13° #410012

La beauté au 13ème degré

Auteur:

R∴ J∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Trois fois puissant et vous tous, mes SS et mes FF: La beauté, au 13 et au 14 n’a rien à voir avec l’esthétique. Nous parlons, à ces degrés, de la beauté morale. La beauté, il faut l’admettre, est sans doute la vertu la plus sujette à la subjectivité. En fait, le but de la beauté se trouve dans sa finalité. D’ailleurs ne constatons-nous pas trop souvent que la réalité est bien laide ? Heureusement l’imaginaire, nous consolent en créant de beaux rêves. Mais attention, dans ce cas-là, le modèle esthétique évoque la structure du monde, et à ce titre, l‘harmonie, qui est la condition sine qua-non du beau, a une signification qui dépasse la seule modalité du beau, car elle engage aussi le vrai. Si nous voulons de la beauté, il faut que ce qui existe soit beau. Voilà pourquoi il nous faut alors associer harmonie et réalité.

Ce qui fait un F ou une S, c’est son vécu initiatique, son expérience rituélique, ses impressions, et ce qu’il en fait seront source de beauté, ou non.

Si la chose est parce qu’elle devient, elle est aussi ce qu’elle n’est pas encore. C’est pourquoi chaque initié a un passé, un présent et un futur, un cycle, une progression, sa naissance, sa vie, sa mort. Pour autant, nous le savons, l’amour est plus fort que la mort, et la vie et l’amour universel ne sont qu’une seule et même chose.

La beauté, c’est l’élégance de l’âme et la noblesse du cœur. Pour celles et ceux qui se targueraient d’avoir atteint de très hauts degrés initiatiques, il y a un certain snobisme à en faire état, ou à le faire sentir. J’ai en mémoire que le mot snob vient du latin « sin nobile » qui signifie sans noblesse. Mais peut-être ne s’agit-il au fond que de bêtise.

Il convient pourtant, de garder à l’esprit, que les degrés de perfection se déroulent de manière non linéaire, et le progrès de L’Etre se déroule en plusieurs dimensions, car c’est tantôt sur la maîtrise de ses pulsions et de ses fantasmes que prend appui l’approfondissement spirituel. D’ailleurs ce dernier autorise parfois la résolution de conflits intérieurs nouveaux. A un moment du parcours de la Perfection, le Nom Ineffable est à portée de la vision intérieure car certains voiles sont tombés; cependant parce qu’il n’est pas prononçable, le Nom n’est pas encore porteur de la Force du Verbe. Seule l’intuition, qui s’est développée à mesure de notre progression nous permet de l’envisager.

Il s’agit donc de réunir les conditions d’une percée vers l’intérieur de l’Etre. En effet, ce dont il s’agit, c’est de la descente en soi, figurée par l’immersion physique dans la crypte de l’ancien temple, voyage sub-terrestre, qui rappelle bien sûr, le cabinet de réflexion. C’est une tâche à caractère ontologique et sacrée. C’est par la pureté de ses intentions et son juste positionnement au sein, et même au service de l’Ordre Universel, que s’affine une vision juste du sens et du but de la quête initiatique. A chacun d’en définir le contour en fonction de ses capacités, de ses disponibilités, de sa sensibilité. Nous fixons nous même la hauteur de la barre des obligations. La nécessité s’impose d’œuvrer sans souci de la récompense des efforts accomplis. C’est-à-dire, en pratique, une renonciation à l’ambition, dont on mesure la grandeur quand elle s’étend à tous les compartiments de la vie du maçon. C’est un engagement intérieur librement consenti. Le trahir, c’est se trahir soi-même. Certains se contentent d’être des Franc-maçon, d’autres tentent de devenir des initiés.

La Beauté pour orner, oui, mais pour orner l’ordre intérieur, car tout resplendit dans l’Ordre et dans la symétrie.

Je n’oublie pas la Sagesse et la Force, car l’ensemble de ces émanations, les trois Lumières du premier degré, se fondent et se confondent dans une même unité, illustrant ainsi le médiateur « entre ce qui est en haut est ce qui est en bas », point d’union de l’Esprit et de la Matière. Même si la Beauté n’est pas de ce monde, comme je l’ai évoqué au début de cette réflexion, elle vient du dedans et transfigure ce que l’on nomme la laideur. Donc, la beauté orne, nous le savons, et la force soutient celui qui travail pour se connaître. Ainsi; le ternaire Sagesse-Force-Beauté, ce trois en un, est un projet, comme l’indique clairement les paroles rituelles prononcées lors de l’ouverture des travaux au premier degré, en allumant les lumières portées par les piliers.

– Que la Sagesse préside à la construction de notre édifice.
– Que la Force le soutienne.
– Que la beauté l’orne.

Mais si l’édifice est toujours à construire, c’est bien que le maçon est toujours à être. Il travaille les idées et les symboles un à un, à sa mesure et ne produit pas à la hâte du prêt-à-penser. Il regarde chaque idée, chaque symbole avec attention. Il tourne et retourne chaque réflexion à éventuellement transformer, à tailler, à sculpter, à polir. Il regarde ce qu’il peu en faire, lui, pour le bien d’autrui et pour son bien propre. Il crée du sens et de la beauté, au lieu d’en reproduire. En cela il est d’ailleurs très près de la démarche de l’artiste.

Au 13ème degré, le Trois Fois Puissant nous institue et nous consacre Chevalier de Royal Arche. Nous sommes dans le vrai, dans l’authenticité, nous avons en principe réussi à nous réunifier et nous sommes prêts à entrer en action.

Au moyen âge, le fait d’acquérir la qualité de chevalier n’avait pas de caractère obligatoire; elle s’acquerrait par l’adoubement et se méritait par le respect d’une éthique qui reposait essentiellement sur la prouesse et la largesse. Or la prouesse associe vaillance et loyauté: vaillance dans le combat, mais aussi dans la vie quotidienne. Loyauté envers son seigneur, son roi. La largesse comprend la prodigalité, la générosité. Etre généreux envers ses adversaires, envers les faibles, tel est le code de l’honneur chevaleresque.

Le chevalier de Royal Arche est donc choisi, parce que son comportement lui permet, en tant qu’homme vertueux, de faire alliance avec la vertu et les hommes vertueux. Loyal envers l’Ordre, courageux lors des combats qu’il mène pour des justes causes et aussi contre lui-même. Compatissant, ses qualités de cœur en font un humaniste accompli. Il est prêt alors à transmettre de façon authentique, car ce sont ses actes qui le construisent et le font reconnaitre. Les mots nous disent et nous défont.

La beauté est la synthèse de la force et de la sagesse, dans un rapport harmonieux des travaux, et de la fraternité qui s’y attache. C’est-à-dire le devoir de transmission. La transmission permet à l’autre d’accéder à un autre degré de conscience. C’est donc aussi un travail collectif dans le but d’apporter sa pierre à l’édifice, pour œuvrer au progrès de l’humanité.

Mais cela induit la question suivante: « Qu’ai-je à transmettre ? »… La réponse est: Ma propre compréhension du chemin parcouru. C’est une question que tout Franc-Maçon, s’il est honnête, hors des attitudes ou des certitudes psychorigides de certains, devra se poser encore longtemps. Peut-être même toujours. C’est en tout cas l’indice que celui ou celle qui entre dans l’initiation, et par conséquent dans la transmission, cherche la pertinence de ses propres idées, et la formulation de celles-ci, en tolérance, respect, fraternité et amour de l’humanité. Et cela est une manifestation de la beauté au 13 et au 14.

Un des préceptes des sociétés initiatiques est qu’après avoir été initié, on est responsable de sa recherche et de sa propre réalisation spirituelle. « Je suis ce que je suis »: Mais j’aspire à l’ultime initiation qui me permettrait d’aller au-delà de cette dualité du tout et de l’un, me réunifiant en m’unissant, en édifiant l’équilibre esprit/matière, afin d’entrer dans le monde de l’action. C’est aussi cela, la beauté.

Quand je suis au centre de l’idée, révélée dans la 9ème voûte, représenté par le Saint des Saints, mon propre centre se superpose au centre de l’Idée.

Au 13ème degré, le franchissement de la 11ème porte illustre de nouveau la transgression. Le nombre 10 résume parait-il, l’univers connaissable par l’homme. C’est donc qu’à partir de la 11ème porte, il s’agit du commencement d’un nouveau cycle. Un cycle qui apparemment n’est pas le nôtre, celui d’un degré d’évolution supérieur et différent, en tous cas éminemment dangereux, puisque qu’apparemment l’Etre et la lumière y sont anéantis. Mais si je suis en capacité de dire: « Je suis ce que je suis », c’est qu’après être descendue dans le puits, c’est à dire en moi-même, après avoirobservé les 10 zones qui font écho aux 10 portes et aux différents aspects de l’être humain, puis avoir descendu l’escalier qui me rappelle les différents degrés, j’ai cheminé à travers les 8 voutes, prononçant devant chacune d’elles le nom d’une sephira, avant de me retrouver dans la 9, brillamment éclairée. Et immanquablement cela fait penser à l’arbre des sephirot. Tout est lié.L’arbre de vie est une sorte de structure sous-jacente à toutes formes de l’Etre à toutes manifestations du Principe. L’arbre que découvrent les initiés est Dieu pour certains, ou l’homme en tant que principe créateur, dans sa création, dans sa corporéité, pour d’autres.

Le passage de l’équerre au compas est vécu à nouveau dans la crypte en yésod (Le fondement du Monde), la sphère réfléchissante de la lumière d’en haut, qui au passage et sur son axe, illumine d’abord Tipheret (La Beauté). Il y a naturellement un changement de plan et la descente devient ascensionnelle. Mais toute descente en soi, tout regard vers l’intérieur n’est-il pas en même temps une ascension ? En fait, L’intériorité est liée à l’axialité de l’ascension, parfaitement figurée par l’arbre qui s’élève par degrés successifs de la densité matérielle à l’essence subtile du principe, en passant du plan fragmentaire de l’épars au pôle central et unifié de l’être.

Ce chemin que l’on trouve dans l’arbre de vie est aussi dans le monde de la pensée, et ce n’est pas une coïncidence. C’est aussi l’amour de la vertu reconnue sous toute ses formes, y compris de disposer de soi-même. Elle se caractérise par l’épanouissement du cœur dans la paix intérieure et la sérénité. La vertu est synonyme de force d’âme. Par l’application du rituel, on perçoit parfois un sentiment de sérénité, d’acceptation de la différence, de possibilité de découvrir autrement un autre moi et par là même l’autre. Au bout du compte, « Le mystère d’autrui n’est pas autre chose que le mystère du moi ».

Quant à la perfection, c’est peut-être le passage d’une conscience limitée et personnelle, qui ne sera bien sûr jamais achevée, à une conscience universelle, qui le sera encore moins, mais qui respecte l’homme et le sens du soi. Placé au centre du cosmos, l’homme possède la clé des mystères de la Terre et du Ciel pourvu qu’il accepte de marcher sur les traces du bien, du beau et du vrai.

En fait, « je suis ce que je serai », cela exprime l’éternité, qui n’a ni début ni fin, qui a toujours été, est toujours et sera toujours.

L’homme s’identifie à l’action qui le transcende et donne ainsi un sens à son existence, et j’ai naturellement le désir, comme vous sans doute, d’aller plus loin et d’essayer de dépasser la dualité que j’ai reconnue en moi. L’important n’est pas le but que l’on s’est fixé, mais le chemin parcouru pour y parvenir.

Pour conclure,

L’initiation est un perpétuel voyage dans les méandres de son propre être, le centre de l’homme coïncide avec le centre de l’universel qui est Un.

Nous sommes entrés dans une architecture, la F M, où nous avons placé notre âme, notre personnalité, où nous devenons nous-mêmes, où nous nous exposons à être. Le Maitre qui souhaite progresser au-delà de ses connaissances doit, à un moment donné, prendre l’initiative de dépasser les limites établies, mais il ne peut effectuer cette transgression qu’à partir du moment ou il maitrise son propre Être. Nous touchons là à l’Ego et aux conséquences que cela engendre dans les interactions entre l’Homme en tant qu’individualité et les hommes en tant que collectivité.

Quand il sort du puit, le Maître est transformé. Il a beaucoup appris sur la connaissance de soi, sur la nécessité de perdre l’ego quand il pose problème s’il n’est pas maitrisé, car c’est aussi dans l’altérité que l’on se construit.

Le retour à Babylone, des trois mages, pour raison de transmission, et cela malgré le fait qu’ils retournent dans la cité où ils étaient prisonniers, relève du Devoir, bien sûr, mais aussi du beau… Les trois mages dans une certaine mesure ont erré, pour savoir ce qu’ils savent…

Et d’ailleurs il faut errer, car personne n’est qualifier pour indiquer le chemin. Quant à la destination, nous ne savons pas de quoi il s’agit exactement, puisque comme les trois mages, personne ne peut prétendre l’avoir vécu totalement. Ils savent seulement et nous savons que nous voulons être libres et que nous voulons être meilleurs. Et cette certitude obsède le maçon. Est-elle fondée ? Nous n’en sommes pas sûrs. Pourtant il nous semble légitime d’estimer que cette certitude a un sens, et nous percevons qu’il n’y a rien d’autre à faire que de tenter cette expérience indicible. Pour autant, le remède est à inventer par chacun et pour chacun et quand l’un de nous se sent libéré, il peut et même doit proposer sa médecine à ses voisins. C’est un acte de fraternité que nous sommes portés à faire, comme les fameux trois mages. Bien sûr cela ne peut avoir d’effet que dans le cas où ces voisins produisent un effort personnel et n’attendent rien d’une recette déjà prête à être consommée. Nous savons seulement que nous voulons nous libérer de celui que nous ne sommes pas… Et nous savons que si nous savions comment cela se passe, nous exclurions l’imprévisible et supprimerions le sens du mot : devenir. Voilà, selon moi, la représentation du beau au 13ème et 14ème degré.

J’ai dit,

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