13° #410012

Les figures de la face midi

Auteur:

J∴ P∴ D∴ F∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la gloire du Grand Architecte de l’Univers
Ordo ab chao – Deus meumque jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil des Souverains
Grands Inspecteurs
Généraux du 33ème et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France

T M Architectes partent en exploration d’une cavité. Ils en ont fait la découverte lors de recherches demandées par la roi Salomon aux abords du temple de Jérusalem, tout nouvellement construit. Leur périple les amène dans un escalier de 22 marches puis dans une succession de neuf salles dont huit obscures. Ces endroits sont séparés par autant de portes dissimulées. Pour chacune, le nom d’un Sephirot, de Malkuth à Kether, est utilisé comme mot de passe. Enfin, à leur grande surprise, voire frayeur, la neuvième est illuminée. Au centre formé par trois lampadaires était dressé un autel de marbre blanc cubique de deux coudées de côté. Sur la face antérieure étaient représentés, en or, les outils de la Maçonnerie :

la règle, le compas, l’équerre, le niveau, la truelle, le maillet. Sur la face latérale gauche, on voyait les figures géométriques : le triangle, le carré, l’étoile à cinq branches, le cube. Sur cet autel était posée une pierre d’agate cubique de trois palmes de côté. Sur cette pierre était enchâssé un triangle d’or sur lequel on lisait le mot « Adonaï ». L’un d’eux, Guibulum, leur dit :

« Écoutez ! Ce nom est utilisé pour désigner la Conception Suprême ». Il prit alors à deux mains la pierre d’agate, la fit pivoter pour leur présenter l’autre face et se retourna vers ses compagnons en disant : « Regardez La Conception Suprême, la voilà, Vous êtes au Centre
de l’idée ! »

Ses deux compagnons, épelèrent les lettres « Iod, Hé, Vav, Hé » et ouvrirent la bouche pour prononcer le mot, mais Guibulum leur cria : « Silence ! C’est le mot ineffable qui ne doitsortir d’aucune lèvre ! »

Nous voilà témoins de la Parole perdue retrouvée. Le reste n’est qu’accessoire, voire décoration. Alors pourquoi s’intéresser à ce qui peut sembler un détail. Pour commencer, vous avez remarqué que l’on n’a pas parlé de face « midi ». Ce n’est que dans les commentaires sur la préparation de la cérémonie de réception que l’on parle de face « occident » ou antérieure présentant les outils, la face « midi » présentant triangle, carré, étoile et cube. Si la face antérieure est à l’occident, la face midi est à droite contrairement à ce que nous dit le rituel qui place ces figures à gauche. On y perd sa topologie ! Serait-ce pour initier un processus de désorientation ? Peut être. Car on va le voir, ces éléments qui pourraient n’être compris que comme simple faire valoir de la pierre d’agate et de la Conception Suprême comme l’est un écrin pour un bijou, vont en fait bien au delà.

L’orientation a-t-elle un sens. Sans doute car dans le rituel rien n’est gratuit. Que la branche d’acacia soit à l’Orient me parait évident. Que les figures géométriques soient en pleine lumière- on est cependant plus dans une loge symbolique-donne une indication sur ce qui va suivre.

Voyons la succession des figures. On n’est pas parti du point que je ne sais de toute façon pas représenter. En effet soit je fais une tache et j’ai dessiné un disque ou une virgule mais surtout pas un point, soit je le matérialise par l’intersection de deux segments de droite et l’exprime ainsi indirectement. Nous rejoignons ici au passage le discours sur le nom ineffable.

De plus le point, de dimension un, est justement le centre de l’idée et ne saurait être présent sur son propre piédestal.

Pas non plus de segment de droite explicitant la seule dualité. Imaginez ce qui en découlerait. Un univers fait de noir et blanc, sans nuance et sans aucun degré de liberté, totalement déterministe. Héraclite, partisan de cette dualité en toute chose a été amené à introduire une dimension d’harmonie et d’équilibre ; le logos. Ce segment est pour moi une figure bancale, qui ne prend de sens qu’associée à un point extérieur donc en triangle.

On commence justement par le triangle avec son caractère ternaire. On sait combien ce symbole nous est cher. Il est à la fois l’outil qui va permettre de retrouver le Un à partir du deux, l’expression de la liberté dont nous disposons pour nuancer, arbitrer entre deux extrêmes, et l’expression du recul nécessaire pour sortir des dialectiques qui ne sont en fait que des sources de conflits.

Puis vient le carré. Rappelons qu’au 5ème degré cette figure est présentée comme un symbole de perfection (commentaires sur la décoration du temple). De plus, depuis ce degré, nous connaissons le cercle et sa quadrature ou la possibilité d’une intersection communicante entre mondes spirituel et matériel.

La dalle qui a été soulevée au début de notre histoire est carrée.

Je me rappelle cette petite phrase du douzième degré. Alors que je m’apprête à dessiner une cathédrale et utiliser mon art à la magnificence de l’oeuvre, il m’est dit que le temple c’est l’homme. Elle prend ici toute sa force. Plutôt que de viser le ciel, c’est en moi qu’il me faut rentrer et ouvrir la trappe. Ne serait elle pas carrée ? A moi de rechercher en moi ce que je peux avoir de perfection. Comme bien souvent, c’est au degré suivant que l’on a des éclaircissements sur le degré précédent. Rappel en force du VITRIOL.

Selon toute suite logique, on attend l’arrivée du cinq pour la figure suivante. Et si des psychologues me proposaient un choix dans un test de QI, je devrais cocher le pentagone plutôt que l’étoile. En effet, les traits relient les points voisins. Ici, ce n’est pas le cas. On fait déjà un pas de côté. Cela rappelle la transgression du pas de côté du compagnon. Nos trois maîtres architectes n’ont-ils d’ailleurs pas transgressé l’ordre de Salomon, ou du moins son esprit, en soulevant la dalle ? Ils avaient déjà essuyé le refus de Salomon de les admettre au rang de chevalier de la royale arche. Cette transgression ne s’arrêtera pas là mais elle semble déjà inscrite. Cette étoile fait penser à l’étoile flamboyante mais le symbole « G » en son centre est absent. J’aime cependant bien y voir l’alliance du génie humain et de l’Intelligence Suprême ou Grand Géomètre de l’Univers.

Avant d’aller plus loin, notons que cette suite est finie et qu’il n’y a pas de cercle. Pour moi cette figure fait partie des représentations de l’infini et à ce titre se situerait plus au niveau de la pierre d’agate si le besoin s’en faisait ressentir mais on est déjà si haut ou plutôt devrais-je dire si profond.

Comment notre auteur de test voit-il la dernière figure. Articulée autour de six points ? Soit, mais encore… Je vois bien un hexagone et poursuivant dans l’idée de « pas de côté », voir dessiné les rayons reliant un point sur deux au centre de la figure. Je viens de dessiner un cube en perspective. Pour m’éviter tous doute, le descriptif des figures mentionne bien qu’il s’agit d’un cube.

Je passe de deux dimensions à trois ou plutôt de figures en deux dimensions à la projection d’un objet de dimension trois en figure à deux dimensions me permettant d’appréhender cet objet.

Vous avez bien saisi ? Je peux répéter si vous voulez…

Ou bien rappelez vous l’exercice du développement du cube qui mis à plat donnait une figure en croix. Passage de 2D à 3D et réciproquement.

Ce procédé est une excellente illustration de la démarche maçonnique.

Le symbole me permet d’accéder à un niveau de langage, d’herméneutique devrais-je plutôt dire, qui m’ouvre à des dimensions supplémentaires. Je ne dirais pas supérieures, la hiérarchisation n’étant pas mon propos de ce jour, bien que cela me paraisse évident.

Ce n’est pas le premier saut que me propose la Maçonnerie. Cela a commencé par le passage sous le bandeau, et sans vouloir les énumérer tous, je citerai le passage du silence à la parole, de la seule lettre épelée au mot, la ré-lévation du maître, la quête de la parole perdue à travers le Devoir, la perception de niveaux de conscience différents du neuvième degré.

Chaque fois, cette perception d’un univers plus vaste que celui que nos seuls sens nous laissent imaginer m’est suggérée avec une force et une pertinence croissante.

Les instruments de mesure que nous avons à disposition ne sont que des extensions en horizon et sensibilité de ces sens et ne changent rien à cette perception.

Début du 20ème siècle, la physique triomphante annonce que tout est expliqué. Le caractère constant dans toutes les directions de la vitesse de la lumière conduit à une révolution et à la description d’un univers en quatre dimensions géométriques, le temps en devenant une à part entière. Début du 21 ème siècle. Double révolution. La masse que l’on croyait liée à la quantité de matière est en fait due à des éléments extérieurs (boson de Higgs). L’information qui lie matière et masse devient un paramètre physique et un élément transformable au sens de Lavoisier comme l’énergie, la masse… Cette propriété est étendue à tous types d’informations.

Par ailleurs, deux particules de lumière produites en même temps (on parle de photons intriqués) tournent sur elles mêmes chacune dans un sens. Si l’une voit son sens de rotation changer, l’autre en change aussi de manière instantanée et ce même à des distances éloignées. Or on pensait que l’information ne pouvait aller plus vite que la lumière…

Les physiciens essayent d’élaborer des modèles à dimensions supérieures pour essayer d’intégrer ces phénomènes.

Bel exemple de prescience de nos auteurs de rituels. Pas mal pour un élément de décoration !

J’ai dit T F P G M

Résumé

Les figures géométriques de la face du midi sont inscrites sur le piédestal de la pierre d’agate qui porte les quatre lettres du tétragramme. La découverte de ces symboles enfouis au fond de la terre comme de nous même nous amène à être témoins de la Conception Suprême. La succession logique des figures, du triangle au cube, de 2D à 3D, nous amène par analogie à nous élever vers des dimensions d’un niveau supérieur. Ce n’est pas la première fois en Maçonnerie que l’on rencontre cette invitation et même dans le monde profane, la physique moderne semble nous y amener.

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