14° #411012

Le Secret du 1er au 14ème degré du REAA

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Non communiqué

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Non communiqué
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Non communiqué


Le singulier de l’intitulé a le mérite d’énoncer clairement le sujet afin d’éviter d’être débordé en évoquant les divers secrets qui nous sont dévoilés au cours de nos différentes initiations, notamment au 3 premiers degrés, secrets toujours accompagnés des pires menaces si nous étions amenés à les dévoiler.



Ils sont accessibles à tous ceux qui ont capacité à les recevoir. Ce qui fait problème, dans ces secrets, c’est qu’ils peuvent être divulgués, trahis, révélés. Ils reposent uniquement sur la confiance que l’on fait à celui ou à ceux à qui on les communique. Ils relèvent plus de la discrétion que du secret. Ce qui est dit et fait en loge ne relève que des Maçons. C’est une pure question d’éthique et de respect de la sphère privée.


L’énoncé du sujet nous suggère donc qu’il y a, en plus des secrets précités, un secret, qui existe tout au long de notre parcours initiatique, et qui semblerait être évolutif puisque nous accompagnant tout au long de notre chemin. Quel est donc ce secret, comment évolue-t-il, que nous apporte-il, c’est ce que par mon travail, je vais essayer de développer.



Quel est ce secret ?


A l’ouverture des travaux au premier degré du REAA, le 1er Surveillant demande au second surveillant « qu’y a-t-il entre nous ? » lequel lui répond « un secret mon F ». «Quel est ce secret ? » – « La FM ».


Cette réponse, appelle alors, une autre question personnelle « peut-il y avoir une F∴M∴ sans initiation ? » Ce secret ne serait-il pas alors le secret initiatique. Si tel est le cas, la difficulté pour parler de ce secret va être importante car comment parler de ce que l’on ne peut pas expliquer car relevant de notre intimité profonde, enfoui à la fois dans notre cœur et dans notre esprit.



Les soufis donnent le nom de « sirr » au mot secret, signifiant à la fois les réalités intérieures, les réalités éternelles et la capacité de l’adepte à les percevoir et à les goûter.


Ce secret va naître dans le noir de la terre d’une alcôve, tout comme se décide notre vie dans cette alcôve qu’est le ventre maternel où se fera la maturation de l’être que nous deviendrons. Cet dans cette alcôve qu’est le cabinet de réflexion, que le secret va naître et nous permettre, au fil du temps, de mener à maturation les processus intérieurs qu’une révélation hâtive perturberait. Et c’est dans le silence et la solitude du cabinet de réflexion que nous allons


nous préparer à recevoir le secret de l’initiation. Ce silence qui nous fera comprendre que c’est en se taisant sur ce qui n’est pas communicable, que le cheminement intérieur est le mieux mené à terme. Silence et secret sont intimement liés, permettant, tous les deux le passage à l’intériorité et à la relation à l’invisible.



On pourrait définir ce secret comme l’ouverture que l’initiation a générée dans le cœur et l’esprit du nouvel initié. Cette ouverture, aussi faible soit-elle, lui a laissé entrevoir un rayon de lumière révélateur d’une autre pensée. Ce rayon de lumière qu’il possédait en lui, sans trop s’en rendre compte, l’Initiation le lui a révélé. Mais cette initiation n’est que le commencement d’un long processus de développement censé procurer à l’initié toute sa puissance d’expression, manifestation de l’homme parvenu à sa plénitude intérieure. C’est là le véritable secret du Franc Maçon.



Comment évolue ce secret ?


Aux 2 premiers degrés, le secret va progressivement s’installer et murir en nous au travers des symboles que nous allons intégrer et du travail que nous allons commencer à opérer sur nous, afin d’améliorer le réceptacle qui accueillera cette lumière divine qui devra, tôt ou tard, jaillir en nous.



C’est par l’implication, l’expérimentation et l’engagement de tout notre être, que notre démarche initiatique prendra tout son sens. Benjamin Franklin disait « Tu me dis – j’oublie, tu m’enseigne, je me souviens, tu m’implique,

j’apprends ».C’est ce que la FM exige de nous.



Au troisième degré, le secret prend une dimension toute autre. Nous apprenons que 3 mauvais compagnons ont tenté d’obtenir de la part de Maître Hiram les mots clés permettant d’accéder au pouvoir de la Maîtrise. Maître Hiram a préféré mourir plutôt que de révéler le secret qu’il détenait. Le Maître assassiné qui avait à nous livrer les ultimes secrets pour la construction de notre édifice, nous laisse dans le monde substitué face à nos responsabilités pour assumer notre évolution par nous-mêmes. Nous nous substituons à lui à travers les dévoilements initiatiques successifs en travaillant dans le secret et le silence.



Il faut remarquer aussi que toute tentative d’accès au secret est vouée à l’échec. Tout au plus, se font des dévoilements imparfaits, qu’aucun mental humain n’arrive à l’élucider. Celui qui toutefois en réussit la meilleure approche subit une transformation profonde au point qu’il ne s’appartient plus totalement car il se subordonne désormais à des intérêts moins individuels, plus généreux, plus nobles, qui sont les intérêts de l’Ordre. Lorsque l’homme pénètre dans son fond secret, il y fait la connaissance de soi-même et rencontre le Maître qui est en lui et qui dorénavant va l’instruire.


Ce secret, pourtant, les 3 mauvais compagnons le détenaient, le portaient en eux. Mais ils l’ignoraient, car ils se méprenaient sur sa nature. Le secret n’était pas seulement d’ordre matériel mais essentiellement spirituel. Au secret est alors associée la notion de sacrifice et non plus la notion de sanction. C’est maintenant librement que nous décidons de garder le secret en nous.



Au quatrième degré, nous devenons Maître Secret. Dans le temple, plus de repères matériels, seulement des larmes d’argent qui nous viennent du cœur. Nous sommes placés sous le signe du silence et du secret, ce qui nous est révélé par le signe d’ordre et le sceau du secret. Ce signe du secret empêche également le MS de divulguer ce qu’il pourrait croire être vrai alors qu’il n’est pas encore en mesure de réellement discerner le vrai du faux « …tu ne prendras point les mots pour la réalité… accueille toutes les opinions, mais ne les déclare justes que si elles apparaissent telles à ton examen propre ».


Le silence ne nous est plus imposé, nous nous l’imposons nous même. Il est désormais vécu comme une plénitude, une écoute intérieure active. Après avoir librement accepté de garder le secret, nous devenons le secret. A nous de le livrer ou de le garder, de nous ouvrir aux autres ou non. L’ouverture de notre cœur ne pourra se faire qu’avec l’aide de cette clé d’ivoire qui nous permet de renfermer le trésor de notre secret. Et c’est bien dans notre cœur que se tient notre secret car n’est ce pas au sixième degré qu’à la question « où tenez-vous vos secrets ? » il est répondu « Dans le cœur ».



Au septième degré, la clé d’ivoire sera substituée par une clé d’or donnant accès au Saint des Saints, lieu où on prend conscience des plans sacrés et divins qui doivent être le reflet de notre propre plan pour la construction de notre temple intérieur. Notre secret s’enrichit un peu plus de parcelle de lumière divine. Le côté sacré fait alors vraiment son apparition.


Au neuvième degré, 2 éléments concernant le secret sont à prendre en considération.



Tout d’abord l’inconnu qui guide Johaben. Symboliquement, il signifie le révélateur d’un secret. Il vient à nous pour nous révéler un secret. C’est ce qui est inconnu de nous, qui nous fait sortir de l’ignorance, même si cet inconnu nous fait peur. C’est ce qui est inconnu de nous et en nous qui doit nous guider.


Ensuite la caverne, qui nous ramène au cabinet de réflexion. Lieu de passage initiatique et inévitable pour ceux qui sont désireux de chercher la vérité. Irène Mainguy nous dit « Dans ce grade – le 9ème – on est bien dans la continuation d’un processus initiatique qui se poursuit. La caverne figure l’athanor nécessaire à une seconde naissance ». La caverne symbolise l’exploration du moi primitif, refoulé dans les profondeurs de l’inconscient. C’est le centre de l’être, son cœur, sa vie intuitive, secrète et sacrée.



Au douzième degré, s’opère le grand changement au niveau du secret. Il n’y a plus de couvreur. Ainsi que j’ai pu le dire plus haut, le Maçon, à ce stade, est devenu son propre secret, l’enseignement qu’il a reçu et le travail qu’il a fait sur lui-même, font que le profane est incapable de comprendre la portée de l’initiation s’il ne l’a pas reçue lui-même.


Le véritable secret réside dans la recherche de la Vérité, de la Connaissance et de la Lumière dont la progression détermine le véritable degré de réalisation intérieure. A 45 ans, âge de la plénitude, le Maçon est conscient que les acquis qu’il a obtenus grâce au chemin initiatique qu’il a accompli jusque là, ne sont pas communicables à qui n’est pas arrivé au même niveau d’entendement. Nous avons atteint le stade de l’inexplicable, de l’incommunicable.


Au treizième degré, le Maçon va vivre une redescente brutale au plus profond de son être. Cette descente est symbolisée par la descente dans le puits qui mènera à ce souterrain que Salomon fréquentait en présence d’Hiram roi de Tyr et d’Hiram Abif, pour y aborder, en secret des sujets sacrés. Le puits, qui se Beer en hébreu, signifie, au sens figuré, élucidation, explication, vérité. Ne dit-on pas que la vérité est cachée au fond du puits. Le puits révèle son secret dans l’obscurité et c’est par son approfondissement qu’il se dévoile progressivement. Mais cela ne nous avait-il pas été suggéré dans le cabinet de réflexion avec le VITRIOL ?



Ainsi se retrouve cette obligation de passer, inlassablement de la perpendiculaire au niveau et du niveau à la perpendiculaire, et ce, quelle que soit l’étape initiatique franchie. Ce va et vient se fera jusqu’au moment où le haut et le bas n’auront plus d’importance, l’essentiel étant d’être, d’où le silence qui s’installera naturellement en nous, car le fait d’être ne peut se transmettre, il se vit tout simplement.


Encore une fois il nous faut descendre au fond de notre propre puits pour mieux réaliser et dompter nos peurs, nos angoisses, nos croyances, nos certitudes. Rejoindre notre enfer intérieur pour mieux revenir à le Lumière Eternelle. Cette démarche est une lutte incessante contre nous même et se fait au prix d’efforts, de peine, d’angoisse, de doute, tout comme Guibulum et ses 2 compagnons l’ont fait pour retrouver la sortie et la lumière après avoir transgressé et franchie la 10ème porte.



Le quatorzième degré me fait penser au septième jour de la création, où après le travail de création – de notre temple – vient le temps de se poser, de se reposer, avant d’entreprendre une nouvelle quête.


Le travail du Grand Elu de la Voûte Sacrée sera de garder en lui, en sa mémoire, les secrets qu’il a recueillis tout au long de son chemin initiatique, et ce après avoir été au centre de l’endroit le plus sacré de la terre.


Que nous apporte le secret Maçonnique ?


Le secret est un fondement de la Franc-maçonnerie, il se révèle nécessaire et protecteur, tout en étant révélateur pour celui qui le détient.


Il est surtout d’essence spirituelle, c’est un parcours de vie, une expérience personnelle.



Le seul moyen de le saisir et de le comprendre est de devenir maçon. Il ne peut être révélé par un autre, car strictement personnel et intime. Qui d’autre que soi-même pourrait parler de sa propre joie, sa propre peine, sa propre souffrance ? Il en est de même pour le secret, il est en nous, il est nous.


Ainsi la Franc-maçonnerie s’inscrit dans un mouvement qui va de l’extérieur vers l’intérieur. Elle se fonde avant tout sur l’individu, la société n’étant qu’une base secondaire. La Franc-maçonnerie vise à une Connaissance approfondie de soi, dans un cheminement solitaire, silencieux et intime.



Robertson Davies a dit « Les secrets sont le suc de la vie. Chaque chose qui a de l’importance est un secret même si vous le connaissez, car vous ne la connaissez jamais entièrement »


Tout comme j’ai commencé mon travail par une question, je terminerai donc ce dernier par une autre question :


« Et si la fonction du secret n’était qu’inciter à se poser des questions ? Et le secret de la transmission, à inciter l’autre à faire de même. Questionnement qui met en mouvement toutes nos facultés, notre sensibilité, vers des réponses, des vérités qui nous rapprochent sans cesse de la Vérité Absolue, même si celle-ci est inaccessible à l’esprit humain ? »



J’ai dit



A F


Bibliographie :


Symbolique des grades de perfection d’Irène MAINGUY Vade-mecum des Hauts Grades de

Claude DARCHE

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