes, bien que ceux-ci soient confondus avec elle :

  • « Mes frères me reconnaissent comme tel ! »

  • « A quoi vous reconnaitrais-je comme franc-maçon ? » « Par mes signes mots et attouchements »

Sur la subtile dualité peut se fonder d’une opposition qui pourrait mener à traduire de différentes manières la pensée du Chevalier, tout en lui conservant tout le sens :


« Je suis ce que je suis » est alors l’équivalent de :


§Je ne suis pas ce que je suis


§Je suis pourtant ce que je suis


Cette apparente opposition, loin de constituer une limitation quelconque, est au contraire l’expression d’une totale ouverture des perspectives et des possibles. La réponse à l’interrogation : « Qui êtes vous ? », nous amène tout droit au global et à l’universel.


Souvenons-nous de Moïse mis en face de l’Eternel ! La réponse qu’il reçoit du buisson ardant est du même ordre (Exode 3,14) : « Je suis Celui qui Je suis » ou « Je suis celui qui Est ». C’est l’énoncé de la réalité sous le mode de l’affirmation du Principe comme « Être ». C’est par l’énoncé d’un principe d’identité que « l’Être Se connait Soi-même »


La formule biblique « Eheieh asher Eheieh » « Je suis Celui que Je suis » signifie en effet pour Guénon « l’Être est l’Être » et signifie que l’homme est créé à l’image du Principe est son reflet et doit s’efforcer de devenir son reflet, à l’image du premier Adam.


Il doit donc, je le crois, affirmer son libre arbitre, se déterminer et garder ouvert tout le champ des possibles.


Selon Claude MOURET : « Eheieh asher Eheieh » du fait de l’existence de deux temps seulement dans les langues sémitiques peut avoir six traductions aussi valables les unes que les autres :


Je suis qui je suis. Je suis celui que je suis. Je suis celui qui je suis. Je suis celui qui sera. Je serai celui qui sera. Je suis ce que je serai.


Les deux dernières mènent dans le domaine de l’indéterminé ou plutôt de « l’à déterminer » par le libre arbitre de chacun, par le parcours de chacun sur le chemin. Nommer de manière plus précise que cela reviendrait à réduire les champs de ce libre arbitre et des possibles.


Le Grand Maître Architecte a quitté la quiétude de l’Eden et ses travaux en boulomie. Il chemine maintenant sur les chemins du vaste et vrai monde. Il a pour tâche de s’accomplir en trouvant et en s’appropriant la révélation de la connaissance de la réalité de lui-même par lui-même (VITRIOL). J’ajouterai par ses actes : « Je suis ce que je serai ». Goethe n’a-t-il pas dit : « au commencement était l’action… » ? C’est-à-dire la décision d’acter en toute liberté, la détermination par soi même, la connaissance de soi, le choix. Ou bien encore : « Je serai celui qui sera ». Le champ des possibles devient alors très ouvert, presque infini ; Ein Sof.



La démarche de GUIBULUM figure l’Odyssée du Chevalier de Royale Arche, en quête de son Saint Graal. Il erre du septentrion au midi, puis d’orient en occident avant de trouver la demeure du Roi Pêcheur où se trouve l’objet sacré, détenteur de la sagesse. C’est ainsi que dans la légende des Rois mages, venant de Babylone, la route des pèlerins de la lumière les mène à Jérusalem dans les ruines du temple de Salomon. Guibulum et ses compagnons viennent du lieu où on a en vain cherché la vérité dans les cimes du ciel, en bâtissant la « Tour ». Par opposition ils ne pourront la trouver qu’à Jérusalem dans les entrailles de la terre (« …ce qui est en haut est comme ce qui est en bas… »). Nous relèverons, là encore, cette subtile opposition qu’il m’a semblé lire dans l’affirmation de l’Être du Chevalier de Royale Arche. Opposition que nous trouvons inscrite dans les colonnes « J » et « B » de nos loges bleues.


La descente dans la crypte ou la voute sacrée s’effectue en trois étapes chacune d’elles suivie par une remontée à la surface. Chaque descente constituant l’occasion d’éprouver chaque dimension de son Être : corpus, animus et spiritus. Elle peut aussi évoquer les trois purifications subies par l’apprenti lors de sa réception.


Chaque descente est suivie d’une remontée qui ne peut être que la conséquence d’une frayeur ressentie face à un danger ou face à une nouvelle réalité. D’où la nécessité de revenir faire le point dans une dimension maitrisée, avec un référentiel, que constituent les compagnons de route.


Cette légende constitue bien sûr une allégorie du travail que doit effectuer chaque franc-maçon pour espérer trouver sa voie, sa vérité. La quête de Guibulum nous ramène là encore à VITRIOL ; cette invite à descendre au fond de nous même afin d’y trouver « ce que je suis », qui y a été enfoui et que je serai. Mais cette descente ne saurait se dérouler d’une seule traite. Tout comme l’alpiniste pour les hauts sommets, le Chevalier de Royale Arche, conscient des dangers et du chemin, doit effectuer des poses. Comme tout maitre maçon qui a gravi l’escalier de trois, cinq et sept marches, il doit s’arrêter afin de s’approprier les réalités découvertes à chaque strate.


Il a équilibré chacun des trois plans. Il est entré dans le Saint des Saints et il est digne de recevoir la vision et la connaissance du nom ineffable. Il accède à ce qui dépasse le maitre maçon troisième degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, il peut nommer le mot Véritable. Guibulum se trouve maintenant au centre de lui-même. Il peut se nommer. Mais à mes oreilles cela aurait-il du sens ? C’est ainsi qu’il se contente de me dire : « Je suis ce que Je suis ». Cela aura plus de sens et ne me limitera pas.



Dans cette sphère où pour exister nous organisons l’affrontement débridé d’images et de sentiments, et dans laquelle, la réalité nue s’éloigne de nous, pouvoir se situer dans l’absolu constitue une grande victoire. C’est l’affirmation du gain de la liberté de se déterminer, de ne pas suivre modes et faux prophètes, d’être et de se situer vraiment au centre du cercle. C’est la certitude de voir la réalité telle qu’elle est toute nue, belle ou cruelle. Mais, c’est aussi vivre la certitude d’avoir atteint la dernière frontière et d’être assuré que derrière, il y a le vide. On vit alors la tentation de la solitude, car à qui Guibulum et ses compagnons pourraient-ils expliquer qu’ils connaissent le Saint Nom de l’essence, mais qu’ils ne peuvent pas le communiquer.Car s’ils le prononçaient, ce serait le corrompre et le rendre aussitôt inintelligible ou limité.


Ce point, de la quête du Chevalier de Royale Arche, peut porter en lui le problème de la tentation du vide ou du vertige, que peut ressentir celui qui a gravi la colline et qui aperçoit de manière plus globale le paysage, que ses compagnons restés dans la plaine. Il n’y a plus de devant et on ne peut plus communiquer avec ceux de l’arrière. Il risque de devenir comme ces chevaliers errants, sans perspective sur les chemins d’Avallon. Mais cela aussi peut être une épreuve que d’arriver au But et de se découvrir, par une réaction envers soi-même, un autre but encore plus exaltant. C’est bien la voie qui est suivie par Guibulum et ses compagnons.



Découvrir le nom ineffable est une immense victoire, mais faire siens ses enseignements est une victoire encore plus grande, et les faire partager sans en dénaturer le sens est la Victoire. Celle qui elle permet d’oser ouvrir d’autres portes, vers des horizons bien plus vastes et porteurs de nouveaux possibles encore plus grands. La quête du chevalier pourra alors recommencer et un nouveau sens à sa vie exister.



Ouvrir la onzième porte, est souvent décrit comme un acte de transgression, est en fait un geste nécessaire et fondateur, un palier à franchir, pour que la recherche ait un sens. Pour que le cherchant ne sombre pas dans une sclérose aride. Car si elle n’avait qu’une perspective finie, la quête des chevaliers buterait sur une limite séculière et corporatiste, semblable à celles églises. Et cela n’est pas, me semble-t-il son but. La onzième porte doit être perçue par Guibulum comme un appel d’air vers de nouveaux élans et de nouvelles réalités à mettre en confrontation avec celles qu’il a déjà perçues. Cela se réalise d’ailleurs, avec la destruction du temple physique et la mission qui nous est impartie de faire rayonner la maçonnerie et ainsi de faire de la terre entière un temple à la vertu.


Tout comme on voit avec le début du nouveau cycle, onze, qui contient en lui les germes de la différenciation, par la mise en parallèle de deux unités : « un et un », la réalité dans cette dimension qui vient de s’ouvrir se nourrira des enseignements de la précédente, mais imposera la vision de son propre repère. Rendant ainsi toute sa vigueur à la quête dela fratrie des Chevaliers de Royale Arche, à travers les temps.


Par la magie du concept de l’Ein Sof, le Rite Ecossais Ancien et Accepté s’évite le piège qui a conduit à la fin de Camelot, après le retour de Galaad (tient comme le chef des Lévites !). Le chevalier de Royale Arche lui, entrevoit la perspective de la réalité de l’œuvre infinie à accomplir.Il s’ouvre un chemin d’espérance sans limite, car la nouvelle frontière de l’évolution n’est plus désormais la colline, dont il fallait se hâter de vite gravir les pentes, mais bien l’appropriation de la compréhension de l’Univers sans limite :


§« Je suis Celui qui Je suis » « Eheieh asher Eheieh », c’est-à-dire l’affirmation d’une essence.


§« Je suis ce que je suis » c’est-à-dire le développement de l’objet sur un autre plan.


Il est permis je crois, de penser que cette découverte, réalisée par le Chevalier de Royale Arche, résout du même coup le débat qui existe, sous d’autres cieux, autour du Grand Architecte de l’Univers. Mais cela constituerait un autre développement !


<


Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes frères Grands Elus de la Voûte Sacrée, ce sujet m’a beaucoup interrogé avant de me parler. Que peut donc désirer encore un cherchant qui a vu et qui a fait sienne la vision de la Vérité, qui a dîné à la table des mystères su Saint Graal ? Beaucoup répondraient : « rien ! Il n’a plus qu’à attendre la sanction de la finitude… ».



L’étude du degré de Chevalier de Royale Arche m’enseigne qu’au delà de la limite s’en trouve une autre bien plus éloignée et difficile à atteindre. L’impossible passage de « Je suis ce que je suis » à « Je suis ce que je serai ». Est-ce là la traduction de l’humilité à laquelle nous sommes confrontés en passant par la porte basse ? Je le crois et je retourne volontiers à mes chères études, pour rendre cela plus clair à mon esprit. Car il me semble que je suis encore loin du but. Mais je fais désormais mien l’enseignement que reçoivent les maîtres secrets au cours de leur deuxième voyage : « La Vérité absolue est inaccessible à l’esprit humain : il s’en approche sans cesse, mais ne l’atteint jamais »



Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes frères Grands Elus de la Voûte Sacrée, j’ai dit !!!



Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter